II
et se demandèrent l'un à l'autre ce qu'ils devaient
souhaiter.
— Je veux une omelette au miel et une toune aux raisins, dit vivement la ménagère en regardant le plat avec des regards qui mangeaient déjà.
La tourte et l'omelette y parurent aussitôt.
Les deux époux jetèrent un cri d'émerveillement et avancèrent en même temps la main pour y goûter ; mais après les premières bouchées^ Biann s'écria :
— Nous avons tort de commencer par les friandises; il faut avoir d'abord quelque chose de plus solide.
— Demande une îête de veau sur le gril, fit observer sa femme.
— Ou un quartier d'agneau à la broche, ajouta le mari.
— Avec un pâté de lièvre, répéta la première.
— Et des andouilles famées, continua le second.
— Sans oublier le pain blanc.
— Ni le vin de Bordeanx.
Tout ce qu'ils venaient de nommer avait couvert successivement la table et ils allaieut se mettre à
manger, quand la femme s'écria tout à coup :
— Jésus ! nous oublions que c'est le vendredi saint, mon homme.
Biann resta le couteau levé.
— Le vendredi saint ! répéta-t-il.
— Puisque c'était hier jeudi.
— Tu as raison, dit le paysan, c'est vendredi saint, jour de maigre et d'abstinence.
— Nous ne pouvons manger de chair sans nous damner, reprit la première.
— Et cependant, objecta le second, nous n^aurons plus ce soir le plat de hêtre.
— C'est Ta vérité, l'occasion sera perdue.
— Et elle ne reviendra jamais.
— Seigneur Dieu ! laisser le pâté de lièvre!
— Et l'andouille fumée !
— Ne pas toucher au quartier de mouton !
— Ni à la tête de veau !
Le vieil homme et la vieille femme regardaient lé plat d'où sortaient de petits tourbillons de fumées qui chatouillaient leurs narines et leur creusaient l'estomac.
iOO LE FOYER BRETON.
— Ce serait pourtant péché de perdre tant de bonnes choses, dit Bianne, avec convoitise.
— Sans compter, ajouta sa moitié de mémge, que le recteur nous a permis d'en manger.
— Vrai?...
— Puisqu'il nous a dit de nous régaler.
— C'est juste; il nous a averti d'ailleurs que le plat de hêtre avait servi à un saint.
— Dans ce cas, il ne peut nous induire en faute; c'est une chose sacrée.
— Comme tout ce qui en vient.
— Et l'on peut dîner de ce qu'il ofïre, sans impiété.
— Ça doit être, au contraire, une action pieuse.
— Mangeons alors.
— Mangeons.
Tous deux mirent avidement la main au plat et commencèrent à dévorer les viandes, sans s'inquiéter davantage de la mort du Christ. La gourmandise les avait perdus.
Le diable, qui était resté à la porte, pour tout regarder par le trou du loquet, frotta, Tune contre l'autre, ses griffes déguisées en mains de recteur et
se dirigea vers la demeure habitée par les Floc-hik, Il y avait là une veuve et une jeune fille avec un cousin qui, après avoir conduit la ferme comme serviteur, allait devenir le maître, en épousant la pennérèz. Les granges étaient pleines de tailleurs qui cousaient des habits et de menuisiers qui rabotaient des meubles de chêne pour les deux fiancés. Le jeune seigneur de Gwebriand était dans l'aire, parlant au cousin d'un cheval qu'il voulait acheter. Ce fut la veuve et sa fille qui reçurent le nouveau recteur. Après avoir parlé des semailles, de la maladie qu'il y avait sur les moutons et des dérèglements de ceux de Konkoi^ed, la mère fut obligée de sortir pour tirer les vaches, et le recteur causa avec la jeune fille de son prochain mariage.
— Vous allez prendre un état rude et qui exige de grandes grâces, dit-il d'un ton de prédicateur, Les dames des gentilshommes une fois mariées n'ont qu'à se vêtir de beaux vêtements, qu'à aller à l'église en carrosse et qu'à faire la collation avec leurs pareilles ; mais la femme d'un laboureur doit dire adieu à tout plaisir et à tout repos. Il faut qu'elle se couche tard, qu'elle se réveille d'heure en heure,
i02 LE FOYER BRETON,
pour soigner les malades ou pour allaiter les enfants^ qu'elle se lève la première et qu'elle travaille seule autant que toutes les servantes de la maison.
— C'e>t pourtant vrai ce que dit monsieur le recteur ! murmura Genofa d'un air pensif.
— Et puis, reprit le faux prêtre, le bien des fermiers n'est pas comme celui de la noblesse, à l'abri de tout malheur. Qu'un mauvais air souffle sur les bestiaux ou sur les récoltés, voilà une famille ruinée ! Alors, c'est la femme qui a surtout à souffrir ; car, pendant que le mari est dehors, c'est elle qui entend les ciis des enfants et les mauvaises paroles des créanciers.
