‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 117 sur 127 · V. CORSIOXBART · texte numérisé non relu

V. CORSIOXBART

Messieurs, prenez, si vous voulez» que je suis un peu fou; mais écoutez-moi, car il m'arrive parfois de dire de bonnes choses.

Vous êtes ici quatre cent quarante-neuf honnêtes gens qui ne comprenez trop rien à la besogne que vous y faites... (Réclamations). Ce début vous parait peu parlementaire. Eh! Messieurs, passez sur la forme, et attachez- voas au fond. Je ne suis pas orateur, je ne me donne pas pour avocat^ je ne sais ni aligner, ni disposer les parties d'un dis-

coars, et j'ignore l'art d'arrondir des périodes sonorei. Je ne suis qu'un homme de sens on on fou ; jngez-en.

Non ! vous ne comprenez rien aux clioses que vous faites, et c'est votre ignorance qui fait votre excuse. Mais, foi de foui. vous ailez au rebours du bon-sens.... Avant d'exercer la médecine, il faut d'abord apprendre Tanatomie, il faut connaître la Science médicale. Et vous, prétendus médecins du Corps social, en avez-vous étudié l'anatomie? avezvous jamais étudié quelque chose qui ressemblât à une Science sociale? Yous doutez-vous seulement qu'il y ait une Science des Rapports sociaux? et pensez-vous qu'il ne faille pas des connaissances sérieuses, des connussances toutes spéciales, pour présider aux Destinées d'une grande Nation, pour donner son avis sur des questions qui intéressent l'Humanité tout entière?...

Je vous entends sans cesse parler de garanties, d'équilibre, de contre-poids, de balance des Pouvoirs... Comprenez-vous seulement ce que vous dites?... (Rumeurs.) Je vois parmi vous d'éloquents avocats, d'excellents jurisconsultes, des manufacturiers, des agronomes fort capables, d'habiles négociants, d'adroits banquiers, de braves militaires; j'y vois des hommes d'esprit, et même des hommes de cœur; mais un homme qui connaisse et comprenne le ' But de l'Humanité, je l'y chercherais en vain. (Agitation. ) Oui, je l'y chercherais en vain, et la stérilité de vos débats me donne le droit de vous parier ainsi ; car enfin, plus vous vous donnez de mouvement pour le bien public, moins les résultats sont appréciables^ que dis-je? plus vous vous éloignez de votre but, puisqu'il est trop vrai que la situation des peuples empire de jour en jour. D'où vient donc que vos efforts n'y peuvent rien? C'est que, si vous êtes tous des gens probes et bien intentionnés, nul de vous ne peut se dire sérieusement : « Je comprends quelque chose aux questions qui me sont soumises. » ( Mouvements divers. )

Eh Moi» quoi! ce langage tous étonne? (fesl la |ii^ mière fois qn'on ose vous le tenir en beel Le temps n'est pas loin, croyez^moi, où la raison pobliqne enfin éclairée ne yons en tiendra pas d'autre, et où le bon -sens des populations rédamera de vons nn compte terrible. (Brait. )

Convenei«en, Messieurs, vons arrives tous ici sans idée précise, sans Imt déterminé, sans plan, sans règle de conduite. Nul de vous n'a nne vne d'ensemble, et tous vons vous laissez absorber par les détails. Un cri universel d'angoisse vous apprend que notre Société entre en décomposition ; les peuples vons adjarent d'apporter on remède aux calamités publiqqes; cependant, que iaites-vous? vous perdes votre temps à discuter sur des questions partielles; et, lorsqqe vons devriez vous élancer résolnmept vers l'avenir, on vons voit aller deçà et delà, tantôt retournant vers nn passé qui ne pent vous offrir que le tablean de ses misères, tantét march|int sur les traces des peuples voisins, qni tons, hélas 1 sont pins ou moins malades que vous. Est-ce donc ainsi que vons devriez procéder? et pensez^vons avoir conscience de la grandeur de votre mission 7

Vous vous proposer, je le sais, toutes sortes d'améliorations utiles, et vos indécisions même sont une preave de votre bon vouloir. Mais les améliorations, ne devriez-vous pas réflédiir qu'elles ne sont utiles, qu'elles ne sont réalisa- Mes même qu^autant que l'on est dans une bonne voie, que Fon suit une bonne direction? Quelle est dono la première chose, la chose la plus pressée que vous ayez à hire, sinon de vous reconnaître et de voi|s orienter f Et si la voie dans laquelle vous êtes engagés est Hausse, dites, qu'aurez-vous de mieux à iaire, si ce n^est de prendre une voie nouvelle et de changer complètement de directioii? Car enfin , si vous vous trompez sur le But, si même vous ne savez pas vous proposer un But, quel résultat ponvez-vous vous promettre de vos travaux 7 Enfin, si vous ne savez pas far*

moler l'Équation sociale, en y faisant entrer les différents termes dont elle doit se composer , comment sanriez-votis en dégager Tinconnae? (Marques d'étonnement. )

Mais que dis-je? vous ignorez même que le point essentiel est de formuler l'Equation sociale dans sa plus grande généralité. Aussi , lorsque les problèmes partiels sur lesquels vous vous exercez vous paraissent difficiles à résoudre, vous arrive-t il jamais de soupçonner que ces problèmes sont mal posés, et que c'est uniquement parce qu'ils sont mal posés qu'ils sont insolubles? Non, Jamais vous n'avez eu pareil soupçon, et il y a plus, jamais vous n'avez reconnu qu'aucun problème fut insoluble. Si vous en étiez là, si vous saviez confesser l'insolubilité de certains problèmes, tels qu'ils vous sont présentés, vous seriez bien près de savoir comment il convient de les poser, comment il faut les résoudre. Suivez donc le conseil que je vais vous donner. Si vous ne voulez pas discuter dans le vide, inventez une méthode, trouvez une pierre de touche pour vous assurer de la position des problèmes. Quand on fait à l'Algèbre une question absurde , l'Algèbre vous répond : Ce que vous me demandez est absurde. Tâchez donc de trouver la méthode algébrique applicable aux formules sociales.... ( Oh! oh! ) Oui , Messieurs, oui, soyez-en bien convaincus, tant que vous ne serez pas en possession de cette méthode, de cette pierre de touche, vos discussions politiques seront celles d'une Chambre d'aveugles discutant sur les couleurs. ( Agitation en sens divers ; interruption. )

Ce raisonnement vous révolte, il vous fait pitié. Hélas! Messieurs, il y a quelque chose de plus révoltant, de plus pitoyable encore : — c'est de voir avec quelle confiance nos hommes d'état se lancent dans la carrière. La science la plus difficile, celle qui embrasse toutes les autres, la science de gouverner les hommes, ou plutôt de guider l'Humanité dans la voie que Dieu a ouverte devant elle, il semble que chacun la possède ; l'écrivain qui a fait un article de journal,

Pautear qui a fait joner une comédie, le soldat qui s'est montré brave, Tavocat qui a plaidé sa première cause, le banquier qui a fait fortune, — tous se croient aptes à de-^ venir députés, hommes d'état, ministres.

Chose étrange ! ceux qui, parmi vous, n'ont pas appris la chimie, avouent sans détour qu'ils ne savent pas la chimie, ne l'ayant point apprise; et jamais aucun de vous ne reconnaît son -ignorance en fait de Science sociale ! ! en quoi vous ne ressemblez pas mal, permettez-moi de vous le dire, à ces Marquis de Molière qui savaient tout sans avoir rien appris. ( Rires et murmures. )

Eh|! Messieurs, c'est un bien grand travers que vous montrez là, un travers entraînant les plus graves dangers pour la Société... Car, encore une fois, pour gouverner les hommes, il faut certaines connaissances spéciales que vous ne possédez pas... Oserez-vous dire que vous les possédez?... Là, sérieusement, la main sur la conscience, vous êtes tous parfaitement insuffisants. (Explosion de murmures ; interpellations. Plusieurs députés demandent la parole. L'orateur attend que le calme soit rétabli.)

