TEMPLE DE CASTOR ET POLLUX (ÉTAT ACTUEL
mur d'une grande épaisseur, cons-
truit avec des blocs de tuf semblables à ceux de la platéa et dont l'empreinte est restée visible sur la paroi. De cette muraille se détachaient perpendiculairement, de distance en distance, des éperons en pierre de taille dont chacun supportait une des colonnes qui entouraient l'édifice, neuf sur les côtés longs, huit sur les petits côtés. Sur la partie du podium la plus rapprochée du Palatin, les sept dernières colonnes de droite et de
gauche et les colonnes du fond emprisonnaient le mur de la cella. On appelle &la la
partie du temple la plus reculée, au fond de laquelle, sur une base, se dresse la statue du dieu. Au temple dont nous nous occupons, il y avait deux bases : l'une pour la statue de Castor, l’autre pour la statue de Pollux. Caligula ayant, par des substructions hardies, prolongé le Palatin jusqu'au Forum pour y construire son palais, avait pratiqué
un passage mettant ce palais en communication avec la cela; il aimait y venir, et,
assis entre les deux Dioscures, s'offrir lui-même à l'adoration de la foule. Il disait d'ailleurs que le temple, placé devant sa demeure, en était le vestibule, et que ses deux concierges étaient Castor et Pollux.
Mais continuons notre description : en avant de la cella, un espace rectangulaire, ibre de mur et circonscrit par les colonnes, était le vestibule ou pronaos du temple. De a façade, un escalier monumental, descendant vers la voie sacrée, aboutissait à une )late-forme, avec mur d'appui regardant le Forum; à droite et à gauche, un escalier atéral conduisait à la voie sacrée. Souvent, de cette tribune, on parlait au peuple; la
oule pouvait ainsi se tenir devant l'orateur sans cependant qu'il füt possible de monter
jusqu'à lui et de le presser; l'étroitesse des escaliers latéraux protégeait aussi l'orateur
et le temple lui-même contre l'envahissement des perturbateurs; utile précaution à
cause du rôle important que joua dans les troubles politiques le temple de Castor, à
a fois tribune et citadelle. Tout l'édifice était construit en marbre pentélique massif; le même marbre revêtait complètement le haut podium que nous avons décrit; il en reste de magnifiques débris. Les tuiles de la toiture étaient en marbre ou en bronze. L'escalier descendait entre deux vastes bases sur chacune desquelles se dressait la statue d'un des Dioscures avec son cheval. ÿ
Avant Auguste, L. Cæcilius Metellus Dalmaticus, consul en l'année 107 avant te] /
Jésus-Christ, avait réédifé le temple de Castor. Parmi les tableaux et les œuvres d'art
dont il l'orna, il introduisit, à cause de son extrême beauté, le portrait de la courtisane Flora. Cicéron accusa Verrès d'avoir profité de la reconstruction de ce temple pour faire des gains illicites.
Au temple de Castor comme au temple de la Paix, existait un dépôt où les particuliers pouvaient consigner leur argent et les objets précieux qu'ils possédaient. Il y avait aussi un dépôt du trésor public et un bureau où l’on conservait les types officiels des poids. Les marchands y faisaient vérifier et poinçonner leurs poids dont la sincérité était ainsi attestée. On a, en effet, trouvé des poids portant l'inscription : exactum ad Castoris (vérifié au temple de Castor).
Au temple de Castor était fixé le taux officiel du change. C'était un centre d'aflaires très fréquenté, ce qui attirait dans des boutiques voisines beaucoup de brasseurs d’affaires et de financiers plus ou moins vereux.
Le sénat y tenait des séances; pendant les troubles qui précéderent la mort de C. Gracchus, il le fit occuper par des hommes armés et s y fortifa.
