OF OXFORD
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r)EXJ2C FA.-VS-^C3-ES.
Effet de Soleil.
Beatus ille qui proeiil negotUs.
HORACB. Epod. II.
Oh ! que j'aime les paysages De notre beau pays flamand.
Pour moi, les rêveurs sont des sages Lorsqu'ils cherchent l'isolement. X
Car on se sent le cœur plus libre Loin du monde vil et banal ,^ Devant la nature qui vibre Et chante Thymne matinal .
Dans la musique de Taurore Frémissent les arbres mouvants, Comme un grand orchestre sonore Que domine la voix des vents.
Le ruisseau tombe en cataracte Sous un rustique pont de bois ; Les oiseaux donnent sans entr'acte Leur gai concert au fond des bois.
L'insecte au dos luisant, qui glisse Dans le gouffre d'un filet d'eau, Sur quelque brin d'herbe se hisse Et le conduit comme un radeau.
Aux champs les blanches pâquerettes Pour mieux plaire aux zéphyrs aimants.
Ont repassé leurs collerettes Où l'aube met des diamants.
Les laveuses font leurs lessives Dans la rivière, en s'y mirant ; Et les saules, nymphes pensives.
Lavent leurs cheveux au courant.
Le long des chemins et des plaines Les vaches, branlant leurs grelots, Vont beuglant, les mamelles pleines Du lait qu'on va leur traire à flots.
Les grenouilles mélancoliques Roulant de gros yeux entr'ou verts.
Chantent d'étranges bucoliques Et plongent sous les roseaux verts.
On fait les foins. L'herbe parfume ; Les moulins agitent leurs bras ; La forge est flamboyante etjjume.
Soupirail d enfer plein d'éclats.
Dans le taillis vert d'émeraude, Où murmure l'écho jaseur, Un lièvre roux s'avance et rode Sans s'inquiéter du chasseur. • .
L'abeille se bâte à la ruche ;
La blonde fille badinant,
Emplit à la source sa cruche
Presque vidée en revenant, /' / " ''■^
Car elle a trop fait la coquette, -l ox f^/ Trop folâtré près des garçons, '^•~--^"' Dans les sentiers où l'alouette Effeuille un bouquet de chansons !
Tout resplendit dans la lumière :
Sur de larges bancs vermoulus, Près de sa porte, la fermière Sourit à ses marmots joufilus.
Son mari récolte des gerbes Dans son petit champ bien planté Elle, veut des enfants superbes, C'est sa moisson de chaque été.
La blanche aïeule triomphante Aime à balancer des berceaux ; Car plus sa brave fille enfante Plus le bonheur livre d'assauts,
Plus vers le ciel s'offrent de têtes Plus le Seigneur devra bénir, Et plus on aura de mains prêtes Dans la souffrance pour s'unir.
Nature ! Harmonie ineffable Du ciel, de la ferme et des champs.
Tout parle ainsi que dans la fable.
Tout est rayon, parfum et chants.
--^ Dans la nature tout s'enchaîtie ) Pour l'œil du poète profond :
^. L'homme, l'oiseau, Tastre, le chêne ^ Ont leur plendide œuvre qu'ils font.
Et Dieu, d'où descend toute flamme.
Fait luire, en rayon fraternel, Son nom à l'horizon de l'âme, Son astre à l'horizon du ciel.
Effet de Neîge.
Oh ! j'aime le spectacle étrange De la neige au reflet si clair, Qu'on dirait les plumes qu'un ange De ses ailes, secoue en l'air.
Les sombres pavés disparaissent Sous un tapis étincelant, Et les moineaux bavards se pressent Tout fiers d*avoir un corset blanc.
Les toits aigus et les hauts faites N'ont plus leurs manteaux bigarrés ; Us ont pris leurs habits des fêtes Pour qu'à Taurore ils soient parés .