Et au fait, de quel droit êtes-vous ici ? ( Ah! ah ! ) — Nous y sommes, direz-vous, par l'omnipotence de la Nation, ou plutôt, ne vous y trompez pas, par la volonté du Corps électoral. — Et partant de là, vous vous imaginez être les hommes les plus capables de France! Vous êtes tout-à-fait dans votre droit, Messieurs, vous pouvez vous admirer tout à votre aise ; mais daignez oublier un instant votre propre glorification^ et permettez-moi de supposer un instant, un seul instant , que la Nation est , au fond, plus intelligente que vous... (Une voix de l'extrême gauche : Bravo ! )

Si mon hypothèse est juste, comme quelques-uns sont de force à le soutenir, si seulement elle est probable, c'est donc que, dans la manière dont vous êtes élevés à ce haut rang que vous occupez, il y a un vice radical, vice qu'il &ut ra-

chercher pour le faire disparaître. (Vive approbation à gauche ; silence aa centre. )

(L'orateur se tournant vers la gauche.) Ah! vous triomphez, messieurs les libéraux ! vous vous attendez à ce que j'appuie aussi la Réforme électorale... Parce que vous trouvez infiniment absurde que la Capacité se mesure à l'impôt, vous triomphez! Et vous demandez, vous, qu'on abaisse le cens, vous (plus logiciens en apparence), qu'on le supprime tout-à-fait ^ et lorsque vous ne savez pas même assurer la subsistance du peuple , vous réclamez pour lui, quoi? le Suffrage uioversel !... Dérision!... (Bravo au centre.) Et vous, messieurs du centre, faites - vous mieux que vos adversaires? Qu'offrez -vous au peuple lorsqu'il meurt de faim? la Morale d'abord, et quand la Morale ne suffit pas, le canon et les baïonnettes... Dérision, vous dis-je! sottise et dérision des deux parts! ( Ecoutez !)

Mais examinons (je parle aux radicaux de toutes les nuances), examinons ce qui arrivera lorsque vous aurez instauré le Suffrage universel. — Ecoutez, de grâce, l'apologue que voici :

Un jour, les animaux, fatigués de l'anarchie» résolurent de se rassembler en corps de nation, et adoptèrent le Gouvernement constitutionnel ( d'autres disent la République ), comme étant la forme sociale la plus digne des bêtes, et la plus ratùmneUe des formes sociales connues. Ils commencèrent par décréter l'Égalité de tous les animaux entre eux et l'aptitude de chacun à tous les emplois ; puis , suivant rigoureusement la conséquence de ces principes ( car les animaux sont de rudes logiciens qui ne font pas les choses à demi), ils convinrent que tous, ayant des droits égaux, concourraient également aux Elections non pas seulement des députés, mais de tous les fonctionnaires publics. Qu'arriva-t-il? Le mouton et l'âne votèrent avec le chien et le cheval, dans les mêmes circonstances, pour le même objet, et la voix des uns et des autres eut le même poids ; le

renard n'eat pu plus de part aux ÉlMtioiui qae le canard, ni l'aigle plus d'influence que la base. Qn'arriva-t-il encore? C'est que, bon nombre d'animaux n'ayant sxiexm intérêt à ce que tel fût dépoté plutôt qne tel antre, la plupart des électeurs, et des plus sensés, négligèrent l'exercice de leur droit. — L'indifférence qui tue tout, frappa la Société dans le Corps électoral. Aussi , lorsque les choix étaient bons, on citait le fait comme une exception extrêmement rare. Bien que l'on eût ordonné expressément de respecter les élus, chacun les poursuivait hautement d'amères critiques. Les affaires furent gérées tout de travers ; il y eut des réclamations, des collisions , des guerres civiles. — Quelques députés, bétes de sens (c'était le petit nombre), demandèrent qu'on réformât un mode d'Élection dont les Résultats leur faisaient si peu d'honneur; mais comme ils ne savaient par quoi le remplacer, ils eurent le bon -sens de convenir de leur embarras.

Un vieux singe, qui réfléchissait sur son arbre, se présenta un jour devant l'assemblée, et dit :

«Messieurs, je vois d'où vient tout le mal : c'est que l'on ait admiSf dans tous les cas, le lapin comme l'égal du lion, le canard comme l'égal du cygne. Tous avez cru décréter l'Egalité, et vous n'avei fait qu'établir l'Injustice h plus monstrueuse et la plus brutale. La Justice bien entendue consiste à accorder à chacun des droits proportionnels à sa valeur propre. Si donc vous pouviez connaître au juste la valeur de chacun de vous, vous connaîtriez aussi la valeur de son vote , et vous sauriez dans quel cas il doit votor, dans quel cas , — non. C'est à cela. Messieurs, que se réduit la difficulté. Eh bien ! j'ai inventé un mécanisme au moyen duquel on peut facilement déterminer la valeur et la compétence de chacun. Voici ma machine» appUquez-la, et tout ira bien. «

On écouta ce vieux singe, bien qu'il fftt expérimenté ; pn fit l'essû de son méoaniamey et il ae trouva qu'il avait

les propriétés annoncées par i'mventenr. Les passèrent ponr le mieux ; ehaonn votant snr des objets à lai connus et qoi Fintéressaient direetement, auonn électeur ne manqua à son poste; les phis dignes forent élus, et personne ne se plaignit pins, parce que cliaeun comprit qu'il avait pesé de tout son poids dans la balance électorale ; et les guerres civiles cessèrent , et les animaux vécurent désormais en bonne harmonie.

Moralité. — Cela vous apprend, Messieurs, quMl vous faudrait, pour résoudre le Problème électoral, un moyen analogue à celui du vieux singe, un moyen qui vous permit de reconnaître la valeur de chaque électeur, de le titrer y de peser son vote; car il y a, parmi les hommes, force moutons, quantité d'ânes, beaucoup moins de cygnes, et fort peu d'aigles, (Hilarité. ) Hais, comme cet ingénieux mécanisme a été perdu ( grand dommage!), vous comprenez que le problème est insoluble, au moins dans la Société actuelle qui, ne présentant aucun moyen pour titrer rintelligence, mesurer la capacité, et déterminer la compétence de chaque citoyen, n'est évidemment pas organisée pour l'Élection.

Modifies, réformez tant qu'il vous plaira, débattez-vous dans le cercle d'impossibilités qui se rétrécit sans cesse autour de vous; tant que vous n'aurez pas franchi ce cercle, tant que vous n'aurez pas changé le Milieu social, vous ne parviendrez pas à légitimer l'Élection ; et votre nouvelle Loi électorale sera tout aussi &usse, tout aussi incomplète, et amènera des résultats tout aussi mauvais que l'ancienne, parce que, comme l'andenne, eUe reposera sur des bases f&usses, sur un terrain qui n'est pas préparé pour l'Élection.

