CHAPITRE III
Préparation an fonr électrique de qnelqne.^ corpiîs simple»^.
La haute température du four électrique m'a permis de généraliser certaines réactions que nous regardions jusqu'ici comme limitées, parce que l'échelle de température, dont nous pouvions disposer, était insuffisante. On sait par exemple quelles sont les lois de la décomposition complète ou incomplète du carbonate de chaux par la chaleur, lois qui ont été fixées d'une façon magistrale par Henri Debray. Si, jusqu'ici, le carbonate de baryte a été regardé comme indécomposable par la chaleur seule, cela tient à ce que la température de nos fourneaux était trop faible pour en effectuer même la dissociation.
Le carbonate de baryte, chauffé au four électrique, se décompose de même que le carbonate de chaux ; il perd son acide carbonique et laisse comme résidu la baryte caustique.
On sait aussi que certains oxydes étaient irréductibles par le charbon. Je citerai, par exemple, la silice, les oxydes alcalino-. terreux, les oxydes d'uranium, de vanadium et de zirconium. Nous allons démontrer que ces différents composés peuvent être réduits dans le four électrique et donner des métaux ou des carbures le plus souvent cristallisés.
La métallurgie a utilisé, dans ces dernières années, les cou-
rants à haute tension pour produire des électroljses. La nouvelle préparation de l'aluminium en est un exemple. Mais nous estimons que la chaleur fournie par l'arc électrique peut aussi être utilisée spécialement, lorsqu'il s'agit de réduire, parle charbon, certains oxydes regardés jusqu'ici comme irréductibles.
C'est ainsi que l'emploi du four électrique permet de préparer, avec rapidité, à l'état fondu, les métaux réfractaires que l'on avait anciennement beaucoup de peine à obtenir, ou qu'il était même impossible de préparer. La plupart de ces corps simples ont été étudiés jusqu'ici sous forme de poudre de couleur foncée, à composition assez variable et dont l'état physique ne présentait aucune garantie de pureté.
Pour obtenir ces corps réfractaires en fusion, il suffît de placer dans la cavité d'un four en chaux vive ou en pierre calcaire, une certaine quantité de magnésie qui est stable, aux températures les plus élevées de l'arc (i) et de disposer, par-dessus, un creuset de charbon contenant le mélange de carbone et d'oxyde à réduire.
Lorsque le métal est volatil, on opère dans le fourneau à tube, au milieu d'un courant d'hydrogène et les vapeurs métalliques sont condensées dans un récipient refroidi. On prépare ainsi le calcium, le baryum et le strontium. Seulement ces métaux sont obtenus sous forme de poudre ténue qu'il est impossible de réunir et de fondre en un lingot (2). Si le métal n'est pas sensiblement volatil, il reste au fond du creuset à l'état liquide et se solidifie aussitôt que l'on arrête l'arc. C'est le cas du chrome, du molybdène, du tungstène, du titane, de l'uranium et d'autres corps simples.
(1) Dans toutes nos expériences, la magnésie solide, liquide ou gazeuse, est restée à l'état d'oxyde au contact du charbon.
(2) Le mercure très divisé présente un phénomène analogue.
206 LE FOUR ÉLECTRIQtE
Certaines de ces préparations exigent un dispositif spécial dont nous parlerons plus loin.
Le plus souvent, les corps obtenus par cette méthode renferment des quantités variables de carbone ; il faut, dans une deuxième opération, les affiner, ce que l'on obtient au moyen de la chaux liquide ou d'un composé oxygéné du même corps simple (i).
Nous indiquerons pour chaque métal les précautions à prendre et les analyses des différents échantillons.
A. — Chrome.
Le chrome, dont nous devons l'importante découverte à Vauquelin (2), nous a fourni déjà de nombreuses applications. Ses oxydes et ses autres combinaisons sont entrés rapidement dans la pratique industrielle. Si le chrome a été peu utilisé comme métal jusqu'ici, cela tient à la difficulté de sa préparation. On n'est jamais arrivé à l'obtenir en notable quantité et, lorsque l'on a voulu utiliser ses merveilleuses qualités pour la fabrication des aciers chromés, il a fallu |)réparer, au haut fourneau, un alliage de fer et de chrome très riche en carbone, le ferrochrome.
