X. En vérité, madame, je ne sais par où commencer
Le mari. Oh ! vous pouvez aller sans crainte. Nous sommes un peu au courant.
X. Le Phalanstère, ou habitation de la Phalange, n'est pas autre chose qu'un palais convenablement et commodément distribué que nous substituons aux masures , aux échoppes, aux chaumières qui composent aujourd'hui nos villages. Or, la Phalange étant la réunion d'environ 400 fa» milles, ou 1800 individus inégaux en âge, penchants, fortune, etc., associés librement (suivant les trois facultés productives, Capital, Travail et Talent) y pour tous les travaux de culture, fabrique, ménage, éducation, etc., il faut absolument que le Phalanstère réponde, par sa disposition, aux diverses aptitudes industrielles, aux divers besoins sensitifs, animiques et intellectuels , aux diverses exigences passionnelles qui se manifesteront au sein d'une pareille association. En un mot la distribution du palais sociétaire doit être appropriée aux différents ordres de ces aptitudes , de ces besoins , dé ces exigences. Partant , pour poser en bons termes le programme du Phalanstère, il faut d'abord savoir quels faits s'y passeront, quelles tendances vont s'y développer ; il faut donc posséder à fond la connaissance de la Science sociale.
Le mari. Passez là-dessus.
X. Oui, je néglige ces généralités pour arriver à la des* cription que vous attende?. Représentez -vous donc un vaste édifice divisé en ailes, avec cours intérieures et gale^»
ries de communication ouvertes en été, fermées et chauffées en hiver. — Imaginez d'abord deux grandes divisions : Tune pour les ateliers bruyants, relégués dans une des ailes, l'autre pour les travaux tranquilles, distribués dans le reste de Tédiiice, en tenant compte des exigences passionnelles, indus* trielles et sociales que je viens de vous faire entrevoir. Supposez maintenant qu'au centre soient les grandes salles de réunion pour la Phalange entière, telles que la Bourse, la Bibliothèque, le Musée, les Réfectoires, laTour d'ordre, avec beffroi, horloge et télégraphe; enfin les appartements, ma* gasins et bureaux de la Régence, ou Conseil élu pour administrer unitairement la Commune sociétaire. Placez aux différents étages, et entremêlez méthodiquement lesSéristères et les logements de toutes les grandeurs, de tous les prix, de tous les goûts,autant afin d'éviter la classification actuelle de nos villes en quartier riche et quartier pauvre qu'afin de faciliter le jeu libre, l'engrenage régulier des Séries iadustrielles. Qu'en face de ce palais, de l'autre côté de la grande route, et à une distance convenable, soient établis les bâtiments ruraux, ..
La mère. Il me semble que vous oubliez Téglise.
X. Non pas, s'il vous plaît; je n'oublie ni le temple ni le théâtre : le temple pour y chanter des hymnes à Dieu, le théâtre pour y former des hommes dignes de connaître et d'adorer l'éternel Auteur des choses.
Le hari. Et le marché, et la justice de paix, et la mairie, et la prison?
X. Je vois, mon cher ami, que vous n'êtes pas très fort au courant. — Il n'y a pas d'autre marché que la Bourse; c'est là que se discutent lesdivers intérêtsdes Séries; et comme, au Phalanstère, les travaux de cuisine se font en commun ainsi -que tous les autres travaux, il n'y a ni marchands ni revendeurs c^mme dans nos villes et bourgades ; plus d'agents
parasites; la Phalange emploie dimotement dans ses cni^ sinesi tous les produits de son territoire, tons ceux du moins qu'elle n'exporte pas. La justice de paix et la prison sont de même inutiles chez nous, puisqu'il n'y a plus ni fraudes, ni vols, ni procès possibles ; quant à la mairie, elle est remplacée par la Régence. Or, la Régence n'est pas autre chose qu'une Série ou corporation exécutant passionnément les décisions des autres Séries, tenant les comptes, présidant à l'ensemble des travaux , des opérations de la Phalange, ainsi qu'aux fêtes, aux réunions, aux parades, à l'administration.
Le mari. Soyez sûr que le^Gouvernement voudra avoir un juge de paix et un maire.
X. Eh bien ! s'il ne faq( que cela pour lui faire plaisir, il l'i^iirik; il ^}fr9^ i^ème pn Conseil municipal. Mais rassurezvous , les volontés sçrofit si fortement convergentes, au
Phalanstère, que le Maire et le. Conseil municipal ne serimt
pas autres que le Chef et le conseil 4e j^égence. Or, le Gouvernement n'aura qu'à s'en louer. Qi|'.%-t-il en vue, en effet, dans la nomination d'un maire? une garantie d'ordre. £h bien! je vous le demande, où trouvera-t-il jamais plus de garai^ti^s d'ordre que dans nne Société essentiellemeat constituée sur l'ordre et réalisant l'accord des intérêts et des passions ?. . . Mais, direz-:VQus, le Gouvernement voudra aussi avoir un percepteur.
Lç HABi. Saps doigte.
X. Eh bien ! il l'aura ; seulement le percepteur n'aura pas plus à faire que le juge de paix ; ce seront les deux seuls hommes inoccupés de la Phalange , s'ils ont le eourage de demeurer inoccupés au milieu du travail organisé en Séries libres. Au reste je n'insiste là-dessus que pour vous faine comprendre que l'Organisation phalanstérienne , indépen-> dante de la forme gouvernementale, s'accommodera parfai«>
tement du Gouvernement, quel qu'il soit, qui aura Ife bonheur de la voir s^établir, ou le bon esprit d'en faciliter là réalisation. Aussi est-ce là lé reproche que ndiis font beaucoup de gens ; ils nous disent : — Vou§ avez tort devons placer en dehors des pâttîs. . .— Êh ! (5*est pôtir iious une conséquence doctrinale. De quel parti veulent-ils que soit la Vérité? La Yérité ne connaît pas de purti ; la Vérité n'a pas besoin d'exeiter de haines , et c'est à ce caractère pacifique et conciliateur que l'on reconnaît la véracité d'une doctrine. Or, en comptez-vous beaucoup aujourd'hui qui pourraient s'établir» sans froisser aucun intérêt, sans provoquer aucune haine?
Lk ilÂHl. Etpliquex-tiotis donc éommetit le pehsëpteùr n'aura rien à faire chez vous.
X. C'est bien simple. La Commune, aujourd'hui morcelée, étant fondue en an seul tout, le percepteur n'a plus au cun de ces détails qui font maintenant toute son occupation ; au lieu d'avoir affaire à mille particuliers, il n'a plus qu'un seul compte aveè la Phalange, qui^ pour éviter les tracasse* ries et les vérifications, se hâtera d'ofirir plus qu'on ne hii demandera, bieh sûre qhe les produits du travail attrayant lui feront paratire moitié moins lourd un fanpôt moitié plus fort.
Le mari. Si i)ièn que lé Gouvèmeinent pourra augmenter les impôts en supprimant presque tous les frais dé perception,, les garnisaires et tout te qui s'ensuit?