Les flèches des temples gothiques Se perdent dans le ciel profond, Pareils aux palais fantastiques Qu'en volant les nuages font.
Les longs arbres aux branches vides Sont tout poudi'és et rajeunis, Ils se croient au printemps, avides De frissons d'ailes dans les nids ;
Et les plantes entrelacées Aux arabesques des balcons, Semblent de pâles fiancées Dans le voile de leurs flocons.
La lune derrière la neige Se cache avec un air frileux, Comme un cygne qui se protège Sous son duvet blanc et moelleux.
— Noir géant que la bise effleure, Au sein de lombre, le beffroi Frémit en faisant tinter Theure, Comme si lui-même avait froid !
Aux vitres des salons d orgies Les maigres orphelins, soufflant Dans leurs petites mains rougies, Viennent mendier en tremblant...
Devant ce tableau de misère J'ai de la honte et du remords ; Mais mon cœur attendri se serre Davantage en songeant aux morts,
— Cendre froide sans étincelle — Dormant dans Tenclos morne et gris, Sous un vieux saule qui chancelle, Ruine veillant leurs débris.
Hélas ! plus d'un ami que j'aime Grelotte en m'attendant là seul.
Car c est le rendez-vous suprême :
La neige est le commun linceul.
Voilà pourquoi lorsqu'elle tombe Et que rhiver souffle sur nous Je vais réchauffer chaque tbmbe Avec mes pleurs et mes genoux.
^MouR Vrai,
Trouverai-Je Jamais des mots qui 1.
peindront? Coppéb.
Ce jour sera peut-être un grand jour dans ma vie !
Nous étions en pleins champs. La fleur était ravie De voir des amoureux marcher sur le chemin, Côte à côte, à pas lents, et la main dans la main. Je me taisais: pourtant j'avais tant à lui dire : Quand je la regardais, ne sachant que sourire, Et sentant un désir vague de l'embrasser Si par d'étroits sentiers nous venions à passer. Elle allait, sautillant à l'ombre des ramures ; Sa lèvre mince avait l'éclat des fraises mûres, Son œil noir reluisait comme un charbon ardent, Et ses cheveux d'ébène, agités par le vent.
Flottaient comme une frange autour de son front pâle, Sa voix souffrante avait le tremblement du râle, Car elle pressentait, triste, effeuillant des fleurs, Qu'un jour il finirait peut-être dans les pleurs
Ce doux rêve d amour commencé dans le rire !.. Mais loiseau blessé dresse, au moment qu'il expire, Son aile, et rêve encor du nid qu'il veut garnir ; Elle rouvrait son cœur aux projets d'avenir ; Une rougeur joyeuse empourprait son visage Comme un frais arc-en-ciel reluit après l'orage. Et son regard voilé se plongeait dans le mien Moi, je la comprenais... et je ne disais rien...
Nous étions dans ce calme où l'amour se recueille, Timides, arrachant à chaque arbre une feuille, Mordillant des bleuets et fouettant le gazon , Regardant, sans rien voir, le bout de l'horizon.
bh ! tout semblait joyeux ! les brandies étaient souples, Les pigeons blancs de neige étaient groupés par couples, Le ruisseau bleu jasait en roulant ses cailloux. Nous avions le désir de tomber à genoux ; Toujours d'accord, au moins faisant semblant de l'être ; Nous enlaçant tous deux sur le vieux tronc de hêtre Suspendu comme un pont au fossé du chemin.
Et je marchais rêvant d'un cortège d'hymen Près des autels, ayant leur éclat du dimanche, D'une humble fiancée avec la robe blanche, Et d'une mère avec des enfants aux genoux.
Et vous, objet du rêve, à quoi donc songiez-vous Quand nous allions ainsi le long de la prairie ?
Ce jour sera peut-être un grand jour dans ma vie !
^PRES UNE Visite a l'Abbaye de AAaredsous.
