‹ Le franc-parleurChapitre 33 sur 38 · LES DEUX GHAMPS-DE-MAI · texte numérisé non relu

LES DEUX GHAMPS-DE-MAI

Le savant Joachim Legrand, auquel j'ai emprunté ce récit, voit dans cette assemblée, où le peuple fut admis, une continuation du Champ-*. de-Mai. Pasquier, en remarquant que le tiers y futappeléséparément, et non conjointement avec la noblesse et le clergé , ne partage pas Topinion de Joachim , et ne veut pas même compter cette assemblée au nombre des états-géniraux, dont il recule Tinstitution jusqu'au règne du roi Jean. . • Je laissePhilippe-le-Bel protestant contre Tinterdit de son royaume. Je franchis en un instant rintervalle de^inq siècles , et je me trouve , au 4 juin^ de Tannée 18 15, témoin d'un événement semblable , agrandi de tout l'espace qui le sépare de celui dont je viens de rappeler le souvenir.

Le canon retentit sur toutes les hauteurs nouvellement fortifiées de cette antique capitale , dont la population entière se porté vers ce Champ - de - Mars où se sont fait entendre , il y a vingt-cinq ans , les premiers cris de la liberté. Cette réflexion, que je fais en route, n'est pas exempte d'amertume , en songeant de combien de malheursxes cris ont été le signal ; mais

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une longae et douloureuse expérience ^a mûri notre raison , et nous a trop appris à ne pas confondre le délire révolutionnaire avec la mâle énergie du patriotisme « .

J'arrive dans cette vaste enceinte, et je prends place sur un magnifique amphithéâtre où vingt mille électeurs, accourus de tous les points delà France, viennent, au nom d'un peuple grand, exprimer son vœu pour la liberté et ses craintes pour la patrie.

Je promène mes regards sur cette immense esplanade , que borne de toutes parts la foule des citoyens, où se déploie , au milieu des douze légions delà garde nationale, l'élite d'une armée qui a commandé quinze ans à l'Europe , et qui vient prendre , entre les mains de son chef, l'engagement de mourir s'il le faut pour celte même patrie qu'elle a si long-tems illustrée.

Midi sonne, des salves d'artillerie ont annoncé l'arrivée de Napoléon : il s'avance au milieu des acclamations des soldats. Jamais spectacle jplus imposant n'a captivé l'admiration des Français : jamais d'aussi grandes^ destinées n'ont pesé sur la tête d'un seul homme, et

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