‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 89 sur 127 · X. Et vous abandonnez Rousseau · texte numérisé non relu

X. Et vous abandonnez Rousseau

La hère. Oui, j'abandonne Rousseau.

X. Pauvre Jean-Jacques ! si tu vivais encore, toi ai intel- Ugent, combien, à la lecture de Fourier , tu rougirais d'avoir fait l'Emile !... Mais notre digression sur l'allaitement nous a fait perdre le sujet principal de notre conversation. Nous parlions de l'Education publique, de son insuffisance, de sa fausseté. Youlez-vous en connaître les résultats? Prenez un jeune homme sortant du collège \ il est on ne peut plus emprunté , il fait tout gauchement , il le sait , et cette certitude le rend plus timide et plus maladroit encore. Et puis essayez de Finterroger : il ignore complètement des choses qu'un enfant de huit ans connaîtra en Harmonie ; aussi devient-il fatigant à force de s'informer de tout , de s'étonner de tout et de passer continuellement d'une question à une autre sans même attendre la réponse, tant il est pressé d'avoir une solution sur d'autres points ! Combien, venant de subir avec succès un examen de baccalauréat, sont tout étonnés si on leur apprend qu'au moyen des triangles sur lesquels ils viennent d'être interrogés, on peut lever un plan, connaître la contenance d'une pièce de terre! D'où vient cela ? Je vous l'ai dit, et l'on ne saurait trop le redire : c'est qu'on leur présente la science d'une façon si abstraite , si rebutante « si éloignée des applications qu'ils doivent en

faire un jour, qa^ils ne peuvent apereevoir ni la eame ni la fin de leurs études. Aussi n'apprennent-ils presque rien, et le peu qu'ils savent, à peine en ont-ils conscience.

Pauvres jeunes gens ! pauvres enfants! Est-ce leur faute si nous ne savons pas discerner leurs instincts, développer leurs aptitudes, si nous ne savons pas faire édore leurs vocations, et si, passant sur eux le même niveau que nous avons voulu follement étendre sur la Société, nous adoptons une règle uniforme pour des natures si diverses? Avons-nous bonne grâce ensuite à leur faire payer par des châtiments les mauvais résultats dont notre ignorance seule est la cause ?

Si quelqu'un doit être puni, flagellé, ne sont-ce pas ces pédants qui, conduisant les études à contre-sens, nous font perdre nos plus belles années à nous ennuyer, à nous dépiter, à nous fausser, à nous corrompre par l'oisiveté et les dégoûts de toute espèce! Que ne suivent-ils la méthode de nos nourrices? Yoilà d'excellents instituteurs, nos nourrices : elles nous apprennent à parler sans que nous nous en apercevions; et comment? en mettant à profit nos besoins, nos instincts , notre désir d'articuler des sons. Si , au lieu de présenter la science d'une manière qui la rend inaccessible à l'intelligence de ces pauvres enfants, nos doctes instituteurs voulaient bien se souvenir un peu des leçons de leurs nourrices (qui ne savaient pourtant ni le grec ni le latin ) ; si ^ dis-je , ils essayaient de cette méthode naturelle , la seule qui soit applicable à de jeunes enfants ; en un mot, s'ils cherchaient à utiliser, à flatter leurs manies industrielles; s'ils leur fournissaient des instruments à leur portée, au milieu d'ateliers miniature , et s'ils savaient établir entre eux des intérêts communs , des liens corporatifs , une hiérarchie , comme la Nature veut en établir entre tous les membres de l'espèce humaine, l'on verrait bientôt les désordres, la paresse, les habitudes malfaisantes dont on se plaint tant , disparaître pour faire place à des habitudes d'ordre, de travail, d'économie ; on verrait ces chers enfants prendre feu

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pour des choses utiles , productives ; on les verrait 's'instruire en s'amnsant.