Sombres moines ! perdus au fond d'un monastère, Inclinés devant Dieu comme des encensoirs, En faisant votre temps douloureux sur la terre Vous portez votre deuil dans vos longs manteaux noirs.
Pareils à ces lions à la fauve crinière Offerts dans une cage aux mépris des passants, Vous allSz et venez sous ces voûtes de pierre Qui frémissent au bruit de vos pas languissants.
Mornes, vous promenez sur le marbre des dalles Votre exil volontaire et votre soif de Dieu ; Vous usez, à marcher, le cuir de vos sandales, Vous usez, à prier, vos deux lèvres en feu.
Sous le rayon tremblant d'une lampe de cuivre, Vous usez votre œil terne aux âpres voluptés De regarder la croix, où Jésus-Christ se livre, Et vous tend dans la nuit ses bras ensanglantés !
Vous avez pris vos cœurs dans vos poitrines fortes, — Ces cœurs, auxquels Tamour eût versé sa clarté, — Pour les jeter, vivants, sur vos tendresses mortes Et mieux garder vos corps dans la virginité.
La nature est si belle autour de vos cellules ! La colline est si verte, et si gais les oiseaux I Mais que fait le soleil, que font les crépuscules A ceux dont Tespérance est la nuit des tombeaux !
Courbés dans la prière à l'ombre des portiques. Plus que les astres d'or, vous aimez les flambeaux ; Plus que les chants du soir, vous aimez les cantiques Faisant trembler les saints qui peuplent les vitraux.
Parfois un souvenir, tout plein de joie amère Flotte sur votre cœur, et vous joignez les mains Priant pour votre père ou votre vieille mère Que vous avez laissés tout seuls dans leurs chemins.
Vous vivez, unissant vos clameurs suppliantes Aux crimes de la terre, ainsi que ces roseaux Qui mêlent leur murmure et leurs tiges pliantes Aux fanges qu'un grand fleuve entraîne dans ses eaux.
Dinant^ 1877.
FA
lEUL.
... Le seul ami qu'il eût sur cette terre, LxMÀtttiNS (Jocelyn).
Le vieillard était bien malheureux. Il souffrait
Un tourment de martyr que la foule ignorait ;
Et la douleur avait, à ses tempes arides,
Plus que l'âge, incrusté sa pâleur et ses rides.
C'était un sort poignant d'être esclave et soumis
Dans sa propre maison ;. d'avoir pour ennemis
Ceux qu'on a mis au monde et soignés dans l'enfance.
Hélas! pauvre et courbé, malade et sans défense,
Il était dans leur chaîne un inutile anneau.
Et ses enfants pervers, qu'il mit dans le berceau.
Le poussaient dans la tombe! Il sentait comme un glaive
S'enfoncer dans son cœur qu'on torture sans trêve :
Tandis que l'on caresse à l'envi le grand chien
Qui dort près du foyer dont il est le gardien,
On récarte en grondant, quand le repas assemble
La famille à la table où Ton s'assied ensemble.
On le sert dans un coin, sans plaindre ses douleurs,
Et comme un étranger il mange, et boit ses pleurs.
Bien amer et bien dur est le pain qu'on reproche!
Oh ! certe il eût voulu pouvoir mettre une roche
En place de son cœur; il eût voulu partir,
Se faire mendiant, plutôt qu'être martyr. .
Les passants, moins cruels, l'assisteraient sans doute.
Souvent au point du jour, croyant se mettre en route.
Il se traînait au seuil usé de son logis
Et, de son vieux mouchoir séchant ses yeux rougis,
S'en allait, maudissant leur noire ingratitude!
Mais la vieillesse a peur de l'âpre solitude.
Puis une vision céleste, un doux regard.
Et deux bras entr'ouverts rappelaient le vieillard.
C'était un frêle enfant qui seul l'aimait encore.
Projetant sur sa nuit l'éclat de son aurore,
Et venant quelquefois jouer avec l'aïeul,
L'embrasser, l'égayer, quand on le laissait seul.