Comprenez-vous maintenant pourquoi l'on est en droit de nier votre supériorité, de discuter la valeur et de mettre en question la légitimité de votre mandat? Comprenez- vous qu'il s^agit, non de Réforme^ mB\$àe. Compétence électorale , et que la Civilisation (et par ce mot j'entends notre état social actuel ), la Civiliaatlon, dis-je,- ne fournissant pas, par

ion organisation, les moyens de reeonnidtre', d'apprécier cette Compétence^ ce n'est que dans un Miliea social supérieur à la Civilisation que pent être résoln , comme tant d'antres problèmes, le problème de la Réforme électorale ( Exclamations.) ; — à moins ponrtant que vons ne prétendiez^ messieurs les radicaux, que , pour établir cette Compétence, la Garde nationale présente une base plus sûre et plus logique que le Cens ; dans ce cas vous tombez dans la faute que vous reprochez à vos adversaires. (Marques d'assentiment au centre. )

Mais je dois une réponse à vos exclamations. Tous avez prononcé le mot d'UTOPiE, je l'ai entendu. Yous demandez, par curiosité sans doute, de quelle Utopie il va être question... Soit! je vous satisferai ; je vous exposerai mon Idéal de Société. — Mais, d'abord, examinons un peu cette Société dont vous vous déclarez les champions, et4ious verrons bien ensuite si mon Idéal vaut mieux qu'elle.

( Ici l'orateur entre dans l'examen de notre Mécanisme social qu'il critique impitoyablement. On lui répond que nous faisons tous les jours des progrès, que nous avançons dans la voie des améliorations, et que l'instruction, en perfectionnant les individus , nous conduira infailliblement au perfectionnement de la Société. )

Voyons donc, s'écrie l'orateur, voyons un peu, Messieurs, comment ces deux perfectionnements seront engendrés l'un par l'autre.

Il est vrai que votre Société a entrevu une immense source de Progrès dans l'Instruction, et comme elle a la manie du Progrès sans en connaître les Conditions, elle pousse de toutes ses forces à l'Instruction. Ce serait à merveille si elle faisait marcher de front tous les Progrès sociaux ; mais, par malheur^ elle s'imagine que sa tâche sera accomplie dès qu'elle aura donné à un plus grand nombre d'hommes leur part de connaissances littéraires et philosophiques; elle s'imagine que, passé le scdU du collège, les jeune s gens n'ont

plus rien à lui demander ! Et lorsque, grâce à des études abstraites, sans rapport avec les faits de la Yie sociale, ces pauvres jeunes gens ont bâti dans leur imagination un Monde juste, humain, bienveillant, un Monde où chaque homme peut trouver sa place, un Monde enfin qui n'existe pas encore, la Société les fait entrer, sans préparation, dans nos tristes réalités ! Elle lesmet brusquement aux prises avec les besoins physiques et intellectuels! elle les abandonne à d'infaillibles déceptions!... Quelle imprévoyance! quelle étourderie!

Hais cet homme que vous avez instruit, ou plutôt, que vous avez nourri d'illusions et de chimères ; cet homme en qui vous avez développé des goûts, des penchants que vous ne le mettez pas à même de satisfaire ; ce fils du pauvre qui a appris chez les Frères ignorantins, non pas seulement à lire, mais à penser aussi; ne voyez- vous pas qu'à peine lancé dans ce monde qui le dédaigne, le repousse, et refuse de lui faire une place, il reconnaît que ses intérêts sont sacrifiés , ses passions opprimées , sa valeur méconnue ; que sa raison est en hostilité avec la morale, ses désirs en guerre avec les devoirs que vous lui avez prescrits ? Ne comprenezvous pas que pour cet homme la vie est un tourment continuel, un combat sans fin ni trêve, un combat inégal, dans lequel il manque presque toujours de forces , soit physiques, soit morales? N'apercevez- vous pas que, dans ce monde dont vous lui faites un véritable enfer, il a sans cesse à soutenir une lutte interne et externe? ( On rit. — L'orateur avec force : ) Oui, Messieurs, une triple lutte contre Dieu, contre ses semblables, contre lui-même!! (Effet manqué. )

Mais je m'aperçois que vous ne saisissez pas l'importance

et le danger de ces contradictions, de cette triple lutte;

je vais donc essayer, pour me faire comprendre, de vous

présenter les choses sous une autre forme. ( Ecoutez ! )

£^aminez-ia sans prévention, votre Société, et dites-moi

si les sept-hoitièmes des hommes ne soat pas en kostilité permanente contre vos lois, contre vos mœors ou contre vos institutions ; et qae répondriez-vons à ceux qoi viendraient vous dire : « Yods noos avez bit apprendre à lire» imprudents ! Da moment qoe nons avons sa lire» nous avons pa toat lire, nous avons tout la. Nous connaissons tout» nons sommes initiés à tons les mystères, à tomes les jouissances de Tinteiligence; nous savons tout apprécier» tout discerner, le bien et le mal, le vrai et le &ux. Ori comme nous nous sentons des &cultés pour jouir, nous avons voulu jouir aussi. Biais quoi 1 vous aves mis des restrictions à l'exercice de nos facultés, vous nous avez dit : « Si vous voulez jouir, soyez riches, n et vous ne nous avez pas laissé les moyens de devenir riches. Vous nous avez ouvert les portes de la science, et vous nous fermez celles de la richesse ! Imprudents d'un cdté,vous vous montrez cruels de l'autre! Vous nous avez élevés commedes grands seigneurs$nouspossédons,gr&ceà vous» la même instruction que des princes^ nous sommes leurs égaux et quelquefois leurs supérieurs par l'intelligence ; et, nonseulement nous ne pouvons vivre avec eux, mais notre sort est de les envier, notre sort est d'être dédaignés, éclaboussés par eux! Et voyez quelle contradiction cruelle et stupide! Lorsque vous découvrez un os fossile, une mâchoire, vous dites: « Ceci est la dent d'un Carnivore ou d'un rongeur, m parce que, entre l'organisme et les mœurs d'un même ani« mal, vous avez reconnu des rapports intimes, une corrélation manifeste* £h bien! dites- vous à l'animal rongeur : « Tu ne rongeras point ?it Mon! car l'animal rmgerait malgré vous; l'animal obéirait à la Nature, qui est plus forte que toutes vos prohibitions. C'est cependant de cette façon barbare que vous agissez envers nous... Nous , malheureux I nous devrions, à vous entendre , combattre nos penchants, vaincre nos désirs, comprimer notre nature : — nos penchants que vous avez éveillés, nos désirs que vous avez excités, uotre nature que vous avez développée.... Et

pourquoi nous .contraindrions - nous ainsi? pour obéir à certaines règles conventionnelles, à certaines prescriptions contradictoires, que vous avez décorées du nom de Morale ! . . • Et parce que dès notre enfance vous nous avez inculqué ces maximes impies, vous avez espéré que plus tard noua ne les abjurerions pas ! Nous ferez-vous donc croire que Dieu t qui nous a donné une organisation plus parfaite que celle des animaux, nous a refusé des droits égaux aux leurs? NonI et puisque nous sommes organisés pour la jouissance, nous avons le droit de jouir ; car Dieu n'a pu nous donner les moyens sans vouloir la fin, et si la Société raisonne autrement, c'est qu'elle n'est pas dans les voies de Dieu. Nous ne voulons pas vous dépouiller, nous sommes comme vous amis de l'Ordre; nmis nous demandons notre place au soleil! » (Rumeurs. Cris : A l'ordre !)

En vérité, Messieurs, je ne comprends rien à ces murmures. Quoi! de tous les côtés de la Chambre vous vous accordez (chose rare !) pour me crier que mes paroles sont idan* gereuses, anarchiques, incendiaires. ». Elles le seraient peutêtre dans toute autre bouche que la mienne, et j'aurais tort d'ébranler ici les bases fragiles de votre Société, si j'arrivais à une conclusion révolutionnaire, et si de cette conclusion je me bisais une arme de destruction et de bouleversement. Je serais coupable, dis-je, si je me bornais an cruel et stérile plaisir de vous présenter le tableau fidèle de votre Société, ou si je vous le présentais comme une menace et non comme un avertissement. (Ecoutez !) Mais j'ai le droit de vous montrer le mal dans toute sa nudité, dans toute sa hideur; car je viens vous proposer un remède, et même je ne vous fais voir le mal sous son aspect désolant qu'afinMe vous mieux convaincre, Messieurs, qu'il 7 a urgente nécessité d'y porter remède.

