I . v (prise du h.iut du temple de F.iustini
rait résoudre avec certitude. Toutefois l'observation de Boni, que dans les tombes à incinération la porte des urnes funéraires en forme de hutte est toujours tournée vers l'Esquilin, milite fortement en faveur de la seconde
Fig. 127. Tombe à incinération Cl et tombe ,i inhiim.nion G.
hypothèse. Dans tous les cas on dut renoncer à cette nécropole lorsque la vallée du Forum eut été desséchée et transformée en un marché commun aux deux colonies: celle des Latins sur le Palatin, celle des Sahins sur le Ouirinal. La tradition romaine, d'accord sur ce
point avec les résultats (ies fouilles du scpiilcrctuin (et. supra p. 4), assigne comme date à cet événement le vi*"" siècle avant notre ère.
Les objets trouvés au cours des l'ouilles ont été transportés provisoirement dans un magasin de la Voie Sacrée (pi. m). On ne peut les voir qu'avec une permission spéciale du directeur des l'ouilles: mais quand le musée du F'orum, qu'on installe dans l'ancien couvent de S. Francesca Romana, sera définitivement organisé, ils seront accessibles à tous.
Cf. Boni Nolizie degli scavi 1902, 96-1 11. 1903, 123-170. 075-427- 1905. 145-193- ^''^' 499-514: Huelscn R. M. 1902, 92-94. 1905, 95-116; Vaglieri 33-42; Pinza Mon. dei Lincei XV (1905», p. 273-314.
XXX\'I. Constructions privées sur la Voie Sacrée. Au delà du sepidcrctiivi. les fouilles ont rendu l\ la lumière un groupe de bâtiments que, d'après l'aspect de leur construction, on doit attribuer à une date assez haute, à l'époque républicaine. Des deux côtés d'un corridor s'ouvrent trois petites chambres dont les murs sont formés de gros blocs de tuf; les jambages et les seuils des portes sont en travertin ; le pavé est en opiis spicatum (c'est-à-dire de briques disposées en épis); les parties supérieures des murs et la toiture tout entière sont des atlditions modernes. Si les ruines en sont parvenues jusqu'à nous en bon état, c'est que, lors de l'érection du temple rond du Divus Romulus (cf. p. 232), ces bâtiments furent englobés dans ses substructions. On a voulu voir dans ces chambres un « carcer » ; ce qui est une erreur, puisque toute la tradition romaine, aussi bien sous l' Empire que sous la République, ne parle jamais que d'une seule prison, le «Carcer» que nous avons visité au pied du Capitole (cf. p. 121). Ce sont
bien plutôt des caves de maisons privées comme on en a trouvé à Pompéi. D'autres restes de maisons privées (murs et canaux de tuf) ont été remis au jour au bord de la partie la plus ancienne de la Voie Sacrée, devant l'entrée du magasin précité (en m) et de
Fig. 128. KJifices prives sur la Voie S.icrce.
l'église Ss. Cosma e Damiano; mais on les a recouverts depuis.
Cf. Huels.^n R. J/. 1902, 94. 1905, 116; Boni .-//// 570-574; Vaglieri 30-31.
