L'emploi de qui s'étendit même au féminin du singu
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lier et du pluriel (depuis le ivo siècle) '. Cui servit (à côté de que) d'accusatif du pronom relatif et s'employa spécialement pour désigner les personnes, et après les prépositions. Eu outre CUI servit aussi d'accusatif du pronom interrogatif. L'orthographe qui à côté de cui ne peut pas nous tromper sur la prononciation du mot {ctr. quenit à côté de cuena).
Jusqu'à quel point çue est-il la continuation de qui D et celle de quod ? C'est une question qu'on ne saurait trancher avec certitude. Toutefois il semble préférable d'admettre la dérivation de quid, et cela pour deux motifs : d'abord la présence de la forme quid dans les Serments de Strasbourg, ensuite l'altt^rnance de que et quoi en ancien français, où quoi semble être la forme accentuée de quid *.
Les propositions relatives prenant souvent un sens conditionnel, l'emploi conditionnel du relatif s'étendit même à des cas oii ce pronom se trouvait dans la proposition secondaire sans être appuyé par un démonstratif : qui lo caaita, el se irais quand on le gronde, il se tâche). Un souvenir de ce tour, autrefois très répandu, est resté dans la phrase comme qui dirait, et dans d'autres semblables.
Le relatif qui dépend d'une proposition doit aujourd'hui être précédé de ce, tout comme qui ou que dans l'interrogation indirecte. L'ancienne langue se contentait du relatif seul. Il en est resté une trace dans qui pis est, qui plus est. que Je crois, que je pense, que je sache, où qui [que] remplit à lui seul la fonction du latin id quod ',
79, Alter qui ne s'employait en latin que lorsqu'on parlait de deux personnes ou deux choses, se prend généralement en roman au sens de alius.
Aliquis, qui perdait l's de même que «uis, ne fut plus usité qu'au neutre ALiQum [alkes] et devant VNVs{alquun formé comme ckascun; par suite de cette formation, la première
1) Voc. 1, 474.
2) V. TOBLBR. 137,
3) V. TOBLBB, 97.
partie du mot reste invariable). Cet alquun depuis le xii» siècle alcun, pois aucun, a complètement perdu son emploi au sens positif parce qu'il était le plus souvent accompagné de la négation depuis le xv« siècle ; c'est pourquoi aujourd'hui
encore il a le sens négatif dans tes réponses, même sans être accompagné d'une négition. Le sens positif se trouve jusqu'au xvii» siècle (Molière} : ce sens positif a été transmis par diiCttt à quelque (c'est proprement une abréviation de la proposition quels que seit) et à quelqu'un.
MuLTus et PAucus ne se présentent déjà plus que rarement comme adjectifs au xii» siècle; d'ordinaire on rencontre le neutre [moût de, poi de). Cependant le provençal est jusqu'à ce jour resté fidèle à l'emploi de ces mots comme adjectifs,
E. — Dans les Verbes anzillaires
80, Parmi les verbes auxiliaires, il faut ranger /aire, dans ses différents emplois. Ainsi Tobler a démontré', que l'on pouvait dire il /ait porter pour il porte, et faites-moi escouter! pour escoutes- moi! Cette tournure à l'aide âe/aire n'est plus usitée dans la langue moderne qu'avec ne... que, p. ex, je ne/erai qu'aller el reoenir, il ne/ait que lire.
Deooir sert quelquefois en ancien français à remplacer le futur et l'impartait du futur'. Dites u querre le devés, et relativement au passé : ne savoie quel part jou querre le decoie. En outre deooir peut avoir le sens de » être sur le point de » {mort me dut avoir ::= il a failli me tuer}.
Pooir s'emploie dans les évaluations, lorsqu'on n'indique pas un chiffre exact et précis : quarante mille checalier poeent estre. ,
Vouloir s'emploie souvent quand une action a été non seulement voulue, mais même exécutée; il nous semble aujourd'hui inutile d'exprimer dans ce cas l'idée d'une
2) i;, Wkbkr ; ctr. aussi Buroatzcky, p. ITCF.
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intention : il se toloitmoUpener; (rusqu au paies ne ae voli ar ester.