Daignez donc m'écouter ; et d'abord, reconnaissez que vos cris ne peuvent prévaloir contre ce qui est* Mes paroles ne

peuvent élre daogereiiMs qu'autant que votr^ Ofdre 80<»d est vicieux. C'est donc à cet Ordre social , et non à moi» qu'il &ut vous en prendre, si la vérité est dangereuse à dire, et si des plaintes trop légitimes semUent des bcandons de discorde et d'anardûe.

Mais, dites-vous, ce n'est pas à nous qu'il faut attribuer les vices de l'Ordre social. Cet Ordre social existait avant nous. — Eh ! Messieurs, cette excuse vous satisfait-elle? Ne comprenez-vous pas que, continuer l'œuvre de vos devanciers quand cette œuvre est reconnue mauvaise, c'est accepter la respcmsabilité de leurs actes ? et que conserver, défendre une forme sociale qui produit le Mal et pousse l'hoamie aux crimes, c'est presque s'y associer?-— Or, ce Mal, je ne vous en ai pas eneore fait le tableau ; ces crimes, voulez-vous les connaître, vous messieurs les greiM de hien^ vous les hommes de loisir, qui n'avez jamais songé à tant de malheureux qui n'ont de ressource que le vol ou la mort ? Parceque vous avez une table bien garnie, des appartements somptueux, une existence fastueuse, vous supposez que personne ne manque du nécessaire, et parce que la vigueur et la santé se prélassent dans vos salona dorés, parce que l'air 7 est pur ou chargé de parfums, vous croyez que tout le monde se porte comme vous et les vôtres, et vous vous persuadez que l'atmosphère est saine au dehors! Ah! détrompez- vous! Sa* chez qu'il règne autour de vous une épidémie qui n'atteint que les classes pauvres, c'est-à-dire les classes nombreuses et les individus tombés des classes riches; sachez que les malades qu'on porte à l'hôpital guérissent dès qu'on leur donne à manger. « £t dans les lieux où le peuple ne meurt pas de faim pressante, kichez qu'il meurt de faim lente, par les privations ; de faim spéculative, qui l'oblige à se nourrir de choses malsaines; de faim familialej en s'^Lcédant de tra* vail, tombant dans les fièvres, les infirmités pour nourrir une famille ; de faim imminente^ en se livrant par besoin à

deâ fonctions pernicieuses qui détruisent nn ouvrier en dix« en six et même en trois ans (1). » Pour tous ceux-là , la mort est la condition de l'existence ; pour vivre il faut qu'ils se hâtent de mourir ! ( Sensation» )

Maintenant vous baissez la tête ; maintenant vous gardez le silence! Ah! si j'entonnais un amphigouri moral sur le progris du vol sublime vers une marche rapide à la perfectibilité de la civilisation perfectible par le rationalisme du positivisme des saines doctrines et des grandes vérités du Commerce!.,. Ah! ne riez pas, Messieurs, sur des matièresaussi graves !.. • Si j'entonnais ce docte amphigouri, vous ne manqueriez pas de m'applaudir! £t lorsque je vous expose le tableau de nos misères, lorsque je vous peins au vrai la situation précaire, intolérable de vos frères, n'osant me contredire, vous vous gardez bien, toutefois, de m'approuver, et surtout vous négligez de prendre des mesures pour faire à ces misérables une existence moins pénible, un sort moins rigoureux, une mort moins affreuse..*

Yous vous récriez sans cesse contre la perversité de la nature humaine, et moi j'admire les ressources que Dieu a mises en elle, et je m'étonne surtout d'une chose: c'est que, en présence d'institutions aussi mauvaises, aussi imprévoyantes que les nôtres, il n'y ait pas plus de crimes de commis, plus de scélérats reprenant par la violence 'ou l'adresse les droits qu'ils tiennent de la Nature et dont la Société les a injustement dépouillés.

(Ici l'orateur, répondant à diverses interpellations, est conduit à examiner les conditions du Droit de juger et à rechercher celles de la Légitimité des Lois.)

Un Droit, Messieurs, nait habituellement de l'accomplissement d'un Devoir. Or, qu'avez-vous fait pour protéger vos semblables contre la misère et le désespoir ? Sur une terre

(t) Fausse industrie , t, I, p. 406 bx. ,

qui peat produire anffisaininent pour ses habitants, qaV vez-voas faitpoar assarer l'existence de chacnn? Qaeiles garanties avez-voas ménagées aux individus? quelles précautions avez-vous prises? quels liens avez- vous établis? Que doivent-ils à la Société, ceux que la souffrance a provoqués, ceux que la misère a contraints au vol? Qu'a fait, pour ces gens-là, cette Société doni vou$ êtes ici les repréêmtanU? Votre Société les met-elle à même d'utiliser leur talent , d'employer leur activité ?.«. Tant que vous n'aurez pas établi entre eux et vous des liens, des garanties, vous n'avez établi aucun devoir d'eujf à vous, aucun droit de vous sur eux. Vous n'avez pas même le droit de leur faire un reproche; tout au plus vous est-il permis de les traiter comme des malades , comme des aliénés, et encore avec le {rius de soins et de douceur possible. (Agitation.)

Et vous, messieurs les Procureurs du roi, vous qui pour* suivez le crime par métier, vous qui ne tenez presque aucun compte de la misère, du délaissement, du découragement et de l'ennui, qui sont comme les fruits naturels de notre état social; vous, Messieurs, qui attribuez tout à la dépravation , à la perversité humaine , ne réfléchirez - vous jamais à ceci : — Que pour guérir un mal il &ut en supprimer la cause -, qu'il faut donc s'attacher à la cause et non à Peffet ; que la dépravation est un effet et non une cause; et que, si l'inclémence des temps vous oblige & punir dans un malheureux un effet dont la cause n'a pas entièrement dé* pendu de lui, vous devez déplorer cette funeste nécessité ; que, loin de vous acharner après la victime, vous loi devez toute votre compassion ; que vous devez, à l'exemple de la religion, consoler celui que la loi vous oblige à frapper; que vous devez surtout travailler k extirper la cause généra<> trice du mal; qu'enfin, si réellement il existait, comme vous le prétendez, des Passions radicalement mauvaises, c'est à Dieu et non aux hoomies qu'il faudrait en demander compte ;

c'est à Dieu, oréatear des PaisioiiB, qu'il faudrait faire le procès ; c'est lui seul qu'il serait juste de pûuir, car à lui seul remonteraient tous nos crimes... ?

Mais non ! gardez-vous de commettre un pareil sacrilège l Dieu est bon ; Dieu nous a doués de Passions ; ce ne sont donc pas les Passions qui sont mauvaises, ce ne sont donc pas les Passions qui sont coupables. Quant aux hommeS| eh ! Messieurs, si vous considérez sans préventions les embûches, les obstacles irritants dont leur route est parsemée^ les tourments que la plupart endurent , vous serez plus près de les plaindre que de les condanmer !

Messieurs , il n'y a que Dieu qui puisse être législateur en parfaite connaissance de cause, parce que Dieu , parce que la Providence peut seule descendre au fond des cœurs.

