‹ Le Français à l'Université d'OttawaChapitre 1 sur 3 · COLLECTION · texte numérisé non relu

COLLECTION

UNIVERSfTY OF OTTAWA / UMVFwǻrr 0 OTTAWA, ONTARIO K1N 9A5

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L'Université d'Ottawa

Un mémoire irlandais présenté en 1901 au Supérieur

général des Oblats et au Délégué apostolique.

— Les signatures.

[traduction]

Les soussignés, catholiques de langue anglaise du diocèse d'Ottawa, désirent déposer devant le Supérieur Général et le Conseil de l'ordre des Oblats un exposé de faits concernant l'éducation supérieure de leurs nationaux, un exposé qu'ils recommandent à votre très soigneuse et immédiate attention.

A l'heure actuelle il y a, dans les écoles séparées catholiques de la province d'Ontario, environ 42,000 élèves, dont la moitié sont des garçons. Ces élèves habitent pour la, plupart dans les 12 villes et les 44 villages de la province au nombre d'environ 14,000. Pour le maintien de ces écoles les parents paient en taxes une somme annuelle d'environ $290,000. A part le nombre des élèves catholiques, fréquentant les écoles catholiques, il y en a un nombre beaucoup trop considérable qui fréquentent les écoles communes publiques ou protestantes.

Il est fort regrettable que sur un aussi grand nombre d'élèves qui sont les enfants de parents raisonnablement prospères, il y en ait si peu qui obtiennent les avantages de l'éducation supérieure d'une Université. La province d'Ontario ne possède qu'une seule université catholique, celle d'Ottawa. Les collèges qui, dans différents endroits^ s'efforcent de donner une éducation supérieure aux catholiques sont placés dans des conditions trop désavantageuses pour réussir. Ils n'ont pas les moyens d'imposer confiance au peuple et d'attirer les ambitieux à leurs cours.

Sous le rapport de l'éducation, les besoins des catholiques de langue française de Québec et d'Ontario, sont pourvus amplement et avec succès par les deux institutions de l'Université Laval à Québec et à Montréal. Cette grande institution, fidèle au dessein de ses fondateurs et suivant logiquement la politique et les instructions du Saint-Siège; dotée par la province de Québec, et capable par son cours d'études et la composition de son personnel enseignant, de commander la confiance et l'appui de la population, donne tout ce que l'Eglise pouvait désirer pour l'éducation de la jeunesse catholique de cette partie du pays.

Les catholiques d'Ontario espéraient, comme le prétendirent nos supérieurs ecclésiastiques et comme il fut ordonné par le Saint-Siège, que le Collège d'Ottawa, lorsqu'il fut élevé au rang d'Université, donnerait aux catholiques de langue anglaise de la province l'éducation supérieure dont on a un besoin si pressant dans Ontario et que l'Université donne si abondamment aux catholiques de langue française de Québec.

L'histoire du Collège d'Ottawa prouve d'une façon concluante que son utilité, comme on l'espérait, serait surtout dirigée à rencontrer les besoins des catholiques de langue anglaise d'Ontario. C'est dans ce but caressé au fond de leur pensée que feu l'hon. John O'Connor, que feu l'hon. Thomas d'Arcy McGee, et que Thon. R. W. Scott, représentants de leurs compatriotes dans la vie publique, se sont appliqués à obtenir une charte d'Etat et des amendements pour le Collège.

Le développement du Collège de 1865 à 1874 est principalement dû au nombre des élèves de langue anglaise qui se pressèrent à ses cours; et en 1874, comme on le déclare dans la revue de l'Université publiée avec l'approbation de l'autorité, il fut reconnu nécessaire d'abandonner le vieux système de traduire les classiques, à cause de la grande majorité des étudiants de langue anglaise. C'est ainsi, nous dit-on, que la langue anglaise devint " la langue officielle de l'Université." Dans le Bref pontifical, daté du 5

février 1889, érigeant l'Université, se trouvent les paroles suivantes :

" Nous voulons de plus que notre vénérable frère l'archevêque d'Ottawa et ceux qui, après lui, occuperont le siège archiépiscopal, remplissent les fonctions de Chancelier Apostolique de la dite Université et que l'archevêque luimême et ses successeurs veillent, ainsi que les autres évêques des provinces d'Ottawa et de Toronto qui auront affilié leurs séminaires, leurs collèges et autres institutions semblables à l'université, à l'intégrité de la doctrine qui y doit être enseignée.

