Roland, v
Branches d'olive en vos mains portereiz
Comp. Virgile, VII, 154-5. Enée choisit cent députés qu'il envoie à Laurente :
Ire jubet, ramis velatos Palladis omnes Donaque fe rre viro, pacemque exponere Teucris.
22. Les premiers apologistes chrétiens ne séparent pas de leur foi la religion de Rome. Le sort du monde est lié à celui
de l'Empire: « Est nécessitas nobis orandipro imperatoribus , etiam pro omni statu imperii rébus que romanis...* (Tertullien, Apologeticum, chap. 32.) ailla est civitas (Rome) quae adhuc sustentai omnia, precandusque nobis et adorandus est Deus », etc. (Lactance, De Div. Instit., VII, 25.) Voyez le texte de Cassiodore, si caractéristique de cette survivance, et la suite des attestations dans Novati, L'influsso delpensiero latino, etc., p. 119. Pour la Gaule, voyez les somptueux panégyriques de Sidoine Apollinaire, prononcés en 456 et les années suivantes. Encore au Xe siècle, cette tradition reste vivante, et l'érudition monastique la reproduit pieusement. Dans YEcbasis Captivi, dont il sera question tantôt, le hérisson, bardehéraut d'armes du loup, lui chante pour le distraire la gloire de Rome :
...Citharizans jortia belli Romam, res letas et prospéra queque retexens, Mille triumphorum memorans ex ordine pompas, Ductaque per mediam spoliorum fercula Romam Omnibus ex terris, quas undique continet orbis.
(20S, suiv.)
23. C'est une des grosses hérésies de la science historique, dans la seconde moitié du xixe siècle, d'avoir exagéré le déclin intellectuel à partir du ve siècle. Dans ses Etudes barbares, Ozanam me paraît être, de tous ceux qui ont abordé ce problème difficile, l'homme qui, avec des documents fragmentaires et une critique parfois hésitante, a pourtant vu le plus clair et rendu la meilleure justice aux obscurs efforts des moines et des clercs, du ve au vni8 siècle . Jamais, dans la tradition scolaire de Rome, il n'y eut solution de continuité, et comme il l'a écrit : « il n'y eut jamais de renaissance pour les lettres qui ne moururent jamais» (p. 502). Il est piquant de lire, sous la plume d'un érudit italien, écrivant cinquante ans plus tard, cette même affirmation exprimée en termes aussi nets : « La continuité degli studi liberali e délia cultura classica nel medio evo è un fatto iucontestabile » [Ronca, Cultura medioev aie , etc. (1892), p. 70].
24. Cet accord, qui fit du roi de France d'abord le consul, puis le patrice, puis le défenseur de la Rome catholique, est rappelé soigneusement dans Roland (3093, suiv.), œuvre synthétique comme l'Enéide et dont l'auteur n'a voulu omettre aucun des textes de l'impérialisme carolingien. Lire la note de Léon Gautier dans son édition classique, où, à propos des vers où il est rappelé que Charlemagne reçut l'oriflamme (ou l'étendard de Rome), il renvoie à deux mosaïques, dont la première illustre cette tradition légendaire.
25. A Blancandin {Roland, 392, suiv.) qui confesse que Roland est « multpesmes » et revendique toutes les terres pour son maître, Ganelon répond, sans être contredit :
Lt Empereres ad lut a sun talent.
Tut conquerrat d'ici qu'en Orient.