‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 20 sur 127 · X. Et il s'agit aujourd'hui d'une science passionnelle · texte numérisé non relu

X. Et il s'agit aujourd'hui d'une science passionnelle

L'industriel. De ce que l'on peut baser des calculs sur des laits physiques, ce n'est pas une raison pour que l'on puisse spécufer sur de pures abstractions.

X, Ehl monsieur, qu'y a-til de plus abstrait que l'algèbre? D'ailleurs il ne s'agit pas d'abstractions.

L'homme de lettres. Il s'agit de bien mieux, puisque vous voulez réformer les passions, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus fugitif...

X. Oh ! que de choses j'ai à répondre à ce que vous me dites là ! Premièrement, loin de vouloir réformer, nous voulons développer les passions humaines, et c'est voire société qui les fausse en les comprimant. Gardez-vous de croire i monsieur! que nous voulions refaire les hommes ; nous fté^

teixlons an contraire les rétablir dans leur vérité. Deuième» ment, loin d'être fugitives comme vons le dites, les passions, invariables de leur nature, ont des modes multiples, mais constants, de manifestations, qu'il s'agit simplement d'étudier.

L'industriel. Etudier... vous nous dites toujours cela... Etudier quoi? je ne vous comprends pas..«

X. Vous ne comprenez pas que, chaque jour, à chaque instant, le choe des passions produit certains faits, et qu'il but rechercher le vrai sens de ces faits, pour en déduire ceux qui résulteraient de rharmonie des mêmes passions. Mettez -vous une bonne fois à l'étude avec cœur et confiance ; d'abord ce sera pour vous un grimoire indéchiffrable, ou, pour mieux dire, un livre fermé; mais si une fois vous avez ouvert le livre , si une fois vous en avez la clef...

L'iNDUSTEiGt. Eh bien?

X. Eh bien! vous commencerez par épeler; puis, les difficultés disparaissant peu à peu, vous finirez par lire couramment, et même par deviner ce qui ne sera pas dans le livre. . . Supposez un homme qui n'ait jamais entendu de musique ; conduisez-le à un concert ; faites exécuter une symphonie en sa présence; cet homme sera effrayé de la multitude des sons qui auront frappé son oreille; et quand vous lui direz que tout se réduit à douze soAs principaux, il refusera de vous croire. Donnez à cet homme la clef de ce mystère, et il comprendra comme vous... Combien de fois ne vous est -il pas arrivé de vous présenter dans un cercle ? un mot insignifiant en lui-même est prononcé, et tout le monde se met à rire ; vous seul ne riez pas, et chacun s'amuse de votre ébahissement... Mais on ne vous a pas plus tôt donné la clef de la conversation,que vous riez comme les autres. Or, cette clef, ou, si vous voulez, ce point de vue

qui nous est propre, le voici en peu de mots : — Dieu est bon ; rhomme est bon ; Diomme est né poor agir dans TAssociation, source de tout Bien et de toute économie, et non dans le Morcellement, source de tout Mal et de toutes déperdi- ' tions. La forme sociale est donc vicieuse; il faut donc corriger la société et non la nature de Thomme. les passions sont des forces créées par Dieu ; les forces par elles-mêmes n'ont ni vice ni vertu, tout consiste à les savoir utiliser ; réprimer les passions est un principe funeste et faux ; les développer harmoniquemeni est le principe heureux et vra'« —Voilà le point de vue qu'il vous &ut accepter si vous voulez nous comprendre, sauf à le discuter lorsque vous aurez lu et compris. Ce point de vue, il y a des personnes qui s'y placent d'elles-mêmes, en ouvrant les livres de l'Ecole sociétaire; ces personnes-là sont rares, on les cite; aussi avons-nous soin de ne prêcher que celles en qui nous reconnaissons une certaine force d'abstraction...

L'iNDUSTBiEL. Très bien t Me voici donc à votre point de vue; j'entre de plain-pied dans le coeur humain, et je vois... quoi?

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