SONNET
Vallon ! petit Eden plein de mystère, et digne Que tous les amoureux s'y donnent rendez-vous ; Tant la rivière écume aux râpes des cailloux, Et, forcée à dormir sur ce lit dur, rechigne !
Sous les saules pensifs, un canard blanc et roux S'apprête pour son bain du soir, plus fier qu'un cygne, Et, tout près, s'accroupit un pêcheur à la ligne Le panier blanc au dos, Therbe verte aux genoux.
Plus loin un vieux château noirâtre, qui surplombe Le vallon, sous du lierre épais cache sa tombe ; Dans ses mornes débris roucoulent des pigeons.
— Et tandis qu'une mère allaite son plus jeune, — Sur un vieux bouc, qui semble amaigri d'un long jeûne, L'aîné chevauche, ayant pour cravache des joncs.
Souvenirs d'Enfance.
>'En:
Helas ! hélas ! 6 mon enfance
Vous avez fui !
Comme un beau jour dans l'existence
Vous avez lui !
Ad. SiRBT
Lorsque j'étais enfant, Christ, ma mère me prit
Souvent contre son cœur frissonnant, et m'apprit
A murmurer ton nom mystérieux et tendre.
Et quand je bégayais ma prière à genoux,
Elle prétendait voir voler autour de nous
Des anges qui courbaient leurs ailes pour m entendre.
Je Taimais tant ma mère! et je t'aimais aussi Toi que l'on me montrait mignon, rose et transi Dans le coin de Tétable où t'abritait la crèche ! Te voyant dans les bras de ta mère, j'aimais A t'appeler mon frère, et quand je m'endormais Je te disais bonsoir de ma voix la plus fraîche.
Dès que le mois de Mai commençait à fleurir, — Troupe d'enfants joyeux qu'on aime à voir courir, Nous apportions le soir bouquet, offrande, cierge, Dans la chambre riaïite où se groupaient nos lits ; De nos cœurs, s'exhalait comme un parfum de lys Devant la statuette en plâtre de la Vierge.
Plus tard aux sombres nuits qui précédaient Noël Nous pensions voir voler dans les lueurs du ciel Un séraphin portant des cadeaux sous ses ailes, Pour venir les suspendre au sapin verdoyant.
Et le jour, quelle joie au réveil ! en voyant Le vieil arbre d'hiver avec ses fleurs si belles.
A Pâques nous cherchions les œufs rouges, bleus, verts, Que la « cloche de Rome » en tintant dans les airs Semait avec un soin jaloux sous chaque plante. Oh! comme nous courions, plus agiles qu'un daim. Fouiller parmi les fleurs et l'herbe du jardin Payant en gros baisers notre mère tremblante.
Lorsqu'arrivait le jour de fête des parents, Nous apprenions par cœur de naïfs compliments ; Marchant à petits pas, rouges, fiévreux, timides, Nous venions au lever leur offrir nos bouquets Ou les faire sourire à nos charmants caquets Qu'ils écoutaient le cœur ravi, les yeux humides !...
Voyages de vacance aux pays montagneux, Courses dans les bois verts au bord des étangs bleus, Ébats retentissants sur la plage ou la dune.
Blancs coquillages pris à Timmense océan, Pleurs versés quand le soir dans le gouffre béant Le soleil s'enfonçait et qu'émergeait la lune !
Matins harmonieux de ces jours triomphants
Où tintait la maison de nos chansons d'enfants.
Ruche où nous distillions comme un miel notre joie !...
X9uls*est évajioui Ijouta fui sans retour,
Et le nid qu'avide la mort,¥ônïbr5'Tatttour,
Reste morne aujourd'hui sous le ciel qui flamboie ! . . .
Mais il me reste encor de ce cher souvenir
Que laisse le passé, la foi dans l'avenir
Et l'espérance en Dieu devant lequel tout tombe.
Le doute ne pourra me marquer de son sceau,
Puisqu'ayant eu les mains jointes dans mon berceau,
Je veux les joindre aussi dans le fond de ma tombe.
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La Vieille FilleS^^cfO^
Elle est là, sur sa chaise, avec un air grogaon ; Coquette, quoique laide; elle porte un chignon Brun, sur ses cheveux gris ; elle a de riches bagues Et des lunettes d^or devant ses grands yeux vagues. Le salon est luisant : un papier bleu d'azur^ Quatre portraits d^aïeux à chaque pan du mur ; Un parquet tant ciré qu'on y marche avec peine. Ornant la cheminée, un vase en porcelaine Qu'un vieil adorateur rapporta du Japon.