Chose incroyable ! De tout temps on a amnsé les enfants avec des jouets sans aucune utilité; tous les jours on imagine de nouveaux hochets pour occuper leur activité turbu* lente, et Ton n*a pas encore pensé à faire servir leurs amusements à réclosion de leurs vocations ; on n'a pas encore eu ridée de leur donner systématiquement des jouets utiles, des outils miniature^ qui les amuseraient, qui les intéresseraient beaucoup plus que les frivolités dont on les entoure !

Le mari. Je crois deviner ce que vous voulez pour les enfants; vous voudriez pour eux une éducation professionnelle.

X. Oui sans doute, une éducation professionnelle ;... mais encore faut-il s'entendre... Voici comment les choses se passent chez nous :

Pour les tout petits enfants, l'éducation est toute pratique ; plus tard on joint à la pratique quelques explications (les enfants aiment beaucoup les explications, ils en sont avides). Les plus intelligents comprennent tout d'abord; les autres ont besoin qu'on y revienne à plusieurs fois; quelques-uns ne comprennent pas du tout , d'où il ne faut pas conclure que ces derniers soient complètement dépoor^ vus d'intelligence , mais bien que cette intelligence veut s'exercer sur d'autres sujets.

Aussi jamais il ne faut gronder les enfants : ces pauvres petits! soyez sûrs que lorsqu'ils ne vous comprennent pas, la faute n'est pas à eux.

Quand je parle d'explications à donner à de jeunes eur fants, vous sentez bien, madame, que je ne veux pas parler de théories difficiles ; celles-là viennent plus tard ; elles viennent quand les enfants les demandent, quand ils commencent à en sentir le besoin. Ceux que les difficultés dé la science ne rebutent pas, ceux qu'elles attirent mèmey sont

les seuls à qui ces difficultés doivent être expliquées. Nous ne forçons aucun enfant à prendre telle ou telle leçon, car nous sommes bien persuadés que ceux que la Nature a destinés à devenir des savants se sentiront irrésistiblement en* traînés vers la science, du moment où on aura su les mettre seulement en contact avec elle. Quant à ceux que la science rebute, ceux qui, comme on dit, ne mordent pas à la théo«' rie, nous les laissons bien tranquilles : une autre destinée les appelle ailleurs. En toutes choses, le vœu de la Nature, Tordre de Dieu doit être respecté; — Ne trouvez-vous pas, madame, que nous avons raison d'agir ainsi?

La mère. Tout ce que vous dites, monsieur, me parait fort juste ; on se repent toujours d'avoir voulu forcer un enfant à faire quelque chose qui ne lui plaisait pas. A cet égard je diffère d'opinion avec bien des parents que je connais, qui sont enchantés quand ils ont réussi à forcer leur enfant à faire leurs volontés: ils sont fiers du moindre suc^ ces obtenu malgré la nature ; il leur semble qu'il y ait pour eux le mérite d^me difficulté vaincue. Les larmes de leur enfant ne les arrêtent pas ; ils poursuivent , avec une persévérance que j'appelle, moi, de la cruauté, le plan d'études qu'ils ont adopté, et après beaucoup de peine de leur côté et beaucoup d'ennuis et de dégoûts du côté de l'enfant, ils arrivent à un bien médiocre résultat.

X. Oh ! madame, que j'aime à vous voir dans de pareilles dispositions!... Vous nous comprendrez, vous aimerez la Théorie de Fourier...

Voyez donc quelle est la supériorité de notre système sur le système actuellement suivi!... Chez nous un professeur n'a jamais pour élèves que les enfants qui veulent bien réellement recevoir sa leçon... Aussi quel plaisir pour lui, et quels succès! Tout son jeune auditoire est animé du désir de s'instruire et prête à ses paroles l'attention la plus sou« tenue ; le plus grand silence règne dans la classe; le temps

de la leçon se passe sans qae les élèves s'en aperçoivent; poar eux elle est toujours trop courte : je voudrais que vous les vissiez poursuivre le professeur jusque dans la cour et Faccabler de nouvelles questions. — Mais lui , pour les tenir en haleine, pour les retrouver bien disposés à la leçon prochaine, il refuse de leur répondre , il les envoie à d'antres travaux, — c*est>-à-dire à d'autres jeux ...