XXXVII. Fornix Fabianus. Sur la Voie Sacrée, là où commence la montée de la Vélia, le Consul O. Fabius Maximus AUobrogicus avait fait élever un arc de triom phe (121 av. J -C). Son petit fils, qui portait le même nom que lui, le restaura, probablement à l'époque de César. Les inscriptions dédicatoires et un certain nombre
de fragments furent découverts en 1546 près du temple de Faustine ; mais tous ces morceaux avaient déjà servi au moyen âge comme matériaux de construction. D'après les inscriptions, l'arc était orné des statues de O. Fabius Maximus Allobrogicus, de L. Aemilius Paullus, le vainqueur du roi de Macédoine, Persée, et de L. Cornélius Scipion le second Africain. Sans aucun doute il devait comprendre aussi celles du fondateur et de Scipion le premier Africain ; mais on ne peut dire avec certitude si ces statues étaient ou non placées au-dessus de l'attique, comme elles l'étaient d'ordinaire sur les arcs de triomphe de l'époque impériale. En 1882 on retrouva d'autres fragments de cet arc de Fabius, et notamment de la voûte (ils permirent d'évaluer la largeur de la baie à 3 m. 80); mais eux aussi avalent déjà été employés dans des bâtisses du moyen âge. On ne connaît pas au juste l'emplacement de l'arc parce que même les fouilles récentes n'ont rien révélé de ses fondations. Il n'est guère possible de le situer à l'endroit où nous en voyons aujourd'hui les restes (cf le plan, XXXV'II); à nous en tenir aux témoignages des auteurs anciens, nous devons bien plutôt supposer qu'il se dressait du côté de la Regia et du temple de Vesta. Il formait ainsi l'entrée du Forum du côté de la Voie Sacrée ; et l'orateur Crassus pouvait dire en parlant du vaniteux Memmius: « Il a de lui une si haute idée qu'il a pris l'habitude, quand il descend au Forum, de baisser la tête sous l'arc de Fabius ». L'arc était encore debout, à ce qu'il semble, aux V® et vi^ siècles ap. J.-C. Nous ignorons la date de sa disparition.
Cf. Cic. pro Plaïuio 17, in Verretn acl. I, 7, 19. de oraiore II, 167 avec les scholies; Sénèque dial. II, i, 2; Schol. Pers. IV, 49; Hist. Aug. Z'ila Salonin. I; CIL. VI, 1303-1304 (= Dessau 43).
Jordan I, 2, 209; Lanciani 217 sq.; Iluelsen R. J\f. 1902, 94.
XXXX'lll. Templum Divi Romuli. Le temple que l'Empereur Maxence érigea en 307 ap. J.-C. à son fils Romulus, mort en bas âge, est situé entre la Voie Sacrée et le forum de la Paix ou de Vespasien. La rue se rapproche tellement ici des dépendances du temple de la Paix qu'il ne restait à Maxence, pour bâtir, qu'un triangle assez étroit. L'architecte construisit alors le temple sur le plan d'un cercle, que flanquaient à droite et à gauche des rectangles terminés par des absides demi-circulaires d'inégale profondeur. L'édifice ne paraît pas avoir été achevé à la mort de Maxence. En tout cas, sur l'inscription dédicatoire, dont plusieurs fragments étaient encore conservés au vi® siècle, on lisait clairement le nom de Constantin. Deux colonnes de porphyre ornent l'entrée du temple. Elles supportent un riche entablement, emprunté à un édifice plus ancien ; la face postérieure, maintenant invisible, en est aussi finement travaillée que la face antérieure. La porte de bronze, qui est antique, a perdu ses ornements (oves autour des châssis, rosaces et étoiles sur les bordures). En revanche elle a gardé sa serrure dont le mécanisme fonctionne encore, après bientôt 1600 ans.
Ce mécanisme est d'une ingénieuse simplicité. Il se compose d'un verrou horizontal a et d'une barre verticale d\ l'une et l'autre sont liés à une roue dentée c que l'on fait tourner autour de son axe au moyen d'une clef d. Pour ouvrir on fait tourner la roue dentée d'un demi tour; la barre b s'élève et le verrou a recule, simultanément. La fermeture est automatique. Lorsque la barre passe au-dessus du trou qui lui est ménagé dans le seuil de la porte, en f, elle s'abaisse en vertu de son propre poids et met en mouvement la roue dentée r, qui à son tour pousse en avant le verrou a. Le trou de la serrure était recouvert d'une rondelle de bronze mobile autour d'un pivot. Cette rondelle qui avait, à n'en pas douter, la même décoration que les plaques fixes g g g, dissimulait le mécanisme aux profanes; il en est de même au-
jourd'hui dans nos serrures de sûreté. L'autre battant de porte avait lui aussi une barre verticale, mais qu'on levait et qu'on abaissait à la main.
