ET LA SCIENCE SOCIALE
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« Cr. Fourxer. »
Je veax me rendra compte de la tapériorité qu'aurait, sur Pincertitude et les t&toDuements de la Politique, une Science so- GiAi«E fondée sur des axiomes d'une vérité éternelle, universelle, et dont toutes les déductions, théorèmes, scbolies, corollaires» s'enchaîneraient d'une manière aussi rigoureuse et inévitable que les démonstrations géométriques.
Si j'étais professeur de quelque faculté, autorisé par le gou~ yernementà enseigner une science ayant acquis diroitde cité, sûr de la confiance de mon auditoire, j'aborderais la démonstration de la science sans m'inquiéter d'en prouver l'importance. Mais cette importance même fait le sujet, et sera, comme parle Montaigne, « le gaing de nostre estude. «
Comprenez- vous bien cela? Si vous eussiez appris, étant jeune, la Science sociale, comme vous avez appris la géo«
métrle , par la bonehe d'un midtre qai voub eût inspiré toute confiance* vous n'auriez anjourd'hni aucune objection à faire contre des vérités qne vous ne repoussez absolament que par méfiance. Mais continaons :
Le monde est si plein de préjugés, les hommes sont si imbus de préventions et d*erreurs ! Est4l étonnant que les plus belles intelligences n'en soient pas exemptes, et que les esprits les plus droits aient besoin d'être redressés? Les personnes qui se croient le plus en garde contre les idées inculquées, contre les opinions dominantes, sont souvent celles qui, faute d'une boussole
Cette boassole , c'est la Science sociale.
savent le moins se conduire à travers la tourmente intellectuelle, et voient leurs bonnes intentions aller sans cesse à* la dérive.
Une maxime généralement répandue de nos jours est celle-ci :— Le bonheur n'est pas fait pour les hommes.— Qu^en sait-on? S'est-on seulement donné la-peine de chercher ? Et pourquoi tant se hflter de trancher une aussi grave question? Sur quel fondement cette opinion s'est*elie établie? Sur l'observation des faits ? Sans doute« à voir êin^Ummi les choses telles qu'elles se passent sous nos yeux, il faut convenir que les faits semblent justifier la maxime; or, de nos jours tout cède à la puissance des faits ; devant un fait bien ou mal observé, bien ou mal analysé, l'intelligence même essaierait vainement de protester. Aussi les esprits les pins hardis osent à peine soutenir qu'un petit nombre d'hommes seulement peuvent être heureux, mais à la conditiùn de nuire mt hien^tre de leure eemblablei. Ils ne voient donc pas que ce n*est qne dans les corps malades ou mal organisés qu'un membre peut acquérir son développement au détriment des autres membres et s'en approprier la substance \ qu'ainsi leur système revient à dire que la société est mal organisée, ce que je suis bien loin de contester.
Mais ce n'est pas ici le lien de combattre cette opinion qne détruirait bien vite un examen plus approfondi. Je ne dirai pas qu'elle fait injure à la Providence ( ces raisons-là glissent sur quelques-uns); mais je remarquerai, en passant, qu'elle exclut rhonune du cadre général de la Nature, oà nous voyons tous les
êtres, sans eiceptioD, organisés d^une façon si parfaitement harmonique, que la santé d'une partie quelconque du corps est une preuve, un gage, une condition de la santé du corps entier ; et j'ajouterai que dans toute chose, infiniment grande comme infiniment petite j. l'harmonie générale est inséparable des harmonies particulières, de même que l'harmonie de notre système planétaire n'est que la preuve et l'indication de l'immense concert qui. règne dans les univers.
A la vérité le monde se garde bien de s'élever à ces considérations ; le monde ne voit que le fait actuel, et n'en veut tirer qu'une conséquence immédiate, si même il songe à tirer une conséquence.
Il fiiut le dire, l'homme est entré si avant dans les déviations^ il est tellement aveuglé par sa propre misère, tellement abruti, dégradé par trente siècles de convulsions sociales, enfin il a si bien contracté l'habitude de son infortune qu'il n'ose plus croire à ce bonheur dont le désir même impétueux dans son origine finit par s'éteindre en lui. Pareil à ces serfs-du moyen-âge qui, façonnée au joug et n'ayant plus le sentiment de la dignité humaine, avaient perdu jusqu'à la pensée de reconquérir leur liberté naturelle , l'homme se résigne tristement à sa condition présente; il néglige, que dis-je? il combat ses plus chers, ses plus pressants intérêts.