— Héiasî monsieur le recteur dit encore la vérité ! répéta la pennérèz etirayée.
— Sans compter que ceux qui travaillent de leur corps ont souvent l'humeur chagrine, continua le vieux Guillaume; loin d'être galants avec leurs fenunes, comme les seigneurs, il les traitent quelquefois de la même mauii're que leurs attelages.
— Jésus ! et Nedel qui frappe tant ses bêtes! s'écria la promise, tout effrayée.
— Vous voyez donc que Dieu vous favorise d'une
grande épreuve, continua le diable avec un air cafard (1); bénissez la croix qu'il vous envoie, ma fille, et réjouissez-vous de ne pas être une femme de noble, qui ne connaîtrait de la vie que les vanités et les plaisirs.
— Oui, oui , monsieur le recteur , dit Genofa en sanglotant, je me réjouis aussi... Mais, Seigneur! je n'avais point pensé à tout cela.
Et elle prit le coin de son tablier pour essuyer les larmes qui tombaient sur ses joues roses et blanches.
Le jeune curé parut attendri.
—- Écoutez, pauvre innocente, dit-il -, je veux venir à votre secours et vous assurer l'affection de celui qui va devenir votre mari. Prenez cette bague de fer, noire comme vos beaux cheveux. Elle a appartenu à un grand évêque , et il y a en elle une vertu si merveilleuse, que l'homme qui la mettra à son doigt prendra aussitôt votre volonté, et, quand il serait prince ou duc, vous le verrez devenir votre serviteur fidèle.
(1) Le mot breton est intraduisible; ce mot est Pilpoust c'est-à-dire, moitié fil, moitié laine.
î^a pennérèz reçut la bague avec de grandes exclamations de joie; elle remercia le recteur jusqu'à douze fois de suite et le reconduisit par le petit courtil.
Elle revint ensuite du côté de l'aire afin de chercher Nedel; mais, comme il était parti avec l'attelage, elle ne trouva que M. de Gwebriant essayant le cheval qu'il venait d'acheter.
C'était un jeune homme de grande taille et corpulent, dont le visage avait la couleur du soleil quand il se couche. Toutes les jeunes filles le citaient comme le plus beau gentilhomme du pays.
Genofa se mit à penser aux paroles du vieux Guillaume et à la bague de fer qu'il lui avait donnée. Elle comparait, dans son esprit, la vie d'une femme de noble à celle d'une femme de laboureur -, puis e!ie regardait son talisman qui^ au dire du recteur, pouvait la faire aimer d'un duc ou d'un prince.
— Celui-ci n'est que marquis, pensait-elle; si j'essuyais sur lui, rien que pour savoir.
Et, tout en se répétant ces choses, elle traversait le pourpris jusqu'à ce que M. de Gwebriant l'aper- VÙt et lui criât :
PAYS DE VANiNES. 105
— Hé bien, la belle fille, c'est donc ces jours-ci qu'on prend un maître ?
— J'en ai déjà un, répondit Genofa en baissant modestement les yeux.
Elle voulait parler du jeune homme, à qui la ferme appartenait, et il la comprit bien, car il s'écria en lui prenant les bras :
— Sur mon salut, Génofa, si je suis ton premier maître, c'est à moi qu'appartient ton premier baiser.
Et il l'embrassa. Mais la pennérèz voulut retirer sa main pour lui échapper; alors il remarqua la bague de fer qu'elle portait au doigt et lui demanda de qui elle l'avait reçue. Genofa répondit qu'elle venait de la trouver, en coupant l'herbe dans le pré.
— Dans ce cas, dit M. de Gwebriant, elle m'appartient, car je suis seigneur de la terre.
Et il l'ôta , en riant, du doigt de la jeune fille ; mais à peine l'eut-il passé au sien , qu'un violent amour alluma son sang et son cœur. Il regarda la Pennérèz avec des yeux qui pétillaient, et il lui dit tf jt bas :
— Il faut que cette bague soit im anneau d'al-
liance entre nous, Genofa. Monte avec moi sur ce cheval et je t'emmènerai à Vannes, où j'ai une mai-son qui ne manque de rien. Tu auras des serviteurs, des robes de soie et un chapelain qui dira la messe pour toi seule.
Genofa fut si étonnée, qu'elle demeura d'abord sans réponse. Alors M. de Gwebriant la prit dans ses bras, il l'assit, devant lui, sur la selle, comme un enfant qu'on mène au Pardon, et le cheval partit en faisant étinceler^ de ses quatre pieds, les cailloux du chemin.
Le diable, caché derrière le pignon, fit une cabriole de joie et descendit vers le domaine des frères Rannou.
