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"Le foyer" et ses oeuvres

Les oeuvres féminines ne sont pas d'aujourd'hui. Elles n'ont pas eu, non plus, chez nous, leur origine. C'est ce que je voudrais dire d'abord.

La femme est un des grands facteurs de l'histoire. Qui hésitera à l'admettre? Son rôle a été effacé et obscur presque toujours, soit. Mais il a été réel, puissant et efficace. Son labeur silencieux a été celui des sèves ou des poisons, selon qu'elle a été bonne ou mauvaise. Il en est sorti une végétation luxuriante et magnifique, du les ruines et la mort.

Cette action de la femme, indiscutée présentement, a été longtemps contestée, niée même. C'est un triste tableau que celui de la femme dans l'antiquité. Pour elle ni respect, ni justice, ni admiration, ni amour. Elle n'est pas l'aide de l'homme, moins encore sa compagne. Elle n'en est que l'esclave. Non-seulement pour les peuples barbares, laissés en dehors des grands courants de l'histoire, mais aussi pour les nations les plus célèbres et les plus policées, elle est un être inférieur et dégradé. Philosophes, rhéteurs, législateurs n'ont pour elle aucune considération. Les lois et les institutions donnent à l'homme sur elle une autorité sans limite et arbitraire. Pour son esprit, pour son imagination, pour son

coeur, pour sa conscience, rien ou à peu près. Et c'est une terre en friche, ce sont des forces perdues. Aussi n'aura-telle, en général, d'autre crédit que celui de sa jeunesse, de sa grâce, de sa beauté, fugitifs avantages, puissance d'une heure, à laquelle un caprice donnera une influence qu'un autre caprice détruira. Comment alors ne serait-elle pas, dans son abjection, une cause de décadence? Elle l'est, en réalité. Elle devient un foyer de flammes impures, ou un principe d'influences néfastes. Les générations humaines lui sont redevables de leur affaiblissement et de leurs malheurs. Par elle les peuples connaissent les catastrophes irrémédiables.

Mais si les femmes indignes ruinent les nations, les femmes vertueuses les relèvent. Or, avec Jésus-Christ, la femme d'honneur et de vertu apparaît aux sombres horizons de l'histoire. Elle apparaît, relevée par lui de son abaissement, l'égale de l'homme. L'épouse a conquis, par lui, tous les respects ; la mère, toutes les grandeurs. L'amour qu'il a consacré, le transfigurant par cette consécration, la garde et la protège; ii lui fait un asile, il lui donne un foyer, il lui assure un royaume. C'est la réhabilitation avec des titres incontestables de noblesse, un sceptre et une couronne de reine.

La femme se montra reconnaissante. Elle vint au Christ attirée par la parole, les prodiges, la vertu surtout du Sauveur. Au sein des foules étonnées, ravies et subjuguées, elle le suivit à travers bourgades et villes, le long des chemins, au bord des lacs et dans les solitudes. Pardonnée et relevée, guérie et consolée, elle resta fidèle alors que tous fuyaient et, pour lui, accepta toutes les fatigues, tous les sacrifices. Que dis-je? Elle se fera apôtre pour lui. Elle fraiera la voie à la vérité religieuse, pliera sous son empire le front d'airain des barbares, lui ouvrira la porte des palais

et des chaumières, lui soumettra les passions et les lois, les moeurs et les institutions. Terribles sont les époques qu'elle connaîtra : siècles de flamme, de feu ou de boue. Au-dessus du chaos informe où s'agitent confondues les pensées et les volontés des hommes, elle planera, et des ténèbres et du désordre elle fera continuellement jaillir la foi, l'amour et l'espoir.

Est-ce trop dire alors que d'affirmer ceci : Le féminisme a l'Eglise pour auteur. Je m'explique. Le féminisme ne serait pas la doctrine qui déclasse la femme en la faisant sortir de son rôle pour lui attribuer celui de l'homme. C'est mieux que cela. C'est la conscience qu'a la femme de sa responsabilité et de sa puissance et l'effort constant qu'elle fait ou qu'elle doit faire pour remplir sa mission.

Ainsi entendu le féminisme n'a rien qui épouvante. Il ne nuit en aucune manière à la famille, il ne trouble pas l'organisation traditionnelle de la société. Il apporte seulement, en plus, un élément de force et de paix, une garantie de prospérité et de bonheur. Aussi faudra-t-iî applaudir aux efforts qu'il multiplie pour assurer aux femmes la reconnaissance de leurs droits méconnus, réhabiliter simplement ceux qui ont été supprimés. De même faudra-t-il approuver toutes ses revendications quand elles ne sont pas suscitées par la haine ou par l'ambition et qu'elles sont dictées par la justice et l'humanité.

L'oeuvre qu'un tel féminisme a accompli dans ces vingt dernières années est immense. Il n'est aucun besoin, aucune misère, aucune légitime aspiration qui l'ait laissé insensible et indifférent. Il a voulu venir au secours de toutes les souffrances, consoler toutes les misères, relever toutes les défaillances, encourager et fortifier toutes les faiblesses. Mères de famille et jeunes filles, ouvrières et maîtresses de

maison ont trouvé auprès de lui un appui et un guide. Par lui des restaurants ont été ouverts, des patronages fondés, des maisons de pension établies, des revues publiées, des écoles ménagères organisées. Il a donné naissance aux syndicats, aux caisses de secours, aux cercles d'études, aux bibliothèques, aux bureaux de placement, aux colonies de vacances. Il a assaini et moralisé les ateliers, rendu moins dures les conditions de travail, éloigné ou soigné les maladies, (i) Et son zèle n'est pas ralenti ni refroidi. Chaque année voit surgir, sous son impulsion, une oeuvre nouvelle. A l'affût de toutes les douleurs, il se penche vers elles dans un geste admirable de miséricorde et de pitié et met à leur service des esprits qui pensent, organisent et prévoient, des bras qui agissent et surtout des coeurs qui aiment.

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