L amour de cet enfant consolait sa vieillesse,
Car toujours la ruine a besoin de jeunesse.
Et sous le lierre épais s'étale et sourit mieux.
Il s'approchait craintif du chérubin joyeux
Qui jouait dans le sable, insouciant, folâtre,
Ou regai'dait flamber quelques bûches dans 1 atre ;
Alors c'étaient des cris, des rires argentins
Qui rendaient au bon vieux ses souvenirs éteints.
Il semblait rajeuni, tant sa joie était franche :
L enfant sautait sur lui. tirait sa barbe blanche,
Grimpait sur ses genoux, et tout fier chevaucliait !...
Et Taïeul dépensait en bonbon, en hocliet
Tous ses sous, pour lui plaire et payer sa tendresse.
Oh ! comme il renaissait sous sa chaude caresse,
Il trouvait son fardeau plus léger de moitié.
L'enfance est bonne; elle a des trésors de pitié :
Mais le père parfois en rentrant de louvrage
Les voyant qui jouaient à deux, tremblait de rage ;
Il battait son enfant qui suppliait « papa ! »
Et le vieillard eût mieux aimé qu'on le frappât !. ..
Hélas ! le sort est sombre, et la vie est étrange : Dans son enfer le vieux n'avait que ce cher ange, Et la mort le lui prît dans la tendre saison Où Timmense nature épaissit son gazon Afin de cacher mieux les morts sous sa verdure.
Loi peut-être profonde, et qui nous semble dure : Laisser le vieux qui meurt, frapper Tenfant qui naît !. ..
Il devint insensé, l'aïeul !... Nul ne connaît Sa mort, mais on la vu bien des fois, solitaire, Errer par la campagne et gratter dans la terre, Puis fou, las, blême, avec un geste triomphant Il s'écriait : « Je veux dormir près de l'enfant ! »»...
ES Humbles.
Déposait potentes de sede et exaltavit hamiles.
Hommes ! si vous voyez une bande d'enfants, — Quant le jour qui finit et la nuit qui commence Mêlent la brise fraîche aux souffles étouffants — Si vous voyez, petits, sous Tare du ciel immense, Ces enfants arranger un frais bouquet de fleurs, Et, vifs comme un essaim de moineaux querelleurs, Remplir le chemin morne où les chariots grondent De cris brusques, auxquels de longs échos répondent ; Si vous voyez soudain chacun se recueillir.
S'approcher en tremblant, mains jointes, en prière, D'un vieux chêne penché qui semble tressaillir En portant à son tronc un petit Christ de pierre. Et si, dans l'ombre calme où le vent s'assoupit, Quand le grillon s éveille et que s.'endort l'épi. Leur chant tendre et naïf flotte à travers les branches. Hommes ! ne raillez pas ces petites voix franches !.,. Leur candeur en sait plus que vos calculs puissants ; Couronné d'astres d'or. Dieu songe.... et les écoute.... Pliez les deux genoux sur le bord de la route Et laissez vous bénir avec ces innocents !
Les Te\ois étages.
Perle avant de tomber et fange après sa chute. V. Hugo.
J'avais une voisine Qui s'appelait du nom gracieux de Rosine.
Elle était si jolie : œil plus bleu que le ciel, Bouche rose qu'eût peinte aux Vierges Raphaël, Cheveux blonds coupés courts sur le front ; longues boucles Où le soleil mettait des reflets d'escarboucles. Elle avait dix-huit ans : un sourire perlé, Comme au bord d'une fleur un papillon ailé, Tintait sa mélodie à ses lèvres mobiles.
Elle avait la fraîcheur d'un lac aux flots tranquilles Où le ciel semble entrer. Nul ne pouvait la voir Sans l'aimer. Les passants, du matin jusqu'au soir,
La voyaient travailler à son troisième étage. Rieuse et belle avec son modeste corsage.