Le temple fut converti par Félix IV (527-530) en un vestibule de l'église Ss. Cosma [e Damiano. C'est
Serrure nntiquc Ju temple de Romuliis
peut-être alors que sa décoration intérieure fut fortement endommagée. Ce qui pouvait en subsister disparut dans les transformations qu'il dut subir au xvii* siècle, lorsque Urbain \'III, tout en restaurant l'église voisine, ruinée par l'humidité et la négligence, en exhaussa le pavement d'un étage pour le mettre au niveau qu'avait alors atteint le Campo Vaccino (fig. 131). Depuis 1879
le bas de la rotonde a été déblayé à nouveau, et on a replacé l'entrée à son antique niveau sur la Voie Sacrée. L'intérieur sert maintenant de magasin pour les objets trouvés dans les fouilles. On a conservé dans le fond un autel en marbre du xiii® siècle et on y voit encore de pauvres restes de peintures à fresque.
Cf. CIL. VI, 1147.
Ivvanoff Annali deW Istituto, 1859 pi. F.; De Rossi Bull, cris/, 1867, 66-69; Lanciani Bttll. comun. 1882, 29-54, R. and E. 211-213; Huelsen-Jordan Topographie I, 3 p. 10 sq.
XXXIX. Le soi-disant Templum Sacrae Urbis. Derrière le temple rond est situé un édifice rectangulaire, dont le mur Est, très belle construction en blocs de tuf, a été récemment déblayé jusqu'au niveau antique. Au milieu du mur on aperçoit une porte, surmontée d'un arc aujourd'hui aveuglé, avec des montants de travertin, le tout d'une excellente construction. En revanche le mur du fond est en briques; on voit encore à sa surface les trous des crampons qui y retenaient les tables de marbre de la Forma Urbis Romae. Ce grand plan de marbre fut exécuté sous Septime Sévère, i)robablement à la place d'un autre plus ancien. Les fragments de ce plan, autant qu'on a pu les identifier, sont exposés dans le jardin du palais des Conservateurs. L'entrée principale de l'édifice était à l'ouest. Toute la muraille de ce côté, semblable à celle de l'est, était encore debout au xvii* siècle : elle était i)récédée d'un portique de huit colonnes. Urbain V'III fit abattre, vers 1640, toute cette partie de l'édifice, et employa les blocs de la démolition à construire l'église S. Ignazio. On a donné à cet édifice rectangulaire le nom de Templum Sacrae Urbis, bien que cette appellation ne se retrouve dans aucun texte aticien, et on a voulu y voir les .■\rchives qui auraient contenu l'original du plan de la cité tracé sur parchemin ou papyrus, les registres du cadastre et d'autres documents du même genre, en même temps qu'elles auraient renfermé une chapelle de la déesse Rome. Mais le plan de l'édifice ne convient pas à un temple, et l'on comprend tout aussi bien que ses murailles aient été ornées au dehors de la Forma Urbis Romae, si l'on admet que l'intérieur en était affecté à cette bibliothèque du temple de la Paix dont nous trou-
vons la mention dans Aulu Gelle (ii^' siècle ap. J.-C). Kn outre, il est peu probable qu'un édifice consacré au culte païen ait été transformé dès le vi^ siècle en éjjlise chrétienne. Les murs de r église Ss. Cosma e Damiano conservèrent Jusqu'au xvi'^^ siècle leur revêtement en mosaïque de marbre (ofius sectilé). Cette décoration disparut lors des remaniements d'Urbain VIII. Du moins l'abside qui fut ajoutée par le pape Félix IV a-t-elle gardé une mosaïque qui compte parmi les plus belles de Rome et vaut, à elle seule, une visite à l'église (l'entrée est via in Miranda).
La place, située derrière le « temple » et dallée de marbres de couleur, appartient déjà au Forum de la Paix {Forum Facis). Tout un puissant bloc du mur de la basilique de Constantin s'y est écroulé. On distinjjue encore très bien à l'intérieur de ce bloc les douze marches d'un escalier, et quand on songe à l'énorme hauteur d'où il est tombé, on se convainc de l'admirable qualité du mortier romain. Lors des fouilles qui révélèrent sa présence, t- bloc gisait sur une couche de décombres hauti- d'environ i m. 50 les murs de soutènement sur lesquels il est posé mainter.ant sont iiodernes); par conséquent il a dû s'effondrer lors d'un des grands remblements de terre qui survinrent au xn>; et au xiii^' siècles. Au iessous de l'angle NO de la basilique passe une i^alerie voûtée mtique. Elle a servi de voie de communication pendant tout le noyen âge et n'a été fermée qu'en 1565. Elle s'appelait alors ArcHS Latronis, peut-être à cause de son manque de sécurité. L'auteur des Mirabilia a brodé sur ce nom et nous parle d'un 'fmplum Pacis et Latonae.