Société, veux -tu pouvoir légitimement juger et faire des lois? fàis-toi d'abord Providence ; et laisse de cdté tes doctrines d'égoïsme pour t'élever aux idées primordiales de Justice , telles que la garantie d'un Minimum à concéder au peuple, en compensation des droits naturels dont tu l'as dépouillé (Encore ! ). Garde en mémoire la réponse de Jésus aux Pharisiens qui lui reprochaient que ses disciples faisaient le jour du Sabbat , ce qui n'est point permis : « Pi'avez-vous jamais lu, leur dit-il, ce que fit David dans le M besoin où il se trouva , lorsque lui et ses compagnons « furent pressés de la faim? comment il entra dans la mai- « son de Dieu , mangea les pains de proposition et en « donna à ceux qui étaient avec lui, quoiqu'il n'y eût qde M les prêtres à qui il fût permis d'en manger? (1) n

Si vous voulez avoir le Droit de juger, le Droit de faire des Lois, avisez donc, Messieurs, avisez à assurer à tous les hommes le Droit au travail dans tous les temps , et pour le cas de chômage ou de maladie un Minimum en vêtements, logement et subsistance... Autrement il n'existe

(l) Evangile seloa saint Marc, ch. If«

point de paiste soetai ( (Hi ! oh ! ), et il faudra bien que vous reconnaissiez avec Jésos- Christ, qu'il est des cas où l'on peut transgresser la loi i où Ton a le droit de prendre son nécessaire, où on le trouve. «. (Mouvements divers). A la vérité, ce Minimum ne peut être garanti que dans un Ordre social où sera organisé le Travail attrayant; car, sans le Travail attrayant , la garantie d'un Minimum ne serait qu'un encouragement- à la paresse. A la vérité , dans cet Ordre social, le besoin de juger et de punir disparaissant , le droit en deviendra inutile; mais, alors, c'est une raison de plus pour nous hâter de sortir d'une Société qui engen^ dre des scélérats et nécessite des juges et des bourreaux ! (Rumeurs et chuchotements.)

Eh quoi I vous murmurez encore! et, si je comprends Uen vos apostrophes, — de ce que je plains les criminels, de ce que je constate que leur nombre va toujours croissant, vous en concluez que j'encourage les hommes pervers...

Pervers ! . . . Mais c'est votre forme sociale, ce sont vos lois, ce sont vos institutions qui les rendent tels; et, comme autrefois Dieu demanda à Gain ce qu'il avait fait d'Abel, de même aujourd'hui'tbut homme a droit de vous demander ce que vous faites de vos frères... — Mais, dites-vous, nous en faisons ce que toutes les Sociétés en oa^* fait, et l'Histoire prouve que de tout temps il y a eu des hommes pervers, aimant le mal, nés pour le mal... Il faut une réponse à cette objection; posons donc le problème en termes clairs et précis :

« Dans l'ordre des choses de l'Humanité, il y a deux termes, — VEomme^ et le milieu dans lequel l'homme est placé, dans lequel il vit, agit, fonctionne; ce milieu, c'est la 5â* ciété.

« La réalisation du Bien sur la terra, dépend donc de la nature de VEomme et de la nature de la Société. Il faut que la Société et VHomme soient bons tous les deux pour que le Bien résulte.

« Anjourd'hQi, et depuis les temps bâstoriques, le Mal existe ^ le Mal vient donc :

« Ou de la forme sociale, qui aurait tonjoars. été mau* vaise, tandis que la nature de rbomme serait bonne;

« Ou de l'homme dont la nature .serait mauvaise, tandis que la nature de la forme sociale aurait toujours été benne;

« Ou de Fhomme et de la forme sociale, qui seraient ou auraient tous deux été mauvais.

« Yoilà trois opinions; les deux dernières soot &tales k rhomme, injurieuses à Meu ; la première est glorieuse pour Dieu et met au cœur de l'homme la foi, Tespérance, l'ar mour et le courage.

•i Eh bien ! les deux dernières ont été adoptées, la première repoussée!! Pourquoi? par quelle raison? Qudle raison ont-ils donnée, ceux qui ont décrété la perversité na*tive de l'homme? Yous le savez, mon Dieu! voici leur rai*sonnement, ils n*en ont jamais fourni d'autre :

« Le Mal existe dam la Soemé humaine^ donc l'JBhnme €$$ mauvait.

« C'est-à-dire :

M Le Mal peut pr&venir de deux cames , le Sujet ou le Milieu^ PHomrne ou la SooUté;^-^ory le tiMJ esdite^ donc le mal vient de FEomme (1). *•

Plaisante conclusion ! plaisant raisonnemaot ! singulière présomption qui nous a fiiit attribuer à rJEfomme, ouvrage de Dieu, plutôt qu'à la SoeîéK, ouvrage de l'homme, toute la cause du mal ici-bas!

Eh bien ! cette idée fausse, radicalement fausse et impie , quedis-je? cette erreur à jamais regrettable, c'est envers elle que vous vous êtes montrés le plus inébranlablement fidèles, le plus cruellement conséquents, hélas !... Législateurs passés et présents, avez-vous jamais suspecté un seul instant la Société ? Non ! mais, vous attaquant sans cesse à

(<) Trois Qifico^rs^ elc:-«Avj|ul-propos, pfir y, Cof)9i^er{U)t, p, 4§,

la natvre de rhoQune, vous avez fait de la Société une véritable place de gaerre qai, loin de protéger ses membres, a dirigé contre eox toutes ses bouches à fea, toute son artillerie de bis , de restrictions et de probibitions. Toilà l'idée , voilà le moyen : voyons les résultats.

Hélas 1 les résultats sont connus ; mais c'est surtout aux siècles passés qu'il est juste d'en demander compte. A vous donc, siècles d'aveuglement, de misère et d'égoisme ! — Vous avez semé le Morcellement , et vous avez recueilli les divisions , l'antagonisme , l'oppression.* la guerre I Vous avez créé le Commerce inverse , opérant dans l'isolement et dans l'ombre , et vous avez eu la Concurrence anarcbique, les falsifications, les fourberies , la banqueroute, l'agiotage! Vous avez créé les Douanes, et vous avez eu la contrebande ! Vous avez fait le travail isolé, continu, monotone, et vous avez eu les répugnances, la paresse, l'ennui, la misère, la prostitution, l'escroquerie , l'atrophie physique et la dépravation morale ! Vous avez créé des Devoirs conventionnels, et voQS avez eu la révolte et l'hypocrisie; la fausse Sagesse, et vous avez eu les excès ; la fausse Morale , et vous avez eu les mauvaises mœurs; le Ménage morcelé, et vous avez eu tous les dégoûts de la famille ; le Mariage indissoluble, et vous avez eu Padultère ; les Castes, les Privilèges, les Corporations exclusives, et vous avez eu les zizanies, les jalousies, l'orgueil, les haines, les usurpations, les vengeances ! Vous avez fermé la porte au Talent, vous avez mis le Talent hors la loi, et vous avez eu, non-seulement la rébellion du talent, mais encore l'arrogance du faux mérite et la rébellion de l'incapacité! Vous avea caché vos femmes et vos filles, et vous avez eu les séductions, les viols, les rapts, les assassinats ; vous avez étabU l'Insolidarité des hommes et des classes, quand tout dans la Nature est solidaire, et vous avez eu l'extrême opulence à côté de l'extrême pauvreté ^ vous n'avez établi aucun rapport entre lli production et la Gonsonunation , et vous avez eu l'eu-*

gorgement et la ptenrîe^ raceaparement et la f«iiin6; vous avez ea les crises industrielles et agricoles, ces maladies périodiques qui renversent les plus belles fortunes, rainent les pins riches établissements, et jettent la misère et la faim dans tous les rangs du Corps social !