Ceux-ci étaient trois frères qui vivaient honnêtement sur le bien reçu de leur père. Chacun y avait sa part qu'il cultivait selon sa fantaisie ; mais rien ne séparait les trois héritages ; la bonne foi et le bon ccord tenaient lieu de fossé. Au moment des semailles^ les frères laissaient seulement, entre leurs champs, un sillon vide, et ce sillon servait de limite.
Le recteur les trouva réunis devant la porte de la
maison où ils étaient occupés à tailler des chevilles avec leurs couteaux.
A la vue du prêtre ils se levèrent et voulurent le faire entrer dans la maison; mais le vkux Guillaume les remercia.
— Non, braves gens, dit-il; je ne suis venu que pour vous souhaiter une heureuse journée; restez à ce que vous faites.
— Que monsieur le recteur nous excuse, dit le plus âgé, nous préparons des chevilles pour la latte et pour le soc de nos charrues (I) qui sont hors de service.
— Et cependant, continua le second, toutes trois ont été fabriquées en bois de petit orme par le meilleur charron d'Augan; maiè notre terre ressemble à la pâte de seigle quand on va la mettre au four, et ce n'est qu'à grande sueur qu'on peut y faire un sillon.
— Aussi, ajouta le troisième^, faut-il, deux fois
(1) La laite de la charrue a deux chevilles qui s'appellen an digar^z et an escop (la supposition el Vévéque), le bois du soc en a égalemenl deux appelées gwaragou (de gwar^ ■courbe).
d08 LE FOYER BRETON,
chaque jour, changer les attelages, ce qui est un retard et une ruine.
— Je comprends vos plaintes , chers fils, dit le diable, et je veux venir à votre aide. Cette cheville que vous voyez a été fabriquée par saint Joseph. Lorsqu'on la place au soc d'une charrue, celle-ci laboure seule tout le jour et trace autant de sillons que trois de ses pareilles conduites par de doubles attelages. Malheureusement elle ne peut avoir qu'un maître, et il faut qu'elle appartienne à un seul de vous.
— Tirons à la plus courte paille pour voir qui la possédera! s'écrièrent, en même temps, les trois frères.
Le recteur y consentit, et, quand les Rannou eurent tiré, il se trouva que c'était Kado, le plus jeune, qui avait gagné. Le vieux Guillaume lui remit la cheville et se retira après avoir bien recommandé aux deux autres frères de ne pas être jaloux de leur cadet.
Celui-ci courut chercher la plus vieille charrue, il la conduisit à un champ qui se reposait depuis trois ans et plaça la cheville au soc. A l'instant
même rinstrument de labourage se mit en mouvement, vdlant sur la terre aussi vite qu'un oiseau qui regagne son nid et creusant un sillon deuKfoJ^ aussi haut que le fer d'une bêche.
Les deux frères , qui étaient accourus pour regarder^ demeurèrent immobiles de surprise ; mais, au même instant, Tamitié qu'ils avaient pour leur jeune frère se changea en envie, tandis que celle de Kado se perdait dans l'orgueil.
— Ce garçon-là est bien heureux d*avoir gagné la cheville, murmurèrent-ils à demi-voix, car nous y avions autant de droits, et il n'a eu pour lui que le hasard.
Kado, qui les entendit, se retourna d'un air fier.
— Ne faites pas comme les impies, dit-il, en appelant hasard la volonté de Dieu. Si j'ai été désigné pour ce don précieux, c'est qu'apparemment j'en étais le plus digne.
Les deux frères se récrièrent en l'appelant démon glorieux , ce qui fit entrer Kado en grande colère.
— Allez, allez ! s'écria-t-il, ne me poussez pas à bout ; car avec ma charrue je puis avoir bientôt la
fortune d'un seigneur, et quand je serai riche, je ferai de vous des mendiants si c'est mon plaisir.
Cette menace brûla le sang des deux frcres, qui avaient déjà la bile dans le cœur.
— Prends garde, fils de vipère ! s'écrièrent-ils ; car, si tu nous menaces, nous te prendrons ce qui fait ta fierté.
— Essayez donc, si vous êtes des hommes ! s'écria Kado en levant la fourche à nettoyer la charrue, qu'il tenait à la main.
Ses frères, fous de fureur, se jetèrent sur lui pour le frapper, et, comme ils avaient encore le couteau à la main, du premier coup ils le tuèrent.
Un éclat de rire semblable au tonnerre retentit aussitôt derrière la haie : c'était le vieux Guillaume qui avait tout vu et qui s'en retournait au presbytère, aussi heureux qu'un bourgeois de Pontivy, quand il a trompé un pauvre paysan sur le prix du blé.
En arrivant, il demanda à la servante de lui préparer, pour son souper, une poitrine de porc c lite dans son jus. et de prendre pour lui. chez Tauler-
PAYS DE VANNES. dii
gîste, autant de cidre qu'il eti faut pour enivrer douz3 ivrognes de Guéméné.