Cfr. Jordan FUR p. 8, 9; Lanciani BitU. comun. (882, 26 54, A', and E. 213-217; Huelsen-Jordan Topographie I, 3 p. 5-7.
Arcus Latronis: Mirabilia c. 24 (Jordan II, p. 636); Lanciani 206 sq.
XL. Clivus Sacer. Devant le temple de Ronuilus la rue commence à monter. A droite se trouvent de nombreux restes de maisons privées (du 11' ou du m' siècle) coupés par deux longues substructions en blocage. Ces substructions proviennent peut-être de la régularisation du terrain qui suivit la construction de la Ijasilique de
Constantin. L'édifice en briques et à arcades qui se trouve à gauche de la rue et au pied de la basilique date du moyen âge: ce sont peut-être les ruines d'une riche demeure particulière.
A droite et en face, un certain nombre de morceaux <de marbre ont été mis en tas. On distingue surtout un
Fig. 152. Entablement du temple de Bacchiis sur la Voie Sacrée.
fragment d'entiiblement avec un bout d' inscription. Fragment et inscription semblent avoir appartenu à une petite mais élégante rotonde (3 m. 80 de diamètre). A côté du champ de l'inscription un bas-relief représente une Ménade. Il est donc probable que l'édifice était une chapelle dédiée à Liber Pater (Bacchus). Justement nous savons par Martial qu'il y en avait une au sommet de la Vélia, au point où le chemin bifurquait vers les pa-
lais impériaux. Elle figure sur une monnaie d'Anlonin le Pieux (fig. 133): par conséquent on peut supposer que cet Empereur, dont le nom apparaît aussi sur l'inscription, la fit restaurer.
Cf. Martial IX, 72, 4.
Huelsen R, M. 1902, 9.5 sq.; Vaglieri 19-29.
Le pavé sur lequel on gravit la pente de la Vélia n'a été dégagé que par les fouilles les plus récentes. Jusqu'en 1901, il était recouvert par un autre pavé, plus haut de deux mètres environ, également fait de grands polygones de basalte, mais mal joints entre eux et à une époque tardive. Le pavé du niveau inférieur est coupé par de nombreuses ruines de brique et de tuf.
Elles proviennent peut-être d'un grand entrepôt de denrées orientales {horrea piperatarià), qui était situé sur la Voie Sacrée, et sur l'emplacement duquel fut élevée la Basilique de Constantin.
Cf. Dion Cassius LXXII, 24; Chronogr. 354 p. 146 Mommsen. Lanciani Bull, comiin. 1900, 8-13; Huelsen R. M. 1902, 95.
XLL Basilica Constantini. Du clivus sacer on accède par un escalier moderne à l'angle S. E. de la basilique de Constantin. Entre 306 et 310 Maxence commença la construction, à l'extrémité supérieure de la Voie Sacrée, d'une nouvelle basilique de dimensions colossales {basilica nova). Elle n'était pas terminée à sa mort (313). Ce fut son vainqueur Constantin qui acheva l'édifice, en faisant d'ailleurs quelques modifications au plan primitif. Ainsi, par e.xemple, à l'origine l'entrée principale était
Fip. 153. Monnaie d'Anlonin le Pieux.
du côté du Colisée, et l'abside pour le tribunal sur le côté opposé, vers Ss. Cosma e Damiano; ce n'est que plus tard qu'on ouvrit sur le petit axe de l'édifice, une seconde entrée donnant sur la Voie Sacrée et que l'on construisit dans la nef latérale nord une seconde abside correspon-
Kio;. 134. Basilique de Constantin (restauration).