La présence du fer et du charbon dans ce dernier composé a empêché d'étendre cette étude, et l'on ne connaît pas les alliages que le chrome peut fournir avec les autres métaux.
(1) Un assez grand nombre de métaux n'ont jamais été préparés dans un état parfait de pureté. Certains renferment du carbone, du silicium ou des métaux alcalins ; on sait aujourd'hui qu'une très petite quantité de ces impuretés peut faire varier les propriétés physiques et même chimiques de ces corps simples. Il nous semble donc important de déterminer avec soin l'état de pureté des métaux obtenus au moyen du four électrique.
(2) Vauquklin. Sur une nouvelle substance métallique contenue dans le plomb rouge de Sibérie. Ann. dp Cli'm., t. XXV, p. 21, 1797.
Les recherches que nous pubHons aujourd'hui permettront vraisemblablement de combler cette lacune.
Préparation de la fonte de chrome. — Nous avons indiqué, en 1898, comment il était possible, au moyen de la haute température produite dans notre four électrique, de réduire avec facilité le sesquioxyde de chrome par le charbon, soit dans un appareil intermittent (i), soit dans un appareil continu (2). Dans ce dernier cas, nous avons employé un four électrique qui contenait un tube de charbon légèrement incliné, recevant à l'extrémité supérieure le mélange aggloméré de sesquioxyde et de carbone et laissant couler à l'extrémité inférieure le métal liquide. Ce tube de charbon était chauffé dans notre modèle de four électrique à réverbère et à électrodes mobiles, que nous avons décrit précédemment.
C'est au moyen de cet appareil qu'il nous a été facile de préparer les 20^^ de chrome métallique qui ont servi à nos études.
Dans nos premiers essais, suivant que l'oxyde ou le charbon dominait, on obtenait un carbure plus ou moins riche en carbone. Les différents échantillons préparés dans ces conditions nous ont donné les chiffres suivants :
Chrome.
Carbone.
La fonte, ainsi obtenue, contenait donc des quantités assez grandes de charbon. Nous avons étudié les différentes conditions de formation de ce métal, et nous avons pu préparer deux composés définis et cristallisés du chrome et du carbone.
(1) Henri Moissan. Préparation rapide du chrome et du manganèse à haute température. Comptes rendais, t. CXVI, p. 349, 20 février 1893.
(2) HENBt MolssAK. Sur un nouveau modèle de four électrique à réverbère et à électrodes mobiles. Comptes rendus, t. CXVII, p. 679.
Carbure de formule C^Cr^ — Lorsque l'on chauffe dans le creuset du four électrique, pendant dix à quinze minutes, du chrome métallique en présence d'un grand excès de charbon (35o ampères et 70 volts), on obtient un culot friable, rempli de cristaux d'un carbure de chrome répondant à la formule G^Gr''. Ce carbure se présente en lamelles très brillantes, d'un aspect gras, inattaquables parl'acide chlorhydrique concentré, parl'acide nitrique fumant et hydraté, par l'eau i égale, mais attaquables lentement parl'acide chlorhydrique étendu. La potasse en fusion a peu d'action sur lui, tandis que le nitrate de potassium fondu le détruit avec facilité. Sa densité est de 6,47. H ne décompose l'eau ni à la température ordinaire ni à 100". C'est le carbure stable à haute température.
Ce carbure nous a donné à l'analyse les chiffres suivants :
Chrome 86,50
Carbone 13,10
Carbure (le formule OCt''. — Dans les nombreuses préparations de fonte de chrome que nous avons faites, nous avons vu parfois la surface des lingots métalliques se recouvrir d'aiguilles jà aspect mordoré, présentant souvent une longueur de i*"'" à 2"™. Ces cristaux répondaient à la formule GCr^. On les rencontre aussi sous la forme d'aiguilles brillantes dans les géodes qui se forment au milieu de la fonte de chrome. Leur densité est de 6,75.
Ce composé renfermait les proportions suivantes de carbone et de chrome :
Chrome 94,22 94,02 » 94,55
Carbone 5,40 6,11 5,24 5,45
THÉoniB.
