ACTE DEUXIÈME
ARNAUD TRIPIER
Oui, VOUS concevez... On approche de la fin de la session... et le gouvernement désire...
COURTIN, interrompant-
Ohl que je prenne la parole un peu plus tôt, un peu plus tard...
ARNAUD TRIPIER, jouant l'étonnement.
Comment? Vous allez prendre la parole? Bah ! et moi qui... Ohl ça, c'est admirable! xV la bonne heure, voilà qui est crâne !
COURTIN, se forçant pour sourire.
Que voyez-vous là d'extraordinaire ?
ARNAUD TRIPIER, très aimable.
Je vois... Je vois... Vous ne voulez pas nous priver d'un beau discours. Tant mieux.
COURTIN, emphatique.
Si je monte à la tribune, monsieur, ce n'est pas pour y chercher un vain applaudissement... c'est pour y apporter la juste protestation d'une minorité qui ne s'illusionne pas sur ses forces, mais qui garde intact le respect de ses convictions et de ce qu'elle croit être la véritable tradition du libéralisme français... (Plus simple.) Et pourquoi, je vous prie, ne prendrais-je pas la parole?
ARNAUD TRIPIER, après une courte hésitation. Sans doute, sans doute... (Un temps.) Ah! quel malheur qu'un gouvernement — ceci entre nous, n'est-ce pas? — qu'un gouvernement comme celui que nous avons soit incapable de comprendre un caractère tel que vous.
COURTIN
Oh!
ARNAUD TRIPIER
Que voulez-vous? Pas un homme d'esprit au gouvernement, pas un qui ait vraiment le pied parisien. Le président du Conseil peut-être? et encore. Mais le reste?... Des avocats de leur province, des médecins de leur canton... Ah! (Un temps.) Attacher de l'importance à des histoires de petites filles fouettées...
COIRTIN
Ah! ah!
ARNAUD TRIPIER
A de prétendus scandales? Bah I... Bah!... Ils feraient bien mieux de surveiller leurs instituteurs... Et parce qu'il y en a une de morte, ils poussent des cris ! Des provinciaux ! des sectaires ! Est-ce qu'on fait une omelette sans casser des œufs 1
COURTLN
Mais, monsieur.
ARNAUD TRIPIER, avec lyrisme.
La Patrie a ses martyrs, la religion a ses martyrs... (Un somire.) Pourquoi la charité n'aurait-elle pas ses martyrs? Eh oui!
COIRTIN
Vous allez un peu loin. D'ailleurs, je ne comprends pas bien. ExpHquez-moi quel rapport il peut y avoir entre des fautes, mettons des fautes qui auraient pu être commises, et la discussion de la loi sur l'enseignement.
ARNAUD TRIPIER, bonhomme.
Aucun, évidemment. (Un temps.) Mais parce qu'il