dant à l'entrée. On distingue encore nettement comment le mur du fond, d'abord tout droit, a été interrompu et remplacé en son milieu par un mur semicirculaire. On voit au centre de cette abside le soubassement sur lequel était placé le siège de l' Empereur ou du magistrat qui présidait les audiences judiciaires. Le seuil de marbre de la balustrade {cancelliim) qui séparait les juges du pu-
blic est encore en place. Ce qui subsiste de la décoration architectonique (consoles ornées de victoires, moulures richement sculptées) atteste la décadence du goût au IV' siècle. En revanche l'ensemble de la construction est grandiose. Elle ditière essentiellement des basiliques plus anciennes, toutes en colonnes et en piliers, et rappelle bien plutôt les grandes salles des thermes impériaux (la salle centrale des Thermes de Dioclétien, aujourd'hui S. Maria degli Angeli, nous offre une comparaison tout à fait probante). Quatre énormes piliers suffisent à supporter les voûtes en berceau des nefs latérales et les voûtes d'arêtes de la nef centrale. La basilique couvre une surface d'environ 6000 mètres carrés, (S. Maria degli Angeli en couvre à peine 2000). Les fig. 135 et 136 peuvent nous aider à apprécier les dimensions de la basilique en nous permettant d'en confronter les coupes longitudinale et transversale avec celles de grandes églises du moyen âge ou des temps modernes (cathédrales de Fribourg, de Limbourg, de Cologne, église de St. -Thomas à Berlin). Les colonnes colossales érigées en avant des piliers (cf. fig. 129) n'avaient qu'un rôle purement décoratif. La dernière d'entre elles fut transportée par ordre du pape Paul \' sur la place de S. Marie Majeure, où elle supporte aujourd'hui une statue en bronze de la Vierge. Dans ces dernières années, on a retrouvé, dans la partie occidentale de l'édifice, de nombreux restes du pavé en marbre, des morceaux de la voûte avec des traces de stucs dans les caissons. L'abside primitive de la muraille de l'ouest avait servi, après la construction d'une seconde abside sur le petit axe, à abriter une statue colossale de Constantin. L' Empereur était représenté assis; la tète et des morceaux des bras et des jambes, exhumés à cet endroit vers 1490, sont exposés aujourd'hui dans la cour du palais des Conservateurs. Près de l'abside, dans l'angle de la troisième arcade, débouche un escalier en
colimaçon, de construction antique; il menait en haut de la basilique; 54 marches en sont encore praticables; le bloc écroulé derrière Ss. Cosma e Damiano en faisait partie (cf. supra p. 237). Le toit de la basilique, d'où l'on a une vue splendide sur le Forum, le Palatin etc., est malheureusement fermé au public depuis plusieurs années.
Basilique de Coiist.intin, coupe longitudinali
La destruction de la basilique géante commença dès le haut moyen âge. Le pape Honorius l" (625-638) enleva les plaques de bronze de la toiture pour en couvrir r église Saint-Pierre. Toutefois les dimensions énormes de l'édifice empêchèrent qu'on l'affectât au culte chrétien ou qu'on lui donnât une destination pratique. Laissé dans l'abandon, il eut à souffrir des tremblements de terre et fut sans doute très endommagé par leurs secousses (cf. p. 237). Les Mirabilia l'appellent ternpltim Romuli s?ip?-a tempium Latonae (cf. p. 237). Depuis le xv^ siècle on le désignait sous le vocable de iemphim
Pacis: Nibl)y a été le premier (1819) à lui rendre son véritable nom.
Cf. Notitia reg. IV; Aurel. Victor Caes. 40; Chronogr. a 354 p. 146 éd. Mominsen.
Reber Ruiiien Rotns 392-397; Ducliesne Me-langes de i École
\^'i. li'
coupe transversale.
/rançaisc 18S6, 25 sq.; Petersen Atli delV Accad. Pontificia 1899, 159 sq.; Lanciani 203-208, Bull, comtin. 1900, 9-13; Huelsen R. M. 1905, 117; Huelsen-Jordan Topographie I, 3, 11-14.
XLII. Templum Veneris et Romae. Au sommet de la Vélia s'élève le magnifique sanctuaire que l'Empereur Hadrien dédia, en 135 ap. J.-C, à \'énus mère de la gens Jnlia et à la Déesse Rome.