Un lit, puis une table et deux chaises de bois Formaient Tameublement de ce nid sous les toits. Quelques lys rayonnaient au bord de la fenêtre Où Taurore en riant et pleurant venait naître, Et la vierge et les fleurs confondaient leurs parfums. Dans un coin, — souvenir de ses parents défunts, — La chaste enfant gardait sur une vieille armoire, Tout jauni par les pleurs, un crucifix d'ivoire, Pauvre et nu qui veillait sur sa virginité.
Etant honnête et simple elle avait la gaîté. -< Et tandis que ses doigts jouaient avec Taiguille •*, Sa chanson s'envolait aux oiseaux, sa famille, [^ y Les invitant par grâce à venir l'égayer. Ou partager sa chambre et son pain sans payer. Là, Goethe eût vraiment cru retrouver Marguerite, Son rouet et ses fleurs et sa branche bénite. Elle oflrait au bon Dieu son cœur et son travail Lorsque la lune ouvrait au ciel son éventail Que les nuages blancs entouraient de leur frange ; Puis s endormait heureuse, et, dans la nuit étrange, Les rêves voltigeant aux plis de ses rideaux Egayaient son sommeil comme un essaim d'oiseaux. Oh ! que vous êtes bien là haut dans la mansarde, Plus près du ciel d'azur et de Dieu qui nous garde !...
Mais hélas peu de temps elle eût ce logis-là ; Au retour de Thiver vite elle s'en alla :
Pas bien loin... elle vint occuper le deuxième :
Un étage plus bas... ce n'était plus la même !.,.
Oh non ! déjà le ver se cachait dans la fleur
Et loiseau gémissait aux mains de Toiseleur.
Pauvre fille ! elle avait jeté son âme d ange
Au vice, comme on jette une perle à la fange.
Il faut pourtant la plaindre : elle crut à Tamour
Comme un aveugle croit à la clarté du jour.
On lui dit qu'elle était d'une beauté divine,
Et qu'on voulait l'aimer, elle, pauvre orpheline,
Pour combler dans son cœur les vides de la mort.
Sur le chemin du mal on l'entraîna si fort.
Le piège fut si bien dérobé sous les roses
Et les baisers si doux pour ses deux lèvres roses,
Que sa pauvre vertu ne sût pas résister !. ..
Donc au deuxième étage elle vint habiter :
La vierge pure était à présent la grisette.
Elle quitta bientôt sa modeste toilette,
Plus de mouchoir de laine et plus de bonnet blanc;
Mais un petit fichu qu'on noue avec talent,
Un chapeau gracieux et des robes de soie.
Et malgré tout cela, pour elle plus de joie :
Elle essayait encor de travailler, le jour,
Et puis la nuit venait, nuit de chant et d'amour !
Ainsi pendant six mois coula son existence...
Reportant sa pensée aux jours de son enfance,
Elle avait bien des fois de déchirants remords
En ayant souvenir de ses vieux parents morts
Lui répétant jadis d'être honnête sans cesse.
Qui, s'il vivaient encor, maudiraient leur vieillesse !
Elle songeait aussi, les yeux de pleurs rougis, A son ancienne chambre, humble et chaste logis, Et disait : « j'étais mieux là-haut dans la mansarde, Plus près du ciel d'azur et de Dieu qui nous garde ! »»
Mais le chemin du mal est facile et glissant. Il faut pour s'arrêter un effort tout -puissant. Rosine, dont le cœur n'avait plus sous la cendre Qu'une faible étincelle, allait encor descendre... Elle vint habiter du second au premier ; On avait fait partir son bon vieux mobilier.
Ce n'était à présent dans ses chambres coquettes Que lustres et cristaux, vases et statuettes, Bois de rose ou d'ébène et meubles luxueux.
