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jours néanmoias. Cf. Taillefer
E. — Formation proportionnelle
101. Dans l'histoire de la formation des mots comme dans celle des flexions, l'association des idées joue un rôle important. Une sorte de formation proportionnelle particulièrement en faveur repose sur le rapport qui existe entre un verbe dérivé et un substantif primitif, comme entre donner et don^ nommer et nom^ filer et fil ; clouer et clou (clouer ne vient pas de CL AVARE, cf. L AVARE laocr). Sur ce modèle on créa ensuite depleurer pleur, de renoier renoi, de releoer relie/, de soutenir soutien^ di appeler appela de rabattre rabat. Le ie de relief, soutien s'explique par l'influence des formes de présent accentuées sur le radical.
Un cas particulier qui mérite une attention spéciale, c'est celui pour lequel Tobler a employé l'expression Suffixverkennung (m. à m. a méconnaissance » de suffixe). La désinence de aimable et raisonnable n'est proprement que ble, lat. -BiLEM ; mais comme la langue française, dans la formation des mots, n'emploie plus que des suflSxes accentués, -able fut regardé comme étant une désinence, et l'on créa sur finir une ioTme finable, sur mettre mettable, sur faire f aisable, sur croire croyable.
Il se passe un fait assez voisin de celui-ci, quand la langue, rattachant un dérivé secondaire non au dérivé primaire, mais au primitif, crée de nouveaux mots d'après le rapport qui existe entre ce dérivé secondaire et ce primitif. Cheval avait donné lieu à cheval-ier, chevalier donna lieu à chevaler-ie ; et comme chevalerie semblait venir de cheval, on forma Juïverie sur Juïf\ diablerie sur diable ; soierie sur soie ; ainsi naquit un suflBxe -erie. Le môme procédé introduisit aussi le suflSxe 'tel ; ursetel fut relié non pas à la forme rare urset, mais à la forme plus fréquente urs ; et roietel, non pas à roiet, mais à roi ; partant de ce type l'a. fr. créa directement Juïtel à l'aide de Juif
Les sufBxes eux-mêmes peuvent être empruntés aux lan-
SMes étrangères : ainsi le sufBxe esse vient du grec, dans
= coMiTissAM, grec tff<ra ; de même ie dans courtoisie
rec ta. Il est à remarquer que ie conserve l'accent
sufBxes d'origine allemande citons -eng, allemand rd, allemand -hard. La désinence -itia de certains res féminins n'est pas non plus latine * ; elle fut mployéepour former des noms communs féminins franc, tablette), et reçut enfin une terminaison {ittus).
F. — Création spontanée.
s mots formés par ce procédé sont peu nomb^-eux ; ï ce sont des interjections et des onomatopées. y rapporter, parmi les mots d'ancien roman, 'ov. badar, a. fr. baer, ouvrir la bouche, propre- •e ba » ; prov. bu/ar, fr. bouffer, souflBier (cf. le crapaud), de l'interjection provençale et française bave % a. fr. beve ; de même babine, lèvre. L'un les plus remarquables est peut-être piquer, qui nterjection pici dont on se sert lorsqu'on ressent ; ici une sensation est exprimée par un son qui Ise. D'autres exemples se trouvent dans le prov. r, aboyer, franc, ronfler, miauler (le chat s'appelle chinois miao), chuchoter, caqueter, toutourci servant à corner (allemand Tuten; dans Talion, ^252), vonvonner, bourdonner, j>ow/7 interjection ait le bruit d'un corps qui tombe, et dont le sens u d'une façon extraordinaire (friable ; annonce 3; siège sans dossier). De même pour^a^. Cloche
i haut, § 69.
ScHucHARDT, elle remonte peut-être aux Étrusques, le ce mot rappelle le mouvement des lèvres.
(qui est en même temps un mot celtique, anglo-saxon, et hautallemand) repose, d'après Thurneysen, sur l'interjection klukk, mais n'est pas un mot de formation romane.
G. — Emprunt
103. Depuis l'introduction du Christianisme le roman a presque sans interruption admis en Gaule des mots nouveaux provenant d'autres langues, et, pour la plupart, empruntés au latin. On oppose avec raison les mots ainsi empruntés (mois savants) aux mots populaires, qui sont une sorte d'héritage, et qu'on pourrait appeler mots héréditaires ou originaires ; toutefois, il ne faudrait pas croire que les mots empruntés aient échappé aux changements phonétiques de la langue : dès l'époque où ils ont été admis dans l'idiome populaire, ils ont dû prendre part à toutes les altérations qui l'ont transformé.