Est-ce tout ? Non ! votre globe a été dévasté par la guerre , il a été ravagé sous l'influence désordonnée et pemideuse du caprice individuel ; les climatures ont été bouleversées.*. Alors vous avez eu la Peste et tontes sortes de fléaux, tourtes sortes de maladies honteuses... Alors ^ comme lé Mad physique et le Mal moral sérissaient sur tonte la terre, vous avez cru que la Poovidence s'était retirée de vous ; vous avez fait plus : vous avez nié la Providence, vous avez été athées!...

Ainsi ont été générés toutes les erreurs, tous les préjugés, tous les vices, tous les crimes, toutes les scélératesses, ton* tes les infamies, toutes lès calamités qui naissent forcément d'institutions fausses et incohérentes ; et l'avarice , fille de l'isolement, de l'individualisme , du sentiment exagéré de la conservation; et la méchanceté, fille de l'injustice et de l'arbitraire ; et la calomnie, et l'envie* et les trahisons, et les guet-apens, et les guerres civiles, les proscriptions, les confiscations, les assassinats juridiques.... Quoi encore? vos fonctionnaires publics , dans quelle position les aîvei^ vous placés? Vous avez mis leur probité en lutte avec leurs intérêts et teirs passicms, et vous avez eu les coneussions, les exactions, les dilapidations et tous les genres de turpî* tudes. Alors , et conmie vous vous en preniez toujours aux hommes et non aux choses, et non aux institutions, il vous a fallu des juges, des geôliers et des bourreaux ; et, comme vous avez toujours dénié la justice au pauvre , — soit directement^ comme au temps où le serf n'avait pas droit à la justice , soit indirectement , comme aujourd'hui que le prolétaire est hors d'état de subvenir aux frais dQ plus mince procès, — ^vous avez eu^pour dissidents , pour scissiomiairest

leteidayes antnfeiâ, kt prolétaires anjoard'hui , e'est^dire le grand nombre.

Etelaves on serfs, on prolétaires ( car c'est tout un , sauf qœ resdave était ncarri par son maître et le serf par son seigneur, tandis que le prolétaire meurt de finm, sans avoir le (boit de rien demander à personne, pas même du travail), «--*> eselayes, serfis et prolétaires, tons sont en rébellion permanente contre cet Ordre soeial dont tous les avec exclus; et ils tous obligent a entretenir à grands frais, dans nn état d^oisiyeté qni engendre tons les vices , une antre classe d'esclaves que vous avez décorés du titre de soldats, gens chargés de défendre votre Société, non pas seulement contre les dangers du dehors, mais contre l'ennemi intérieur qui vous menace sans cesse.

Depuis trois mille ans, qpietrouve»t-on^ je vous le demande, au fond de toutes vos Sociétés? Une minorité d'esclaves armés contenant une majorité d'esclaves désarmés ; car, en vain vous croyez avoir aboli l'eselavage, vos prolétaires sont bien les esclaves de la Société moderne. . .

Quel Ordre soeial, Messiemrs (je m'adresse à vous maintaiant), quel Ordre social que cdui qui comprime toutes les passicms fortes, refoule tous les grands élans du cœur, entrave les nobles instincts, déçoit les sentiments généreux, rend la vertu stérile et encourage le vice en le laissant triompher trop souvent !

Dans cet Ordre social, vous faites des lois pour obvier aux inconvénients qui se manifestent et à mesure qu'ils se manifestent, et vous avez des infractions à ces lois ; vous décrétez des lois nouvelles, vous inventez des systèmes de pénalité inhumains, monstrueux, et ces nouveaux systèmes sont enfreints comme les autres. Loin de diminuer, le mal augmente, et vous en êtes venus à ce point qu'aujourd'hui le grand nombre se fait gloire d'être opposant à VOrdre étabH^ tandis qu'à peine quelques hommes os^t s'en déclarer les partisans.

il faut dire aussi que vous et vos devanciers avez porté l'aveuglement et l'obstination jusqu'à l'^travagance. Eh quoi ! dans votre rage de poursuivre les Passions humaines^ parce qu'elles se révoltent contre vos Sociétés, parce- qu'elles font obstacle à vos lois, à. vos systèmes de convention, ô hommes de peu de foi! vous avez eu la sacrilège audace d'ordonner, — non pas relativement, mais d'une manière iJ)solue et permanente, — vous avez, dis*^, ordonné, au nom de la Religion, au nom de Dieu, la compression de ces mêmes Passions qui sont l'œuvre de Dieu! et vous n'avez jamais pensé à faire le raisonnement que voici:

// ne peut exister que deux modes de Soeiéte^ ou, ce gui revient au même^ deux méûiodes en exercice d Industrie, savoir: — le Mode morcelé opércmtpar familles isolées, n'ayant pas d'autre règle de conduite que le fameux axio^ me : Chacun pour soi , chacun chez soi : €*est Vétat actuel; — ou bien ie Mode sociétaire ayant pour devise : Chacun pour tous et tous pour chacun, et opirani par nombreuses réunions qui consiaUraient une règle fixe pour rétrilmer équitabhment chaque individu selon les trois facultés industrielles, Capital, Travail et Talent.

Lequel de ces deux procédés est V Ordre voulu par Dieu f Est-ce le Morcelé ? ou bien le Sociétaire ?

Rien de plus simple que ce Problème fondamental. Comment se &it-ii que vous n'ayez jamais su le poser? La Raison vous disait d'essayer pratiquement la valeur de ces deux méthodes, afin d'en faire la comparaison, et le Morcellehient seul a été mis en pratique...

Mais ce n'est pas seulement à l'égard du Problème social que les hommes ont procédé de la sorte. — ^S'est-il agi de ré* -gir les Passions humaines*, deux Principes étaient en présence: l'Expansion^ la Compression. A-t-on expérimenté Tun et l'autre de ces Principes? Non ! l'on s'est borné à appliquer le Principe de la Compression, — En Astronomie, \\

n'y avait que deux opinions possibles : Sti^ee la Terre qui tourne autour du Soleil? on, le Soleil et les étoiles toumefUils autour de la Terre ? Eli bien I l'on a commencé par dire que la Terre était immobile, et que tont le firmament bissait son évolntion aatoor de nous — et pour noas... Vous conviendrez qa'après nous être aussi lourdement trompés an matériel, nous avons bien pu nous tromper de même au passionnel et au social.

Or, si nous nous sommes trompés, le plus grand bonheur qui puisse nous arriver sera certainement de reconnaître notre erreur afin de la réparer. Félicitons-nous donc, Messieurs, car, entre le Morcellement et TAssociation, il n'y a pas à hésiter. Dieu, d tUre de suprême économe^ a dû préférer V Association^ gage de toute économie, et nous ména^ ger^ pour l'organiser ^ quelque procédé dont Vinvention étaii la tâche du génie.

Si V Association est voib de dieu, t{ est dans Vordre que la méthode opposée, le travail morcelé et ineohéresU, devienne pour nous vois diabouqub et fasH régner tous les fléaux opposés à l'esprit de Dieu (1). (Rires.)

£h ! messieurs, il y a longtemps que l'Ecclésiaste tous a mis sur la voie, lorsqu'il s'est écrié : « Ym sou ! quia eum ceciderit^ non habet sublevantem se] n Malheur à l'homme isolé ! car s'il tooibe, nul ne viendra le relever. (On rit.)

Ah! ahl vous, messieurs delà gauche, et vous delà droite, et vous du centre» vous tous enfin les esprits forts, les sceptiques, vous surtout les athées des diverses parties de la Chambre, ce raisonnement vous fait sourire de pitié. Vous ne pouvez entendre parler de Dieu, de la Providence sans hausser les épaules ; et rien ne vous parait bouffon comme de supposer que Dieu ait eu la faculté et la volonté de préparer pour nous un Code social. Que serait-ce donc si j'énumérais devant vous les absurdités sans nombre ou

(«) Traité de FAssoc. dom. a^r, , tone I, page vm^

Dieu serait tombé sHl n'avait pas eu cette, vobnté ? Cest alors qae vous étoufferiez de rire. Mais je me garderai bien d'aborder cette matière ; je sais trop que, pour être compris par vous, il faut éviter par-dessus tout les raisons tirées des hautes sphères... (Murmures.)