De" fraîches fleurs ornaient ses boucles de cheveux, L'or brillait à ses doigts, le sourire à ses lèvres... Il était loin le temps des remords et des fièvres Et des cuisants regrets qui rongent comme un ver. Cynique et froide ainsi qu'un démon de l'enfer, Son cœur n'agitait plus ses ailes de colombe. Enseveli vivant dans son corps, froide tombe ! Folle grisette hier, courtisane aujourd'hui.
N'aimant que par calcul, par haine ou par ennui, Elle rendait hideux ce que Dieu fit sublime Et pour dorer la honte avec l'argent du crime Etalait dans la ville un luxe éblouissant ; Mais les mères tournaient la tête en rougissant. Et les petits enfants s'enfuyaient devant elle Tant son regard jetait une sombre étincelle ! . .
Son triomphe fut court : l'heure de Dieu sonna:
Alors, rassasié, chacun Tabandonna
Et la misère vint traîner son spectre avide
Au foyer où pleurait Rosine, le cœur vide !...
Bientôt son front pâlit sous les baisers jaloux
Et les chants firent place aux accès de la toux ;
Sa marche chaque jour devint plus chancelante.
Son visage plus creux et sa voix plus tremblante.
L'automne allait finir ; des arbres dégarnis
Etaient déjà tombés les feuilles et les nids.
Rosine, je le crus, resterait à l'étage,
Mais un jour en pasàant je vis, contre l'usage,
Tous ses volets fermés, et puis, deux jours plus tard,
Par un ciel tout couvert de pluie et de brouillard.
On l'aida pour venir jusqu'au rez-de-chaussée.
Elle était morte hélas ! Coupable et délaissée !...
En terre on la porta, mais pas un seul ami
Ne suivit son cercueil, et moi j'en ai gémi
En disant : " Temps heureux où là dans la mansarde
Elle était près du ciel et de Dieu qui nous garde !... »
MÉDAILLE ET ReYERS.
Gomme dans les étangs assoupis sous les bois Pans plus d'une àme on voit deux choses à la fois ,
V Hugo (rayons et ombres).
Oh ! qu'ils étaient gentils dans leur joie enfantine Tenant d'une main rose une grosse tartine De pain blanc, que le père en suant leur gagnait ; Et leur marche, qu'un chant rustique accompagnait, Se prolongeait, joyeuse, à l'ombre du feuillage. Mais ces chérubins blonds mettaient tout au pillage : Dès qu'un insecte, ouvrant ses ailes d'or, passait, Qu'une abeille au soleil étalait son corset, Ou qu un papillon blanc, dont le printemps s'égaye, Comme une fleur qui vole, enrichissait la haie. Ils jetaient des cailloux pour effrayer son vol. Si, parmi les rameaux, le chant du rossignol
S'épandait, comme un son langoureux de guitare,
Ils troublaient le concert par un sifflet barbare.
Leur seul aspect faisait enfuir les moucherons
Qui s'abritaient, craintifs, dans le creux des vieux troncs:
Et la fleur, sur laquelle un doux souffle voltige,
Quand ils étaient passés, gisait près de sa tige.
Ils couraient, s'enivrant de meurtre et de butin ;
Et, plus ils faisaient mal, plus leur rire argentin,
Comme une moquerie, éclatait sur la route.
Soudain Tun d eux s'élance à la prairie, où broute
Un troupeau de moutons que garde un vieux berger.
Sur récorce d'un chêne il pose un pied léger.
S'attache comme un lierre au bout de chaque branche.
Grimpe comme un chat; puis, haletant, il se penche
Et jette aux compagnons rangés sous l'arbre... un nid
Que la bande joyeuse, en chantant, dégarnit.
Cruels enfants ! de prendre à l'oiseau sa couvée, Que du cœur et de l'aile il n'a pas préservée ! Que dirait votre mère en pleurs si des méchants Arrachaient de ses bras ceux qu'ont bercés ses chants ?
La dureté pourtant n'est qu'une ombre à leur âme.
