X. Qu'appelez-vous des penchants convenables
La mère. Je veux dire des penchants qui conviennent aujk parents , à la fam ille.
X. Eh bien ! ne vous le disais-je pas, à Tinstsuit , qu'en Civilisation, les parents ont la manie (manie funeste!) de vouloir rtetrouvet* chez leurs enfants leurs propres goûts , leurs propres penchants , ou tout au moins une aptitude pour ta carrière à laquelle ils les destinent? Et lorsque la Nature trompe ce désir (ce qui arrive presque toujours), les parents ne se tiennent pas pour battus ] non ! ils compriment les goûts naturels de leurs enfants pour leur en inculquer de factices, Cela n'a pas le sens commun , cela comporte un
danger réd pour les individos comme pour la Société. Et c'est ainsi qu'en faussant le caractère et la vocation des enfants» on forme de mauvais fils^ de mauvais maris t de mauvais pères, de mauvais citoyens.
ÏA MÈRE. Mais, pourtant y si mon iits ou itta flllé avait des goûts communs, de vilains goûts...
X. Aujourd'hui, sans doute, cela serait très fâcheux pour vous, madame, très fâcheux* pour votre famille qui aurait à en rougir; mais, dans la Phalange, on ne sait pas ce que c'est qu'un vilain goût. £n effet, par le fait seul de l'Organisation des travaux, toute fonction est and)lie; il n'y a plus de métier vil, plus de travail méprisé, et votre fils pourrait se livrer à tous ses penchants sans vous faire le moindre déshonneur. Or, voyez l'immense avantage qui résulte de là. «Tel enfant, dit Fourier, quoique fils d'un prince, témoigne dès l'âge de trois ans du goût pour l'état de savetier, et veut fréquenter l'atelier des savetiers, gens aussi polis que d'autres en Association. Si on l'en empêche, si on réprime sa manie savetière, sous prétexte qu'elle n'est pas à la hauteur de la philosophie, ii s'irritera contre les autres fonctions, ne prendra aucun goût pour les travaux et études auxquels on voudra l'entraîner; mais si on le laisse débuter par le point où l'Attraction le conduit, par la savateiie^ il sera bientôt tenté de prendre connaissance de la cordonnerie, de la tannerie, puis de la chimie sous le rapport des diverses préparations du cuir,^ puis de l'agronomie sous le rapport des qualités que les peaux de bestiaux peu-* vent acquérir par tel système d'éducation et de régime» telle sorte de pâturage.
« Peu à peu il s'initiera à toutes les industries par suite d'une émulation primitive en savaierie. Peu importera par quel point il ait commencé, pourvu qu'il atteigne dans le cours de sa jeunesse à des connaissances générales sur toutes les industries de sa Phalange, et qu'il en conçoive
de raffection pour toutes les Séries qui Ty auront initié. « Cette instruction ne peut pas s'acquérir en Civilisation où rien n'est lié. Les savants nous disent que les Sciences forment une chaîne dont chaque anneau se rattache au tout et conduit de Tune à l'autre; mais ils oublient que nos relations morcelées sèment la discorde parmi toutes les classes d'industrieux, ce qui rend chacun indifférent pour les travaux d'autrui ; tandis que dans une Phalange chacun s'intéresse à toutes les Séries*, par suite d'intrigues avec quelques-uns de leurs membres, sur la Gastronomie, l'Opéra, l'Agriculture, etc. Le Lien des Sciences ne sufBt donc pas pour entraîner aux études ; il faut y joindre le lien des Fonctions, des individus, des intrigues rivales, chose impraticable en Civilisation» (1).
Le mari. Mais par quelles méthodes obtenez-vous ce résultat en Harmonie?
X. £h! mon Dieu ! la Science, comme la nature, n'a pas deux méthodes, deux procédés ; elle n'en a qu'un ; et ce procédé, elle l'applique aussi bien aux travaux d'éducation propremept dite qu'à ceux de l'Industrie en général. Les ateliers, les jardins, les vergers destinés aux exercices des enfants sont disposés en petit, d'après la même loi que les ateliers des hommes ; et cette loi n'est pas autre que la Série dont les distributions offrent aux maîtres et aux élèves les nuances, les variétés, les alternances de fonction les plus diverses, et rendent la tâche des professeurs et celle des enfants aussi attrayante qu'elle est rebutante aujourd'hui.
Le mari, a propos de Série, il y a longtemps que je veux vous demander l'explication des deux maximes gravées sur la tombe de Fourier , au cimetière Montmartre. La première, c'est : la Série distribue les Harmonies; la
(i) Noiw, Mond, nid,, page 221,
seconde : Us Atlraetiont sont propûrtionneUes aux Destinées. Et pais il y a encore, anx quatre angles de la pierre", quatre figures qne je ne comprends pas...
X. Mon bon ami, c'est tout simple; pour comprendre cela, il faudrait avoir étudié Fourier. Les quatre figuresdont vous me parlez représentent les quatre grandes courbes des sections coniques : cercle, ellipse, parabole, hyperbole, r^wndant aux quatre Passions cardinales ou affectives : Amitié, Amour, Paternité, Ambition. Ceux qui connaissent les propriétés géométriques de ces courbes, le nombre de leurs foyers, etc., peuvent deviner leur analogie avec les passions que je viens de nommer. Il en est de même des analogies tirées des autres sciences exactes et dont notre M<re a donné des tableaux sans même prendre la peine de les expliquer, tant la chose lui paraissait claire !
