LE FORUM AU XVI® SIÈCLE (PARTIE OUEST
érudits qui s'intéressèrent aux monuments du Forum, recueillirent et sauvèrent, au moins par des copies, les inscriptions. Plusieurs, parmi lesquels on est heureux de saluer les grands noms de Pie II et de Léon X, se montrèrent plus clairvoyants que les hommes de leur temps. Pie II s'éleva contre le vandalisme des Romains, et, sous les peines les plus sévères, défendit la destruction des monuments antiques. Fra Giocondo cssaya de persuader à Laurent le Magnifique de prendre des mesures protectrices. Raphaël, nommé, apres la mort de Giocondo, commissaire des antiquités, par un bref de Léon X du 27 août 1515, s'exprimait ainsi dans un rapport célèbre : « Ceux-là mêmes qui devraient défendre comme des pères et des tuteurs ces tristes débris de Rome
ont mis leurs soins à les détruire ou à les piller. Que de pontifes, 6 Saint-Pere, revêtus
de la même dignité que Votre Sainteté, mais ne possédant pas la même science, le même mérite, la même grandeur d'âme, ont permis la démolition des temples antiques, la destruction des statues, des arcs de triomphe et d'autres édifices, gloire de leurs fondateurs! Combien d'entre eux ont permis de mettre à nu les fondations pour en retirer de la pouzzolane, et ont ainsi amené l'écroulement de ces édifices! Que de chaux n'a-t-on pas fabriquée avec les statues et les autres monuments antiques! J'ose dire que cette nouvelle Rome, que l'on voit aujourd'hui avec toute sa grandeur, toute sa beauté, avec ses églises, ses palais, ses autres monuments, est construite avec la chaux provenant des marbres antiques! »
Éloquentes protestations qui restérent sans effet! Elles sont de vingt-cinq ans seulement antérieures à l'époque où la Fabrique de Saint-Pierre entre en scène.
Encore quelques fouilles isolées, celles, entre autres, du cardinal Alexandre Farnèse. qui nous donnèrent les fastes triomphaux et capitolins, et le Forum endormi tombera, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, dans un oubli complet.
Un réveil, un rêve si l'on veut, au milieu du seizième siècle, le rappela pour un instant à la vie. En l'année 1556, l'empereur Charles-Quint devait venir à Rome. Le pape Paul IT voulut lui ménager, entre les débris des monuments antiques, sous les arcs de triomphe du Forum, une entrée triomphale, comparable à celle des empereurs romains. Il fit démolir, au milieu du Forum, tous les édifices non antiques, pour tracer, de l'arc de Titus à l'arc de Septime-Sévère, une voie directe: les constructions qui se trouvaient mêlées aux ruines ou en cachaient la vue disparurent. Rabelais, témoin oculaire de ces préparatifs, raconte que deux cents maisons et trois ou quatre églises y périrent; mais Rome vit, une fois encore, un triomphe avec l'appareil guerrier. Quelques années après, sous ces mêmes arcs de triomphe où des inscriptions peintes avaient momentanément remplacé, par les noms des saints, les noms des empereurs, une procession conduisit au milieu d'un grand concours de peuple, de Saint-Hadrien à Saint-Jean-de-Latran, une relique insigne.
Mais ce ne furent que des lueurs fugitives. Faute d'argent et aussi de temps, les débris des édifices détruits pour l'entrée de Charles-Quint ne furent pas enlevés, mais égalisés sur le sol aplani; Sixte-Quint y fit déverser les décombres des travaux quil exécutait dans d'autres quartiers de Rome. Sur ce sol exhaussé, des maisons, en coups de fronde, se construisirent; des barrières se partagerent le sol inégal envahi par la végétation. Sans l'arc de Septime-Sévere à demi enfoui, sans les colonnes des temples de Vespasien, de
Saturne et de Castor, qui donc aurait pu deviner que, là, avait été le Forum romain?
Fouilles. — Les fouilles sérieuses pour le déblaiement du Forum ne commencerent qu'à la fin du dix-huitième siècle par l'exploration de la basilique Julia, entreprise par
le chevalier Fredenheim. Pie VII, puis, pendant l'occupation française, le préfet du
Tibre, le comte de Tournon, préparérent des plans de déblaiement complet du Forum. L'administration française se proposait « de rechercher dans tout le Forum le sol antique et de le mettre à découvert en soutenant par des murs les terres sur lesquelles sont assises les constructions modernes; et déjà elle avait fait construire en 1810 un égout pour amener du temple d'Antonin et de Faustine aux conduits antiques les eaux pluviales qui seraient tombées sur ce sol déprimé. Les terres provenant de ces fouilles auraient servi à faire les remblais qu'exigeait la construction des quais ou auraient été portées
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au loin ». (Rapport du comte de Tournon.) Le temps manqua pour l'exécution
ARC DE SEPTIME-SÉVÈRE SAINTE-MARTINE SAINT-HADRIEN (Ancienne Curie