‹ Le franc-parleurChapitre 32 sur 38 · I.ES DIÎSAPOINTEMBKS. À · texte numérisé non relu

I.ES DIÎSAPOINTEMBKS. À

France , où il espère encore (en dépit de l'insolence des premiers commis et de riiigratitude des ambassadeurs) trouver plus de ressources qu'à la côte du Malabar. La f^uerre de 1766 Tenait d'éclater : un bâtiment de Rochefort armait en course ; le capitaine propose à Dumont de le prendre à son bord, et lui promet mille louis de part de prise. Il s'embarque sans trop se fiera des promesses dont le hasard est le seul garant , mais certain , du moins, de revoir bientôt sa patrie. Presque en vue des côtes d'Europe, on fait rencontre d'un bâtiment anglais richement chargé : le corsaire a sur lui le vent et la marche; il le poursuit, le joint, l'attaque, et le force d'amener : les chaloupes sont en mer, oh prend possession du navire, dont la cargaison est estimée quinze ou dix-huit cent Inillé francs. Dumont ne céderait pas sa part pour vingt miliciens, et déjà il s'occupe de la manière dont il placera la somme qui doit lui revenir. Pendant qu'il se consulte, un grain s'élève ; la bourrasque devient une tempête ; et le corsaire et sa prise , poussés sur la côte d'An* gleterre, sont forcés de chercher un refuge dans le port de Piymouth , où la prise, i son tour y amarine le corsaire et fait prisonnier l'é-

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quipage. Le pauvre Diunont, cruellement dër sapointé, attendit quatre mois , sur un ponton, un échange de prisonniers où il se trouva compris.

De ré tout "à Paris , moins avancé qu'au moment de son départ , il continua d'y être dupe des coquetteries de la fortune^ qui se plaisait à lui retirer ses faveurs au moment où il croyait les obtenir. Il se maria, et ce fut le plus cruel de ses désapointemens : la mort y mit le comble et le terme, en le surprenant à la suite d'une maladie dont , sur la foi des médecins , il se croyait parfaitement guéri.

Une aussi longue série de contre-tems peut passer pour une véritable infortune. Les désapointemens proprement dits sont les malheurs des gens heureux : ils ont cela de particulier , qu'au lieu de les plaindre , on^st presque tou-^ )ours tenté d'en rire. L'homme qui n'a rien à désirer, et qui s'afflige des petites contrariétés qu'il éprouve , est un personnage véritablement comique, et je suis étonné que le théâtre n'en ait pas encore fait son profit.

D'Etange est le type des caractères de cette espice. Il est né avec une très- grande fortune, que son aïeul a pris la peine de faire , et que son père a considérablement angtiientée : il m}k

LES DÉSAPOINTEHBHS. 255

fahrt plus de quarante ans ; il jouit d'une bonne santé et d'une réputation excellente, dont îl ne faut pas trop rechercher la source. SÎ'I'Mi ajoute à cela qu'^ est doué d'un esprit d'ordre q^ ne lui a jamMs ftt'niis tle voir la fin de soti revenu; qu'il a de plos-im estomac impertur' bable et un cœur froid et sec, on croira pouvoir se dispenser de le plaindre , bien qu'il soit, eneQetjl'heiireux le plus malheureux du monde, grâce anx désapoinlemens auxquels il est sujet, et qu'il supporte plus impatiemment que personne.

D'Ëtangea singulièrement perfectionné les 'dispositions que la nature lui a données pour I9 gourmandise ; et comme sa table est excellente, il mangerait toujours chez lui, s'il ne trouvait son profit à diner souvent chez les autres , après s'être bien assuré , cependant, qu'on ne le traitera pas sans façon. Ce qu'il pardonne le moins, c'est un mauvais dîner ; un de ■es cousins vient d'en faire l'épreuve. D'Etange avait été invité citez ce parent quinxe-jours d'avance , et l'on avait eu soin de le prévenir qu'il trouverait au rendez-vous une carpe du Hliint un quartier de présalé , des truites du lac de CenèYe , et, qni plus e»t ,'iuie aoupe à U tortue.

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U vivait depuis qninze jours sur l'espoir d'an si bon repas ; mais une erreur de date dans le billet d'invitalîon fut cause qu'il arriva le lendemain du fcsrin , et j||^t^lfw^lig^ de se coatenlec d'un diiier detfiH^femt il a gardi* trois mois, rancune ^^^^^pn.

Dans les dernièw^fcctions qui viennent de • se faire , d'Etange , en attendant qu'il soit nommé pair, s'était mis en l£le qu'il devait élri; élu ■ Ofuié; non qu'il attachât aucun sens au mot de pairie ou de citoyen ; non qu'il se soîl occupé jamais des droits de la nation, des intérêts de l'Etat, des prérogatives du Ir6ne: mais il craignait , disait-il , de se soustraire aux vœux de son département. Il se rend dans le chef- lieu , donne à diner aux électeurs, et n'obtient que trois votes au dépouillement du scrutin : son ambition désapoinlée en a fait un républicain.