A ce moment, on vint lui annoncer que les Biann avaient été trouvés morts dans leur cabane pour avoir trop bu et trop mangé.
Il claqua des doigts et dit d'ajouter à son souper du vin bouché.
Comme il allait se mettre à table, on l'avertit que M. de Gwebriant, qui enlevait Genofa Floc'hik, avait été emporté par son cheval dans une pierrière où tous deux étaient morts fracassés.
11 dansa un pas de Jabadao, et dit qu'il voulait une salade aux fines herbes.
Enfin, lorsqu'il achevait de souper, on accourut lui dire que les deux Rannou avaient tué leur frère Kado, puis s'étaient pendus de désespoir.
11 poussa un cri de joie en demandant de la liqueur des quatre fruits.
Il vidait son dernier petit verre, quand Jésus-Christ parut sur le seuil.
— Vieux Guillaume, ton heure est venue, dit-il, et il faut que tu retournes aux fïammes de l'enfer.
— J'y vais, bonhomme, répondit le serpent-huant ;
mais j'aurai bonne compagnie, car j'emmène avec moi tout ce que tu avais de juste dans la paroisse. Tu m'avais défendu de les tourmenter, mais non de les enrichir, et je l'ai fait. Ceci te servira de leçon, Nazaréen ; tu sauras une autre fois que pour rendre les hommes méchants, il y a un plus sûr moyen que de leur faire du mal ; c'est de leur faire du bien!
RECIT DU MEUNIKR,
LES KORILS DE PLAUDEN (1).
Il y avait autrefois dans le pays du blé blanc et dans celui de la pointe de terre (2) une race de nains ou korigans partagée en quatre peuplades qui habitaient les bois', les landes, les vaux et les métairies. Ceux qui habitaient les bois s'appelaient kornikaneds, parce qu'ils chantaient dans de petites cornes qu'ils portaient suspendues à leur ceintures ; ceux
(1) Celle tradition est répandue dans laCornouailles comme dans l'évêché de Vannes. M. Corentin Tranois l'a recueillie dans le premier de ces pays et en a publié une charmante version dont nous avons profité (voyez la Revue de Bretagne. mars 1834).
(2) Kern-é; mot à mot, c'est la corne, c'est-à-dire lâpoinie de la terre. Ce nom, donné à la Cornouailles, exprime sa l)osition à l'extrémilé de l'Europe, et l'on n'a fait que le trîiduire en latin lorsqu'on a appelé ce pays Gornii Galliœ.
ni LE FOYER BRETON.
qui habiiaient les landes s'appelaient korih: parce qu'ils passaient toutes les nuits à danser des rondes au clair de lune, et ceux qui habitaient les vaux s'appelaient poul-pikans, c'est-à-dire qui ont leurs terriers dans les lieux bas (1). Quant aux teuz^ c'étaient de petits hommes noirs qui se tenaient dans les prés et les blés mûrs -, mais^ comme les autres korigans les accusèrent d'être les amis des chrétiens, ils furent obligés de s'enfuir dans le Léonnais où il en reste encore peut-être quelques-uns.
Au temps dont je parle, il n'y avait donc plus déjà, par ici, que des kornikaneds, des poulpikans et des korils ; mais ils étaient en si grand nombre, que, la nuit venue, bien peu de gens osaient s'aventurer près de leur palais de pierre.
Il y avait surtout en Plaudren, auprès du petit bourg de Loqueitas, une lande appelée Motenn- Lervenn (où, comme diraient les Galots. la terre du
(1) Korni-kaneds ; nom composé de korn, corne, et de kana, chanter; kouril ou koril, du mot korolj, danse; poulpikans, de poul, lieu Jbas, mare, et de pika, fouiller; teiiZ ou cleuZj de du, noir. (Voir à la fin du conte ce que nous disons de celle race de nains.)
PAYS DE VAiNNES. dlS
chêne,) dans laquelle se trouvait un grand village de korils que l'on peut voir encore aujourd'hui. Les méchants nains y venaient danser toutes les nuits, et celui qui osait alors traverser la lande était sÛL* d'être entraîné dans leur ronde et forcé de tourner avec eux jusqu'au premier chant du coq; aussi ne se hasardait-on pas à y aller.
Cependant, un soir, Bénéad Guilcher, qui revenait avec sa femme d'un champ où il avait mené la charrue tout lejourpourle compte d'un fermier deCadoudal, prit par la lande hantée afin de raccourcir le chemin. Il était de bonne heure, et il espérait que les korigans n'auraient point encore comniencé leur danse ; mais, arrivé au milieu du Mottenn-Bervenuy il les aperçut éparpillés autour des grandes pierres, comme des oiseaux sur un champ de blé. Il allait retourner en arrière, lorsque les cornes des nains des bois et les cris d'appel des nains des vallées retentirent derrière lui. Bénéad sentit ses jambes trembler, et dit à sa femme :
— Sainte Anne ! nous sommes perdus; car voici les kornikaneds et les poulpikans qui viennent re-
joindre les koriis pour mener le bal toute la nuit» Ils nous lorceront à danser jusqu'au jour, et-mon pauvre cœur n'y pourra tenir.