Sur un bahut de chêne, un paquet de bonbon, Et tout près, un missel couvert de velours rouge. Elle brode un bonnet pour sa nièco, et ne bouge, Savourant le rhythmique et paisible ronron Du petit angora qui dort dans son giron !...
VÉRITÉ Eternelle.
Ils u'ont de foi que dans la matière et la mort ; et ils sont déjà insensibles comme l'une et glacés comme l'autre.
Chateaubriand.
Les hommes ne voient plus dans leur néant qu^eux-mômes ; Ils ont craché sur Dieu la bave des blasphèndes
Et ri devant le ciel profond ; Se flattant de pouvoir propager l'imposture, Et d'étouffer la voix de la gi:ande natur£,
Avec le peu de bruit qu'ils font !
Ils avaient dans leur âme une ardente prunelle Qui perçait l'infini de la voûte éternelle,
Et cet œil fixe ils Tout crevé ; Puis voyant l'ombre vaine emplir leur cicatrice Ils ont refait le monde, au gré de leur caprice
Et du moule qu'ils ont rêvé !
Ils s'en vont maintenant, invisibles atomes, Promener sous le ciel Tombre de leurs fantômes
Qui s'allonge aux feux du soleil, Jusqu'à ce que la mort, broyant leurs têtes blanches Les jette, ricanant, dans un cercueil de planches
Pour 7 dormir le grand sommeil !
Us se disent : « Pourquoi, si Dieu vraiment existe « L'humanité va- 1 elle agonisante et triste
» N'ayant pour flambeau que Téclair?
«« Pourquoi lorsqu'elle marche au milieu des ténèbres « Présenter à ses pieds tant de tertres funèbres
(( Rieu à ses bras levés en Tair?
Pourquoi la vague noire au lieu des blanches voiles? Pourquoi le diadème éclatant des étoiles
•* Si le front demeure caché ?
Pourquoi sous le manteau du nuage un squelette, Pourquoi le soleil d'or que Tocéan reflète
« Sans la main qui Ta rattaché ?
Pourquoi ternir de sang Téclat joyeux des armes, Faire pleurer Faurore, et mettre un flot de larmes
«« Dans le cœur de l'homme et des fleurs?
Pourquoi sur le haut chêne amasser le tonnerre Et dénoncer au bec du vautour sanguinaire
*' Le nid des moineaux querelleurs?
^ Pourquoi dans la douleur faut- il que rhomme naisse, M Qu*il voie au choc des ans s'envoler sa jeunesse,
^ Ses illusions se flétrir, <« Qu'il travaille en suant pour aider sa misère, •* Et qu'à chaque nouvelle aurore, se resserre
^ Le nœud qui le fera mourir!...
« Pourquoi ne pas donner du pain aux jeunes femmes <« Et les laisser tenter dans leurs taudis infâmes
« Par Tor qu'on offre à leurs haillons ?
« Pourquoi faire envier ainsi tout ce qui brille, «* Pourquoi le ver de terre et pourquoi la chenille
« Veulent-ils être papillons !
« Pourquoi dans le printemps la pluie et la rafale, « Dans les flancs de la mer le sanglot et le râle,
« Dans les feuilles le tremblement?
** Dieu, pourquoi si tu vis dans ton ciel solitaire ** Ne laisser répéter aux échos de la terre
w Qu'un immense gémissement? "
Blasphémateurs IDieu-xègne ejifîjcjel n ^ pas v ide ! Vainement vous voudrez, de votre main avide.
Effacer son grand nom vainqueur, Qu'a gravé le tonnerre au front des roches grises. Que la nuit chante au jour, que l'aigle chante aux brises.
Et que l'âme redit au cœur !
N'avez-vous donc jamais contemplé les nuées, N'avez-vous jamais eu de fibres remuées
Devant Téclat du ciel en feu?...
N^avez'vous pas senti la puissante harmonie Qui forme entre chaque être une chaîne infinie
Et les rattache tous à Dieu ?
Le néant ! il répugne et ment à la nature !..« Quoi 1 le but de la vie est d'être la pâture
Des vers rongeurs dans le tombeau?
La pitié, la candeur et les vertus vaillantes Pour seul salaire auront les lueurs vacillantes^*
Que jette un funèbre flambeau ?
Nous aurons donc en vain quitté U fête humaine, Fui les chemins de fleurs où la volupté mène,
Pour les sentiers pleins de cailloux ?