Les mots savants empruntés au latin se sont pour la plupart répandus dans la langue populaire, grâce à l'instruction religieuse et aux prédications ; d'autres appartiennent au domaine du droit. Déjà la Cantilène de sainte Eulalie offre des termes savants latins (virginitet) ; et des mots comme prêcher, a. fr. preechier =vrmdicare, beneïr = besedicere, siècle = S.ECULUM démontrent par leur constitution phonétique qu'ils ne peuvent pas avoir primitivement appartenu à la langue populaire. Le prov. suauj, a. fr. souef= lat. suavis, semble également être un ancien mot d'emprunt ; de même second et mille (que les rhéto-romans remplaçaient, selon Nôtkêr, par des cent=DECEM centum). Caredont l'existence est prouvée au xu® siècle, fut probablement usité d'abord dans les couvents pour désigner le cellier (lat. gava).
Les mots latins formant la (( couche » la plus ancienne, ceux qu'on appelle les mots populaires ou « héréditaires », peuvent être réunis sans hésitation en un seul groupe, quoiqu'un certain nombre d'entre eux aient été empruntés par le
utres langues ou à d'autres dialectes, par exemple, Bos, GRUNNiRE, RUFus, qui Oïl latin pur auraient les s, GRUNDiRE, RUBus; il faut y joindre aussi sifilus 3AJUS, prov. escaravai\ Des mots celtiques et mus latins, coname alauda, cerevisia — talentum, iiPHONiA, peuvent aussi au point de vue du roman, être omme proprement latins. Il faut également consime mots « héréditaires » les anciens noms de lieux [e, par exemple, aginnum Agen, tolosa Toulouse^ M Lyon, ROTOMAGus Rouen, meldis Meauxj Bourges, namnetes Nantes, ambianis Amiens.
ip de mots empruntés ne sont usités que par les savants, et ne sont point passés dans la langue Le xive siècle surtout avait une prédilection maries termes empruntés au latin et au grec, et Nicole lont la traduction d'Aristote était beaucoup lue, puissamment à augmenter le nombre de ces Oresme lui-même a ajouté à son ouvrage une liste iifRciles à comprendre ( Table des fors mos) qu'il loyés dans sa traduction de l'Éthique et de la Poli- .ristote, par exemple, aristocratie, monarchie, ièmcj politique, gymnasie*. Beaucoup de ces mots it être regardés comme vraiment populaires qu'à xvi® siècle. Les mots grecs étaient le plus souvent ï la forme latine avant de passer en roman. On 'ement des mots grecs qui aient été reçus direcimme axatoç, prov. escai 'gauche), qui doit remonter ons des Méridionaux avec les Grecs de Marseille ; de même go/on (prov. gond de porte), du grec ville). On adopta avec l'accent grec 'laxwSoç Jaques , encre (autrefois masculin), antéphona pour rà tienne, sp-^iioç prov. erm a. fr. erme^ rpifMiOv trèfle, u'à l'époque des Croisades que l'on admit Spôfiuv,
, Miscellanea in mem. di Caixe Cankllo, 430.
EIME8TETER, Formation, 830.
Remarquons aussi radoption de la préposition grecque xora au sens de chaque. Partant du sens distributif de xara (xot' otxov) qui passa au latin vulgaire (par exemple, dans la vulgate caia mane), le provençal joint d'ordinaire cada à us, una. Les mots hébraïques mêmes sont ordinairement passés par l'intermédiaire du latin, comme gehenna, geene, aujourd'hui gêne. Quelques-uns peuvent avoir été entendus directement de la bouche des Juifs, comme français sotj, hébreu postérieur shôieh; charivari, hébr. shôr vachamôr\
104. Les mots celtiques se sont introduits à des époques très diverses : on vit apparaître de très bonne heure ceux qui sont communs aux langues romanes, comme beccus, camisia,
GAMBA, LEUGA, VASSALL, VERTRAGUS (fr. VeUrS, viautrc).
Galernejet truan manquent en italien. D'autres mots celtiques ne se sont introduits que dans le gallo-roman : fr. hras matras mauvis mègue terne, ruche prov. rusca, et le prov. sescha canne. Le Breton n'a prêté que peu de mots à l'époque moderne (goéland j, bifouj menhir).
105. Les mots empruntés à la langue germanique sont considérablement plus nombreux que ceux empruntés à la langue celtique. Les mots germaniquescommuns aux langues romanes, ont d'ordinaire été introduits en roman par les Germains au service de l'armée romaine, comme burgus, WARDARE, ARiNGus, HARiBERGA. Ccux qui appartiennent en propre à la Gaule sont les restes des langues employées par les Germains qui envahirent ce pays : les Burgondes, les Francs, les Wisigoths et les Normands. Citons comme mots franciques, p. ex. franc gelde guerpir hroigne heaume a. fr. helmCj renard a. fr. Renart, quitte ' ; ce sont surtout des expressions relatives à la guerre, à la politique et au droit. Comme mots wisigothiques, le prov. raus goth. raus fr.
