‹ Le foyer; les amantsChapitre 82 sur 201 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

dépend du gouvernement que l'affaire ait ou non des suites... il s'imaginait déjà que vous n'auriez pu lui tenir tête.

COURTIN, agacé.

Quelle affaire?

ARNAUD TRIPIER

Mais l'affaire du Foyer.

COURTIN

Oh! oh! Le calcul est trop simple... la manœuvre un peu lourde.

ARNAUD TRIPIER

Des lourdauds, je vous dis. Ah! ces mœurs nouvelles de la démocratie!... Leur politique? Peuh! Pour un rien ils vous mettent le marché à la main... Ils viennent vous dire : a Renoncez à nous créer des difficultés et nous étouffons l'affaire... >) Car aujourd'hui dans toutes les affaiivs il y a toujours une saie affaire, hélas !

COURTIN, après réflexion, hautain.

Je ne demande ni grâce, ni faveur... Qu'ils fassent ce qu'ils veulent... Tant pis pour ceux qui auront suscité le scandale!

ARNAUD TRIPIER Évidemment, évidemment... (Sans avoir Tair dy toucher.)

Au surplus, s'ils viennent vous demander l'emploi des sommes importantes qu'ils vous ont données, des derniers 100.000 francs du Pari mutuel.

COURTIN, qui s'énerve, interronapant.

Ahl pardon!... pardon!... Dieu merci, aucun de nos établissements n'est soumis au contrôle du gouvernement. Ce n'est pas que j'aie rien à redouter, je serais

le premier à réclamer la lumière, toute la lumière. Mais il y a là une question de principe : le gouvernement n'a pas le droit de demander leurs comptes aux établissements de charité... Alors ils s'imaginent que je vais la voter, leur abominable loi?

ARNAUD TRIPIER

Oh! ils n'exigent p«s tant!... Vous renonceriez seu^ lement à votre tour de parole, je suppose.

COURTIN, ironique.

Vraiment?

ARNAUD TRIPIER

On peut être forcé de faire un voyage. On peut être malade. On a bien le droit d'être malade.

COUtVTÏ?^, énergiquement.

Mais pas le droit de se déshonorer. Quand on porte le nom que je porte... qu'on est membre de l'Académie française... qu'on a l'honneur de représenter un département français... et le devoir de porter la parole au nom des intérêts les plus sacrés de la France!... Ah! il faut qu'on me croie tombé bien bas pour oser me proposer un pareil marché.

Il marche... marche avec agitation. Un silence. ARNAUD TRIPIER, d'un ton pénétré.

Monsieur le sénateur... Rappelez- vous Leverrier... le pauvre Leverrier.

COURTïN, ci-iant.

Leverrier! Leverrier!... un escroc!... un escroc! C'était un escroc!

ARNAUD TRIPIER

En êtes- vous bien sur? C'était un homme puissant, lui aussi.

Page 1