Car l'homme, dans cet état d'abfttardissement, conserve néanmoins une fierté que son aveuglement change en orgueil. Il ne veut pas être convaincu d^rreur, fût-ce pour son plus grand avantage. Cela s'explique.
Notre époque imprévoyante stimulant à demi les vocations diverses que la nature a mises en l'homme, et ne sachant ni les développer ni les employer convenablement, rien n'est plus com mun aujourd'hui que de voir des personnes s'attribuer de fort bonne foi de l'autorité ou du talent dans des matières qui leur sont complètement étrangères , comme chanteurs discutant sur la botanique, industriels s'égarant dans les obscurités de la métaphysique, musiciens ou danseurs parlant d'industrie, tous faisant bon marché de ce qu'ils savent, pour se constituer juges de ce qu'ils ignorent, et tous, ou presque tous, affectant des |^rétentious à lu politique et à la connaissance des intérêts généraux.
Celte disposition des esprits est d'autant plus funeste qu'elle se combine avec un côté non moins /âcheux de notre caractère national, toujours disposé à nier, à condamner, avant même de cbercher à comprendre.
Ajoutons à cela la méfiance trop légitime d'un peuple tant de fois abusé par les jongleurs politiques, etsupposons qu'un homme d'un désintéressement, d'une loyauté, d'une sagesse bien notoires, assemble ses amis et leur dise : m Plus de guerre, plus de divisions, plus de mal sur la terre. Je tiens le moyen de rendre tous les hommes heureux. — Tous?... -- Oui, tous; le monde actuel est un monde à rebours ; j'ai trouvé un monde où tout sera bien, absolument et nécessairement bien. J'ai fait une découverte... non une utopie, non un roman... je n'ai rien imaginé... mais j'ai découvert une science basée sur la nature de l'homme, sur sa nature |><u«tonfi«l/e, une science complète, dont la fin est le bonheur de Thumanité tout entière, dont le point de départ est la connaissance des destinées. Depuis vingt ans j'étudie cette science ; je vous l'apporte avec tous ses développements. Etu* diez-la.»
Supposons que les amis de notre inventeur
Inventeur, cela va sans dire, est pris ici dans le sens du mot iwDenire^ trouver; c'est comme si l'on disait de Copernic, l'inventeur de l'astronomie, de Newton, l'inventeur de la gravitation universelle ; les mots manquent à chaque instant pour rendre les idées, et surtout dans une science nouvelle ; ainsi il n'y a pas de terme pour désigner l'homme qui £ait une découverte.
Supposons, dis-je, que les amis de notre Inventeur aient assez de sens et de générosité pour ne pas rire à cette proposition; admettons qu'ils aient des motifs pour ne point se méfier de la pureté de ses intentions : tous crieront à l'impossibilité ; la plupart l'accuseront d'être visionnaire ; ceux-là même ( et ce sont les plus éclairés) qui ont une notion confuse de l'Unité, de l'Analogie universelles» sans pourtant bien comprendre la solidarité des choses, ceux-là nieront la science nouvelle, bien qu'elle soit en relation intime avec les autres sciences acceptées par eux ; ils la nieront d'une manière absolue, et sans même étayer leur opi-
Dion de qnelqne raisonnement; ils st refuseront à croire qne Pétude de l'homme soit en analogie même éloignée avec les sciences exactes, et que l'on puisse procéder avec les passions comme avec d'autres phénomènes. Que sera-ce donc lorsque, par complaisance on curiosité, ils anront jeté un coup d'œtl distrait sur lé traité de la nouvelle science? Obligés, pour percevoir des idées aussi nouvelles, de se faire un langage, un en« tendement nouveau, ils reculeront devant la tâche et fermeront le livre dès le début.