Soixante-dix ans avant Hadrien, Néron avait étendu sur toute cttle région le vestibule de sa maison dorée (les restes d'un por-
tique qui peut-être en dépendait, avec des cliambres, et un grand escalier monumental descendant vers le Colisée, furent découverts au XVI* siècle sur le côté nord du temple; mais ils sont aujourd'hui enfouis profondément et inaccessibles). Sur le point le plus élevé de la Vélia se dressait la statue colossale du dieu Soleil, auquel le sculpteur avait donné les traits de Néron; il avait 29 m. de haut.; et sa tête était entourée d'une auréole de 7 rayons, chacun de 7 m. de long. Comme emplacement et comme hauteur, il correspondait à peu près au campanile de S. Francesca Romana. Par ordre d' Hadrien, le colosse, qui était un obstacle à la construction
Hi?. 157. MoniLiies d'Hadrien (<j) et d'Antonin le Pieux (/-t)-
du temple, fut descendu de la colline dans la dépression occupée par le Colisée. Pour mener à bien l'opération, l'architecte Decrianus dut employer la force de traction de vingt quatre éléphants. On voit encore la base sur laquelle le colosse était érigé; elle est située sous l'angle nord-est du portique, en face de l'amphithéâtre. Le projet d'Hadrien d'ériger à l'autre angle, du côté de la Meta sudans, une statue colossale de la Lune n'a pas été réalisé. Le temple ne fut probablement achevé que sous le règne d'Antonin le Pieux; il est en effet représenté sur des monnaies de cet Empereur. Il eut à souffrir d'un incendie sous Maxence. Restauré à cette époque, il passait encore au milieu du iv= siècle pour une des merveilles de la capitale. La tradition chrétienne y localise la lutte que S' Pierre et S' Paul durent soutenir contre Simon le Magicien. A la place où les deux apôtres se seraient agenouillés pour demander à Dieu de faire tomber le Magicien, c'est-à-dire entre le pronaos du temple et les ruines de son portique occidental, le pape Paul I" (757-767) «t construire un oratoire
s. Pétri et Pauli in Sacra Via. Il fut remplacé plus tard par l'église de S. Maria Nova (cf. supra p. 170), qui subsiste encore aujourd'hui sous le nom de S. Francesca Romana.
Le temple, construit sur les plans mêmes d'Hadrien, s'élevait sur un large soubassement de blocage, de 154 m. de long sur 100 m. de large, qui, à l'ouest, dépassait le niveau de la Voie Sacrée de quelques marches seulement, (noter sur les degrés de cet escalier toute une série de graffiti: un gladiateur, un cheval de course, un centaure avec une palme à la main), tandis qu'à l'est il surplombait la place du Colisée d'une assez belle hauteur. Les grands côtés de ce podium étaient bordés de portiques avec des colonnes de granit gris: des bâtiments, faisant saillie au centre et aux extrémités, formaient comme des propylées. Peut-être n'y avait-il pas de propylées sur les petits côtés, pour ne point masquer les -façades. Mais on ne saurait rien affirmer à ce sujet.
Chacune des deux façades du double temple avait dix colonnes corinthiennes de marbre blanc. Les murs construits en brique étaient revêtus à l'extérieur de solides blocs de marbre. Le sanctuaire tourné vers la Voie Sacrée (celui de l'ouest) était vraisemblablement consacré à la déesse Rome. Le groupe du fronton (dont un basrelief du musée des Thermes nous offie une reproduction) représentait Mars et Rea Silvia, la louve et les jumeaux, et probablement la fondation de la Cité. Chaque cella était pavée de marbres précieux, de porphyre et de serpentine; des niches pour statues étaient pratiquées dans les murs; les \'oûtes en berceau étaient décorées de caissons richement sculptés. La cella de l'ouest qui formait autrefois le jardin du monastère de S. P'rancesca Romana, sera incorporée au Musée du Forum. Pour le moment elle n'est visible qu'avec une permission spéciale. La cella de l'est, jadis consacrée à Vénus, s'ouvre librement sur la place du Colisée: elle est en bien plus mau-
vais état. Les statues des divinités étaient placées, chacune au fond de sa cella, dans de grandes niches voûtées en demi-coupoles. Le grand architecte Apollodore de Damas,
Fi». 140. fî^^dc du iciuiilc a.. \ crus et de Komc vers le Colisee, et.U actuel,
hig. 1(1. l-.i,;nde du tempie de \ eiius el de Konie, Vtr>
à qui Hadrien avait soumis ses plans, observa que « si les déesses avaient voulu se lever de leurs trônes elles se seraient cogné la tête au plafond ». Il tomba en disgrâce pour cette critique.