Le tribun Metellus voulait faire voter une loi autorisant Pompée à entrer en Italie à la tête de son armée pour défendre Rome contre Catilina. Caton, résolu à empêcher le vote de cette loi qui devait entrainer la guerre civile, accourt au Forum qu'il trouve occupé. Une troupe en armes défendait le temple de Castor sur les marches duquel se tenaient des gladiateurs. Au milieu de ces défenseurs improvisés, César et Metellus
siégeaient côte à côte. Caton, sans se laisser mtimider par cet appareil menaçant, monte
au temple de Castor, s'assied entre César et Metellus, interrompant ainsi leur conversation, et, tandis qu'à ses pieds, sur le Forum, le tumulte est à son comble, il réussit à fre échouer la proposition.
Pendant toutes les périodes de trouble, au temps des Gracques, de Marius, de Sylla et de César, le temple de Castor fut le théâtre des scènes les plus violentes, de meurtres même. C'était à qui des partis en présence l'occuperait le premier; on y transportait des armes, on arrachait les marches en marbre de l'escalier pour le rendre inaccessible
et aussi pour faire des projectiles.
Au Jour anniversaire de la dédicace du temple, on célébrait à Ostie des jeux en l'honneur des Dioscures. Chaque année, quand revenait le jour où les Dioscures avaient combattu à la tête de l'armée romaine près du lac Régille, les chevaliers offraient un sacrifice solennel; puis, au nombre de cinq mille, à cheval, couronnés de laurier et revêtus de robes de pourpre ornées de la trabée, portant les décorations gagnées sur le champ de bataille, ils défilaient devant le temple de Castor et Pollux, sur la voie
sacree.
L'établissement de la république avait été, à Rome, le signal des discordes civiles. ‘out le pouvoir royal était resté aux mains des patriciens. Un demi-siècle de lutte n'avait donné au peuple que les tribuns. C'était une grande force; il saura s'en servir. Le peuple réclamait maintenant une constitution écrite. Il obtint, après dix ans, qu'une délégation serait envoyée en Grèce pour y étudier les constitutions et les lois d'Athènes. Au retour des délégués, on remit tous les pouvoirs entre les mains de dix citoyens, appelés pour
cette raison decemoiri, avec mission de rédiger les lois, Ils s'acquittèrent de cette charge
avec sagesse et modération et donnèrent au peuple romain la loi des Douze Tables; Hermodore d'Ephese, qui les avait aidés, fut récompensé par une statue au Comitium. Heureux si, leur mission achevée, ils avaient su déposer le pouvoir. Mais ils s'attachérent au contraire à le prolonger, et, par leurs excès, devinrent impopulaires. Comme celle des ‘Farquins, leur chute fut précipitée par un crime.
L'un d'entre eux, Appius Claudius, ayant vu la fille de Virginius, jeune plébéienne d'une grande beauté qui, chaque jour, se rendait à une école située sur le Forum, au milieu des boutiques, s'en éprend. Il la fait saisir par un complice, qui, en ces termes, la réclame comme son esclave : « Toute petite, elle a été portée clandestinement dans la maison de Virginius, à qui on à fait croire qu'elle était sa fille. En réalité, elle est née chez moi, d'une de mes esclaves; j'en ferai la preuve; elle m'appartient ». Appius Claudius appelle l'affaire devant son tribunal, au Forum, et, naturellement, l'adjuge à son complice qui ne la réclamait que pour la lui livrer. En vain le fiancé de la jeune fille, en vain Virginius son père, son oncle Numitorius accourent; le licteur les repousse, disant que la cause est jugée. Virginius alors demande la permission de parler
