‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 51 sur 59 · LA FIN DU FORUM. = LES FOUILLES · texte numérisé non relu

LA FIN DU FORUM. = LES FOUILLES

Oubli. — Nous touchons au temps où le Forum délaissé redeviendra, comme au temps du roi Évandre, e Campo vaccino. Les désastres qui fondirent sur Rome hâtèrent son abandon : en 846, l'invasion sarrasine; dix ans plus tard, en 856, la terrible inondation du 6 janvier, et surtout, au onzième siècle, le sac de Rome par Robert Guiscard. Enfin, à dater de cette époque, les luttes féodales hérissèrent le Forum de tours et de travaux de défense. L'arc de Septime-Sévère se couronna de créneaux qu'il conserva longtemps et l'un de ses angles se prolongea en tour de guet. Englobé dans la forteresse construite au onzième siècle par les Frangipani, près de Sainte-Françoise-Romaine, et appuyé à la Turris cartularia dont Valadier fit, en 1529, disparaitre les derniers vestiges, l'arc de Titus, en partie détruit, ser it à la défense de la

voie sacrée et du sommet de la Velia.

Abandonné par sa population, le Forum tomba dans l'oubli. Des maisons d'habitation s’établirent sur les fondations des édifices, s'appuyérent aux colonnes antiques, aux tours du moyen âge. Un dessin de la bibliothèque de l'Escurial nous montre un coin du Forum à la fin du quinzième siecle. On voit, sous l'arche centrale de l'arc de Sévère, à demi enfoui, un angle de la basilique Æmilia encore debout à cette époque ; devant le temple d'Antonin, des édifices modernes alors. Un bœuf, paisiblement

couché prés des restes du temple de Vespasien, a déjà pris possession du Campo vaccino.

Dévastation. — Mais alors le Forum devient la proie d'un ennemi plus redoutable que le temps, que les invasions barbares, que les inondations : c'est la Renaissance, l'époque cependant où les esprits cultivés renaissaient au gout et à l'admiration des lettres et des arts de l'antiquité. Les hommes de ce temps-là n'entendaient pas de la

même manière que nous l'amour des antiques débris. Ils les recherchaient pour

ROMAIN

les copier et les imiter, pour les utiliser dans leurs constructions, mais non pour les conserver. La Rome moderne, avec ses palais et ses églises, devait naître de l'ancienne. Comment aller chercher à grands frais et faire venir des pays lointains d'où les tiraient les Romains les marbres précieux que l'on pouvait trouver en abondance sous le sol de Rome, parmi les ruines d'édifices hors d'usage, dont l'esprit du temps méconnaissait la valeur et l'intérêt historiques? Au quatorzième, au quinzième, au seiziéme siécles, les monuments du Forum, de Sainte-Françoise-Romaine au Capitole, furent exploités comme des carrières de marbre. Des documents d'archives nous ont fourni, en grand nombre, des traités passés avec les entrepreneurs, des concessions d'exploitation, détaillant par lots les ruines du Forum et autorisant, moyennant redevance, l'extraction des marbres. Les blocs étaient taillés sur place; les morceaux irréguliers, les statues peu propres à la construction servaient à faire de la chaux. En plusieurs endroits du Forum, au centre des grands monuments, on a trouvé, en couches épaisses, ces débris et ces éclats qui couvrent les chantiers des tailleurs de pierre, et aussi des fours à chaux avec les restes de leur provision toute prête à être enfournée: les statues des Vestales étaient ainsi préparées, attendant l'heure de la fournée.

Paul III, en montant sur le trône pontifical, le 13 octobre 1534, avait, par une bulle datée du 28 novembre, donné à Latino Giovenale Mannetti, commissaire des antiquités, des instructions sévéres et minutieuses pour la conservation des monuments antiques. Pourquoi faut-il que, six ans plus tard, en 1540, le même pontife, qui avait inauguré son règne par de si nobles préoccupations, étrangeres à son époque, ait, dans

un nouveau décret, livré le Forum romain à la sauvagerie de la Fabrique de Saint-

Pierre? Ce fut, pendant une période de dix ans, jusqu'en 50, une dévastation sans exemple. Dans sa belle histoire des fouilles de Rome, M. Lanciani nous décrit en quel

état nous aurions, malgré les désastres antérieurs, retrouvé le Forum au dix-neuvième

siècle, si, au seizième siecle, la Fabrique de Saint-Pierre n'y était passée :

« Nous aurions trouvé les gradins et le stylobate du temple d'Antonin entiers dans toutes leurs parties, avec une richesse infinie de bases honorifiques, de bas-reliefs, d'acrotères tombés du tympan, de corniches, de statues brisées; au pied du Clivus Sacer, l'arc de Fabius avec ses dédicaces historiques; le temple de César, intact Jusqu'au sol de la cella sur laquelle était assise la tour de l'Inserra, rasée en 1530; la Régia avec les fastes encore en place; l'arc d'Auguste avec ses inscriptions monumentales ; le temple de Vesta avec son péristyle qui, quoique renversé, était presque complet; l'atrium de Vesta avec les bases des Vestales encore en place sous le portique; le temple de Castor et de Pollux, parfait dans la partie basse, et enfoui sous une montagne de colonnes, de bases, de chapiteaux, de corniches qui sufhirent pour alimenter jusqu'en

so les fours à chaux des Farnèse; le portique ad Mineroam où l'on afhichait les décrets

impériaux, avec quelques tables de bronze encore en place; le temple d'Auguste tel que

nous le montrent les dessins des contemporains; et, finalement, à l'entrée du vicus Tuscus,

LE FORUM ROMAIN 14 le piédestal de la statue de Vertumne. Et, parmi tous ces monuments, souvenirs chrétiens du haut moyen âge, ateliers de marbriers des temps carlovingiens et de la première Renais-

sance, fours à chaux avec leur provision archéologique à peine touchée par les flammes,

des statues, des bas-relie

, des inscriptions, des médailles, des monnaies en nombre infini. « Dix années ont sufhi pour réduire ce Nobilissimus Rome locus à l'état de désolation où il se trouve ».

Il y eut cependant, pendant ces périodes néfastes, des architectes, des artistes, des

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