A peine avaient-ils fait cette action infâme.
Et partagé les œufs du nid ensanglanté.
Que voyant un vieillard aveugle et tout voûté.
En haillons, contre un mur couché comme un homme ivre,
Ne pouvant plus porter son fardeau, ni poursuivre
Son chemin douloureux, ils coururent vers lui Pour qu'il se relevât, grâce à leur tendre appui. Alors chacun s'empresse, et chacun d'eux s'obstine A donner au vieillard un morceau de tartine, . A lui prendre la main froide, en l'encourageant, A toucher ses cheveux que l'âge a faits d'argent , A porter son fardeau dont leurs mains sont avides. Et Taveugle sentait des pleurs dans ses yeux vides, Et marchait rajeuni dans ce groupe d'enfants Dont il aurait voulu voir les fronts triomphants !
Ainsi l'enfance est douce ; et souvent au jeune âge Plus que chez l'homme c'est la bonté qui surnage.
IMETIÈRE
Sancta et salubris est cogitatio pro defunctis exorare.
LivrK DBS Machàbées. u. 12
Tandis que le>rJw^nts poursuivent leur folie, Quittant le taurbill^, moi, rêveur isol é.
Je vais méditfiÇseul près des morts qu'on oublie, Et promener mes pas dans Tenclos désolé.
Adèle et Louisa, mes sœurs, blanches colombes Que la mort abattit dans son vol triomphant.
Courbant mon front pensif sur les croix de vos tombes J'y mets avec des fleurs un rayon réchauffant.
Hier j'ai visité vos deux petites pierres
Qu'ombragent des sapins par le vent agacés:
C'est triste!... on sent des pleurs venir dans ses paupières,
En lisant vos deux noms déjà presque effacés !...
A côté dort aussi notre pauvre grand'mère
Qui semble dans la mort vouloir veiller sur vous.
La solitude ainsi vous sera moins amère
Et vous aurez moins peur, tout près de ses genoux.
Qu*il fait lugubre là! quel calme et quel silence! Le soleil disparaît dans les cieux obscurcis ; On n'entend que le bruit du saule qui balance Ses longs cheveux épars sur les sentiers noircis...
Aux rameaux des cyprès quelques gouttes de pluie Brillent, comme des pleurs, aux rayons du couchant; Et la brise du soir, aux tombeaux qu'elle essuyé Chante avec des sanglots un doux et triste chant.
Le fossoyeur errant parmi les tombes blanches Va creuser pour demain des fosses dans un coin; Tandis que son enfant qui fouille dans les branches Cueille de pâles fleurs qu'il arrange avec soin.
Voilà tout ce qui reste ! . . . ombres abandonnées î Une croix chancelante, un tertre de gazon...
Vous souvient-il encor de vos jeunes années,. Quand nous jouions gaiment à trois dans la maison?...
Pauvres sœurs ! s'en aller au printemps, c'est austère ! Pourquoi Dieu vous prit- il ? Ah ! c'est un Dieu jaloux ! Mais non ! Dieu ne doit pas m'expliquer le mystère Des blancs agneaux qui sont dévorés par les loups ! . . .
S'il vous a fait mourir, c'est un bienfait peut-être. Qui sait !... il vous cachait les douleurs d'ici-bas ; Il vous donnait la paix dans cet abri champêtre, Il couronnait vos fronts dès les premiers combats ! . . .
Ainsi vos pieds n'ont point marché dans nos ruines. Vos yeux n'ont point senti l'amertume des pleurs, Et comme Ophélia, sans savoir les épines Vous nous avez quittés les mains pleines de fleurs ?. . .
Mais votre souvenir vit toujours dans notre âme De notre foi douteuse attisant les flambeaux, Car si parfois nos cœurs à l'autel sont sans flamme. Ils fondent en prière au bord de vos tombeaux !
ANS LA Vallée de L»ûaRTHE