DIXIÈME PROPOS
L'architecte. Oh! tant que voos faites la critique de notre Société, il li'y a rien à répondre.
X. Eh ! si je fais bien la critique de votre Société, c'est que je l'examine d'un point de vue élevé, c'est que, la comparant à une Société toute contraire , je suis bien plus vw vement frappé des vices de l'une par opposition aux avan^ tages de l'autre. Ne me faites donc pas honneur de ma critique; elle n'a de valeur que comme œuvre d'investigation d'une Science organisatrice sur une Société non organisée.
Et pour vous en donner une preuve, maintenant que je vous ai fait le tableau fidèle de la vie civilisée, écoutez celui de la vie sociétaire :
u II suffira bien de trois mois d'un tel genre de vie, dit Fourier, pour corriger le peuple de i^s orgies dominicales; il en perdra l'envie, parce qu'il aura passé une semaine fort gaie dans les travaux à courtes séances intriguées, au lieu d'une semaine de supplices dans les séances uniformes de seize heures par jour avec privation de pain, viande, vin, feu, etc. Comment songerait-il à aller se ruiner le dimanche
aux guinguettes pour un repas qu'on lui donnera gratuitement et bien meilleur, avec un bal plus brillant?
M D'ailleurs les femmes et les enfants, ayant en Harmonie learâ bénéfices distincts, donneront aux pères le bon exemple d'économie et placement à 30 p. 0}0 d'intérêt. En Régime sociétaire, les femmes et les enfants opposeront, par leur bonne conduite, une concurrence efficace aux brutales passions des pères ; leurs déportements n'ont aucun contrepoids en Civilisation, où le sexe masculin jouit du despotisme absolu.
«• Sitôt que cet équilibre sera établi, on verra naître chez le peuple un esprit conservateur, l'orgueil de propriété croissante, au lieu de l'esprit turbulent et émeutler que lui inspire la Civilisation. Chaque plébéien, possédant un coupon de 10 fr., pourra dire, NOTRE palais, nos troupeaux, nos forets, nos ateliers, nos récoltes, nos vergers, nos chasses, nos pêches.
« D'autre part, les riches auront le charme d'être entourés d'un peuple bienveillant, probe et affectueux pour eux, parce qu'il verra très clairement que ce bel Ordre, où il trouve tant de bonheur, se fonde sur la coopération sociétaire des riches, sur leurs mises de capitaux, leur intervention en gestion unitaire du ménage à plusieurs degrés.
« Alors disparaîtra la prévention des riches contre le bien-être du peuple ; la philosophie leur persuade qu'ils ne peuvent être heureux que par l'industrie morcelée et morale qui les entoure d'un peuple affamé, déguenillé, grossier, haineux, fripon et souvent assassin ; ils reconnaîtront qu'en faisant le bonheur du peuple par l'Etat sociétaire, que proscrit la philosophie, ils trouvent l'avantage de doubler, tripler leur revenu, décupler leurs jouissances et faire une fin des Révolutions (1). »
Maintenant, je vous le demande, e3t-ii permis d'hésiter entre ces deux résultats ?.
(i) Fausse Industrie ^ lom. If, page A 8«
L^AGAicuLTEUR. 'Oh ! bien ; mais n*atigmeûte-t-*on pas déjà peu à peu le bien-être général ?
X. BeUe amélioratl(ni> parblea I VoyeÀ le VààêÊa qu'en à fait Fotitieré
Et sur le dos de ia même pancarte qu*il venait de nous montrer, X nous Int ce qui suit :
« De tous les indiees qui devaient faire inspecter rindos* trie actuelle, il n'en est pas de plus frappant que celui de l'échelle simple en répartition. J'entends, par échelle êimplp, une échelle qui ne croit que d'un côté et non de l'autre ; en voici un exemple adapté aut cinq classes :
PraTr«i GêDiei Moyenne. Ailée. Biebe.
D 4.....k.8 as..'.'., as.... <. 64
|j o.»*«*« iD* • • • • • o^* • • • • «u^* • • • • • 12o
« La ligne horizontale A représente Porlglne deâ Sociétés, où la différence des fortunes était peu saillante, où la classe pauvre, figurée par zéro» n'eiistait pas.
« A mesure que la fortune publique s'accroft ^ comme on le voit aux lignes B, C, D, E , il faudrait que la classe pauvre y participât selon la proportion indiquée dans chacune de ces lignes, c'est-à-dire que, dans un degré de richesse £, le riche ayant 128 fr. à dépenser par Jour, le pauvre eût au moins 8 fr. ; dans ce cas Téchelle serait composée, croissant proportionnellement pour les cinq classes.