Le subjonctif peut lui-même être tourné par des verbes auxiliaires ' : Ce apartient a leal roi que il doit maintenir la
F. — Dana les Prépositions
81. Les changements dans l'emploi des prépositions ont une importance toute particulière ; ce n'est pas, comme on l'a dit, la disparition des formes casuelles qui a amené l'emploi des tournures oii entrent des prépositions; c'est la tournure à l'aide des prépositions qui a amené la chute des cas (excepté le nominatif et l'accusatif) dans la langue populaire, toujours à la recherche de la clarté. Les fonctions du génitif étaient, en général, passées à la préposition latine de : on se représentait la partie comme ôtée du tout, ou bien la propriété comme dépendant en quelque sorte de son possesseur. 11 est probable que la préposition a supplanté le cas d'abord dans quelques-uns de ses emplois, puis dans tous, lorsqu'on eut pris l'habitude d'hésiter entre de et le génitif.
Le génitif de possession complément d'un substantif pouvait aussi être représenté par l'accusatif (cas régime), mais seulement' lorsqu'il était précédé d'un pronom (es œnres nostre père, Dial. de Greg. 286 ; la terre le rei]. L'accusatif a ici la valeur d'un casus injinitivus c'est-à-dire de la forme casuelle la plus générale et la plus indéterminée, dont la valeur exacte doit ressortir du contexte. D'ordinaire cet emploi n'est pas toléré dans les mots à sens impersonnel, parce qu'ils ne peuvent avoir aucune possession proprement dite. Cependant quelques passages de textes très s attestent que la langue se comportait avec plus de
1) BiecHOpp, p. 43.
S) Sauf le gé.nitit des noms propres, celui de deus, et quelques vieilles tournures, comme lejil Sainte-Marie, loden mcnestiar, de rei
liberté jusqu'au xii» siècle : Jîllies Jherusatem (Pass, ), le vendredi num et le cigillejurn (Comput),
Le plus ancien exemple du cas régime remplissant les fonclioHS du géoitit se trouve dans te Probi Appendix : cico capitis A/ricae, non vico caput Africae. Il en est resté des traces dans le français moderne p. ex., dans : à la queue le leu (écrit leu leu), la/éle-Dîeu, la [fête] Saint-Jean, l'église Saint-Pierre, et dans les noms de lieu comme Bourg-la- Reine, la Chaixe-le-Vicomte (Eu re-et- Loire).
La possession est considérée comme une sorte de dépendance, et s'exprime à l'aide de la préposition ad : la terre al rei. Marol disait encore la mère au berger, et même dans la langue actuelle, nous avons l'expression populaire ; le ^Is à Nicolas, et la locution : disputer de la chape à t'évèque.
Une création toute française, c'est celle de ce qu'on appelle l'article partitif. Pour indiquer que l'on considère à part une certaine quantité d'un tout, ou quelques individus d'un groupe, on mettait jadis au cas régime le nom de la totalité, comme un véritable complément, sans le faire précéder d'article ; on pouvait encore placer devant lui la préposition de et l'article. La seconde tournure a fait disparaître la première : dqnnei-moi du vin, prêtez-moi des libres. Cette tournure a l'avantage de ne contenir aucune évaluation de la quantité extraite du tout, ni du nombre d'individus dont il s'agit. Ce n'est que dans un état plus récent de la langue que l'expression prépositionnelle du vin, etc., arriva à s'employer comme sujet. Quand le substantif était accompagné d'un adjectif, on employait toujours autrefois l'article défini : des vieux livres. Néanmoins, depuis le xvn» siècle,, l'article est toujours supprimé devant l'adjectif [de vieux livres) k moins que ce dernier ne complète si étroitement le substantif, qu'il semble former avec lui une seule et même notion {des jeunes personnes). De devant le sujet logique était une tournure ordinaire en ancien français, par exemple : Bone chose est de pais. De voetre mort fust grans damages, qui signifie
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d'abord d'après Tobler : du fait de votre mort il sérail résulté un grand dommage. La langue moderne a maintenu cet usage de de, dans le cas où le sujet logique de la proposition est un infinitif, par exemple ; Il est douas de revoir les murs de la patrie.