Mais» Messieurs, votre incrédulité ne vous empêche pas» je suppose, de savoir calculer, et lorsque vous vous présentez devant vos commettants, vous n'oubliez jamais de vous poser en bons économes, habiles à réduire un budget. Parlons donc d'économie. (Marques d'attention.)

N'est-il pas vrai que, si Dieu a oublié de prévoir et de régler les Rapports sociaux, l'homme serait bien dupe de ne pas réparer cette omission? Et si son intelligence lui fait trouver une combinaison sociale plus parfaite que toutes les autres; si elle lui fait reconnaître le mode de sociabilité le plus convenant à sa nature, capable de produire le plus de bien avec le moins de frais possible, doit-il, OUI ou NOM, adopter ce mode, essayer cette combinaison? — Je ferais tort à vos lumières, Messieurs, si je doutais de votre réponse. Or, avouez-le, si l'on eût donné à résoudre le problème suivant : — Fonder une Société où les pertes de forces, où les frottements , où les complications soient le plus considérables possible^ où l'on emploie le plus d'effort pour obtenir le moins de résultat; à coup sûr on aur-ait choisi la Société morcelée. £h bien ! Messieurs (et c'est ici que va se montrer en plein l'utopie), si vous reconnaissez que la Société actuelle n'est pas la meilleure po.ssible , il faut donc lui en substituer une meilleure, une plus vraie, et cette So* ciété devra être une , car l'Unité est le signe du Bon et du Vrai.

Mais, par quel moyen opérerons -nous cette substitution.? NoQS servirons-nous de la Politique? Non! car la Politique s'occupe exclusivement du gouvernement; elle amène des disputes de partis, et rien de plus; éminçnimiepf

propre à démiire, elle est incapable de rien fonder. Nouâ adresserons-nous à la Morale, à la Religion ? Mais la Religion et la Morale, ne Toyez-vons pas que, pour être appliquées, elles ont besoin, précisément, de ce que nous eberchons ; car, qne vonlons-nooi^, sinon le règne effectif des bonnes mœurs et la pratique réelle de la charité, que n'ont pu établir jusqu'ici ni aucune religion ni aucun système de morale? Compter en pareil cas sur la Religion et la Morale, ce serait tourner dans un cercle vicieux....

Si nous pouvions découvrir une méthode qui eût un caractère scientifique, nous ne devrions pas hésiter à nous en servir, car la Science seule donne des solutions constantes et rigoureuses, seule elle garantit le succès.

Cherchons donc, et d'abord, posons le Problème social de la façon la plus large possible, et faisons en sorte que les termes de ce problème n'en préjugent pas la solution :

M Etant donné l'homme avec ses besoins, ses goûts, ses penchants natifs , déterminer les conditions du système SOCIAL le mieux approprié à la nature de l'homme,

M Décomposez le mot systéme^ social, et vous y trouverez système industriel, système commercial, système scientifique, système d'Education, système d'Architectonique, etc., toutes branches particulières de l'arbre social. — Or, la vérité étant une, si vous avez découvert la Loi qui doit régir l'un de ces systèmes, vous avez aussi la solution pour tous les autres (1). n *

Eh bien ! je crois pouvoir vous l'affirmer à l'avance : si vous cherchez toutes les convenancei; , si vous calculez toutes les conditions d'économie, d'aisance, de liberté, si vous tenez compte de tous les goûts, de tous les penchants natifs de l'homme, vous reconnaîtrez que le Problème que je viens de vous énoncer se transforme dans celui-ci :

(i) Destinée Sociale ^ t. l, p. iM^i,

ASSOCIER en travatix de cuUure^ ménage^ fabrique, éducation t etc,<, ^^ire cents familles inégales pour opérer l'exploitation combinée d'une lieue carrée de terrain(t).

Voilà mon Utopie, à moi» voilà mon Idéal ! Oui, quoique vos rires puissent vous paraître fort spirituels, vos sarcasmes fort concluants, mon Utopie, c'est l' Associ/kTioiv ; mon Idéal, c'est le Phalanstère. (Ah I enûn ! ) > Oui , c'est le Phalanstère ! car le Phalanstère, reposant sur la Théorie sociétaire, présente bien le caractère de certitude absolue qui est gage de succès ; et l'inventeur du Phalanstère, votre compatriote, Messieurs, Charles FOU- RIER, est le seul homme qui ait découvert. la méthode scientifique que nous cherchons. Je vous défie de trouver, ailleurs que dans Fourier, un travail complet auquel vous puissiez sérieusement recourir, un travail fondé, non sur le caprice ou sur l'esprit de système, mais sur l'observation de la Nature, dont il procède sans cesse, de la Nature dont il reflète et fait ressortir la grande et magnifique Unité. (Interpellations.)

L'Association, dites-vous au centre, on en a fait des essais calamiteux.... Parce qu'il vousplait d'appeler du nomd'As*sociation les monstruosités dont nous avons été témoins depuis quelques années, vous en tirez une conclusion contre moi! Mais, Monsieur, vous qui m'avez fait cette objection , vous ignorez donc ce que signifie le mot Association? Sa* chez que les prétendues Associations dont vous parlez n'ont eu. lieu qu'en mode simple. On n'a réalisé, monsieur, que l'association des capitaux; mais l'Association véritable, celle qui consiste à faire participer, soit à la Production, soit à la Consommation, le Capital j le Travail et le Talent , ces trois facultés dont vous vous efforcez d'organiser la lutte tandis qu'il faudrait les concilier et les faire opérer de concert, r Association intégrale enfin, jamais on n'a songé

(l) Destinée sociale f 1. 1, p. S3K.

à en faire' Pexpérience. Rappelez-vons en qaeb termes j^ai posé le problème: Associer en travaitx de culture,

MENAGE, FABRIQUE, ÉDUCATION, ETC., ETC. — Oo donC

avez-voQs va jasqa'à ce jonr mie Association de ce genre?

Mais, dites>voQs, c'est ce qai prouve qae votre système n'est qa'mie Utopie. Oui, sans donte, c'est une Utopie, puisqu'elle n'a pas encore reca d'application -, mais cette Utopie f j'en indique les moyens, les procédés; je prouve que ces procédés sont commandés par la Nature elle-même , et c'est ce que ne font pas habitueUement ceux que vous appelez des utopistes; c*est ce que vous ne faites pas vous-mêmes.

