ACTE DEUXIEME
THÉRÈSE, avec rage, frottant son poignet.
Ah ! il ne fallait pas prendre l'argent qui ne vous appartenait point.
COLRTI.X
L'argent appartient à tout le monde... On s'en sert, voilà tout.
THÉRÈSE
Ça, ti'est duBiron... On s'en sert... et puis, on ne veut ni le rendre ni aller en prison.
COURTLN
Un baron Courtin ne va pas en prison pour des affaires d'argent.
THÉRÈSE
Un baron Courtin peut tout faire... escroquer, voler... consentir à toutes les ignominies, à toutes les saletés .. mais il ne veut pas aller en prison... C'est trop commode.
COURTIN
Par un entêtement stupide... des scrupules d'idiote... TOUS me condamnez... vous ne savez pas à quoi vous me condamnez... Je vous ai pourtant laissé vivre à votre guise... (Perdant la fête.) Cent fois j'aurais pu... j'aurais dû vous jeter à la porte de chez moi...
THÉRÈSE
Ah ! parlez- en !
COURTLN
Je ne l'ai pas fait... Et maintenant... Tenez... ah! tenez... vous n'êtes qu'une...
THÉRÈSE, très vile, lui coupant la parole.
J'ai entendu!... (Un peut silence.; Soit! ça m'est égal...
tout m'est égal... Mais vous aurez beau prier, menacer, vous ne me forcerez pas d'aller chez un amant dont je ne veux plus... dont je ne veux plus... gagner l'argent qu'il vous faut!
COLRTI>", se précipitant sur Thérèse, la main levée.
Misérable! Tais-toi!... tais-toi!... (il va frapper. Thérèse
se préserve le visage avec les mains. Les mains de Courtin retombent.) C'est bien! Vous pouvez retirer vos mains... Je ne vous toucherai pas... Faites ce que vous voudrez.
Il va lentement, comme à bout de forces, tomber sur le divan, la tête dans ses mains. Long silence.
THÉRÈSE, se retournant et regardant son mari.
Mon ami... mon ami... c'est abominable!...
COURTI.N sans regarder Tliérèse. le corps plié en avant, sur le divan.
Abominable ! C'est moi qui suis abominable ! Ma pauvre amie?... (Thérèse va vers Courtin.) Pourquoi faut-il que je vous aie dit... tout ce que je viens de vous dire? Jamais vous ne l'oublierez ! C'est cette avalanche aussi ! Je ne vois plus devant moi que des gens qui courent... qui me repoussent... que je n'ai plus la force, que je n'aurai jamais plus la force... de rejoindre. On me laisse là... tout seul... Je suis perdu... je suis perdu... J'ai honte... Je suis perdu...
Il pleure.
THÉRÈSE, s'asseyant à son côîé, lui prenant les mains.
Ne tourne pas la tête... regarde-moi... Nous pouvons bien nous regarder, va! Elle se rapproche encore,) Laisse... laisse... Nous sommes deux pauvres malheureux!
I ong silence.