Chrome cristallisé. — Nous avons cherché à affiner la fonte de chrome, en la chauffant en présence d'un excès d'oxyde. Le carbure métallique, concassé en fragments grossiers, est placé dans un creuset de charbon brasqué avec soin à l'oxyde de chrome et recouvert du même oxyde. Ce mélange est soumis à nouveau à la température de l'arc électrique ; l'oxyde superficiel fond, puis le métal entre aussi en fusion et perd alors peu à peu tout le carbone qu'il renferme. Le chrome ainsi préparé, chauffé dans un courant de chlore, se transforme en chlorure volatil sans laisser trace de charbon. On arrive bien dans ce cas à enlever tout le carbone, mais le métal est saturé d'oxygène; c'est, au point de vue métallurgique, un métal brûlé.
L'affinage de la fonte de chrome a été effectué alors en présence de chaux fondue, et nous avons pu,*en opérant chaque fois sur une quantité de 5oo^'" à i^^ de métal, retirer la majeure partie du carbone contenu dans le chrome. On sait, en effet, avec quelle facilité le carbone et la chaux se combinent pour donner un carbure de calcium (i).
C'est cette réaction que nous avons utilisée, et elle nous a fourni le plus souvent un métal à grain fin dont la teneur en carbone oscillait entre i,5 et 1,9. Lorsque le chrome est ainsi purifié, bien qu'il renferme encore une petite quantité de carbone, il cristallise avec une grande facilité. Nous avons obtenu maintes fois de très belles trémies de chrome cristallisé, dans lesquelles les cristaux atteignaient une longueur de 3""" à 4'"'"- Ces cristaux ont, à première vue, l'apparence de cubes et d'octaèdres. Leur groupement rappelle celui des masses cristallines de bismuth.
Fremy avait déjà indiqué qu'il était possible d'obtenir le
(1) Henri Moissan. Préparation au four électrique d'un carbure de calcium cristallisé ; propriétés de ce nouveau corps. Comptes r&ndus, t. CXVIII, p. 501.
FODR ÉLECTRIQUE. 14
chrome cristallisé par l'action du sodium sur le chlorure de chrome.
Chrome exempt de carbone. — La méthode d'affinage, par la chaux en fusion que nous venons d'indiquer, ne peut cependant pas nous donner le métal absolument décarhuré. Nous avons remarqué, en effet, que, si le chrome était suffisamment pur, en présence de la chaux liquide et des gaz du four, il se produisait une réaction inverse. Tout le métal était ramené à l'état d'oxyde double de calcium et de chrome très bien cristallisé.
Nous avons pris alors cet oxyde double, qui se produisait si facilement dans nos fours électriques, nous en avons formé une brasque dans un four de chaux vive et, au milieu, nous avons refondu de la fonte de chrome. Dans ces nouvelles conditions, l'affinage se produit et l'on obtient un métal brillant pouvant se limer et se polir avec facilité. C'est le chrome pur qui, à l'analyse, ne donne plus trace de carbone.
Propriétés physiqnea. — La densité du chrome pur a été trouvée égale à (1,92 à la température de 20" (moyenne de trois expériences). Elleest donc un peu différente, comme on le voit, de celle indiquée jusqu'ici.
Au chalumeau à oxygène, à la pointe du dard bleu, la fonte de chrome fournit de brillantes étincelles, brûle en partie, mais ne paraît fondre superficiellement que grâce à l'excès de chaleur dégagée par cette combustion. La fusion n'est jamais totale, elle n'est que superficielle et la partie fondue est encore riche en carbone. Dans le four en chaux fermé, qui a servi à De ville et Debray à fondre le platine, nous n'avons pas pu liquéfier la fonte de chrome à 2 pour 100 de carbone, au chalumeau oxhydrique, après une marche de quarante-cinq minutes. Le fragment de fonte qui était frappé par l'extrémité du dard bleu était seul
PRÉPARATION AD FOUR éLECTRIQtË DE O^JELQtJES CORPS SIMPLES 211
fondu, en partie, par suite du phénomène d'oxydation dont nous venons de parler.
Quand le chrome est bien exempt de carbone, il brûle rapidement et sa combustion au chalumeau est encore plus brillante que celle du fer. L'oxydation se complète avec rapidité, etilreste, après l'expérience, un fragment arrondi de sesqilioxyde de chrome fondu.