Quant aux deux maximes ou plutAt aux deux formules
en question , si vous avez bien compris que nos désirs, nos
impulsions nous viennent de Dieu même, et que les Attraits
qu'il a mis en nous et qui dirigent nos actions servent de
révélation permanente entre les créatures et le CréateoTt vous devez concevoir facilement le sens de cette formate : «Les Attractions sont proportionnelles aux Destinées.» Dans cette formule de Fourier , il y a tout un système de théologie. Admirable formule ! « Admirable combinaison de la sagesse divine qui nous fait obéir par Vattrait^ c'est-àdire avec liberté , à une volonté irréfragable qui doit nécessairement être exécutée I Loi de justice et d'amour , qui a mis le bonheur et la liberté dans la voie qu'il faut suivre, la contrainte et le malheur dans les voies qu'il faut éviter ! Loi de justice et d'amour jusqu'ici méconnue , et que Fourier a le premier constatée ! (1) »
Cette formule règle tous les ordres de phénomènes ; vraie pour la sphère physique, elle est vraie aussi pour la sphère intellectuelle. Par exemple, pourquoi l'éducation est-elle si mauvaise aujourd'hui? parce que, les instituteurs ne sachant pas mettre en jeu le ressort précieux des Attractions, l'enfant ne peut librement graviter vers sa Destinée; c'est là le caractère essentiel des Sociétés subversives. Mais dans un Milieu harmonique et vrai, l'enfant étant mis à même d'interroger ses Attractions , il ne pourrait manquer de suivre sa Destinée, et l'éducation serait parfaite.
L'autre formule : « La Série distribue les Harmonies, n comprend tout le secret de la Nature, tout le secret de l'Organisation sociétaire. £n effet, si vous étudiez la Natar0, vous reconnaîtrez avec Fourier que « la Série de groupes est le mode généralement adopté par Dieu dans la distribution des règnes et des choses créées. » Ainsi en musique, ainsi dans les nombres , partout enfin ou nous voyons régner l'Ordre et l'Harmonie , nous reconnaissons une organisation sériaire. Cette distribution en classes, ordres, genres, espèces, variétés etc., avec leurs transitions et leurs ambigiASi est constante dans l'Univers ] on la retrouve
^i^ Pbalasob, tome 1 1 p. 170.
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pai'toot, dans le monde p}aaétaire et sidéral comme dans les différents règnes, animal, végétal et minéral; les savants même, qai ignorent complètement cette Loi , ont été forcément conduits à adopter une distribation sériaire appelée nùmenclature, distribution qui n'est pas toujours la vraie , mais qui est une distribution enfin... Or, bien évidemment, si vous possédez les caractères et les propriétés de cette Loi , vous connaîtrez le cadre dans lequel la Nature a enfermé toutes les choses, tous les faits de la Création, — le cadre dans lequel il faut enfermer l'Industrie humaine, — la Loi suivant laquelle il faut organiser les travauf des hommes et ceux des enfants, si l'on veut faire passer dans les relations sociales l'Harmonie que cette Loi imprime aux Univers. Toute la solution est là, voyez -vous; et de même que la Loi sériaire, présidant aux grands mouvements des globes et des soleils, aussi bien qu'aux combinaisons des nombres , des sons, des couleurs, etc., maintient dans la Nature un équilibre constant et parfait , de même, appliquée à l'activité humaine, et au jeu combiné des passions, elle produira d'elle-même les équilibres sociaux que nous cherchons vainement à établir aujourd'hui.
Bref, la Série est le mode de classement, gradué, régulier et naturel de toutes les inégalités qui constituent un système de variétés ; elle combine la variété dans l'unité. La SÉRIE est le mode des combinaisons et des relations harmoniqiies.
Le mari. Donnez-nous donc \pi exemple de l'application de cette Loi |lux faits de la vie sociale et industrielle.
X. Très volontiers. Voici comment, dès l'année JiSpS, notre Maître décrivait cet ingénie^ux mécanism e :
< Une Série se compose de personnes inégales en tous sens, âges, fortunes, caractères, lumières, etc., formant contraste et gradation 4'iaégaUtés. Pl^s (es iç^S^ités SQatgriidttées.^tcoii^
trastëes, plus la Sërie s'entraîoe au travail, produit de bénéfice, et offre d^harmonie sociale.
« On la divise en divers Groupes, dont l'ordonnance est la même que celle d'une armée. Pour en donner le tableau, je vais supposer une masse d^environ six cents personnes, moitié hommes et moitié femmes, tous passionnés pour une même branche d'industrie, comme une culture de fleurs ou de fruits. Soit la Série de la culture des poiriers ; on subdivisera ces six cents personnes en Groupes, qui se voueront à cultiver une ou deux espèces de poiriers. Ainsi, on verra un Groupe des sectaires du beurré, un des sectaires du rousselet, etc. Et lorsque chacun se sera enrôlé dans les Groupes de ses poiriers favoris ( on peut être membre de plusieurs), il pourra se trouver une trentaine de Groupes qui se distingueront par leurs bannières et ornements, et se formeront en trois, cinq, ou sept divisions ^ par exemple :
Série de la enltnre def Poîriert