Le hari. Quelle Méthode d'enseignement choisirez-vous? Prendrez- vous l'enseignement mutuel ou l'enseignement simultané?

La mère. Pour moi, il me semble que l'enseignement mutuel est préférable à l'autre : j'ai vu des choses vraiment bien étonnantes dans les écoles mutuelles. Il me semble impossible de faire mieux.

X. Nous ne sommes pas exclusifs en fait de Méthodes ; croyez bien qu'au Phalanstère il y aura plus de deux Méthodes; celle-ci conviendra pour une chose , celle-là pour une autre ; et puis telle Méthode conviendra à tels élèves et ne conviendra pas aux autres... Enfin pour chaque cas particulier on fera ce qu'il sera le plus convenable de faire.

L'enseignement mutuel repose sur deux faits naturels incontestables : l"" Que l'enfant plus âgé ou plus intelligent que ses camarades est toujours enchanté de montrer sa supériorité sur eux, et ne demande pas mieux que de devenir leur professeur, leur moniteur; 2"" que les plus jeunes sont toujours disposés à imiter leurs camarades plus âgés , et même à obéir à leurs ordres avec la plus grande docilité (c'est ce que Fourier a nommé V Entrainement progressif du faible au fort). Ces deux -dispositions naturelles sont utilisées dans l'enseignement mutuel, et expliquent en partie ces beaux résultats que vous avez vus, madame. — Ce qu'il y a de plus étonnant dans une école mutuelle nombreuse, c'est la facilité avec laquelle les enfants , naturellement si

vifs et si bruyaiiti» soht contenus danà Perdre le plus par* fait et même dans le silence le plus complet pendant le temps des leçokiSi Ge fait excite TadmiratioQ de ceux qui en soût témoiils, ills en font honneur an maître q^i très souvent, jô vous jure, en efet bien innocent.

La hèrb . Comment expliqttez^vous cela ?

X. Le voici > madame. Chez les enfants comme chez les hommes^laitfttt^^^ exerce une très gti&nde influence sur T/ndividu. Ce que la Ma$se a adopté, ce qui devient de Ton dans une grande réunion , est accepté et adopté sans observation par chacun des individus ; Sixxcan d'eux n'oserait contredire l' opinion dé la Masse; bien entendu , tant qu'il fait partie de cette Masse. Si cette disposition naturelle de l'individu h*existaîl pas, Vthrdfe ûe pourrait pas subsister sans la Contrainte. Mais on aurait tort de conclure de cette remarque, qu'il est impoisiible de réaliser VO^dPB eil laissant à VlndiiDvtu une ei^iiêré liberté d'aciim. Cela e$t au contraire très possible ^ grâce à la déférence que tout individu a naturellement pour la Masse.

Le ftARi. tétle déférence delMndiVidtl pttur la masSè...* moucher ami, cela ne me paraît pas uûe base blèïi solide, une garantie suffisante pour Y Ordre.... Les enfants surtout qui raisonnent si peu , qui sont si vîfe , si turbulents! — si les maîtres ne les tenaient pas un peu sévèrement, je craindrais bien que leur déférence pour la Masse ne suffit pas pour les contenir longtemps dans l'ordre. — Et puis cette Masse^ comment ferez-vous pour lui faire vouloir Pordre, surtout s'il s'agit d'une Masse de petits diables?

X. Soyez tranquille. Dieu, qui veut VOrêtes a prévu toutes les nécessités , et usant ici de sa toute-puissance , il s'est servi de son moyen général et infaillible : il a donné à la grande majorité des hommes du goût , de Y Attrait pour les mouvements réguliers, mesurés , cadencés , pour ces

beaux mouvements d'ensemble que des Masses seules peuvent exécuter. Du moment qu'on propose aux masses d'accomplir ces mouvements réguliers , la grande majorité accepte avec joie, avec enthousiasme; les plus diables se calment et prennent place dans les rangs de la Masse.

— Qu'est-ce que j'entends? dit la mère avec un tressaillement involontaire.