De fait, les troupes de korigans arrivaient de tous côtés, entourant Guilcher et sa femme comme les mouches de l'août entourent une goutte de miel ; mais ils s'écartèrent en apercevant la petite fourche à nettoyer la charrue que Bénéad tenait à la main, et ils se mirent à chanter tous ensemble :
Laissons-le, laissons-la, Fourche de charrue il a ; Laissons-la, laissons-le, La fcwichelte est avec eux.
Guilcher comprit alors que le bâton qu'il tenait à la main était une défense magique contre les korigans, et il passa au milieu d'eux avec sa moitié de ménage sans avoir rien à souffrir.
Ce fut un avertissement pour le pays. A partir
(1) Lez-hi, lez-hoD,
Bàc'h an arér zo gant hon; Lez-hon, le^-hi, Bâc'h arér zo gant hi.
i'A\S DE VANNES. J17
de ce jour, tout le monde sortit le soir avec la petite fourche, et l'on put traverser, sans crainte les bruyères et les vaux.
Mais Bénéad ne trouva pas que ce fût assez d'avoir rendu ce service aux Bretons; c'était un homme d'esprit curieux et subtil^ et d'aussi joyeuse humeur qu'aucun bossu des quatre évêchés bretonnants. Car je ne vous ai point encore dit que Bénéad portait une bosse de naissance placée juste entre les deux épaules, et dont il eût bien voulu se défaire au prix coûtant. Du reste, on le regardait comme un bon mercenaire, gegnant sa journée en conscience, et, aussi, comme un vrai chrétien.
Un soir, ne pouvant plus résister à son désir, il prit sa petite fourche, après s'être recommandé à sainte Anne, et s'en alla vers le Molfenn-Dervem.
Du plus loin que les korils le virent, ils accoururent en criant :
— C'est Bénéad Guilcher !
— Oui, mes petits hommes, c'est moi, répondit
le bossu jovial : je viens vous faire une visite de
voisinage.
— Sois le bienvenu, répliquèrent les korils. Veuxtu danser avec nous ?
— Faites excuse, braves gens, reprit Guilcher : mais vous avez l'haleine trop longue pour un pauvre infirme.
— Nous nous arrêterons quand tu le voudras, crièrent les korils.
— Me le promettez-vous, dit Bénéadj qui n'eût pas été fâché d'essayer la ronde, par curiosité, pour pouvoir en parler.
— Nous te le promettons, répondirent les nains.
— Sur la croix du Sauveur?
— Sur la croix du Sauveur.
Le bossu, persuadé qu'un pareil serment le mettait à l'abri de tout malheur, prit place dans la chaîne, et les korils commencèrent la ronde en répétant leur chant accoutumé :
Lundi, mardi, mercredi, Lundi, mardi, mercredi (ïj.
Au bout de quelques instants, Guilcher s'arrêta.
~ Sauf le respect que je vous dois, mes gentilshommes, dit-il aux nains, votre chanson et votre danse me paraissent peu variées; vous vous arrêtez trop tôt dans la semaine, et, sans être un rimeur habile, je crois que je puis allonger le refrain.
— Voyons ! voyons ! répétèrent les nains. Alors le bossu reprit :
Lundi, mardi, mercredi.
Jeudi, vendredi, samedi.
Une grande rumeur s'éleva parmi les korils.
— Stard! Stard (2)! crièrent-ils, en entourant Guiicher ; tu es un chanteur d'esprit et un beau danseur : répète, répète !
(1) C'est le chant des korigans : di-lun, di-meurs , dimerc'her. La suite du récit apprend pourquoi ils ne dépassaient pas ces trois jours de la semaine.
(2) Cri d'encouragement des Bretons; ils disent aussi, dans
Le bossu répéta :
Lundi, mardi, mercredi.
Jeudi, vendredi, samedi;
tandis que les korils tournaient avec une joie folle. Entîn ils s'arrêtèrent, et, se pressant autour de Guilcher, ils dirent tous à la fois :
— Que veux-tu? que désires-tu? richesse ou beauté ? Fais un souhait, et nous te donnerons ce que tu auras voulu.
— Parlez-vous sérieusement? demanda le journalier.
— Que nous soyons condamnés à ramasser grain -à grain tout le mil de l'évêché, si nous te trompons,
répondirent-ils.
— Hé bien, reprit Guiïcher, puisque vous voulez me faire un cadeau et que vous m'en laissez le choix, je ne vous demande qu'une chose, c'est d'enlever ce
le même sens, hardi! mais l'origine cellique de ce dernier mot nous paraît douteuse.