Sur l'esplanade qui s'étend devant la cella de Vénus on découvrit lors des fouilles de 1828 un grand nombre de fours à chaux, (l'un d'eux a été conservé a l'angle S.O. près de l'Arc de Titus), preuve de la barbare dévastation qu'eut à subir l'édifice au moyen âge. Les revers des monnaies (fig. 137) montrent à droite et à gauche du temple deux colonnes colossales surmontées de statues (peut-être d'Hadrien et de Sabine?). De la colonne érigée au nord du temple subsistent la base et un morceau du fût (en marbre cipolin).
Cf. Dion Cass. LXIX, 4. LXXI, 31; Hist. Aug. vila Hadr. 19; Athénée VIII, 63 p. 361; Notit. reg. IV; Chronogr. a. 354 p. 146 éd. Mommsen; Servi us ad Aen. II, 227; Prudence contra Synimachum I, 214. — Monnaies: Cohen2 Antonin 698-703. 1074-1076.
Beschreibung Roms III, i, 229-318; Rebef Ruinen Roms. 400-405; Laloux Mélanges de l'École française 1882, 362-378; Petersen R. M. 1895, 248 et pi. V; Lanciani 196-200; Vaglieri 19; Huelsen-Jordan Topographie I, 3, 17-23.
XLIII. Arcus Titi. L'arc de triomphe que le Sénat et le peuple décernèrent à Titus après sa victoire sur les Juifs ne fut pas exécuté de son vivant. Aussi l'inscription (sur le côté est) lui donne-t-elle l'épithète de Divas, et on a représenté au milieu de la voûte interne le Génie de l'Empereur qu'un aigle emporte au ciel. L'arc n'est point cité dans les auteurs anciens. La mention en est même absente des régionnaires du IV-' siècle. Il figure seulement, et avec le nom cV arcîis m sacra via smnnia, sur le remarquable bas-relief appartenant au tombeau des Haterii sur la voie Labicane, aujourd'hui au Musée du Latran et qui représente la Voie Sacrée du Palatin au Colisée (fig. 142). Au moyen âge il était englobé dans les fortifications des Frangipani. La rue passait alors au-dessous du niveau antique, et les blocs de travertin des fondations, mis à découvert en 1902, ont été visiblement endommagés par le frottement des voitures con-
tre leurs parois. Les fondations reposent directement sur le pavé antique: on a voulu conclure de cette disposition que l'arc était d'abord élevé plus près du milieu de la Vélia: il n'aurait été transporté à l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui que lors de la construction du temple d'Hadrien.
Au moyen âge, on aménagea une chambre dans la partie supérieure de la baie, et on mutila pour établir le plancher les beaux basreliefs figurés de la partie inférieure. Sixte IV (147 1- 1484) fit enlever la majeure partie de toutes ces bâtisses. Toutefois un pan de la tour qui surmontait l'attique subsista jusqu'au commencement du xix"-' siècle.
Lorsque en 1821 les dernières additions médiévales eurent disparu, on s'aperçut que les piliers latéraux avaient grandement souffert, et on dut les refaire presque entièrement. La restauration fut exécutée avec beaucoup de soin sous la direction de l'architecte français Valadier. Les par-
des modernes sont en travertin ; elles manquent des riches ornements qui décorent les parties antiques. On peut donc facilement les en distinguer.
