‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 26 sur 59 · ÉDICULE ET PUITS DE LA FONTAINE DE JUTURNE (ÉTAT ACTUEL · texte numérisé non relu

ÉDICULE ET PUITS DE LA FONTAINE DE JUTURNE (ÉTAT ACTUEL

d'Albe eurent comme dernier épisode le combat singulier où ‘Lurnus, roi des Rutules, périt de la main d'Énée. La sœur de ‘Turnus, Juturne, ravie par Jupiter, avait été enlevée au ciel et faite déesse des étangs et des fleuves.

Avertie par Junon du danger que court son frere condamné par le destin, elle cherche en vain, sous des formes diverses, à le sauver de la fureur d'Énée. La source u Forum lui était dédiée et portait son nom; elle parta-

geait, avec la fontaine

d'Apollon et la fontaine des Muses à Rome, le don de guérir et la vénération populaire. Les malades venaient, nombreux, boire à ses eaux salutaires. La ressemblance du nom fJuturne avec le

verbe latin qui signifie

aider, seconder fjuvare), avait sans doute créé cette croyance.

La fontaine de Juturne est représentée sur un denier de la république sous la

forme d'une vasque soutenue par un pied posé sur plusieurs degrés. Les débris

qu'ont mis au jour les fouilles de M. Boni ne ressemblent en rien à ce type monétaire; ils

sont d'époque moins ancienne. Au milieu d'un bassin rectangulaire entouré d'une balus-

trade, un massif de maçonnerie revêtu de marbre supportait les statues équestres des deux

Dioscures Castor et Pollux, œuvre de style grec d'une belle exécution ; on en a retrouvé de

nombreux débris. Un autel, dont on ignore l'emplacement exact, gisait au fond du bassin :

sur une des faces figurent les deux Dioscures, debout avec le pileus et la lance;

sur la face

droite, Léda, leur mere, avec le cygne ; sur la face gauche, Jupiter, leur pere; la face oppo-

sée représente une déesse qui tient une torche enflammée. Nous verrons tout à l'heure com-

ment se justihe, à la fontaine de Juturne, la présence plusieurs fois répétée des Dioscures.

CE FORUM ROMAIN 69

Au delà de ce bassin, dans un mur creusé d'une niche, on aperçoit une statue

Esculape caractérisée par le bâton autour duquel s'enroule le serpent symbolique; à ses pieds, un enfant armé d'un couteau en dirige la pointe vers un coq qu'il tient de la main gauche; le coq était la victime que préférait

Esculape. La présence du

dieu de la médecine et de la guérison près de cette source bienfaisante s'explique. Il est naturel que là aussi ait été mis au Jour le torse d'une

belle statue d'Apollon. C'était

un dieu guérisseur; son nom est souvent associé à celui des nymphes et des fontaines bienfaisantes; on l'invoquait en temps d'épidémie; il portait les surnoms de Salutaris, Medicinalis, Conservator.

Les Vestales voisines l'invo-

quaient sous le nom d'Apollo

medicus et, sous ce même

vocable, il avait à Rome un

temple. ÉDICULE ET PUITS DE LA FONTAINE DE JUTURNE Noutipresadenarnutn

édicule, dont le fronton, soutenu par deux colonnes élégantes, porte l'inscription Juturnæ sacrum, complète le groupe de monuments consacrés à Juturne. Devant l'édicule, un puits est recouvert par une belle margelle en marbre dont l'inscription atteste que cette margelle a été refaite et consacrée à la déesse par l'édile M. Barbatius Pollion. Un autel surélevé sur un socle cache à moitié le puits; sur sa face principale, l'artiste à figuré un guerrier auquel parle, la main tendue vers lui, une femme armée d'une lance; sans doute Juturne adressant à son frère les dernières paroles

: TS a L. : Ass : Fe ue < as Se) rapportées par Virgile : « Turnus, en quoi maintenant ta sœur peut-elle te secourir?

Quel espoir me reste? Comment prolonger tes jours? Oh! ne redoublez pas mes terreurs, oiseaux de sinistre augure; je connais ce battement de vos ailes; ce cri, présage de mort. »

Le puits de cet édicule servit beaucoup aux Vestales, sans doute pour puiser

l'eau non captée nécessaire aux sacrifices et aussi pour les malades; car, à l'intérieur de

la margelle, les cordes ont creusé de profonds sillons.