« Mais eti Civilisation, l'échelle nç croissant que d*un côté, la classe pauvre en reste toujours à zéro, de sorte que, si la i:ichesse est parvenue au cinquième degré E» la classe rich^
obtient bien son lot de 128, et la paiivre 2éro 8etdement| car elle a toujours moins que Id néeessaire ; de sorte que réchellô civilisée sait là ligne transversale : 0, 3, 8, 3t, 138 9 et la mtdtitade ou classe panvre, loin de participer à r accroissement de richesse, n'en recueille qu'on surcroît de privations , car elle voit une plus grande variété de biens dont elle ne peut pas Jouir; elle n'est pas même assurée d'obtenir le travail répugnant qui fait son supplice et qui ne lai offre d'autre avantage que de ne pas mourir de faim (1). n
« Le peuple, dit ailleurs Fourier, le peuple, dans son bon sens, dénonce proverbialement ces deux effets du mé« canîsme faussé ou monde à rebours ; il dit du riche : La pierre va toujours au tas » et' du pauvre : Au gueux la be$ace. »
L'agriculteur. Oh ! mais il £aut espérer que les progrès de la civiBsation et des mœurs.
X. Phrase banale, monsieur, phrase stéréotypée dans tous les journaux ou vous la lisez tous les jours. lAperfeciibiliU de la Civilisation! voilà encore une idée dont Fourier a démontré le néant, l'absurdité ! Si vous aviez lu l'analyse scientifique qu'il fait du Mouvement goeial, vous sauriex que la Période civilisée, loin de tendre à la perfection, est en voie de déclin , ce qui n'en est pas moins un Progrès dans le Mouvement général y mais un progrès dont les peuples souffrent, et qui a quelque chose d'analogue aux douleurs d'un enfantement laborieux. Eh ! monsieur , sans remonter si haut, que pouvez-vous raisonnablement espérer d'un état de choses qui ne présente que des péjoratifs aux basses classes et rend de plus en plus précaire, intolérable, le sort des industrieux ? Rien de mieux que d'espérer, messieurs ; mais depuis trois mille ans que l'on nous berce d'espérances
^t) NoUi^n Motuk iiWiM/.i p. 41 et 4i«
et que Ton nous endort avec des consolations, en sommesnous plus heureux? Pour nous, nous ne nous contentons pas d'espérances vagues, de souhaits, de conseils et de consolations qui ne remédient à rien ; nous donnons de plus les moyens de faire passer nos espérances en actes ; et c'est là la différence très tranchée qui sépare notre Science des doctrines philosophiques , morales, religieuses ou politiques, gui ne font que prêcher le Bien sans donner les moyens de l'accomplir.
Le docteur. Très bien ! très bien !
L'abchitegte. Oui, mais voyons... Supposons que vous trouviez, dans les diverses classes de la société.... car il vous faut , je crois, des inégalités. . .
X. Sans doute, des inégalités, des contrastes, des rivalités, et le plus possible...
Le peintre. Mais cela produit aujourd'hui le désordre.
X. Oui, aujourd'hui ; mais au sein des Séries industrielles, cela produira l'Ordre, l'Harmonie.
Le docteur. En général, prenez l'inverse de ce qui arrive aujourd'hui , et vous rencontrerez la Vérité sociétaire. Gela ne doit pas vous étonner, puisque nous sommes dans un monde â reboursi et qu'il s'agit de passer dans un monde à droit sens.
X. Oui, messieurs^ oui , inégalités d'âge, de fortune; contrastes de goûts, de penchants, de facultés; rivalités industrielles : ce sont là de puissants éléments d'harmonie ; et plus ces éléments seront nombreux, plus les passions distributives auront d'essor et d'effet utile , plus l'engrenage sera complet, et plus par conséquent le sentiment de l'Unité sera puissant et développé.
Le peintre. Qu'entendez-vous par les passions distribuiives?
lf)l
X. Les trois passions disiributives ou mécanisantes, ainsi nommées par Fourier parce qu'elles distribuent Tharmonie dans le mécanisme social, sont celles qui produisent une foule de désordres dans les sociétés morcelées \ aussi y sontelles le plus décriées, le plus complètement méconnues; et cela doit être, puisque ces passions précieuses, faites pour TAssociation et tendant à la formation du lien sociétaire, ne peuvent guère avoir aujourd'hui qu'un emploi subversif. <« Elles sont aux autres passions ce qu'est le cocher aux chevaux qu'il dirige : si les chevaux partent sans cocher, ils s'épouvantent au moindre incident ; ils s'emporteront et jetteront dans le fossé les voyageurs. Ainsi les deux ordres de passions sensitives et affectives deviennent» comme l'ont dit les philosophes, deux ennemis de l'homme, quand ces passions marchent sans être dirigées par celles de troisième ordre, par les distributives^ qui ne peuvent pas agir utilement en mécanisme civilisé ; elles n'y produisent que le mal. Pour en juger, il faut faire le parallèle des résultats que donneront les trois passions distributives dans l'Ordre combiné, et des effets qu'elles produisent en Civilisation et en Barbarie, où elles causent tant de désastres qu'on ne veut pas même leur accorder le rang de passions; elles sont nommées