X. Ce que vous entendez, madame ? eh! parbleu! c'est ma preuve qui arrive on ne peut plus à propos.

La mère. Comment ? quelle preuve ?

X. La preuve de la puissance du mode mesuré sur la grande majorité des hommes. Ce que vous entendez n'est pas autre chose qu'une compagnie de soldats qui s'avance tambours en tête.

-— - Des soldats ! des soldats ! dit la petite Marie , en s'élançant vers le balcon. Quel bonheur ! voici des soldats!

— Maman , ma petite , ma bonne maman , s'écria le frère en sortant précipitamment du cabinet , laisse-moi voir passer les militaires. Je t'en prie , maman I tu verras que j'apprendrai bien mes fables après.

Nous allâmes tous, grands et petits, nous installer sur le balcon.

— Eh bien! madame, dit X , quand la troupe fut passée » n'est-il pas vrai que ces mouvements réguliers ont une puissance entraînante, irrésistible? Et remarquez que cette foule qui accompagne les tambours et les enveloppe de toutes parts est attirée là, non pas par le désir de voir les uniformes , mais bien par le plaisir de se rallierau mouvement cadencé des tambours et de marcher au pas.

La mère. Sans doute , monsieur, mais tout le monde a pu faire cette observation.

X. Oui , madame, toat le monde; mais Fourier seul a reconnu qu'il y avait là une Loi naturelle, constante; Fourier seul a trouvé le moyen d'en faire l'application , une application utile aux faits de la vie sociale et spécialement à ceux de l'éducation.

Mais cette application existe déjà , et si je ne craignais d'abuser de votre complaisance , je vous lirais le récit d'une visite que Considérant fit, il y a plusieurs années , à Tune des salles d'asile de Paris....

La mère. Comment donc, monsieur! c'est vous qui faites preuve de complaisance, et c'est nous qui vous prions de continuer.

X. Puisque vous m'y autorisez, madame, je vais vous lire la charmante narration de notre ami :

« •».. Les Salles d'Asile sont déjà nombreuses à Paris, où la première a été fondée en 1828. Allez visiter une Salle d'Asile, si vous ne connaissez pas encore ces bons et pieux établissements ; aucun spectacle à Paris ne vous donnera de meilleure et de plus douce émotion. Le but de la Salle d'Asile est de recevoir pour la journée les enfants en basâge du quartier environnant. L'établissement se compose d'une cour plantée d'arbres, munie d'un auvent spacieux. Quand il fait beau, les enfants jouent dans la cour au soleil ; ils se réunissent sous l'auvent quand il pleut. Dès sept heures du matin, les mères ou les grandes sœurs amènent les petits enfants à l'Asile, où ils restent jusqu'à sept heures du soir ; on les reçoit depuis l'âge de vingt-deux mois jusqu'à six ans.

«• Or, vous verriez dans la cour trois cents petits enfants, pleins de gaîté et de gentillesse, jouant, sautant, dansant à la corde et se roulant sur le sable au soleil, — et pour ces trois cents enfants un seul surveillant! J'ai vu dans la cour de la Salle d'Asile de la rue Saint-Hippolyte, un petit jardinet tout éblouissant de fleurs, et au milieu des fleurs un

cerisier-nain, pas plus haut que les enfants de trois ou quatre ans, qui jouaient à côté ; ce cerisier était couvert de belles cerises rouges, que chacun des enfants aurait pu cueillir en avançant la main. £h bien ! aucune de ces jolies cerises n'était cueillie , aucune de ces jolies fleurs n'élait.touchée, toutes ces jolies tentations étaient respectées ! et notez, sMl vous plait , que ces petits enfants sont bien libres, car souvent le directeur est à côté et reste des demiheures entières sans paraître. — Mieux que cela! quand de nouveaux enfants arrivent à l'Asile , sitôt quHls s'approehent du petit jardin, ce sont les autres qui leur apprennent qu'on n'y totiche pas, et aucun n'y touche. Il n'y a jamais eu une gronderie ^ faire, une punition à infliger : pourtant la séduction e^t grande. C'est l'influence du Ton qui règne là, l'influence du Ton unitaire.

