X. Et cela paraissait beau
L'noMME DE LETTRES. Très besu l
X. Extraordinaire méoie?... Eh ! sans doute \ voilà pour* quoi le journal en parlait avec force éloges : c'est que ee n'était qu'une exception. Ainsi votre citation, au lieu de me donner tort > démontre au contraire l'insignifiance, l'impuissance de votre morale, puisque l'on ne manque jamais de vanter un trait quand par hasard il est conforme à la morale. Ah! croyez-moi , 11 ne peut y avoir d'immoral aux yeux de Dieu que ce qui* est contraire aux lois naturelles ; et qu'y a-Mi de plus contraire à la nature que les faits qui s'accomplissent sous le manteau de la morale? Votre morale! Prenez une question quelconque, le jeu, le duel, le suicide, la raendScItc, la police, la prostitution ; demandez une solution à dix moralistes, et vous aurez dix opinions différentes : voilà les caractères du mensonge. Offrez les mêmes questions à dix Phalanstériens, et vous aurez exactement la même solution ; voilà les caractères de la science, vo'dà le cachet de k vérité,
De- même en Politique. Est-ce une science, celle qui divise un parlement en d^ux fractions ég^^Ies, composées chacune de partis, divisions et subdivisions de partis, dont la besogne la plus claire est de tenir constamment enrayé le char de TÉtat ! Dans quel dédale de faussetés et de contradictions la Politique n'égare- t-elle pas notre raison? Et comment les événements qui se succèdent depuis quelque temps, comment les débats des Chambres surtout, n'ouvren^ ils pas les yeux à tous les hommes qui réfléchissent? Dieu sait que je n'ai d'amour pour aucun ministère ni pour aucun ministre; mais de bonne foi, — le fait seul de la coalition n'est- il pas suffisant pour nous éclairer sur ce qu'on appelle tantôt la vértlé, tantôt les fictions^ tantôt les impoêsib%lité$ du gouvernement représentatif? Est-ce que l'on a jamais vu des partis, des sous-partis et des coalitions, se former pour ou contre la Yérité, pour ou contre la Science? Est-ce que personne conteste la valeur d'une tierce ou d'une quinte? Est-ce que tout le monde n'est pas d'avis que la somme des trois angles d'un triangle est égale à deux angles droits?...
Ma foi ! je m'humilie devant nos grands hommes d'État , devant ces hùmmes forts qui prennent à cœur la Politique et laissent de côté notre prétendue Sdence^ comme a dit Farchitecte. Je m'humilie devant eux ; mais je déclare que je ne les comprends pas. Un instant j'ai pris feu pour la Politique, non qu'au fond j'y comprisse quelque chose, mais que voulez-vous? j'étais jeune, je croyais comprendre, et je ne connaissais pas les travaux de Fourier. J'étais même d'une assez belle force dans cette science; mais j'en suis
revenu, j'ai oublie toutes les belles choses que j'avais apprises, et Dieu merci ! car c'est un bagage bien inutile. Quant à nos hommes d'État, à nos hommes forts, qu'y a-t-il d'étonnant qu'ils ne viennent pas à nous? D'abord, je vous l'ai déjà dit, ils n'ont pas le temps d'étudier; et puis ils s'imaginent qu'ils ont un système ; chacun a le sien, vous comprenez, chacun croit tenir le meilleur... Ce qu'il y a de singulier, c'est que ni eux ni le public ne savent au juste en quoi consiste ce système; et cela se conçoit : n'ayant aucun principe absolu, ils ne peuvent avoir d'idées arrêtées sur rien. Aussi, les uns sont radicaux, les autres absolutistes ; ceux-ci gouvernementaux, ceux-là parlementaires; que sais-je? c'est un gâchis, c'est une confusion, ce sont des intrigues!.... Et vous entendez bien qu'ici je ne fais la guerre à personne, au profit de personne; que tous les partis me sont parfaitement indifférents. Et cela est tout simple : au point de vue où je suis placé> si je soutenais tel système contre tel autre, je serais un Don Quichotte politique, rompant une lance pour Ticho-Brahé contre Ptolémée... Mais, pour en revenir à nos hommes forts, ils n'ont pas seulement un système, ils ont aussi leur amour-propre qui est engagé, ils ont leur position dans le monde... Us ne peuvent pas... Ils viendront, mais les derniers, et alors ils sauront bien nous dire qu'ils étaient plus phalanstériens et depuis plus longtemps que nous. Ce sera le dernier mensonge de la Civilisation. Dieu veuille l'en absoudre !
Mais il y a , en attendant, une chose qui me console de voir no^ hommes forts s'obstiner à demeurer dans leur di* gnité. Savez- vous ce que Bacon écrivait à un de ses amis, en parlant du mouvement de la terre autour du soleil, et des travaux du grand Galilée : « J'espère que vous ave» fait justice des billevesées de cet Italien. »
L'homme de lettres. Quoi! Bacon...
. X. Oui, monsieur, Bacon, François Bacon, le chancelier
Bacon, le grand, Timmortel Bacon, l*autear du tfovum Or-' ganum, J*espère que celui-là était aussi fort que nos hommes d^État les plus forts. — Et Galilée?... Galilée s'écriait dans sa prison :<AJ?< cependant elle tourne, n Et nous, nousdi* sons à nos contemporains :*-«£! cependant la Science existe, <»
L'industriel. Heureusement qu'aujourd'hui l'on ne vous met pas en prison.
X. Et c'est tant pis, morbleu!... Qu'importe en effet à la Science? Si notre époque est moins âpre au châtiment, en revanche elle est d'une indifférence contre laquelle tout s'émousse. Or, sous le rapport de la Science, l'indifférencet le dédain, valent bien la torture. La forme s'est modifiée» l'obstacle est le même.
L'homme db lettres. Mais entre Galilée et vous il n'y a pas, il ne peut y avoir d'analogie. Il s'agissait pour Galilée d'une science matérielle.