1) Gen., 32, 5.
2) Quitte provient du mot francique quit (hoUandais kœljt)^ qui lui-même est emprunté du latin (quietus). Voir Commentationes WoelffLlnianae, Leipzig, 1891, p. 71.
roseau, prov. amanoir goth. mancjan, prov. raustir goth. raustjan (mais d'où vient le prov. blos ?). Comme mots normands hait (à^oxx souhaiter), bat (d'où bateau), hune et d'autres expressions propres à la navigation. Comme mots anglo-saxons les noms des points cardinaux est west north suth (su, sur; le moderne sud paraît refait d'après le haut allemand ou le néerlandais). Le français est la langue romane qui présente le plus de mots germaniques.
106. Nous arrivons à un point intéressant, l'influence que les langues romanes de la Gaule ont exercée les unes sur les autres. Jusqu'à ce jour on n'a pas suffisamment apprécié l'influence du provençal sur le français. Si la Chanson de Roland a réellement été composée en Anjou, on peut expliquer facilement osberc pour l'ancien halberc, par l'influence de ausberc, terme propre aux pays provençaux avoisinants, d'où le nom doit être venu avec la chose. Rosne auj. Rhône se ramène ainsi que la forme prov. Roze (r) à une forme provençale prélittéraire Rozeno = rhodanum. La prononciation des voyelles accentuées de rossignol ^ et celle de jaloux indiquent une origine méridionale. Caisse = lat. capsam est la forme provençale, châsse la forme française. Ficelle n'a rien de commun avec filum, et n'est pas autre chose que le provençal moderne feissello de l'ancien provençal faissa lat. fascia. Le mot amadouer, qui devint français au xvie siècle, est injustement attribué au norois par Diez; il vient du Midi : prov. amadou, autrefois amador = lat. AMATOREM ; dc même le français gastadour est d'origine provençale. Le provençal abeille a entièrement chassé les formes françaises provenant de apis * : a. fr. ef, diminutif avette (encore dans Ronsard). L's doux de yeuse (= HELiCEM au sens de ilicem) témoigne aussi en faveur d'une origine provençale. Dragon doit peut-être faire songer au monstre célèbre de Tarascon. Fat est encore attesté comme
1) Archio de Wôlfflin, m, 518.
2) Archlc de Wôlfflin, i, 242.
forme provençale au xvi® siëcle.Eadeau n'est que le provençal r«(feZ (dérivé du latin ratis). Du Midi viennent caserne, /orçat, corsaire, narguer, rôder, cadenas ; autour, vautour, ^ cigale, débraillé, foulque (avec / à cause du prov. folca). D'après M. Paul Meyer ^ cac?e^ remonte au béarnais capdet prov* capdel. Ne devrait-on pas aussi rapporter à l'influence des Provençaux qui écrivaient en français, le îuturf aurai pour l'ancienne forme /arai, favrai ? On trouve aurrés (1349) dans une lettre française d'Orange ' et aurront dans les Coutumes de Louhans (xiii° siècle). Bèze indique encore arai avrai comme la meilleure prononciation.
Les éléments français sont encore plus nombreux en provençal que les éléments provençaux en français ; dès le xii« siècle on constate dans le Midi une légère influence exercée par la littérature et la langue du Nord ; et cette influence alla sans cesse en grandissant. La particule affirmative oc (auj. o) qui avait servi à désigner la langue méridionale, est ellemême remplacée aujourd'hui par oui dans certains dialectes. Un mot emprunté très anciennement au français par le provençal, c^ est palais,
107. La langue française s'est aussi enrichie à l'aide de ses patois ; toutefois on n'a, jusqu'à ce jour, que peu approfondi cette question. Fraise a. h.frese, que l'on trouve pour la première fois dans un glossaire latin du xii® siècle *, s'est sans doute répandu, de la région rhodanienne, dans le Nord de la France. Couette (à côté de coite) n'est qu'un terme patois, primitivement cuilte = lat. culcita ; de même ile dans /aire chère lie n'est pas proprement français. Après les labiales, dans l'Est de la France, — ein et ait devenu oin: avoine, foin, moins \ Cette prononciation était encore inconnue à Paris au xiv® siècle ; au xv^ siècle seulement
1) Miscellanea Caixe Canello, p. 42.
2) Rom., m, 437 ; v, 368.
3) Dans U. Chevalier, Choix de doc, p. 128.
4) Dans Mai, Classici Auctores, viii.