L'expérience de la vie n'est qu'une suite de d'ésapoinlemens. La vérité qiie l'on découvre ne répond jamais à l'idée qu'on s'en était laite avant de la connaître. Quoi! ce n'était que celai est presque toujours la première exclamalion qui échappe à la jeunesse , à la vue d'un objet nouveau. C'est la faute de l'éducation , qui tend il éTciller rîmaginatiaa.avantde Çomer lejuge^

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ment. Je m'éloignerais trop de mon sujet , en cherchant à développer cette idée par des exemples.

li est des désapoîntemens qu^on ne peut ap-^ peler de ce nom qi9 quand on en a passé Tâge. Edmond vient d^iobtettic»'^ de la beauté qu'il adore, un quart-d'heure d entretien secret, qu'il sollicite en vain depuis six mois; la semaine entière qui doit s'écouler suffit à peine au rêve de ses espérances. Le jour tant désiré se lève; tous les obstacles sont prévus , toutes les mesures sont prises :rheure approche; il part, il vole; il a évité pendant la route vingt fâcheux qui s'étaient donné le mot pour retarder son bonheur; il arrive enfin. Comme son cœur palpite ! Comme sa main tremble en soulevant le marteau de la porte ! Elle s'ouvre ; il monte l'escalier quatre à quatre; il entre.... O désapointement cruel ! Un père ,* un oncle , un mari , que sais-je ? est retenu au logis par une incommodité subite; c'est lui qui reçoit le pauvre Alphonse ; iorni l'imagination n'a travaillé , depuis huit jours , qu'à se procurer l'occasion de faire un cent de piquet avec un vieux malade.

De tous les dé$apointemens , le plus funeste

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par ses conséquences, et \e plus comique par ses moyens et par son résultat, c'est celui d'un mauvais mariage , où les deux parties contrac* tantes se sont yolôntairement et mutuellétoient trompées. Rien de plus plâiisant que le lende-^ main d'une pareille noce. Le mati avant passé sur la laideur de sa femme , parce quil côrnp-* tait sur sa fortune ; la fen^me avait passé sur rage et sur les défauts de son lAari, parce qu'elle comptait sur l'éclat d'un rang et d'un nom qui devait rejaillir sur elle : l'un et Tautre avaient cru devoir montrer d'autant plus de confiance, que chacttii en avait également besoin. Le môtnént ie Texplication arrive. L'une ne possède que l'usufruit d'un bien qui apparu tient à dés tiilt^ii isiineurs , lesquels vont bien* tôt cesser de l'être; l!aùtre se targuait d'un titre qu'on lui ^te , et d'ctn floin que malheureusement on lui laisse : tous (Ae'uk s'aperçoivent trop tard de la sottise qb^lis ont ïaite , et letir désapointemeht devient leur punition.

Les désapointeAiens littéraires ont aussi leur côté plaisant. Que de gens ont spéculé sur le succès d'une ode dont le nom dû héros était malheureusement en rime à chaque strophe !

Que de créanciers désapointés après la repré*

LES D^SAPOINTEMENS. sSg

tentation d'une pièce de théâtre dont Tauteur avait assigne le paiement de ses dettes sur le produit de ses droits I

Dans la liste des désapointemens habituels , j'oublierai d'antant moins celui des lecteurs de jonmaiu, que j'ai bien peur, en achevant cet article , d'avoir en Béoe tems' fourni le précepte et l'exemple.

26o LES INTRIGANS.

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N® XLVi. — 24 mm 181 5.

N« descendoBt jamais dans cle licbes intrigues ; N'allons pas ans honneurs par de honteuses brifnci.

PiAOM , MétromunU.

De tous les vices inconnas chez les peuples sauvages , l'intrigue est celui dont on peut le moins y soupçonner Texistence. Je possède un vocabulaire polyglotte de presque tous les idiomes des peuplades des deux Amériques , et je n'y trouve pas un seul mot qui puisse , je ne dis pas exprimer , mais seulement donner une idée de celle que nous attachons au mot intri-' gant. Si Ton disait à un habitant des bords du Missouri, en employant une longue périphrase, qu'il existe en Europe une classe nombreuse de gens assez industrieux pour obtenir, par adresse, ce qui ne doit être accordé qu'au talent et au mérite ; qui ont réduit en précepte l'art de trom-

per et de feindre ^ qui spéculent sut la bonne foi des autres , et qui prouvent , contre Taxiome des mathématiciens , que la ligne courbe est la plus courte pour arriver au but qu'ils se propo* sent ; qu'au moyen de cette science de Tintriguey on passe , en peu de tems , de la misère à Topu*. lence, du mépris à la plus haute considération, ef d'un grenier dans un hôtel ; qu'on franchit quel-; quefois, du premier bond, l'intervalle qui sépare lacasernedu quartier-général, elles tréteaux du boulevart de la Comédie-Française ; si l'on disait à cet enfant des bois que l'intrigue apla-;^ njt -toutes les difficultés , rapproche toutes les distances, dispense de tous les titres, ouvre toutes les portes, depuis celle du ^effier de village jusqu'à celle du palais des souverains ; depuis celje de 1^ Athénée jusqu'à celle de l'Insr titut; mon sauvage , émerveillé de semblables prodiges , désirerait , sans doute , qu'onlui communiquât les secrets de l'art qui les opère. Mai$ si l'on ajoutait qu'il faut commencer par vouée sa vie entière aux remords et à la honte ; qu'il faut payer chacun de ces succès par une injusr tice ou par une infamie ; qu'il faut savoir, au besoin , sacrifier sa patrie , sg$ amis , sa far

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