Le chrome pur est plus infusible que la fonte de chrome; son point de fusion est notablement supérieur à celui du platine et ne peut pas être atteint au moyen du chalumeau à oxyg-ène. Au contraire, au four électrique, le chrome en fusion se présente sous l'aspect d'un liquide brillant très fluide, possédant, dans le creuset, l'apparence et la mobilité du mercure. On peut même le sortir du four électrique et le verser dans une lingotière. En utilisant la chaleur fournie par un courant de i ooo ampères et 70 volts, nous avons pu, dans un four de dimensions suffisantes, préparer, en une fois, i o"*^ de fonte de chrome affinée et la couler avec facilité.
Cette fonte avait la composition suivante :
Chrome * 97,14
Carbone 1,69
Fer , 0,60
Silicium 0,39
Calcium traces
Le chrome pur bien exempt de fer ne nous a présenté aucune action magnétique sur l'aig-uille aimantée.
Le carbure de chrome répondant à la formule C^Cr^ raye le quartz avec facilité et même la topaze, mais il n'a pas d'action sur le corindon. Le carbure CGr^ raye profondément le verre et plus difficilement le quartz. Quant au chrome pur, il n'a aucune action sur le quartz et raye le verre avec beaucoup de
212 LE FOUIl ÉLECTRIQUE
difficulté. Certains fragments de chromé bien pur ne rayaient même plus le verre.
La fonte de chrome à grain fin, dont la teneur en carbone oscille entre i,5 et 3, ne peut être travaillée et polie qu'avec des meules armées de diamants.
An contraire, le chrome affiné, bien exempt de carbone, peut être limé avec facilité, prendre le poli du fer et présenter un beau brillant, un peu plus blanc que ce dernier métal.
Propriétés chimiques. — La fonte de chrome ne s'attaque pas à l'air sous l'action de l'acide carboni(jue et de l'humidité. Le chrome pur bien poli se ternit légèrement après quelques jours dans un air humide; mais celle légère oxydation n'est que superficielle et ne se continue pas.
Le chrome peut être regardé comme inaltérable à l'air.
Chauffé à 2000" dans l'oxygène, il brûle en fournissant de nombreuses étincelles plus brillantes que celles produites par le fer.
La limaille de chrome, chauffée vers 700" dans la vapeur de soufre, devient incandescente et se transforme en sulfure de chrome.
Le chrome pur, placé dans une brasque en charbon et chauffé à un violent feu de forge, fournit, sans fondre, le carbure cristallisé en aiguilles de formule CCr^ Le chrome peut donc se cémenter comme le fer. A la température du four électrique, il donne le composé cristallisé G^Gr^.
Le silicium se combine au chrome avec facilité. En chauffant au four électrique un mélange de chrome et de silicium, on obtient un siliciure très bien cristallisé, d'une grande dureté, rayant facilement le rubis, inattaquable par les acides, par l'eau régale, parla potasse et par l'azotate de potassium en fusion.
Le bore se combine au chrome, dans le four électrique, dans
les mêmes conditions, et fournit un borure très bien cristallisé, difficilement attaquable par les acides et possédant aussi une grande dureté.
L'acide chlorhydrique g-azeux réagit sur le chrome au rouge sombre et donne en abondance du protochlorure cristallisé.
La solution d'acide chlorhydrique attaque le chrome lentement à froid et plus vivement à chaud. L'acide dilué ne produit rien à la température ordinaire, mais à l'ébullition l'attaque devient assez vive. Sous l'action d'un courant électrique, le chrome étant placé au pôle positif, la dissolution se produit dans l'acide étendu.
L'acide sulfurique concentré, maintenu à l'ébullition, fournit, avec le chrome, un dégagement gazeux d'acide sulfureux et le liquide prend une teinte foncée. L'acide étendu l'attaque lentement à chaud, et lorsque cette action se produit à l'abri de l'air, elle détermine la formation du sulfate cristallisé de protoxyde de chrome de couleur bleue que nous avons anciennement décrit (i).
L'acide nitrique fumant et l'eau rég-ale à froid ou à chaud n'ont aucune action sur le chrome. Avec l'acide nitrique étendu, l'attaque est très lente.
Une solution de bichlorure de mercure attaque très lentement le chrome en poudre.
A la température de 1200° le chrome, maintenu dans un courant d'hydrogène sulfuré, se transforme entièrement en un sulfure fondu d'apparence cristalline.
A la même température, l'acide carbonique attaque le chrome superficiellement, et le métal se recouvre d'une couche verte d'oxyde mélang-é de charbon.
