‹ Le français et le provençalChapitre 36 sur 36 · PERTE DE MOTS, PHÉNOMÈNES D'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

PERTE DE MOTS, PHÉNOMÈNES D'ISOLEMENT

La langue a perdu, dès l'époque antérieure à la formation d'une littérature, un grand nombre de mots, les uns formant des types complets, les autres étant simplement des formes particulières de ces types (p. ex. vis, vult, volumus vultis).

109. Comme types toutes les langues romanes ont perdu les formes verbales du subjonctif imparfait (conservé en Sarde), du subjonctif parfait, du fuiuram exactum (conservé en espagnol et dans le roumain du Sud), de l'impératif, à l'exception de la 2® pers. sg., et du passif tout entier (à l'exception du participe parfait). Du futur il n'est resté que ero, L'Auvergnat a gardé des traces de la 2® pers. plur. de l'impératif.

Le plus-que-parfait français de la l^e conjugaison faible se conjuguait probablement amere, amer es, amer et, amerunSy amerez, amerent. La 3® pers sg. se trouve seule dans les textes ^ ; le dernier exemple se lit dans Alexis (firet). En provençal le plus-que-parfait s'est maintenu, mais a changé de fonction.

Peut-être faut-il voir encore dans la forme actuelle aimèrent un reste du plus-que-parfait, car l'influence de amerent = AMARANT a cmpêché l'introduction à la 3® pers plur. de Va caractéristique du parfait. Des formes comme amarent (introduit dans Rabelais par Dolet) sont des formes provençales dues à l'analogie.

1) V. FoTH dans Bàhmer, Roman. Studien, ii, 254,

La déclinaison perdit le datif et l'ablatif du pluriel, le vocatif singulier, le datif singulier, (sauf les formes pronominales iLLi, MiHi,cui), et au féminin le nominatif dont il ne reste que fort peu de traces.

Il est demeuré des restes du génitif (singulier et pluriel) et de Tablatif singulier. On reconnaît p. ex. un génitif sg. dans venres di ou dioenres (les deux sont aussi prov.) et dans les autres noms de jour delà semaine, excepté samedi. Des traces de génitifs pluriels se trouvent dans lor = illorum (avec changement d'emploi), geste Francor, cheval milsoldor, (la /este)' chandeler = festa candelarum ; dans des noms de lieux comme curtis francorum Confracourt (Haute-Saône) Confrécouré (Aisne) Confrancon (Ain), francorum villa Francourtille (Eure-et-Loir) , villa fabrorum Villefavreux (Seine), curtis fabrorum Con/avreux (Aisne), castellum WANDALORUM Castello Wandelors, au x^ siècle Casteljaloux (Lot-et-Garonne), curtisausorum CoMr^iso/^ (Marne) .Citons encore villa britannorum Villa Bretenoro au ix^ siècle Bretonoax (Lot), villa magnalorum Mignaloux (Vienne).

Comme restes de l'ablatif latin, citons les adverbes en -ment = lat. mente ; les gérondifs accompagnés de en {en arrivant) ; or = hac hora ; com = quomodo, les noms de lieu Reims = remis, Meaux = meldis, Or liens aujourd'hui Orléans en trois syllabes = aurelianis.

Le neutre a disparu. Toutefois il est resté des traces de pluriels neutres comme milie auj. mille (pluriel de mil mille)] a. fr. la deie^ la paire , cent almaille = centum animalia ^ .

Les formes latines des degrés de comparaison se sont perdues et ont cédé la place à des tournures où entre plus. Des comparatifs latins il n'est resté que melior, pejor, major, minor, les neutres magis, plus et quelques autres ; enfin quelques superlatifs (haltisme saintisme) à sens « élatif » (très haut, très saint).

Les formes pronominales neutres quel, celj cest encore

1) V. TOBLER, p. 150.

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usitées au xii« siècle, disparaissent plus tard ; toutefois quel est resté dans la locution quel le fait-il f

HIC, H.EC ont disparu avec toutes leurs formes. Hoc s'est maintenu comme particule affirmative du provençal {oc), m. rh. Oi (aussi dans Flamenca), et comme pronom provençal (o), en français dans por uec, sert uec, ao use (auj. aoec), etc. cuM a cédé la place à apud.

A l'époque littéraire, la langue ne perdit d'autres types, que le futur erg et le plus-que-parfait. Parmi les formes nominales, le nominatif disparut à part quelques exceptions isolées (sœur ancêtre moindre on). Les possessifs meie toe soe furent remplacés par des formations nouvelles ; l'accusatif féminin li par elle. lia été question plus haut' des contractions de en avec l'article (ou, es), qui disparurent au xvi® siècle. La forme cel fut chassée par celuij cestui par cest ce(t) ; omnis, dans la Gaule entière, parTOTus, qui est déjà attesté comme appartenant à l'usage populaire au ve siècle.

110. Le nombre des mots « héréditaires » a diminué de siècle en siècle. Au x® siècle on se servait par ex. encore de iNVENmE et de intell igere. Au xii® le français avait encore le pronom iste qui s'est conservé en provençal, les mots amburCj enteimes, sénés, giens, suschie *, ciu = caecum. La forme esse=iPSAM, se trouve encore dans le Comput, mais ce sont peut-être les derniers exemples. MM. Darmesteter et Hatzfeld ont formé ^ une liste de mots tombés en désuétude depuis le xvi® siècle.

Il est bien rare qu'on puisse dire pourquoi un mot a disparu de l'usage ; le plus souvent, on est réduit à constater qu'une autre expression a été préférée. Un changement dans l'état social par exemple a fréquemment causé la disparition d'un mot, qui servait à l'état social antérieur : c'est ce qui est arrivé pour des mots comme maisniee, harnage, geste,

2) G. Paris, Saint-Gilles, p. xvii.

Z) Seizième siècle, p. 184.

pneus, proëce, destrier, breiesce ; il faut y rattacher des ie divertissements comme choller et rivoier ; des noms uments de musique (rote, luth), des noms d'étoffes /, paile conservé dans poêle, vair et gris), des noms de ies disparues de la circulation, etc.

[jectif sor (aujourd'hui écrit aussi saure ou saur) ne onservé que dans peu d'expressions (avec hareng, , faucon). La langue juridique a conservé iZ appert, la langue héraldique, p. ex. l'infinitif enquerre f à enquerre) ; la langue de la vénerie, pu (un faucon pu), aronde = hirundinem n'est resté que dans ssion technique queue d' aronde et a été remplacé s par le diminutif hirondelle. Le hestol (tréteau) était yen âge un objet très connu du mobilier dont on se pour dresser une table ; aujourd'hui, le mot étou lus connu que des bouchers.

> beaucoup de cas on a donné la préférence à l'expresplus claire, même lorsqu'elle était la plus longue, insi que él céda la place à autre chose, auques à e chose, moût à grant coup et beaucoup, antan à l'an ', quanque à tout ce qui, aine et onquesk jamais, adés ! demanois à aussitôt, ver à printemps. Il faut 3her de ce phénomène celui qui consiste à remplacer les verbales simples du latin par des périphrases, et tractions de pronoms (jot, tum, kit) parles expressions )pées (jo te, tu me, qui té).

m prend pour base de statistique la langue parlée (non 1 dictionnaire), on constate que le nombre des mots iitaires » est, même de nos jours, très considérable. Les îcessoires (verbes auxiliaires, pronoms, conjonctions, tiens) sont encore aujourd'hui, presque sans exception, ts « héréditaires » partout où l'on n'a pas affaire à itions spontanées de la langue.

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