La mort unira tout, les vertus et les vices, Gomme Teau des ruisseaux et Peau des précipices
Coulent dans les mêmes égouts ?
Quoi ! celui dont la main de sang vif est rougie, Celui qui prit de Por, qui para dans Porgie
Son front des roses du printemps ; Et celui qui porta la couronne d'épines, Pauvre, désespéré, marchant dans les ruines
Plié sous des fardeaux pesants ;
Quoi ! là, femme adultère à la face ternie, Et la nonne éclairant les chevets d*agonie,
Le cénobite et le bandit.
Auront la même paix au fond de Therbe verte Sans que rien ne sépare à la fosse entr'ouverte
Ici range, là le maudit !...
Non ! Dieu doit exister, car la Justice existe ! L'âme humaine le sait et vainement résiste
Devant son destin immortel.
C'est pour pouvoir jouir qu'elle doute ou renie, Mais elle sent le juge au fond de Tagonie :
La tombe fait croire à Tautel !...
Devant les ruines du Château de Laroche.
. . . Je m*égare rêvant Le brillant moyen-âge et la chevalerie.
Th. Gautier.
Je t'aime, vieux château couché sur la colline Avec tes murs croulants que la vieillesse incline Sous un linceul de lierre, ainsi que des tombeaux. J'aime tes corridors et tes morues tourelles Abritant sous leur ombre et leurs ramures grêles Autrefois les guerriers, aujourd'hui les corbeaux !
J'aime aller rêver seul dans tes salles muettes. Au bord de Tescalier qui mène aux oubliettes, Goufifre où Ion croit ouïr des bruits mystérieux ! J'aime voir s'écrouler dans FOurthe tes murailles, Noir donjon ! comme on voit s'échapper les entrailles D'un aigle que la foudre a frappé dans les cieux !
Mais je t'aime surtout, quand le soleil s'exile, — Roi vaincu —- demandant à la nuit un asile, "^Drapé dans le haillon des nuages salis;
Quand les étoiles d*or luisent dans les ténèbres Comme autour d'un cercueil de longs cierges funèbres, Et que l'ombre suspend aux humbles toits ses plis.
Où sont-ils tes soldats bardés de fer, tes gardes Faisant luire sur toi Téclair des hallebardes? Où sont les palefrois piaffant des chevaliers, Les rendez-vous de chasse au sommet de ta roche, Les assauts, les tournois, les comtes de Laroche Ouvrant à tout seigneur leurs seuils hospitaliers.
Où sont les troubadours charmant les châtelaines. Leurs ballades, de grâce et d'amour toutes pleines ? Où sont les pèlerins décrivant les Saints-Lieux, Les aïeules parlant aux pages blonds de fées, A l'entour du feu rouge éclairant les trophées Qui couvrent sur le mur les glaives des aïeux ?
Où sont les ducs fameux et les grands capitaines Dont l'orgueil jalousa tes murailles hautaines ? Le cor faisant appel à tes bouillants vassaux ; Où sont ces jours de gloire et ces jours de défaite ? Car c'était une ivresse et c'était une fête Pour toi, de tressaillir au milieu des assauts !
Où sont-ils les Pépins rendant justice haute, Godefroid de Bouillon voulant être ton hôte Avant que le désert admire sa fierté ?
Louis le Grand, vainqueur, qui foule ta poussière, L'emportant au talon de sa botte princière Dans les chemins ardus de Timmortalité !...
Hélas ! ta gloire tombe avec ta vaste enceinte ;
Et les clameurs de guerre ont fait place à la plainte
Que murmure le vent en frôlant tes débris.
Tu dors, dans une morne et funèbre attitude,
Et rien n'arrive plus troubler ta solitude
Que les sanglots profonds des sapins rabougris !...
Ecarte, vieux château, cette foule profane Qui vient sur ton tombeau muet, et le profane, Joyeuse, sans mouiller de pleurs tes ossements. Mais laisse les enfants venir avec leurs chèvres, Car les douces chansons, qui tombent de leurs lèvres, Rendront un peu de vie à tes vieux murs dormants !...
Laisse aussi le poëte errer dans tes ruines .-"-^'2» Il aime, lui, tous ceux qui portent des épiAes, ^'> Et trouve en toi l'écho de ses propres douleurs. ^ C'est pourquoi, quand la lune à tes murs se reflète. Dans ses vers il embaume, en rêvant, ton squelette Qu'il lave de ses pleurs !.,
ETE DE Village.