« Mais voici ce qui est joli. Quand tous ces petits enfants sont à s^amuser dans leur cour, où ils s'amusent tant, que la moitié au moins^ nous disait le bon directeur, oublieraient de manger et laisseraient, sans y toucher, leurs petiis paniers pleins de nourriture, si Von n'y prenait garde ; quand ils s'amusent tant, disais-je, voici que le maître donne un coup de sifflet... A ce coup de sifflet, petites filles et petits garçons quittent subitement le jeu et viennent se mettre en file, chacun à son rang : Trois cents enfants, et des poupons de vingt-deux mois! et tout fait silence! — u Attention, mes enfants! » dit le maître; et au second coup de sifflet, tous croisent les mains derrière le dos. Au troisième coup de sifQet, le maître battant la mesure avec un livre en bois, les deux régiments de petites filles et de petits garçons se mettent à marcher en marquant le pas et en chantant sur Pair de Mariborough :

Nous nous metlons en marche, Mironton, ton, ton, mirontaine ; ]^ou(» nous mettons en marche

Pour aller travailler } Car il faut s^occuper Pour ne pas s'ennuyer, , Pour ne pas s'ennuyer.

« Et les voilà marchant en mesure sur deux files, toujours chantant en mesure, et chantant, sur un air d'abord, puis sur un second, puis sur un troisième, tous les mouvements qu'ils font, toutes les évolutions qu'ils exécutent pour aller, en bon ordre, prendre les places accoutumées sur les bancs de la salle. — Le maître ^onne-t-il un coup de sifflet, tout s'arrête , marche et chant. C'est un silence parfait, vous entendriez une mouche voler. — Quand la mesure reprend, la marche et le chant reprennent. C'est merveilleux.

« Je ne décrirai pas la série des petits exercices de lecture, de numération, de n^ouvements, qu'on leur fait exécuter pendant deux heures que dure la séance, et qu'ils exécutent tantôt en chantant, tantôt sans chanter, mais toujours régulièrement, toujours simultanément, toujours en mesure. Cela serait trop long à dire. — Allez voir la Salle d'Asile de 1^ rue Saint-Hippoly te ; c'est la plus intéressante, parce quç c'est la plus nombreuse. Allez la voir, et vous ne regretterez pas votre course, et vous comprendrez ce que l'on peut, sur des masses aussi jeunes, avec le chant, avec le pas régulier, avec le mouvement cadencé, avec un emploi, encore si faible et si confus cependant, du mode mesuré !

« A côté de la cour et de la salle des tout petits, il y a la cour et les salles d'école mutuelle pour les grands. Trois cents garçons dans récole mutuelle des garçons, trois cents filles dans l'école mutuelle des filles, apprennent à lire, à écrire, à dessiner, font de l'arithmétique, de la géométrie et du solfège, sous la direction d'un seul raaîlre et d'une se'ile maîtresse! Voilà donc, grâce à l'imitation, grâce au mutaalisme, grâce à l'entraînement progressif, ascendant.

et grâce sarteu( à un emploi encore fort restreint da mode mesnré,six cents enfants et plus, tenus, gonvemés, instmits sons la direction seulement de trois grandes personnes!

u Je dis six cents et pins, car il y a eu quelquefois jusqu'à onze cents enfants présents dans rétablissement de la rue Saint-Hippolyte. En vérité, il n^est pas permis de fermer les yeux à de pareilles révélations. Représentez-vous seulement ces onze cents enfants passant, isolément chacun, la journée dans leurs famiUes, et calculez ce qu'ils feront de sottises ; que d'ennuis et de désolations ils coûteront à leurs parents ; ce qu'ils pousseront de cris, ce qu'ils verseront de larmes ! Aussi le maître de la Salle d'Asile vous le dira-t-il, comme il me l'a dit et comme je le savais d'avance : Il est

BIEN PLUS FACILE D'eN TENIR ET D'EN ÉLEVER TROIS OU QUATRE CENTS, QUE d'eN TENIR ET D'EN ÉLEVER TROIS OU QUATRE (l)w

La hère. Oh ! c'est frappant de vérité.