Les bas-reliefs sculptés à l'intérieur de la baie représentent: à gauche (au nord) l'Empereur sur son char de triomphe; une Victoire le couronne, la déesse Rome tient les rênes; des licteurs avec leurs faisceaux sans la hache, des cavaliers entourent le char. Par derrière apparaît une forme idéale, le buste nu, peut-être bien le Genius Populi Romani. A droite se déroule une fraction du cortège triomphal, prête à passer sous un arc dont une partie seulement est sculptée en bas-relief (l'autre partie était peut-être représentée en peinture). Les trésors du temple de Jérusalem sont portés sur des brancards {fer alla) : sur le premier viennent les pains de proposition et les trompettes d'argent; sur le second, le chandelier à sept branches. On voit dans le fond trois soldats porteurs de tablettes {tituli) sur lesquelles étaient probablement gravées les inscriptions relatives à la victoire et au butin. Une autre fraction du cortège est représentée sur un bas-relief de la frise de l'est (au dessous de l'inscription dédicatoire) : c'est une procession de victimaires conduisant des taureaux couronnés pour le sacrifice. Au milieu du cortège, portée sur une litière, une statue couchée, probablement celle du Jourdain divinisé.
Cf. Rossini Archi trionfali pi. 31-37; Reber Ruineii Roms 397-400; Wickhoff Wiener Genesis 43 sq. 54 sq.; Lanciani 201- 203; Vaglieri 17-18; Huelsen ^. J/. 1902,97. 1905, 117-119; Huelsen-Jordan Topographie I, 3, 15 sq.; Spano, Memorie dell' Accad. di Napoli, XXIV (1906).
Sur la Vélia, au point de jonction de la / 'ia Nova et de la Sacra Via (pi. en q), les fouilles continuent: elles mettent à nu des fondations en blocage et des murs de brique de différentes époques, qui s'entrecroisent de
façon très compliquée. Il est jusqu'à présent impossible de mettre un nom sur toutes ces ruines. Il faut noter une construction en tuf, avec quelques moulures en tra vertin, qui a un aspect relativement ancien. On y a voulu
Fis:, in- Mct.i suJans, Tnrre Cartularia et arc de Titus en
reconnaître, mais sans preuves suffisantes, le Templum Lariim in Suf/ima Sacra l 'ia. A une grande profondeur on aperçoit les vestiges d'une rue pavée avec des quartiers de lave, qui menait de l'arc de Titus à l'entrée principale des palais impériau.x du Palatin, et qui s'appelait également clivus sacer.
XLIV. Templum Jovis Statoris. A delà de l'arc de Titus, à droite de la Voie Sacrée, on aperçoit les ruines d'une grande substruction de caractère passablement archaïque (blocs de pépérin et, dans la partie inférieure, blocage fait presque exclusivement de fragments de basalte). Elles proviennent du temple de Jupiter Stator que Romulus aurait fondé, suivant la légende romaine, en avant du vieux mur d'enceinte du Palatin, non loin de la Porta Mugonia, à l'endroit même où ses troupes avaient été réduites aux abois par les guerriers Sabins. Romulus promit un temple à Jupiter si le dieu consentait à ramener l'ordre dans les rangs brisés de l'armée Romaine; et Jupiter exauça sa prière. Le temple restauré (ou, suivant d'autres, construit) par le consul Atilius Regulus (294 av. J.-C.) est figuré sur le basrelief du tombeau des, Haterii (fig. 142), à droite de l'Arc de Titus; d'après ce document, il avait quatre colonnes sur sa façade et il était tourné vers le clivus Palatimis. Il existait encore au iv' siècle de notre ère. Au moyen âge, on éleva sur ses fondations la Torre Cartularia, tour qui renfermait les archives de l'Église Romaine. Cette tour apparaît sur un grand nombre de vues des XVI* et xvii° siècles (fig. 143); elle n'a disparu complètement qu'en 1828. Mais ni à cette époque, ni dans les fouilles qui ont suivi on n'a retrouvé de fragments architectoniques ayant appartenu au temple lui-même.
Cf. Cic. in Catil. I, 11, 33. III, 14; Ovide trist. III, i, 31; Liv. I, 12, 6. 41, 4. X, 36, II. 2,1^ 15- XXXVII. 2>1'^ t)en. Hal. II, 50; Plutarque Cic. 16; Notit. reg. IV.
Brunn Annali delV ht. 1849, t,"]; Lanciani 173. 200; Huelseii- Jordan Topographie I, 3, 20-23