‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 39 sur 127 · X. Inconnu pour toi · texte numérisé non relu

X. Inconnu pour toi

Le connaisseur. Inconnu pour toui.

X. Cela ne fait pas Téloge de tous. Ecoute : on dit que ta as beaucoup d'esprit ; pour moi, je connais quelqu'un qui en a plus que toi.

Le connaisseur. C'est tout le monde?

X. Mieux que cela ; c'est cet homme inconnu de tout le monde, c'est Fourier. L'objection que tu viens de me faire, il l'a présentée d'une manière bien plus piquante , et voici en queb termes :

« Que dit-il, ce livre de l'Attraction? Bah ! des folies : un m homme qui prétend qu'on a manqué la découverte des « Destinées ; que le genre humain est appelé à un immense « bonheur; qu'il existe un calcul sur l'Harmonie universelle

• des passions ; qu'elles tendent à former un nouvel Ordre som cial qui serait l'opposé des discordes civilisées ; un Ordre où m tous les peuples vivraient dans les délices et dans l'opulence m graduée, malgré l'inégalité des fortunes! un Ordre où le u travail deviendrait plus attrayant que nos bals et spectam clés! un Ordre qui , dès le premier essai, serait adopté

• avec transport par tous les peuples civilisés , barbares et « sauvages! C'est un roman gigantesque, s'il en fut jamais ; « grandiose, à la vérité, mais impraticable. Si l'auteur avait « raison , tous nos philosophes se seraient donc trompés ; « tant de torrents de lumière, Platon et Sénèque, Montesquieu « et Rousseau, seraient donc réduits au néant ! Ah ! c'est •• inipossil)lo; cet homme rêve assurément. Eh! quel est-il ! « Est-ce un académicien, un philosophe célèbre? Non, c'est nun provincial des plus obscurs. Bah! iln'a pas le sens

« commnn. La province fournit de plaisants originaux. *>

Et Fonrier ajoute : m Ainsi raisonne l'orgueil ; chacun se « donne des airs d'Aristarque aux dépens d'une découverte « qui heurte les préjugés. Chacun au quinzième siècle sem- « blait homme d'esprit en traitant Colomb de visionnaire. « Employez vingt ans de travail à tirer du néant une Théorie « de haute importance » vous serez jugé sans appel par un « farfadet qui, n'ayant pas même lu l'ouvrage, n'étant pas « capable d'en réfuter un seul argument, tranche de Toracle « et entrcane les suffrages en fiUittant les petits esprits jaloux « des découvertes (1). »

Voilà l'objection \ qu'en penses-tu ?

Le CONNAISSEUR. Je pense que cela est très mordant ; mais il n'en est pas moins vrai que des hommes fort capables ont eu l'audace de réfuter Fourier.

X. Oui, des gens quitte l'avaient pas lu, ou qui, l'ayant lu, ne l'avaient pas compris.

Le connaisseur. Yoilà qui est commode : vous me réfutez, donc vous ne me comprenez pas!

X. J'entends, par une personne qui ne me comprend pas, celle qui s'imagine m'avoir battu, quand elle ne fait que prouver autrement que moi ce que je viens de démontrer moi-même. Or jamais critique de Fourier n'a été faite autrement. A ce compte tu es capable d'en faire une. Croismoi, tu n'as pas lu , tu n'as pas étudié Fourier ; tu n'es pas en état de discuter ; ainsi passe ton chemin , et laisse-nous en repos.

Le connaisseur. Tu es de bien mauvaise liumeur aujourd'hui. Est-ce que tu as ta plume?

Le docteur. Quoi? quelle plume?

(i) Traiié doTAisoc. doro. «gr.,!*. II, p. 0 ei 7.

Le connaisseur. Vous ne savez donc pas ?.. . Quand X est de mauvaise humeur, il en prévient ses amis et ses emmaissanees en mettant une plume noire à son chapeau.

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