Le MARI. Oui, ma foi ! c'est tout-à-fait concluant, et je comprends maintenant le pouvoir de la Masse sur Y Individu.

X. Vous voyez d'après cela combien l'enseignement mutuel pourra être utile. Mais, pour une foule de choses je suis d-avis^ moi, qu'il faudra que la leçon soit faite par un professeur , en d'autres termes , qu'on adopte l'enseignement simultané , sauf à le combiner quelquefois avec l'enseignement mutuel.. ••

Au reste , disons-le avec notre ami , quelques pages auparavant : M II faut distinguer entre le procédé du Mutualisme et Vapplication que jusqu' ici l'on en a faite. Le procédé est juste et bon , et prouve avec éclat la puissance de Vesprit corporatif ascendant , de P entraînement progressif du faible au fort. Mais Vapplication de ce procédé est en-

^ (i) Destinée Sociale t t, ne, Educaiion^ iiicJit,

core incomplète , simple, restreinte , et par suite fausse. En eflet , au lien de l'étendre an développement de tontes les vocations de Fenfant , en laissant à chaque enfant la liberté d'aller aux objets spéciaux vers lesquels la nature et son âge l'attirent , à des travaux industriels et intellectuels de toutes sortes , dans lesquels il aurait à choisir, — on ne rapplique encore qu'aux études intellectuelles et abstraites de l'écriture , de la lecture , de la grammaire , etc., c'/cst-àdire à des études fort ingrates par elles-mêmes, eu égard aux âges , et dont le temps n'est pas encore venu pour la plupart des sujets auxquels on *les propose. — Remarquez bien que cette lueur , si brillante au milieu des ténèbres de noire système d'éducation , n'est pas autre chose que l'effet d'une application restreinte de la distribution en Groupes contigus et progressifs , c'est-à-dire de la Loi Sériaire. ••

Ainsi, vous le voyez, madame, il faut se rallier intégralement à la Nature et ne rien laisser à l'arbitraire dans la marche de l'éducation ; il faut en un mot organiser l'éducation d'après le Procédé sériairCy hors duquel on ne rencontrera jamais que répugnance, écueils, déceptions; car lui seul a puissance de former des hommes dignes de fonctionner dans le Milieu sociétaii;e , au lieu de ces machines destinées à subir les frottements et les complications du Milieu barbare ou civilisé ! Disons-le donc avec Fourier : «< Les enfants comme les [sauvages nous font la leçon en politique sociale : leur répugnance pour nos travaux est un arrêt de réprobation prononcé par la Nature. •>

La mère. Mon Dieu ! monsieur, il faut me pardonner si je ne comprends pas toujours bien tout ce que vous me dites. Cela tient sans doute à ce que je ne suis pas encore familiarisée avec les termes de votre science. Voulez- vous me permettre une question?

X. Dix, vingt, trente, madame *, je suis tout à vos ordres, et, si vous avez de 1* peine à me coniprendre, c'est à.

moi que la faute doit en être imputée , car c'est à moi de me rendre intelligible.

La hèee. Yous venez de dire que l'enseignement mutuel prouve la puissance de Venir ainemeni progressif du faible au fort : qu'est-ce que cela veut dire? Malgré les explications que vous ave^ données sur ce sujet, il reste encore dans mon esprit un peu d'obscurité.

X. Si vous examinez attentivement une réunion d'enfants, vous y verrez que tout naturellement le fort entraîne le faible , c'est-à-dire que l'en&nt de cinq ans cherche toujours à imiter l'exemple qui lui est donné par l'enfant de six ans*, celui de six ans l'exemple que lui donne l'enfant de sept ans, et ainsi de suite, en suivant la progression des âges. La tendance à l'imitation est moins prononcée de l'enfant de cinq ans à celui de dix ans; la distance est trop grande ; et voilà pourquoi l'éducation de famille est si peu propre à l'éelosion des vocations; c'est que l'enfiint élevé chez ses parents manque souvent des exemples et des stimulants qu'il trouye tout naturellement au milieu des enfants de son âge,

La mère. Je vous remercie , monsieur, de votre explication^ maintenant je comprends.