5) V. Schuchardt dans la Zeitschr.f. vgl. Spraclif., 20,268.
une hésitation commence à se produire, et ce n'est qu'au xvi« que la forme orientale est décidément préférée (mais peine, veine, etc). Rognon est aussi venu à Paris de l'Est (cfr. seigneur). On peut facilement reconnaître les expressions picardes au traitement du c : ce sont surtout des termes de navigation qui de la côte ont gagné l'intérieur du pays. Ainsi équiper a. fr. eschiper, le èargue, la vergue a. fr. verge ; vautrer également est picard à cause du au. Peut-être le mot bleu a-t-il d'abord, lui aussi, appartenu en propre à la Picardie oii l'industrie des couleurs était très développée. Dans niche nique, dérocher déroquer la forme francienne existe à côté de la forme picarde. Le Normand est reconnaissable à la présence de ei {ai), là où dans la langue littéraire on attendrait oi; il est vrai que Paris a toujours employé assez librement ei à côté de oi. Cependant il est probable que rets a. fr. roi= lat. rete est un terme normand. £'mp/e^^e avait aussi pour forme en a. fr. emploite. Jusqu^à quel point le ai pour oi a-t-il pu venir de l'Ouest dans f avais, faible, Français^ il est difficile de le dire. Le Nord-Est, qui changeait es + consonne en ens -+- consonne, semble avoir donné au français empan a. fr. espan.
11 ne faut pas non plus oublier les mots empruntés à la langue des enfants [bobo y dada, dodo, toutou, nounou ^ joujou^ maman et tante a. fr. ante).
108. Des mots empruntés aux divers idiomes civilisés se sont introduits dans le français, comme dans toutes les autres langues modernes. Ce sont d'ordinaire des noms étrangers, d'institutions, ou de produits naturels ou artificiels. La grande quantité de mots italiens et espagnols usités au xvi© siècle, fut ensuite restreinte, mais il en reste encore des traces. Citons comme mots italiens : lutte (a. fr. luite = luctam) outre, bave a. fr. beve, esquiver a. fr. eschitver^ caprice ^ or le, tuf, comme mots espagnols parasol, soubresaut, camarade, capitan etc. Le français moderne ne manque pas non plus de mots allemands (képi, bocard^ hamster y kirchCj quartz,
thalweg) ou anglais. Parmi ces derniers, il faut remarquer en particulier ceux qui, en passant la Manche, n'ont fait que revenir dans leur patrie primitive, comme budget (=fr. hougette a. fr. bogete, dulat. bulga -|- -itta), square (=:fr. équerre a. fr esquarre), tunnel (= fr. tonneau a. fr. tonnel). Des mots slaves conmie czar, ukase, vampire ^ sont pour ainsi dire internationaux. Il serait difficile de dire si dsius pacolet ( employé comme nom dans Valentin et Orson ) il faut reconnaître avec Banquier une origine slave ; ce serait alors un mot d'un usage peu répandu. Les mots venus d'Orient à l'époque des croisades {aisbe jupe, fonde, luth guerbin) ou à l'époque moderne (indou Ziïas, sucre, laque; persan : douane qui primitivement est le même mot que divan, orange ^ safran ; arabe : jarre, calfater, gueules) appartiennent pour la plupart à la majorité des langues civilisées. Remarquons le long chemin parcouru par des mots grecs comme %tTwv (hoqueton prov. alcoto), nàvSoxoç (fonde), ftW^oç (almanach), Kéffxtpoç (zéro, chiffre) y ^pôv (élixir), tikeaiijx (talisman), xoàônoyç (calibre j gabarit). Les soldats français ont rapporté d'Algérie d'autres expressions comme bezef = beaucoup, chouia chouia = petit à petit, zmalah = famille, ménage (proprement = tente).
Le provençal contient, en quantité tout à fait minime, des éléments basques (p. ex. esquer gauche, se pairar se priver).
BIBLIOGRAPHIE
La formation des mots français est traitée par Diez dans le second volume de sa Gramm., et par Darmesteter dans deux ouvrages capitaux : Traité de la formation des mots composés dans la langue française^ 1875 ; et De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française, 1877. Citons en outre I. Rothenberg, De suffixarum mutatione in lingua francogallica,i880.
Pour l'origine du vocabulaire, il faut citer d'abord Diez, Etym. Wôrterbuch b^ éd. par Scheler, Bonn^ 1887. Thurneysen, Keltoromanischesy Halle, 1884. Mackel, Die Germanischen Elemente
hen und Prooenzalischen Sprache, Heilbronn, ots allemands en français voir aussi Sûpfle^ ieutschen Kultiirein/lusses auf Frankreich, l, V. en outre, Banquier, De quelques mots français (Bulletin de la Société d'Alais 1877). formation des noms de lieux y 1867.