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une fois encore à sa fille, d'interroger la nourrice; si les faits allégués sont vrais, il se soumettra. Il emmène alors sa fille à l'écart, près du sanctuaire de Venus Cloacina. Là, saisissant à l'étal d’un boucher qui occupait une des tabernæ novæ (boutiques neuves) un couteau, il en perce le cœur de la jeune fille en lui disant : « Ma fille, par ce moyen, le seul qui soit en mon pouvoir, je te rends à la liberté. » Puis, se tournant vers Appius : « Par ce sang, Appius, lui dit-il, je te voue, toi et ta tête, aux dieux infernaux. »
Le peuple se soulève. Quant au père, il à fui au camp afn de soulever l'armée. Appius veut arrêter le fiancé et l'oncle de la jeune fille; la foule résiste, réclame les tribuns et l'appel au peuple. Appius Claudius, craignant pour sa vie, se réfugie, la tête voilée,
dans une maison voisine du Forum. Un autre décemvir obtient un peu de calme en
convoquant le sénat. La famille de la victime lui it d'émouvantes funérailles : sur un lit magnifiquement orné, le jeune cadavre fut porté dans les quartiers de la ville les plus fréquentés. Le cortège s'arrêta au Forum. De toutes les maisons sortaient les femmes et les jeunes filles, et, à cause de leur faiblesse, leurs plaintes et leurs lamentations faisaient sur la foule une impression plus vive; elles jetaient sur le lit des guirlandes et des fleurs, des rubans, leurs ceintures, les boucles même de leurs cheveux. Les hommes poussaient des cris de liberté, pensant surtout aux malheurs publics; beaucoup cependant, achetant ou prenant dans les boutiques voisines les dons qu'il est d'usage d'offrir dans les funérailles, les jetaient à profusion.
Plus que les clameurs de la foule, plus que le peuple en armes sur l’Aventin et en retraite sur le mont Sacré, ces funérailles contraignirent les décemvirs à abdiquer. Une amnistie générale fut accordée; Appius seul en était exclu. Jeté en prison, il
s'étrangla; peut-être l'y aida-t-on.
‘Tel était, en l’année 390 avant Jésus-Christ, l'état du Forum. Fout autour, des portiques; le temple de Saturne et le temple de Castor, la curie, la prison; à l'angle de l’un des portiques, le pilier des Horaces; sur le Comitium, le putéal, la statue et le figuier de Navius, la statue de Porsena; sur le Vulcanal, l'autel de Vulcain; à l'entrée de l’Argiletum, le temple de Janus, toujours ouvert. Plus loin, vers l'est, la Régia, le temple de Vesta et la fontaine de Juturne, la maison des Vestales.
Au-dessus de cette dernière maison, sur la via Nova, un plébéien, nommé M. Cædi-
tius, passait, la nuit, près d'un petit bois consacré à Vesta, sur la pente du Palatin. Tout
d'un coup, il entendit, sortant de ce bois, une voix surhumaine lui ordonner de prévenir les magistrats de la prochaine arrivée des Gaulois et de la nécessité de réparer les portes et les murs de Rome qui, sans cette précaution, serait prise. Cet avis, à cause de l'humble condition de celui qui le transmettait, fut dédaigné. Les dieux, évidemment, ne se seraient pas adressés à un si pauvre homme s'ils avaient voulu manifester aux
Romains leur volonté.
Nous n'avons pas à raconter ici l'entrée des Gaulois à Rome par la porte Collina, le pillage de Rome, le massacre, dans leurs maisons, des sénateurs qui, bouches inutiles, n'avaient pas voulu s'enfermer dans la citadelle. Les Vestales, comme nous l'avons dit plus haut, ayant enfoui une partie des choses sacrées, se réfugièrent à Cære, emportant avec elles les objets du culte public, parce que, tant qu'il resterait un Romain pour en accomplir les rites, ce culte devait être célébré.
On sait comment, averti par les oies sacrées de Junon, que, malgré la disette, on avait respectées, Manlius, plus tard surnommé pour ce haut fait Capitolinus, arrêta
l'ennemi prêt à entrer dans la citadelle; comment aussi Camille, survenant au moment
où Rome allait se racheter à prix d'or, défit et massacra tous les Gaulois, de telle sorte
qu'il n'en resta pas un seul pour aller porter la nouvelle dans son pays.
CELA PIRE IW