X. A^ ! madame, que n'ave^vous le temps d'étudier, dans les écrits de notre Maître^ tout ce qui eoneeme l'éducation ! Avec quel amour Fourier a traité ce sujet ! Avec quelle sollicitude vraiment paternelle il a prévu et calculé tout ce qui est nécessaire à ces petits êtres qm nous sont si chers ! Si vous saviez, madame, combien les mères seront heureuses au Phalanstère ! combien elles jouiront de la bonne tenue et des progrès de leurs enfants ! quels touchants accords, quelles amitiés vives et sincères se formeront entre les mères et les bonnes ou nourrices adoptives ! quels délicieux échanges de reconnaissance et de sympathie naîtront de cette ad-

mirable institution de la MatemUé corporaHm passionnée ! Si vous le saviez, combien il voua tarderait de voir élever le premier Piialanstère !

Yoas, madame, qui vous désolez de rencontrer dans vos enfants, soit des instincts immondes, soit des pencliants au luxe, c'est alors que vous reconnaîtriez avec joie combien sont excellents, lorsqu'ils sont bien employés, tous les goûts des petits enfants, tous leurs défauts (comme on dit aujourd'hui), tels que le penchant à la saleté, le goût pour les travaux de cuisine, l'amour des sucreries, la gourmandise enfin, la gourmandise, ce goût si général che^ les enfants, cette tendance précieuse que Pon comprime aujourd'hui bien à tort, et qui fait verser tant de larmes, qui coûte tant de chagrins à ces pauvres petits! Non! ce n'est pas sans raison que I4 Nature a fait naître les enfants avec ces goûts, avec ces penchants ! Au lieu d'être comprimés, ces goûts veulent être utilisés , ces penchants veulent être développés, raffinés ; et Fourièr le démontre viotqrieusement par les charmants détails qu'il donne sur les relations et les travaux des Tribus de l'enfance. Y a-t-il , en effet , rien de plqs ravissant que sa conception des Petites Hordes et des Petites Bandes, deux Corporations enfantines arrivant, l'une au beau par la route du bon, l'autre au bon par la route du beau ; celle-ci présidant au maintien du Charme social, celle-là préposée au maintien de V Unité sociale^ et à ce titre surnommée Milice db l'Unité, nom qu'elle mérite à tous égards par son dévouement et ses vertus civiques ?

La mère. Expliquez-nous donc encore cela , monsieur.

X. Oh! madame, il faudrait entrer dans de trop longs détails. Qu'il vous suffise de savoir que votre fils, qui se plaît, dites- vous, dans les ordures, et qui par conséquent serait fort bien classé dans la catégorie des petits polissons, votre fils aurait peut-être un grade très honorable et très lucratif dans le Corps des Petites Hordes.— Quant à votre petite Marie 1

paisibri i tel caractère 4 telles mosurs individaeltes ou ûù^ ciales, et la forme, la grandeur» la couleur , Fodeur particulière y les habitudes de tdle plante « de telle fleur , de tel animal ; si Ton vous expliquait enfin ce que demande Figaro : Pourquoi ces chôseà et non pas d'autres ( question que ne manquent jamais dé fiiire les enfants), ce mot, Science , appliqué aux diverses notions des cho*ses naturelles de tous les ordres, loin de vous effrayer, vous attirerait fortement.

La mère. Oui, monsieur, f accepte parfaitement cela.

X. Eh bien ! si les grandes personnes s'aperçoivent du contre-sens de nos méthodes d'éducation, pourquoi s'étonnéraient-elles de ce que les enfants profitent si peu avec ces méthodes? Loin de savoir les diriger, on ne sait pas même les laisser apprendre seuls, on ne sait que réprimer leurs penchants naturels; tandis qu'il faudrait développer ces penchants.

La mère. Je suis de votre avis, et cela est très bien tant que vous supposez que les enfants ne montrent que des penchants convenables.

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