PAYS DE VANNES. \%l
que j'ai là, entre les deux épaules, et de me rendre aussi droit que le bâton de la bannière de Loqueltas.
— Bien, bien, répliquèrent les korils^ sois tranquille; viens ici!...
Et, saisissant Guilcher, ils le firent pirouetter dans l'air, ils le lancèrent de l'un à l'autre, comme une pelote de laine, jusqu'à ce qu'il eût achevé le tour du cercle. Alors il retomba sur ses pieds, étourdi, étouffé, mais sans bosse ! Bénéad était rajeuni, agrandi, embelli! à moins d'être sa mère, c'était à ne plus le reconnaître.
Vous devinez quel étonnement quand il reparut à Loqueltas ! On ne pouvait croire que ce fût Guilcher j sa femme elle-même ne savait trop si elle devait le recevoir. Pour se faire reconnaître il fallut que l'ancien bossu lui dit, au juste, combien elle avait de coiffes dans sa credence (1) et quelle était
(1) Credanz; armoire dans le Jjrelon de Vannes. C'est évidemment de là qu'est venu credence, vieux mot français encore en usag-e dans plusieurs provinces pour désigner une sorte de buffet.
122 LE FOYER BBEÎO:;.
la couleur de ses bas. Eiinn, quand on fut assuré que c'était bien lui, chacun voulut savoir comment avait pu se faire un pareil changement ; mais Dénéad pensa que s'il l'avouait, on le regarderait comme le compère des korigans , et que toutes les fois qu'il y aurait un bœut égaré ou une chèvre disparue, on s'en prendrait à lui pour les retrouver. Aussi répondit-il à ceux qui l'interrogeaient que tout s'était fait à son insu .pendant qu'il dormait sur la lande. Les mal tournés le crurent et allèrent, tous les jours, se coucher dans les bruyères, avec l'espoir de se réveiller plus droits 5 mais d'autres comprirent qu'il y avait un secret dont Guilcher ne voulait rien dire.
Parmi ceux-ci se trouvait un tailleur aux cheveux rouges et aux yeux de travers, que l'on appelait Perr Balibouzik, parce qu'il bredouillait en parlant. Ce n'était point, comme sont d'habitude ses pareils, un compagnon rimeur aussi gai sur son établi que le rouge-gorge sur sa branche et sentant les crêpes de froment d'aussi loin que le chien sent le gibier j Balibouzik ne riait pas, ne chantait jamais et ne se
nourrissait que de pain d'orge, dans lequel on voyait les pailles.' C'était un avare, et, de plus, un mauvais chrétien qui prêtait son argent à de si grod intérêts, qu'il ruinait tous les pauvres journaliers du pays. Guilcher lui devait cinq écus depuis longtemps, sans pouvoir les rendre; Perr alla le trouver et les lui demanda de nouveau. L'ancien bossu s'excusa, en promettant de s'acquitter après les foins j mais Balibouzik déclara qu'il ne lui accorderait un délai qu'à la condition de savoir qui l'avait rajeuni et redressé. Ainsi forcé de tout avouer, Guilcher raconta sa visite aux korils; il dit quels mots il avait ajoutés à leur refrain et comment on lui avait donné à choisir entre deux souhaits.
Perr se fit répéter plusieurs lois tous les détails, puis s'en alla, en avertissant son débiteur qu'il lui laissait huit jours pour trouver les cinq écus.
Mais ce qu'il venait d'apprendre avait éveillé toute sa rage d'avarice. Il résolut, dès le soir même, de se rendre au Mottenn-Dervenn, de se mêler à la danse des korigans, et d'obtenir aussi le choix entre les
124 LE FOYER BREIUX.
deux souhaits proposés à Guilcher : richesse ou
beauté.
Dès que la lune fut levée, voilà donc Balibouzik le louche qui s'achemine vers la lande, sa petite fourche à la main. Les korils l'aperçoivent, accourent à sa rencontre et lui demandent s'il veut danser. Perr y consent, après avoir fait ses conditions comme Bénéad, et il entre dans la ronde des petits hommes noirs qui se mettent à répéter le refrain agrandi par Guilcher :
Lundi, mardi, mercredi, Jeudi, vendredi, samedi.
— Attendez ! s'écrie le tailleur saisi d'une inspiration subite ; moi aussi je veux ajouter quelque chose à votre chanson.
— Ajoute, ajoute, répondirent les korils. Et tous reprirent ensemble :
Lundi, mardi, mercredi, Jeudi, vendredi, samedi.
PAYS DE XAXl^ilS. J2o
Ils s'arrêtèrent, et Balibouzik ajouta seul en bégayant :
Et di... di... di... dimanche aussi.
Les nains poussèrent une longue dameii^r,
— Après î crièrent-ils tous à la fois.
Di... dimanclie aussi,
répéta la tailleur.
— Mais après... après.