" Enfin, nous donnons à l'Université, à l'instar de celle de Québec, le pouvoir de considérer comme siens et de leur accorder tout-à-fait les mêmes avantages qu'à ses propres élèves, les étudiants des séminaires, des collèges et des autres établissements d'éducation situés dans les seules provinces ecclésiastiques d'Ottawa et de Toronto.

I Telles sont notre volonté et notre décision. En conséquence, nous décrétons que nos présentes lettres seront toujours et resteront fermes, valides et effectives, et recevront et garderont leur pleine et complète efficacité et seront en toutes choses et dans toutes les circonstances interprétées en faveur de ceux qu'elles concernent et de quelque manière qu'elles les concerneront : et devront tous les juges ordinaires et délégués, auditeurs du Palais Apostolique, Nonces du Siège Apostolique et cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, et même les Légats a latere rendre leurs jugements et définitions en conformité avec ces décisions, leur retirant à tous le pouvoir et l'autorité de juger autrement; et sera nulle et non avenue toute action de quiconque, sous quelque autorité que ce soit, sciemment ou non, pourrait agir en contravention avec notre présent décret."

II semble oiseux de faire observer que le langage du Bref pontifical était inspiré par la connaissance des conditions existant dans Ontario au sujet de l'éducation, en sympathie et d'accord de la part du Saint-Siège avec les vœux des catholiques de langue anglaise de cette province.

C'est avec regret que nous alléguons maintenant, comme nous le prouverons le plus minutieusement dans la suite, que les ordres et la politique du Saint-Siège n'ont pas été suivis avec ce degré de fidélité que l'on devait attendre ; et que la direction, l'organisation et le plan de l'enseignement à l'Université d'Ottawa n'ont pas été interprétés "en faveur de ceux qu'ils intéressent" comme ils auraient dû l'être.

Nous ne sommes pas prêts à appliquer avec trop de rigueur la force de cette déclaration à la conclusion logique contenue dans la dernière partie du Bref pontifical. Il nous suffit simplement d'en montrer la portée.

Dans le discours prononcé par le Révd P. McGuckin, recteur, à l'occasion de l'élévation du Collège au rang d'Université par décret du Saint-Siège, en 1889, il disait :

" Les catholiques de langue anglaise ont fait leur part dans le développement des ressources matérielles du Canada ; et si l'on tient compte de leur état de fortune, des maigres ressources avec lesquelles ils ont dû commencer la vie dans ce pays, des difficultés qu'ils ont rencontrées dans la suite, ils ont fait beaucoup pour l'éducation supérieure. Mais leur état de fortune a changé et les conditions de notre époque demandent impérieusement aux catholiques d'être au niveau de leur temps dans le domaine de l'éducation, de donner toute leur mesure dans la vie intellectuelle de la nation

" Il est, de plus, temps pour le Canada de se donner une littérature anglaise catholique; cette littérature n'existe .pas et on ne peut pas espérer qu'elle existe jamais tant que nous n'aurons pas des hommes ayant le temps et le moyen de suivre un cours d'études comme il ne s'en donne que dans une université catholique.

" Quelques mots maintenant des prétentions de l'Université d'Ottawa sur cette ville, sur la province d'Ontario et sur toute la population de langue anglaise du Dominion.

" Jusqu'ici le Collège d'Ottawa a rendu de très grands et d'excellents services au pays, mais, à l'avenir nous pouvons espérer qu'avec la bénédiction de Dieu l'Université catholique d'Ottawa va rendre des services plus élevés et

plus grands encore à l'Eglise et à l'Etat, et, particulièrement, dans cette province d'Ontario.

" La nécessité et l'utilité d'une semblable institution pour les catholiques de cette province sont depuis longtemps évidentes ; établie sous d'aussi heureuses auspices qu'elle l'est aujourd'hui, nous sommes convaincu qu'avant plusieurs années l'influence de cette Université sera très étendue et durable.

" Nos coreligionnaires de langue française ont leur université, la très ancienne, très illustre et très savante université catholique de Laval. Ce que Laval est pour Québec; l'Université d'Ottawa devrait le devenir pour Ontario, — à la vérité, pour tout le Dominion — un centre intellectuel catholique.

" Pour terminer, j'invite tous les amis de l'éducation catholique à se donner la main pour rendre cette université digne de son nom et digne des catholiques de langue anglaise du Canada " (The Owl, publié par les étudiants

de l'Université, vol. 3, p. 37).