(1) Henri Moissax. Sur la préparation et les propriétés du protochlorure et du sulfate de protoxyde de chrome. Comptes rendun, t. XCII, p. 792.
L'oxyde de carbone est réduit vers 1200" parce métal, avec formation à la surface d'un dépôt de sesquioxyde et carburation du chrome. Cette réaction fait comprendre les difficultés de l'affinag-e; elle explique pourquoi, mt^me en opérant dans des creusets de chaux vive, il est impossible d'obtenir à la forg-e du chrome exempt de carbone.
Le nitrate de potassium fondu attaque le chrome au rouge sombre avec énergie. L'expérience devient beaucoup plus belle, quand on substitue au nitrate le chlorate de potassium en fusion : le chrome se meut sur ce liquide comme le potassium sur l'eau en produisant une très belle incandescence.
La potasse en fusion n'attaque pas sensiblement le chrome au rouge sombre.
Affinage au four électrique d'un ferrociirome industriel. — L'emploi de la chaux en fusion, pour affiner une fonte riche en carbone, peut avoir quelques applications industrielles. Si nous partons, par exemple, d'un ferrochrome industriel à 60 p. 100 de chrome, ferrochrome préparé au cubilot, il est facile, par des fusions au four électrique, sous un bain de chaux li(piide, de le dépouiller rapidement de son carbone.
Voici quelques analyses qui le démontrent très bien. Un ferrochrome de Saint-Ghamond nous a donné, par combustion dans l'oxygène, une teneur en carbone total de 7,3. Après une première fusion sous une couche de chaux fondue, il n'en renfermait plus que 5 p. 100. Enfin, après une deuxième fusion, il ne contenait plus que 0,1 p. 100 de carbone; il pouvait, comme produit industriel, permettre de faire passer dans un acier une notable quantité de chrome sans élever le pourcentage en carbone.
Une deuxième série d'expériences a été faite sur un produit
similaire, cristallin, qui renfermait, d'après nos analyses :
Chrome 61,81
Fer , 30,02
Carbone total 7,53
Scories 0,33
Ce ferrochrome, concassé en frag-ments et fondu sous un bain de chaux liquide, nous a laissé un culot métallique d'un bel aspect, à grain plus fin, qui ne contenait plus que
Carbone total 4,2 p. 100
La même opération a été répétée une^ seconde fois, en ayant soin de ne pas faire durer l'affinage trop long-temps, et le métal ainsi obtenu nous a fourni les chiffres suivants :
Chrome 64
Fer 35,12
Carbone total 0, 70
Scories 0,22
Dans ce cas bien déterminé, la chaux fondue, qui fournit avec une si grande facilité, en présence du charbon, du carbure de calcium, peut donc servir à affiner une fonte métallique, à lui enlever du carbone. Ces expériences vraisemblablement auront quelques applications industrielles.
Traitement au four électrique du fer chromé naturel. — La réduction si facile de l'oxyde de chrome au four électrique nous permet de traiter de même certains minerais riches en chrome, tels que le fer chromé, que l'on rencontre dans la nature
en masses parfois bien cristallisées et répondant à la formule FeO, Cr203.
Il suffit de réduire ce minerai en poudre g-rossière, de l'additionner d'une (juantité voulue de charbon d'a})rès sa teneur en oxygène, puis de chautfer le tout au four électrique. En opérant sur une masse de 2''"% avec un courant de 1000 ampères et ()o volts, nous avons obtenu en (juelques minutes un culot parfaitement fondu d'un ferrochrome qui renfermait :
Ch*rome G0,9
Fer 31,6
Carbone total 6,1
Silicium 1,1
Cette préparation pourrait sans doute, comme nous l'avons indiqué dès février i8()3, être appliquée à la préparation des chromâtes alcalins. Il suffirait de projeter l'alliag-e grossièrement j)ulvérisé dans un bain de nitrate de potassium ou de nitrate de sodium en fusion ; il se ferait du sesquioxyde de fer insoluble et du chromate alcalin soluble dans l'eau, que l'on peut séparer et purifier par cristallisation.
Conclusions. — En résumé, en utilisant la chaleur intense produite par l'arc électrique, il est possible de préparer la fonte de chrome en très grande quantité. Cette fonte, qui répond à peu près à la formule CCr*, peut s'affiner soit par la chaux fondue, soit par l'oxyde double de calcium et de chrome. Le métal obtenu est plus infusible que le platine, il peut se limer, prendre un beau poli et n'est pas attaquable par les agents atmosphériques. Très peu attaquable par les acides, il résiste à l'eau régale et aux alcalis en fusion.