— Bi... dimanche.
— Après, après, après î
— Di... dimanche aussi!
Le cercle des korils se rompit ; tous couraient comme furieux de ne pouvoir se faire comprendre. Le pauvre bègue épouvanté, demeura la bouche ouverte, sans pouvoir rien dire. Enfin les flots de petites têtes noires s'apaisèrent un peu ; ils entou-
ISa LE FOYER BRETON. *
rèrent Balibouzik, et raille voix crièrent en même
temps :
— Fais un souhait ? fais un souhait ! Perr reprit courage.
— Un sou... sou... hait, répéta- t-il 3 Guilcher a choi... si entre richesse et beauté.
— Oui; Guilcher a choisi beauté et laissé richesse.
— Hé bien, moi, je choisis ce que (juil... Guilcher a laissé.
— Bien, bien ! crièrent les korils; viens ici; tailleur.
Perr enchanté s'approcha ; ils l'enlevèrent comme ils avaient enlevé Bénéad, le firent rebondir de main en main jusqu'au bout de la chaîne, et quand il retomba sur ses pieds, il avait entre les deux épaules ce que Guilcher avait laissé, c'est-à-dire une bosse !
Le tailleur ne s'appelait plus Balibouzik tout court; c'était maintenant Tortik-Balibouzik.
Le pauvre déformé revint à Loqueltas, hoi:;teux comme un chien qui a eu la queue coupée. Dès qu'on apprit ce qui lui était arrivé, il n'y eut personne qui ne voulût le voir. Toutes les commères venaient, avec un vieux sabot dans la main, sous prétexte de demander du feu, et chacune criait Jésus ! en voyant son dos devenu aussi rond que la mardelle d'un puits. Perr enrageait sous sa bosse et jurait tout bas qu'il se vengerait de Guilcher ; car lui seul était cause du malheur ; c'était le favori des korigans et il leur avait, sans doute, demandé de faire cet affront à son créancier.
Aussi, les huit jours promis une fois écoulés, Tortik-Balibouzik annonça à Bénéad que s'il ne pouvait lui pa^er ces cinq écus, il allait avertir les hommes de justice de faire tout vendre chez lui. Bénéad eut beau le prier, le nouveau bossu ne voulut rien écouter et annonça que, dès le lendemain, il mettrait en foire (1) ses meubles, ses outils et son pourceau.
il) Expression bretonne pour désigner la vente chez un dé iiiteur: Ober foar var arrebeury.
La femme de Guilcher jeta les hauts cris, en répétant qu'ils étaient déshonorés dans la paroisse, qu'il ne leur restait plus qu'à prendre le bissac et le bâton blanc pour aller mendier aux portes -, que c'était bien la peine^ à Bénéad, d'être devenu un homme droit et de belle prestance pour se laisser mettre la ceihture de paille (1), et mille autres choses sans raison, comme en disent les femmes affligées.... et celles qui ne le sont pas.
A toutes ces plaintes, Guilcher ne répondait rien, ^Inon qu'il fallait s'en remettre à la volonté de liieu et de la Vierge; mais son cœur était humilié jusqu'au fond. 11 se reprochait maintenant de n'avoir point préféré richesse à beauté, quand on lui avait laissé le choix, et il eût voulu pouvoir reprendre sa bosse bien garnie d'écus d'or ou même d'argent. Après avoir cherché en vain un moyen de
(1) Expression bretonne, venant de ce qu'autrefois les insolvables étaient promenés autour de la paroisse avec une ceinture de paille. La paille avait, du reste, une signification symbolique conservée même de nos jours (voyez la Saisie Brandon) .
PAYS DE VANNES. f 0
sortir d'embarras, il se décida donc à retourner au Mottenn-Dervenn.
Les korils le reçurent avec des clameurs dejoie, comme la première lois et lui firent place dans leur ronde. Quoique Bénéad n'eût guère le cœur au plaisir il ne voulut point attrister la danse et il se mit à sauter de toutes ses forces. Les nains ravis couraient comme les feuilles mortes que le vent fait tourbillonner en hiver. Tout en courant, ils répétaient le premier vers de leur chanson, leur compagnon répondait par le second, ils reprenaient le troisième, et, comme c'était le dernier, Guiicher était obligé de terminer l'air sans paroles, ce qui au bout de quelque temps, lui parut ennuyeux.
— Si j'osais dire mon avis, mes petits seigneurs dit-il aux korigans ; votre chanson me fait le même effet que le chien du boucher, elle marche sur trois jambes.
— C'eat la vérité ! c'est la vérité ! crièrent toutes les voix.
— Je croisj repritBénéad, qu'elle aurait meilleure façon si on lui ajoutait un quatrième pied.
— Ajoute;, ajoute ! répétèrent les nains. Et tous reprirent d'une voix perçante :
Lundi, mardi, mercredi, Jeudi, vendredi, samedi.
