‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 24 sur 127 · X. Ah! vous trouvez · texte numérisé non relu

X. Ah! vous trouvez

L'homme de lettres. Comment, messieurs! mais cela est assez bien écrit.

X. Est-ce que j'écris, moi, monsieur? Dieu m'en garde! Je pense, et c'est assez.

L'homme de lettres. Cependant le style est bien quelque chose, et vous auriez tort de le négliger. Pour moi, je vous engage beaucoup à continuer, à compléter ce travail.

X. Ma fol! non. D'abord, je vous l^ai dit, cette forme di« dactique simple est trop froide; elle ne persuade ni n'attire* Le lecteur veat être étonné; autrement il vous quitte à la seconde ligne. Et puis il est plus difficile que vous ne pensez d'écrire sur un pareil sujet, sur un sujet qui s'applique à tout. A chaque instant on est tenté d'attaquer un point, puis un autre... on est débordé : on ferait des volumes à n'en plus finir. J'aurais bien le courage d'achever ; oui, je crois que j'en aurais le courage, mais la force, non!... Et tenez, croyez bien que je ne fais pas de modestie mal à propos : ce commencement qui vous paraît assez bien, je le trouve, moi, d'une faiblesse extrême. Par exemple, lorsque je veux peindre l'étonnement, l'incrédulité des amis de l'inventeur... vous savez... Eh bien! tout ce passage est languissant. •• Ecoutez Fourier sur le même sujet (1 ) :

« Possesseur de cette théorie, je me trouve dans la situation d'un homme qui, au siècle d'Auguste, aurait inventé la poudre à canon et la boussole, et qui, au lieu de se hâter de les communiquer, aurait passé 20 ans à en calculer les emplois, tels que l'artillerie et la mine; on l'aurait jugé fieffé charlatan si, après ces 20 années de recherches, il se fut présenté aux ministres d'Auguste, tenant à sa main une cartouche et une boussole, et qu'il leur eût tenu ce discours:

«Je vais, avec la matière contenue dansée brimborion, «(la poudre), changer la tactique des Alexandre et des «César; je puis avec cette matière faire sauter en l'air le « Capitole (par une mine) ; foudroyer les villes d'une lieue « de loin (par la bombe et la coutevrine ) ; réduire à minute «nommée la ville de Rome en un monceau de décombres «(par l'explosion d'une masse de poudre); détruire à 500 «toises de distance toutes vos légions (par l'artillerie); « égaler le plus faible soldat au plus fort ( par la mousque^

(1) TraiU i§ VAêêodatiim (hmi. agr. , tome I, p. 79 et «(k

• terie) ; porter la foudre dans mei goussets ( par le pistolet «de poche); enfin je pais, avec cette autre gimblette (la «boussole), braver dans Tobscurité les orages et les écueils, «diriger le vaisseau aussi sûrement qu^en plein jour, et Fo- « rienter partout où on ne verra ni ciel ni terre. » A ce discours les graves personnages de Rome, les Mécène et les Agrippe, auraient pris l'iaventeur pour un visionnaire ; et pourtant il n'aurait promis que des effets très possibles, et connus aujourd'hui des enfants même ; il n'aurait pas exagéré d'une syllabe sur les emplois de ses deux découvertes.

« Il en est ainsi des deux théories que j'annonce : l' Association agricole et l'Attraction passionnée; ces deux inventions, qui tiennent l'une à l'autre et ne pouvaient pas être &ites l'une sans l'autre, me mettent dans le cas de promettre une foule de merveilles, dont la moindre fait crier au visioxmaire, et qui sous peu ne sembleront plus que des effets très naturels et intelligibles au moindre enfiant*.. »

Et plus loin ;

« On les expliquerait (les lois sociétaires) brièvement et sans préambule à des peuples qui seraient neufs et exempts de préjugés scientifiques ; mais des esprits obstrués de ces doctrines sont rétifs à la vérité , et il faut de longs efforts pour les ramener dans la voie du sens commun. Ainsi on architecte a bien moins de peine à construire en plain champ que sur les débris d'un vieux chAteau tombé en mines , et dont il faut préalablement déblayer les décombres.... etc.^eto..». I»

Si je voulais citer, je citerais tout.... Après cela, je vous dirai que j'ai remarqué une chose : c'est qu'en causant sans façon , comme nous le faisons ici , on dispose plus facilement l'étudiant, — l'homme de bonne volonté.... La causerie est une excellente préparation... • A la vérité un écrif s'adresse à plus de monde; mais si on ne le lit pas?.. Je sais bien, oui, c'est vrai, cela pourrait être utile. •• je verrai...

Au snrplas, vous voyez bien qoel est mon but, n'est-ce pas?

L'homme de lettres. Oui, vous allez d'abord nous faire un tableau de notre société , et spécialement des déceptions de la politique.

X. Et je vous jure que le tableau ne sera pas séduisant. Et puisque vous revenez encore à la politique, je n'aurai qu'à m'en rapporter à ceux mêmes qui en vivent. Voici ce que disait, entre autres, fe Courrier Français d'avant-hier : « On compte quatorze crises ministérielles depuis l'établissement du 7 août. Chacun de ces enfantements laborieux a duré, terme moyen, environ trois semaines. La somme de ces intervalles entre le ministère qui s'en va et le ministère qui vient représente une durée de près de dix mois. Ainsi, dans le régime intermittent sous lequel nous avons le bonheur de vivre, le gouvernement demeure vacant un an sur huit , les ressorts de cette grande machine, tendus autre mesure (je ne comprends pas la métaphore ), s'arrêtent d*eux-mêmes ; on ne les remet en mouvement qu'au risque de les briser.... » Jusqu'ici l'analyse de la situation est parfaitement exacte; mais, après avoir dit que les ressorts de la nuichine s^ arrêtent d'euçMnêmes^ savezvous ce qu'ajoute le journaliste: «Voilà les bienfaits du système immuable; voilà ce qui arrive nécessairement, quand la pensée qui gouverne^ ne suit pas le progrès naturel des habitKMes et des esprits. *> Singulière préoccupation des hommes^blitiques qui, au lieu de voiria cause du mal dans le vice de laihiachine, s'obstinent à l'aller chercher dans un accident qui peut être vrai, je n'en sais rien, mais qui n'est, à tout prendre, qu'un des moindres inconvénients de la compticatioii du mécanisme social. — Il est facile de voir que le véritable mal réside dans les tâtonnements de la Politique qui, ne connaissant ni le but ni les moyens,

cherche à guérir le corps social en faisant sur lui des expé^ riences qui coûtent horriblement cher et ne remédient à rien.

L'industriel. C'est évident, mais les choses ne sauraient marcher autrement.

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