Cette préparation du chrome permettra d'aborder efficace-
ment l'étude des alliag-es de ce métal. Uni au cuivre, il donne en effet, avec ce métal, des résultats intéressants.
Le cuivre pur, allié à o,5 de chrome, prend une résistance presque double, et cet alliage, susceptible d'un beau poli, s'altère moins que le cuivre au contact de l'air humide.
B. — Manganèse.
L'emploi du four électrique permet de transformer la réduction longue et difficile de l'oxyde de manganèse en une véritable préparation de cours (i).
Le protoxjde de manganèse pur est mélangé de charbon et chauffé dans l'arc. Lorsque l'on opère avec 3oo ampères et 60 volts, la réduction est complète en cinq ou six minutes. Il reste, au fond du creuset, un culot de carbure de manganèse de loo^' à 1208'.
La réduction peut se faire d'une façon un peu plus lente avec un arc voltaïque mesurant loo ampères et 5o volts. Elle exige dans ce cas dix à quinze minutes.
Lorsque l'on opère en présence d'un excès de charbon, le man ganèse se sature de carbone et l'on obtient des fontes fournissant à l'analyse les chiffres suivants :
Manganèse 85,00 85,82 90,60 94,06
Charbon 14,59 13,98 10,20 6,35
(1) Les oxydes de nickel et de cobalt sont aussi réduits avec rapidité par le charbon dans le four électrique. Nous avons obtenu dans ces conditions des fontes qui renfermaient :
Nickel 86,10 87,62 94,40
Carbone total 13,47 11,90 6,19
Un échantillon de cobalt préparé avec un excès d'oxyde nous a donnj dans trois analyses successives:
Carbone (p. 103) 0,726 0,732 0,741
Si la réduction se produit en présence d'un excès d'oxyde, la quantité de carbone diminue beaucoup, et dans certains culots, on n'obtient plus que 4^5 pour loo de charbon. Lorsque la fonte de manganèse ainsi préparée ne renferme que peu de carbone, le métal peut se conserver facilement dans des vases ouverts, mais aussitôt que la quantité de carbone augmente, l'humidité de l'air ne tarde pas à le décomposer. De petits fragments placés dans l'eau s'oxydent en vingt- quatre heures, en fournissant un mélange gazeux d'hydrogène et de carbure d'hydrogène.
La décomposition par l'humidité de l'air est d'autant plus active que la teneur en carbone se rapproche davantage du carbure de manganèse GMn^ découvert par MM. Troost et Hautefeuille. Nous aurons l'occasion de revenir sur les propriétés de ce carbure de manganèse.
Lorsque l'on veut préparer une assez grande quantité de manganèse métallique, au moyen d'un arc plus puissant, la facile volatilisation du manganèse rend les rendements très faibles. On perd une notable quantité de métal à l'état de vapeurs.
Pour éviter une action calorifique trop intense, nous chauffons le mélange à réduire dans un creuset de charbon nmni de son couvercle. Dans ces conditions nous avons obtenu des culots métalliques de 4oo à 5oo"' ayant la composition suivante :
Manganèse 95,20 96,12
Carbone 4,50 3,60
Cette fonte de manganèse, chauffée à la forge dans une brasque d'oxyde, peut s'affiner superficiellement et donner un métal très doux qui se lime avec facilité. Lorsque le manganèse ne contient pas de carbone, il ne raye pas le verre.
En partant du bioxyde de mang-anèse naturel aussi pur que possible (97,5 p. 100), mélangé de carbone et calciné préalablement au Perrot, nous avons obtenu, avec des courants de 5oo ampères et 5o volts, en creuset fermé, une fonte qui nous a donné à l'analyse :
Manganèse 89,78 91,13
Carbone total 7,59 6,41
Scories 2,06 1,78
Le rendement était de 96 p. 100 de l'oxyde mis en expérience. Je crois cette réaction facilement applicable à la préparation industrielle du mang-anèse métallique; comme l'affinage de ce métal liquide se fait très bien en présence d'un excès d'oxyde, on pourrait obtenir ainsi du manganèse exempt de carbone et de silicium.