ÉPILOGUE SUR l'analogie
Tant qu'on ne veut pas reconnaître de gammes élémentaires en eonleurs et en études des Passions, l'on ne peut pas s'initier à l'Analogie; mais, à l'aide des gammes de couleurs dont le soleil nous donne seulement la première, on a de prime abord des données sûres pour discerner à quelle Passion se rattache un hiéroglyphe aoin^al, végétal ou minéral : èo voyant un Ss&in, oiseau tout vêtu de jaune, on peut dire, à coup .sûr, cet oiseau représente quelqu'une des relations de Paternité; en effet, le serin est le petit enfant gâté, il veut vivre de friandises, de sucreries ; les enfants gâtés ont un babil agréable dépeint par le gazouillement dy seriQi il est impérieux, furibond comme eux; il se fait bien servir et obéir ; aussi la Nature lui a-t-elle placé la couronne sur ia tête, par emblème de l'enfant gâté qui est roi dans le ménage, commandant à père et à mère, à soeurs et bonnes ; tout fléchit sous sa loi.
Etudions de plus grands mystères à l'aide de la couleur jaune raillée par les plaisants. Observons sur la tête du perroquet kakatoès, une ban-;
nière jauiie en aigrette. Molière dirait que c'est la bannière du
mariage; cela esc vrai, mais expliquons dans quel sens. Les perroquets «ont l'emblème des sophistes, du monde philosophique; par Analogie, cet oiseau manie très bien la parole, mais il n'a que du verbiage sani
raison. Tels sont les brillants systèmes de la philosophie, représentés par des variantes contrastées dans la distribution des conleurs dont le perroquet est chamarré. L'an a du jaune en sommet d'aile et du rouge en pointe, l'autre a le rouge en sommité, le Jaune en pointe; ainsi les sophistes, comme Ëpicure et Zenon, sont dans leurs dogmes la contrepartie Tun de l'autre : sur quoi reposent tous leurs échafaudages de systèmes? sur le régime de Famille, sur le Morcellement par petits ménages conjugaux: toutela philosophie roule sur ce vieux pivot qui est Tantipode du Régime sociétaire; il faut, par analogie, que le perroquet pivotal/qui est le blanc, déploie la bannière jaune, emblème du groupe de Paternité : ce groupe est la base de tous les systèmes sociaux conçus par la philosophie ; aussi le perrocjuet Bànneret, le kakatoès est-il baignant dans le jaune qui colore toutes les plumes inférieurs de son corps.
Passant du jaune au rouge, mettons en scène un charmant emblènoe, le Chardonneret, dont la tête, coiffée de rouge, baigne dans le rouge, couleur de l'ambition. Cet oiseau est l'opposé du serin : son plumage gris-boueux, mais propre et lustré, indique une pauvreté industrieuse; il dépeint l'enfant issu de parents pauvres, tenu sévèrement, élevé par eux aux idées ambitieuses, à la prétention de s'avancer. U est préoccupé de cette idée, et, par Analogie, son cerveau baigne dans le rouge, couleur de l'ambition. Son ramage, emblème de Tesprit cultivé, égale celui du serin, qui est le portrait de l'enfant riche et pourvu de bons maîtres. Ainsi l'enfant pauvre et stimulé s'élèvera au même degré d'éducation et d'instruction que l'enfant opulent; il saura dérober la science qu'on prodigue au riche; et comme il ne parviendra à cette instruction que par les secours de sa iiamille, la Nature a empreint de jaune les pennes de son aile, pour indiquer que son élévation est due au soutien de sa famille, au groupe de Paternité figuré par le jaune. Cet enfant pauvre ne s'épouvante pas des ronces de la science; il surmonte les obstacles de l'étude ; il deviendra habile jurisoonsuite, fameux médecin. Par Analogie, le chardonneret se plait sur le chardon, plante épineuse et sympathique avec la classe rustique habituée aux épines de l'Industrie. C'est pour figurer ces rapports que la Nature met en sympathie sur le chardon deux personnages contrastés, le chardonneret, emblème de l'enfant studieux issu du paysan, et l'âne, emblème du paysan, de son patois ou braiement risible, de sa nourriture chétive, de sa résignation aux mauvais traitements, et de sa sotte obstination dans les vicieuses méthodes.
Ici le chardon présente double Analogie : une sensuelle, une spirituelle. Le paysan aime les liqueurs fortes, les mets piquants et les émotions violentes, comme l'aspect des supplices; de là vient que l'âne, emblème du paysan, aime à se nourrir des piquants du chardon, et envisager un précipice eifrayant.
Sans recourir aux végétaux brillants, aux bosquets de Cythère, on peut dans les plantes les plus «bourgeoises, dans le chou et l'oignon, expliquer des Analogies très gracieuses ; essayons.
Le Chou est emblème de l'amour mystérieux, de ses intrigues secrèles masquées par centuple ruse pour échapper aux argus et aux
obitacles. De mdoie, le cbou cache sa fleur sous les voitea de cent feuilles emboîtées. Ces feuilles bouillonnées et ondoyantes figurent \en efforts astucieux d'amants obligés de cacher leur lien ; elles sont plutôt bleues que vertes, parce que l'azur est la couleur de l'amour ; Tazur domine dans la feuille de l'œillet, qui peint la jeune fille fatiguée par réplétion d'amour, privation d'amant.
