L'AVENIR
Je noterai ici les impressions des meilleures et des plus ardentes parmi celles qui se dévouent au Foyer; je dirai de quelles ambitions leur âme est tourmentée et jusqu'où, en regardant en haut autant qu'en avant, elles veulent pousser l'oeuvre qui est entre leurs mains.
Elles n'ont jamais voulu dire encore, en se tournant vers le passé, et voyant que leur rêve avait pris corps et dessinait sur l'horizon sa silhouette gracieuse et charmante: C'est fini! Nous en avons assez fait! Reposons-nous!
Se reposer, elles ! Allons donc ! Vous ne les connaissez pas ou bien peu. Elles ont semé du geste large de dévouement et de force. Pour faire germer la semence échappée de leur main, elles ont compté non-seulement sur leur travail, mais aussi, et surtout, sur la puissance qui fait lever le soleil, féconde les sillons, et met des bourgeons verts aux arbres noircis. Et ce labeur ne finira jamais. Les mains ouvertes une fois ne se refermeront que pour s'ouvrir de nouveau et de nouveau la graine, poussière grise ou dorée, sera confiée à la terre, où sans cesse ainsi s'élaborera l'ave-
nir. Les fondations suivront alors les fondations à mesure que des besoins mieux connus ou des nécessités plus urgentes exigeront qu'elles apparaissent et s'organisent. La cité rêvée s'agrandira toujours et ce sera splendide de voir les clochers dressés dans l'air pur au-dessus d'un peuple heureux et prospère; les tours jaillissant des remparts, au-dessus d'une société rassurée et paisible. Idéal ravissant! Toutes, j'entends les généreuses et les nobles, se laisseront entraîner, soulever, pousser par lui. Toutes secouant les faiblesses et les tiédeurs, montant vers la glorieuse lumière, sur des ailes d'aigle ou de colombe, appliqueront à ce travail, tout ce qu'elles ont d'énergie, de caractère, de force conquérante. L'idéal deviendra réalité. Oui, jusqu'à ce qu'un autre, plus beau et plus pur, reprenne de nouveau les âmes et les porte plus loin, plus haut, vers d'autres champs d'action.
Le Foyer qui compte déjà des oeuvres nombreuses et prospères, veut voir ces oeuvres augmenter en nombre et en influence. Il sait à la fois ce qu'il a et ce qui lui manque. Il sait à quelle attente il a répondu et aussi à quelles espérances il doit faire droit. Et son ambition, ambition de toutes celles qui l'ont fondé et maintenu, c'est dans le silence discret où il s'est dérobé jusqu'à ce jour, d'étendre sa sphère d'activité et d'atteindre ainsi, pour les rendre ou les garder au devoir, les âmes qui auraient besoin de lui. Venues de partout, de toutes les classes, de tous les préjugés, de toutes les indifférences, de tous les scepticismes, ces âmes renouvelées par l'amour qui les aura conquises nous assureront peut-être la victoire dans les combats dont on nous menace pour demain.