Il ne faut pas beaucoup de discernement pour reconnaître dans le langage du Père McGuckin le désir d'interpréter les termes et les ordres du Bref pontifical en faveur de ceux auxquels ils s'intéressaient; et nous ne dépenserons pas de temps inutilement à développer le sens d'un discours préparé avec tant de soin et qui, pour tous ceux qui l'ont lu, apportait aux catholiques de langue anglaise d'Ontario et aussi des autres provinces de langue anglaise le message et la promesse qu'ils attendaient et qu'ils recevaient avec plaisir.

Le recteur de l'Université Laval, Mgr Paquet, admit franchement l'opinion reçue que l'Université d'Ottawa ne devait pas être autre chose qu'une université sœur établie dans une autre province. Il disait :

" Il désire repousser la prétention que Laval fût la mère de l'Université d'Ottawa. Toutes deux reconnaissent le même père, le ^ape ; elles ont la même mère, l'Eglise. Laval n'est donc pas la mère, mais la sœur aînée de la nou-

velle université." Il offrit les félicitations de la Faculté de Laval à la Faculté d'Ottawa, et termina en disant que l'institution qu'il représentait vivrait en toute sécurité maintenant que sur les frontières de la province de Québec l'Université d'Ottawa serait là pour arrêter et repousser les erreurs diverses qui autrement pourraient atteindre et attaquer Laval." (The Owl, vol. 3, p. 38.)

Dans le discours prononcé par M. Curran, plus tard solliciteur général du Canada et aujourd'hui membre de la magistrature de la province de Québec, à cette même occasion, se trouvent les paroles suivantes :

" Dans cette institution, c'était le but du fondateur, tout en fondant une université anglaise, que la langue et la littérature de France occupassent une place considérable." (The Owl, vol. 3, p. 50.)

Dans l'ordre naturel des choses, la langue et la littérature de France doivent occuper une place considérable dans toute université. L'anglais occupe une place considérable à Laval. Mais comme Laval était d'abord une institution canadienne-française, ainsi l'Université d'Ottawa était d'abord une institution canadienne-anglaise. Laval remplit la mission qui lui a été confiée. L'université d'Ottawa ne remplit pas la sienne.

Les déclarations officielles des autorités de l'Université démontrent qu'eux au moins reconnaissent leur devoir de suivre la direction du Saint-Siège en faveur de ceux pour qui cette direction était donnée.

Dans la brochure publiée par l'Université à l'occasion de son nouveau cours de sciences, le 19 juin 1901, se trouve ce qui suit :

" L'anglais est la seule langue employée dans les salles des cours, excepté, comme dans la majorité des collèges catholiques, pour les cours de philosophie qui sont donnés en latin et aussi, comme dans les autres collèges pour les cours sur la littérature des langues modernes qui sont donnés dans ces langues quand les élèves les comprennent."

" Cette institution obtint en 1866 du gouvernement du Dominion une charte l'autorisant à conférer des degrés analogues aux degrés conférés par les autres universités du pays. En 1889 elle reçut de Sa Sainteté Léon XIII, tous les privilèges d'une université catholique."

" Dans ces conditions il est naturel que les catholiques qui désirent donner à leurs fils ou à la jeunesse de leur race une éducation en anglais, considèrent que l'université d'Ottawa existe spécialement pour eux. Les catholiques sont de cet avis, assurément, et la preuve que l'institution répond à leur attente, c'est le succès remporté par les gradués de l'université dans les plus hautes sphères de la vie sur toute l'étendue du Dominion et dans plusieurs Etats de la république voisine."

Une université efficace pour les étudiants de langue anglaise doit nécessairement être sous le contrôle d'une faculté composée de professeurs de langue anglaise et être entourée d'une atmosphère en harmonie avec l'esprit national du pays.

La faculté presque tout entière de l'Université d'Ottawa n'est pas de langue anglaise ; plusieurs de ses membres ne sont pas même sujets britanniques et ne se piquent pas d'être en sympathie avec notre esprit national ou notre système de gouvernement. Le calendrier de l'Université d'Ottawa pour l'année académique 1901-1902 déclare que le Conseil d'administration est composé des révérends messieurs suivants :

Rév. H. A. Constantineau, O.M.I., M.A., D.D., recteur. " N. Nilles, O.M.I, D.D., vice-recteur.

T. A. Poli, O.M.I., D.D., directeur des théologiens.

W. J. Murphy, O.M.I., M.A., secrétaire.

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