Le chou-fleur^ qui est contre-partie du chou, dépeint la situation opposée, l'amour sans obstacles ni mystère, les ébats de la jeunesse libre qui voltige de plaisir en plaisir; aussi le chou-fleur est-il un océan de fleurs, image des charmes du bel âge; sa feuille n'est ni azurée ni bouillonnée, parce que la jeunesse libre, formant des orgies, est peu amoureuse, n'a pas besoin de recourir aui astuces comme la jeunesse entravée, dont le chou est symbolique.
Le chou-fleur a, comme certains végétaus, un vice de fétidité; il in^ fecte l'eau et le local où il cuit ; l'artichaut infecte la main qui le cueille, et l'asperge infecte les urines. Dans ce vice commun aux trois plantes, la Nature dépeint différents désordres de l'amour libre ; observons ce désordre dans le chou-fleur^ emblème du jeune homme à bonnes fortunes, du séducteur en vogue, de l'homme pour qui les amours sont un océan de fleurs. Un tel homme sème le trouble dans les familles, il n'est bruit que de femmes et filles séduites par loi : de là les caquets, les querelles domestiques, les incidents fâcheux ; et par emblème le chou-fleur infecte l'élément symbolique de la famille, qui est l'eau selon le tableau suivant :
Terre, Air, Arôme, Eau, Feu,
Amitié, : Ambition^ Amour, 7 FamiUe, Cmté.
L'Analogie dissipera nos préjugés en politique, ainsi qu'en morale. Deux analyses de la ruche et du guêpier réduiront à leur juste valeur nos préjugés sur les libertés administratives et les garanties ; l'Unité d'action est moulée dans la Ruche, la duplicité dans le guêpier, ce sont deux Analogies magnifiques.
Un vice des beaux-esprits civilisés, vice qui les a égarés dans l'étude de la Nature, est de ne pas rapporter tout aux convenance^ de rhomme. Selon ce principe, quels que soient les tableaux fournis par Tabeille et la guêpe, l'une dépeint le bien puisqu'elle nous donne richesse composée, par le miel et la cire; l'autre dépeint ^le mal, puisqu'elle donne pauvreté composée, par son carton inutile et ses ravages. Telle est aussi l'araignée, image du commerce mensonger, du piège de libre concurrence.
Les Analogies sont déjà très séduisantes isolément, par la fidélité du pinceau de la Nature; on vante le tableau du tartufe peint par Molière ; la fleur dite amarantÎB et le reptile nommé caméléon sont des tableaux de rhypocrisie plus parfaits encore. Pour en juger, il faudrait une longue description de toutes les parties de ces deux moules.
Les Analogies redoublent de charme quand elles sont présentées en contraste et en graduation. L'aigle et le vautour nous peignent (toux autorités qui s'élèvent de fait au rang suprême, qui savent régner; mais il est des princes qui se traînent, et sont incapables de régner ; ils ont pour emblèmes l'autruche^ ou pauvre d'esprit, grand corps «aius
l4le« «1 le dr«nte» image da sol orgueilleux, tête ignoble dont te cer*
Teau oe produit qu'uue crête ridicule et inutile à Phomme , Ainsi que tout le corps de Toiseau.
Pour faciliter Téiude de TAnaiogie, il faut assembler des galeries de portraits sur un même sujet. S'agit- il de l'auguste vérité, il fout étudier combinément les emblèmes de vérité ; tels sont le cygne , la girafe, le cerf, le sapin, le cèdre, le lys, tous hiéroglyphes des différents emplois de cette vérité si ingrate pour ceux qui la pratiquenL Bn voyant son triste sort dépeint dans ces divers animaux et végétaux, aucun civilisé ne sera tenté de pratiquer la vérité, quoi qu'en disent nos philosophes qui, cherchant à nous duper, ne veulent pas qu'on connaisse le sort fâcheux réservé aux amants de la vérité.
Les tableaux de nos Passions deviennent très gracieux, lorsqu'on les étudie en détails comparatifs, comme serait une échelle des degrés de sottise, de bel esprit et de bon esprit, représentés par les coiffures d'oiseaux ; leurs huppes, crêtes, appendices, aigrettes, colliers, excroissances et ornements de tête ; l'oiseau étant l'être qui s'élève au-dessus des autres, c'est sur sa tête que la Nature a placé les portraits des sortes d'esprit dont les têtes humaines sont meublées. Aigle, vautour, paon, dronte» perroquet, faisan, coq, pigeon, cygne, canard, oie, dinde, pintade, serin, chardonneret, etc., sont, quant à l'extérieur des têtes, le portrait de l'intérieur des nôtres.
L'analyse comparative de leurs coiffures fournit une galerie amusante, un tableau des divers genres d'esprit ou de sottise dévolus à chacun des personnages dont ces oiseaux sont l'emblème.
L'aigle, image des rois, n'a qu'une huppe chétive et fuyante en signe de la crainte qui agite l'esprit des monarques, obligés de s'entourer de gardes et entourer leurs sujets d'espions pour échapper aux complots. Le faisan peint le mari jaloux, tout préoccupé des risques d'infidélité, et, pour s'en garantir, épuisant les ressorts de.son esprit. Aussi voit-on, du cerveau d'un faisan, jaillir, en tous sens, des plumes fuyantes (le genre fuyant est le symbole de crainte). On voit une direction contraire dans la huppe du pigeon, relevée aùdacieusement, peignant l'amant iAff d'être aimé, et dont l'esprit est libre d'inquiétude, fier du succès.