Mais cependant, si elle existait, cette science fondée sur la connaissance des destinées^ comme elle nous révélerait l'universalité de la Providence, bien mieux que ne l'ont fait jusqu'ici, soit les dogmes religieux, soit les doctrines philosophiques! Combien ne donnerait-elle pas raison à ce Dieu qui a tout fait pour le mieux, contre ces hommes qui prétendent que Dieu s'est trompé en beaucoup de points, et dont quelques-uns vont même jusqu'à nier le concours de rintelligence dans la formation de l'univers! Quel triomphe enfin n'assurerait-^Ile pas aux savants qui ont avancé, peut-être sans avoir bien conscience de cette vérité, que tout est lié danê le iyitème de la nature!
Ne la repoussez donc pas sans examen, cette science qui va pleinement justifier votre axiome et qui promet d'expliquer tant de mystères impénétrables, de lever tant de voiles d'airain^ de résoudre tant de problèmes réputés insolubles. Écoutez-la donc, cette science, car vous avez en vous le sentiment et le désir de son existence. Étudiez-la, si vous ne voulez pas vous préparer des regrets, en voyant plus tard la génération qui vous succédera mettre à exécution des plans que vous aurez dédaignés et dont vous ne pourrez plus profiter pour vous-mêmes.
C'esl h ceux qui veulent i^'éviter de pareils mécomptes, c'est à vous, hommes sérieux et prévoyants, à vous, hommes de cœnr et d'attention, que s'adressent ces pages. Elles n'exigent pas de grands efforts d'intelligence. Pour peu que les idées, les préven» tions, les opinions contradictoires qui sont la monnaie courante du siècle, n'aient pas complètement faussé votre jugement, vous serez forcés de reconnaître que l'existence d'une science sociale n'a rien d'impossible, qu'elle est au contraire un fait naturel, nécessaire, indispensable, qu'elle ne peut pas ne pas être* Off
tel est le résultat que j'ai en rue, le seul que j'ambitionDe, et cê résultat est immense ; car être convaîDcu que la science la plus utile aux hommes, que cette science qu'on désespérait de trou* ver, est un fait providentiel, c*est déjà désirer de la connaître et de s'assurer si elle est ou non découverte.
Ici je dois rassurer les lecteurs effrayés d'une discussion scientifique. Je ne veux point leur faire subir un cours d'association, je ne les ferai point entrer dans l'examen de la science elle-même; je ne veux qu'éveiller leur esprit bercé par les illusions de la politique, et faire prendre à leurs idées une voie nouvelle et plus profitable.
Nous allons donc rechercher s'il existe de toute éternité une Science sociale, c'est-à-dire un ensemble de principes naturels ayant puissance d'assurer aux hommes réunis en société toute la somme de bonheur à laquelle chacun d'eux aspire et a droit de prétendre ^ nous analyserons les obstacles que cette science doit rencontrer ; nous pèserons la valeur des objections qu'elle doit soulever \ nous examinerons pourquoi elle n'a pas été découverte plus tôt et si elle pouvait l'être, etc., etc.
Mais avant tout, pour bien faire ressortir tout l'intérêt de la question et pour décider les hommes sérieux à étudier, il importe d'énumérer à priori les avantages que le code social divin ou scientifique, que la Science sociale^ en un mot, doit apporter à l'humanité.
Ici se place donc naturellement le tal)leau des harmonies sociétaires, et conséquemment le programme des conditions auxquelles la Science devra satisfaire (à supposer qu*elle soit trouvée) et comme démonstration de son existence. Cet ordre de matières n'a rien d'insolite, et c^'est une méthode mathématique de supposer résolu le problème que l'on veut résoudre.
Mais, comme aux yeux de beaucoup de personnes, la Politique, nuilgré son impuissance et ses contradictions, passe encore pour une science utile et susceptible de perfectionnements, et comme,
tant que subsiste cette erreur fondamentale , il est presque impossible de s'éleyer à la perception des idées sociales même les plus élémentaires, je dois placer, en regard de la vérité sociale absolue, le tableau des mensonges et des illusions de la société existante. Opposant ainsi les deux faces du problème (la face absolue à la face relative, la face future à la face présente ), nous aurons de Tune et de l'autre une connaissance plus lucide, et nous serons mieux à même de choisir.
Et comme en toutes choses il faut procéder du connu à Pinconnu, je commencerai par la face relative connue, je veux dire par la critique de la société actuelle «