Car enfin, il faut bien avoir le courage de vous le dire, c'est vous qui êtes des utopistes, vous et non pas moi. Si je suis utopiste, moi, c'est ce que vous ne pourrez affirmer qu'après avoir fait l'épreuve du moyen que j'indique. Vous, au contraire, vous êtes bien des utopistes dans toute la force du mot, vous qui travaillez depuis tant de siècles à l'établissement définitif de vos impossibles Sociétés , vous qui cons* truisez toutes sortes de systèmes irréalisables, fondés, non sur la Science, mais sur un empirisme étroit, aveugle et mesquin. Oui, c'est vousqui êtes les véritablesntopistes, vous qui votez des indemnités aux victimes des ouragans au lieu de mettre un terme aux ouragans (Mouvement d'étonnement)*, vousqui ouvrez des Dépôts de mendicité au lieu de mettre un terme à la mendicité ; vous qui établissez des Bureaux de bienfaisance, hélas! si insuffisants, quand vous pourriez donner la richesse à tous. (On interpelle l'orateur.) — ^Non , je n'ai pas dit que vous eussiez tort dMndemniseries malheureuses victimes des fléaux ; je vous approuve, au contraire, de chercher à adoucir le mal que vous ne savez pas empêcher* Mais, parce que vous aurez pris de l'argent à ceux-ci pour faire l'aumône à ceux-là, la Nation s'en trouvera-t-elle moins appauvrie ? en aura-t-elle moins subi les fléaux ? Remontez donc à la source du mal, Messieurs! D'où viennent les fléaux ? de la dégradation climatérique ; rétablissez

les elimatoteg, et les fléàu disparaîtront... (Eclats de rire.) Mais non l grâce à ces folles visions d'impénétrabilité de la Nature, qai ont découragé si longtemps Tesprit de recherche et d'ei^amen, profonds utopistes que vous êtes, vous rêvez encore la perfectibilité de la Civilisation, si peu faite pour les mesures d'utilité générale!... Mais, vous aurez l)eau faire, votre rêve de perfectibilité, votre utopie ne s'accomplira pas I

La Mature est pour moi contre vous ; la Nature, qui repousse vos prétendues améliorations, indique et commande les Procédés que je vous propose, les Procédés phalansté-;' riem* Mais, je vous le dis, pour appliquer ces Procédés, il faut renoncer à l'état Morcelé ; il est nécessaire, il est indis- (^ensable de changer de voie, de marcher dans une direction nouvelle, £hl ne vous plaignez pas de cette nécessité; elle est le gage de notre salut; car enfin si, jusqu'à ce jour, vous avez échoué dans vos tentatives, c'est que vous vous êtes bornés aux moyens connus ; c'est que, à des maladies invétérées vous avez voulu n'appliquer que des remèdes dont l'impuissance est notoire. L'ancienne voie est évidemment sans issue; essayons donc d'une voie nouvelle, car aussi bien, Bacon nous l'a dit : <• Il serait insensé et contradictoire de penser que ce qui n'a jamais été exécuté puisse l'être autrement que par des moyens non encore éprouvés (1). n

(x) Inscmum quiddam esset, et in se contrarium, exùtimare, ea, quœ adhuc nunquam facta sunt, fieri posse, nisi per modos adhuc nurujuam teniatos.

Citons le passage qui précède ; il est remarquable à tous égards, et renferme la condamnation des utopistes empiriqueSy en même temps que la défense et la règle de conduite des utopistes scientifiques.

Homo, Naturœ minister et interpresy tantum facit et intelUgi, quantum de Naturœ ordine, re vel mente, obsen^averit : nec ampUus scit autpotest,.., Scientia et potentia humana in idem coincidunt, quia ignoratio causa destkuit effèctum» JVatura enim non nisiparendo vincituri et quod in Contemplatione instar Cau9« eit, id in Opération^ inttar ReguU» est*

Eprouvez donc les moyens entièremimt neiilli ifae je vom

propose et qai ne sont noUement dangereux, ear ils se rédoisent à fonder I'Unité sociale par l'Organisation de la Commune, élément alvéolaire de la Société. ( Agitation en sens divers.)

Vous êtes étonnés, Messienrs, vous êtes élmliis. Habitués à croire que la question sociale se réduit à une question de portefeuilles , vous voulez des Ministres à renverser, un Pouvoir à harceler... Mais, je vous le demande, que «ignifie un changement dans le ministère, s'il n'y a pas changement complet de système et d'idées? Qu'importent de simides substitutions de personnes, quand il s'agît d'OrganisatkMi sociale?

Le Pouvoir, Messieurs, ou plutôt rOi^ganisatien de l'État, n'est que la résultante de l'Organisation des divers centres d'Unité qui composent un Empire, un Royaume, une Répu*^ bliqoe; et le Pouvoir est plus ou moins légltiuie selon qu'il est plus ou moins l'expres^on vraie, le résultat naturel et sincère de l'Organisation sociale qu'il représente et qu'il résume. Il n'y a pas de maxime pofitique, doctrinaire ou républicaine, qui puisse prévaloir contre ees vérités. Qu'im^ porte donc, poin* le moment surtout, qu'importe que le Pou* v<Hr soit monarchique ou républicain?... Ne savez-vous pas d'ailleurs combien ces dénominations sont vagues, combien peu dies comportent de garanties? Ne voyons-nous pas des États despotiques assurer autant et plus de justice et de ti* berté aux sujets que certaines Républiques n'en garantisseiA aux citoyens ? Négligeons donc ces stériles querelles de mots, et reconnaissons qu'il ne s'agit pas de renverser ou même de modifier le Pouvoir, mais d'étabUr et de déterminer les Rapports des hommes entre eux, de favoriser, d'harmoniser Tessor de leurs Passions, de régulariser leurs diverses fonc^ tions dans l'Unité sociale ; eu un mot de changer lefond et la forme, et non pas la surface et le fatte de la Société.

Aborder le Problème social par le Pouvoir, c'est aborder

xm syUogime par la conaéquenee, un théorème par le corollaire. En effet, le Pouvoir n'existe que parce qoMl y a un fait social antérienr. Posons d'abord les principes, la consé* quence viendra plus tard, et elle viendra certainement. Voulez- vous fonder un édifice , établissez d'abord la base et non le faite; une ruche, commencez par l'alvéole ; un Empire, par l'Organisation delà Commune. (Mouvement.)

Reccmnaissez-le donc avec moi, la Politique qui enseigne à résoudre le Problème social par la conséquence est une science fausse et décevante; et c'est ce dont auraient dû vous convaincre depms fort longtemps les résultats, que vous en retirez ; car depuis fort knogtonps la Politique, au lieu des bons effets que vous lui demandez, ne vous donne que des eSets désastrecDL. Pourquoi? Bacon vous le dit encore : Ignoraiio CausmdeitituiiEffeetum; vous n'êtes impuissants que parce que vous ne possédez pas une Science, et qu'^^no^ rant la CauH^ t^ous ne fouve% produire VEffeU Fondez donc la première Commune sociétaire (car elle est la cauie); et bissez en repos le Gouvernement (qui n'est que Vejfei). — Mais le Gouvemenaent est mauvais, soit! Il est vicieux, je le veux bien ; mais modifiez d'abord la Société dans son élément alvéolaire qui est la Commune, et soyez sûrs que d'une Société bien organisée il ne pcmrra sortir qu'un bon Gouvernement. (Bruits confus.)

Yous avez tant et si vainemmt essayé des règlements d'or^ public ou privé! vous devriez enfin comprendre que ce n'est pas par des Charte» ou des Constitutions, mais par des Institutions, que vous pourrez parvenir à vos fins. You* lez-vous un exemple? Prenons la Liberté! la Liberté, objet de tous vos vœux, comptez-vous pouvoir l'établir autrement que sur ses bases réelles, sur ses seules bases véritables? Yous auriez tort. Messieurs. La Liberté consiste dans l'exercice plein et entier des Droits naturels de l'homme ; trouvez des Cond>inaisons sociales où ces Droits puissent être

rendus à rhomme, et la Liberté naîtra d'elle-même, sans décrets, sans prescriptions, et sartont sans restrictions et sans proscriptions...

Mais poar obtenir ce résultat tant désiré, il faut sortir de la Civilisation, car la Liberté et les Droits qui la consacrent sont, comme la Justice et la Vérité, incompatibles avec l'état civilisé on barbare, incompatibles avec le Morcelle-

ment; pour les contenir, il faut une Société plus large» une Société supérieure; il faut l'Association, il faut 1' Ordre

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