Avec le dimanche aussi...
11 y eut un court silence ; les nains atteiiidaient ce que Guilcher allait dire.
— Et voilà la semaine finie!
acheva-t-il gaiement.
Mille cris qui ne formaient qu'un cri s'élevèrent de tous les côtés de la lande. En un instant, tout fut couvert de korigans qui accouraient ; il en sortaitdes touffes d'herbes, des bouquets de genêts, des fentes de rochers ; on eiit dit une ruche de petits hommes noirs; tous ils gambadaient parmi les bruyères en criant :
PAYS DE VANNES. loi
Auilcherik, noire cher sauveur, A rempli l'arrêt du Seigneur (1).
— Suu mon salut, que veut dire ceci ? s'écria Bénéad étonné.
— Cela veut dire, répliquèrent les korigans, que Dieu nous avait condamnés à rester parmi les hommes et à danser toutes les nuits, sur les landes, jusqu'à ce qu'un chrétien eût complété notre refrain ; tu l'avais déjà allongé et nous espérions que le tailleur envoyé par toi le finirait ; mais il s'est arrêté au moment del'achever, et c'est pourquoinousl'avons puni. Tu viens heureusement de faire ce qu'il n'avait point fait; notre temps d'épreuve est fini et nous retournons dans notre royaume qui s'étend sous la terre, plus bas que la mer et les rivières.
— S'il en est ainsi, dit Guilcher, et que vous m'ayez cette obligation, ne partez point sans tirer de peine un ami.
— Quête faut-il?
'D Guilcherik, ar mignonn' dy, Neuz achiv arrest ar mxsUi,
jô2 LE FOYEPt BRETON.
— De quoi payer Baîibouzik aujourd'hui et le
fournier (î) toujours.
— Prends nos sacs, prends nos sacs ! s'écrièrent les korigans.
Et ils jetèrent aux pieds de Bénéad les petites poches de toile rousse qu'ils portaient en bandoulière.
Celui-ci en ramassa autant qu'il en put porter et s'encourut tout joyeux à la maison.
— Allumez la résine, cria-t-il à sa femme, en entrant, et fermez la claie, afin qu'aucun voisin ne puisse nous voir, car j'apporte de quoi acheter trois paroisses avec leurs juges et leurs recteurs.
En même temps, il déposa sur la table tous les petits sacs et se mit à les ouvrir. Mais, hélas ! il avait calculé le prix du beurre avant d'avoir acheté la
(1) Ce sont les fourniers qui, dans les villages bretons, exercent la profession de boulangers.
PAYS DE VANiNES. 155
vae^e (1) ! Les sacs ne renfermaient que du sable, des feuilies mortes , des crins et une paire de ciseaux.
A cette vue , il poussa un si grand cri, que sa femme, qui était allée fermer la porte, revint sur ses pas en demandant ce qu'il y avait. Bénéad lui raconta sa promenade au Mottenn-Dervenn, et tout ce qui s'y était passé.
— Que sainte Anne nous assiste ! s'écria la femme effrayée, ieskorigans se sont joués devons.
— Hélas ! je le vois bien maintenant^ répondit Guilcher.
— Et vous avez osé, malheureux que vous êtesî toucher à ces sacs qui ont appartenu à des maudits.
(1) Trompuz a zo compodi an araoneun, Pe ar buoh no zo kuet chaos perneinn.
i^Dialecte de Vannes.)
C"est l'équivalent de notre proverbe sur la peau de l'ours, qu'il ne faul pas vendre avant d'avoir lue l'animal. II. 8
— Je croyais y trouver quelque chose de meilleur, répondit piteusement Bénéad.
— Il ne vient rien de valeur de qui ne vaut rien, répliqua la vieille femme ; ce que vous apportez là va jeter un mauvais sort sur la maison ; Jésus ! pourvu qu'il me reste de l'eau bénite.
Elle courut à son lit, décrocha du mur un petit bénitier de faïence et y trempa une branche de buis ; mais à peine la rosée de Dieu eut-elle touché les sacs, que les crins se changèrent en colliers de perles, les feuilles mortes en pièces d'or et le sable en diamants ! L'enchantement était détruit et les richesses que les korigans avaient voulu cacher aux chrétiens étaient forcées de reprendre leur véritable apparence !
Guilcher rendit à Balibouzik ses cinq écus ; il donna à chaque pauvre de la paroisse un boisseau de blé avec six aunes de toile, et paya au recteur cinquante messes à dix blancs (1) j puis il partit avec
(1) Blaxk; c'est le nom que l'on donne, dans le pays de
PAYS DE VANNES. dôo
sa femme pour Josselin, où ils achetèrent une maison et où ils eurent des enfants qui aujourd'hui sont devenus des gentilshommes.
Vannes, au sou parisis ou sou marqué (valant quinze deniers tournois).