Le temple de Castor. — Nous revenons aux J'arquins. Porsena, ani des Romains. leur envoya cependant une fois de plus des députés chargés de plaider la cause du roi expulsé. Le sénat, avec tous les égards dus à un récent vainqueur, à un ami, refusa. Porsena n'insista pas et, à sa demande, les T'arquins, abandonnant Clusium, se retirérent à J'usculum. Bientôt, le roi chassé, sa famille et ses partisans se trouverent une fois encore dans les rangs de l'ennemi, en face de l'armée romaine. C'était en l'année 4096 avant Jésus-Christ, près du lac Régille.

| Pendant le combat, dans un moment critique, le dictateur Postumius avant fait

| vœu d'élever un temple à Castor et à Pollux, aussitôt ces dieux, sous la forme de deux jeunes gens à cheval, d'une taille et d'une beauté surhumaines, apparurent, et, combattant en tête de l’armée romaine, mirent l'ennemi en fuite.

Le soir, au crépuscule, des citoyens étant réunis au Forum, ces deux mêmes jeunes gens leur apparurent couverts de sueur et de poussière, abreuvant leurs chevaux à la fontaine de Juturne. La foule se pressait autour d'eux, et, les voyant en armes et encore dans le trouble et l'agitation du combat, leur demandait des nouvelles de l'armée; et les dieux, aussi bons enfants que rudes soldats, répondaient à toutes leurs questions; l'un des assistants, sceptique, s'étonnait quil füt possible d'avoir, le soir même, des nouvelles d'un combat livré pres du lac Régille; et les dieux, souriant,

| pour lui rendre la foi, touchèrent sa barbe qui, aussitôt, de noire devint rousse; l'incrédule conserva jusqu'à sa mort le surnom d'Ahenobarbus (qui à une barbe

d'airain).

Ces faits sont véridiques, dit Denys d'Halicarnasse; nous en avons comme preuve la fontaine où s'abreuvèrent les chevaux altérés et le temple élevé, sur le lieu même de l'apparition, à Castor et à Pollux.

Nous avons les mêmes raisons de croire que les Romains : le temple existe encore en partie et la fontaine aussi.

| Les Romains avaient cette qualité d'accomplir fidèlement les vœux faits aux dieux.

Ils savaient d'ailleurs qu'en cas d'oubli des prodiges elfrayants et quelques fléaux ne (] tarderaient pas à réveiller leurs souvenirs. Voué en l'année 296 avant Jésus-Christ, le | temple de Castor et de Pollux fut dédié, en l'an 484. par le fils de celui qui l'avait voué. nommé duumvir à cette occasion. ‘Tout le monde, même les malheureux qui ne sont

jamais allés à Rome, connait le temple de Castor. Qui n'a vu, dans les tableaux du | dix-septième et du dix-huitième siècle, se profiler, sur le ciel bleu de Rome où courent de légers nuages, l'élégante silhouette de ces trois colonnes cannelées, dont les

chapiteaux corinthiens supportent une frise d'une si belle et si artistique simplicité ?

Les vieilles estampes, d'après une erreur longtemps accréditée, lui donnent le nom de temple de Jupiter-Tonnant. Mais c'est bien le temple des Dioscures. Une phrase du testament d'Auguste, rapprochée de fragments du plan antique de Rome, nous le montre à cette place, faisant, d'un côté de la basilique Julia, pendant au temple de Saturne.

Les restes qui subsistent encore du temple de Castor peuvent servir à étudier

comment, au temps d'Auguste,

était construit un beau monument.

Ils appartiennent en effet au temple réédifié avec les dépouilles des Germains et dédié, en l'an 6 avant Jésus-Christ, par ‘Fibére, au nom de son frère Drusus et au sien.

Pour que le sol mobile du Forum, souvent visité par les eaux du Libre, ne cède pas sous le poids de l'édifice, l'architecte a d'abord établi une platéa artificielle formée de deux couches de blocs en tuf,

soigneusement ajustés et reliés

entre eux par des joints en bois à queue d'aronde dont les creux sont encore visibles. Cette platéa servait de support à un podium élevé,

formé d'un blocage si compact et si

ferme qu'il a la solidité du rocher.

A ce noyau central était appuyé un

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