Voyez Romania, 1915, p. 74, où j'ai signalé ^'emprunt
7. Voyez Coronement Looïs, v. Déjà dans une chanson populaire du début du ixe siècle (Ed. Du Méril, Poésies pop. latines ant., p. 246) on trouve :
Pater cunctarum orphanorum, omnium Peregrinorum, viduarum, virginum.
Même éloge décerné à Henri II (1024), à Conrad (1039). Voyez Du Méril, pp. 286, 287, 290.
8. Quel beau sujet et combien je regrette d'être limité par le temps et les dimensions de ce petit livre ! Je pourrais, sans ces empêchements, vous montrer Ausone encore en possession du souple instrument des lyriques latins, Ausone si savant dans les peintures passionnelles, qui a peut-être écrit ce chef-d'œuvre, le De Pénélope (CXXXV), qui a consacré de si fines analyses de sentiment aux siens, mais
plus encore à sa favorite, la Germaine Bissula. Chez lui on retrouva, notamment, cet emploi métaphorique de flos (XXIII, 15), cette image des lis et des roses semés sur le vteage {Idylles) que, deux siècles plus tard, Fortunat retrouvera à son tour (Carmina, lib. VI, 107-8 ; lib. VIII, IV, 8-1 1; et que même le pieux Grégoire ne négligera pas (De Gloria confessorum, cap. CVI). Mais déjà notre «belle et sage» du xne siècle ne lui est pas plus inconnue (voy. VII, 19) qu'à Grégoire de Tours « elegantem ac sapientem » (His toria Francorum, II, 28 ; comp. IV, 27, l'éloge surprenant de Brùnehaut, où on retrouve le Mande colloquio, correspondant au blandior alloquio de Fortunat (ibid, v. 16) et à notre « bien emparlée <>.) Au IXe siècle, reparaissent ces faibles lueurs, qui vont illuminer, au Xe, l'hagiographie. Chez Angilbert, par exemple, on note une curieuse description de l'épouse et des filles de Charlemagne (éd. Diimmler, P. Lat. Aevi Carol, I, p. 371-72) : Rhodrad... fulget equo, dira-t-il (v. 214). Il se croira obligé d'insister sur le somptueux édifice de sa coiffure. De la reine Berte, il dira:
Aurea se nivis commiscent fila capillis
Lactea quippe ferunt pretiosam colla murinatn.
Ce luxe de toilette nous restera familier. De Gisèle (Gisala) :
Vox, faciès, cvmes radianti luce coruscant
Splendida colla nitent roseo infiammato rubore (233-4),
et de Rhodhard :
Pectora, colla, comae lucecit variata lapillis (246).
Et il en est encore ainsi de Theodrada, dont le cler vis éblouit le poète : « vulto Theodrada corusco » et dont il admire l'or des cheveux :
Fronte venusto nitens et cedit crinibus aurum (252).
Ainsi s'exclame l'auteur du Pèlerinage, louant « la fille od le crin bloi (blonde) » et « le vis (visage) cler » du roi Hugon, et ajoutant qu'elle a :
... la carn (chair) tant blanche cum flur en este t.
Plus tard (et surtout chez Chrétien et ses successeurs) les figures vont s'individualiser faiblement ; pourtant combien l'écrivain restera asservi à ces formules, à des hyperboles comme celle de Virgile, caractérisant la beauté d'Euryale (IX, 179) :
Quo pulchrior aller
Non fuit Aeneadum Ttojano...
Comparez la beauté de Fenice dans Cligès (2 731, sv.) :
N'ot de biaulé nulle pareille Ce fu miracles et merveille.
Conques à sa paroille ovrer Ne pot Nature recovrer.
et la beauté de Cligès lui-même (2 766-7
Plus estoit biauz et avenanz Que Narcisus...
et aussi ,dans Erec, la beauté d'Enide (421-3) :
De cesti tesmoingne Nature Qu'onques si bêle créature Ne fu veiïe en tôt le monde....
Et rapprochez de cela la curieuse description de la beauté virde dans Jean de Haute-Seille, qui conclut ainsi : Nihil enim divitiarum suarum artifex hominum, Natura, subtraxerat {Histoire des Sept Sages, éd. Hilka, p. 36), sans qu'on puisse affirmer qu'il suit une tradition d'école, ni non plus qu'il s'inspire des textes français, en cette fin du xne siècle !
La tradition latine et le goût romanesque concordent ici dans l'essentiel. Voyez d'ailleurs mon essai sur le Roman français aux environs de 11 50.
9. Voyez la vie de Jean de Gorze, déjà signalée et particulièrement curieuse à ce point de vue.