Le datif latin, dont se sont conservées seulement quelques formes pronominales, est dans tous les autres cas tourné par la préposition ad.
De môme qu'il peut remplacer le génitif complément d'un nom, le cas régime sans préposition peut remplacer le datif, par exemple: que son fradre Kario jurât {Serments de Si2) ; toutefois ce fait ne se produit d'ordinaire qu'avec des noms de personnes, plus rarement avec des noms de choses considérées comme des personnes {H nuns Joiuse l'espee fut dunet Roi.) Ce tour s'est encore maintenu au-delà du XIV* siècle.
Meniionnons ici un tour remarquable, celui où la préposition à accompagne le sujet logique d'un infinitif qui luimême dépend d'un verbe signifiant faire, laisser, voir, entendre {entendre dire à quelqu'un, etcl ; il faut toutefois <]ue ce sujet ne soit pas un pronom'.
En outre, à employé à côté d'un nom peut indiquer non seulement l'appartenance, comme on l'a vu, plus haut> mais encore une propriété ou une qualité : Guillaume al cort nés, esperon a or ; la dame al vis cler, k côté de o {^^^ apud) le cler vis.
Jusqu'à (^ DE uSQUE ad) peut, en français moderne, se placer devant le sujet au sens de «même h; alors le sujet est à l'accusatif.
L'ablatif s'exprime à l'aide de l'accusatif précédé d'une préposition'. D'ailleurs dans la plupart des cas la forme de l'accusatif était identique à celle de l'ablatif : ventu(m} ;=
VENTO, FLORE(m) =^ FLORE, VENT(i|s ^ VENT(o)8.
1) C'est ce que Tobi.eh explique d'une façon satisfaisante, 167, 2> Nbue, II, 784.
174 LE FRANÇAIS RT LE PROVEffÇAL
Les diverses fonctions de l'ablatif oe pouvaient passer à une préposition unique ; toutefois le plus souvent c'est cfe qui sert à le remplacer. Le locatif dont le latin déjà avait perdu la notion en tant que cas spécial, céda la place à en ou dans, plus tard à [en, dans Paris, aujourd'hui à Paria). Le moyen s'exprimait à l'aide de per {par sa main) oa apud [od sa main).
Les prépositions peuvent même trouver place devant lea adverbes, et par conséquent aussi devant les locutions adverbiales : au jour d'huy, pour demain, d'outre mer, d'avec son père.
APUD, en ancien français ot od o, en provençal ab, amb, a pris les fonctions de oum, qu'il a fait disparaître, aussi bien dans l'expression de l'accompagnement que dans celle du moyen.
83. L'emploi de la préposition in, français en. s'est peu à peu restreint. En ancien français en était d'un usage iàea plus répandu qu'aujourd'hui ; sa disparition a été facilitée surtout par la préposition à et l'adverbe dans , ancien français dem (= DE iNTUs) employé comme préposition.
En ancien français, en indique encore souvent l'extérieur d'une chose comme en latin (sedere in eguo, ancien français seoir el cheoal). Cette [onction ne s'est conservée que dans peu de tournures [casque en lèie, Jésus est mort en croix), et dans les autres cas elle a été attribuée à sur : sur le chenal, sur la croix.
Le plus souvent en servait à exprimer l'idée d'antériorité et signifiait notamment, comme déjà en latin in, soit le repos dans un lieu, soit le mouvement vers ce lieu. Dans les deux sens, en pouvait être appliqué au temps et aux notions abstraites.
A cet emploi temporel appartient le en uni au gérondif : en chantant, latin in cantando. Au moyen âge en alternait surtout avec dedem [en la ville, dedem la ville) qui accentue davantage l'idée d'intériorité, et l'oppose à celle d'extériorité.
Dem au contraire était, jusqu'au milieu du xvio siècle, tout àfait inusité ; les quelques exemples qui attestent l'existence de ce mot en ancien français, ne sont en partie pas même assurés. D'après Darraesteter, auTï indications duquel nous nous conformons ici, on trouve pour la première fois dans Mellin de Saint-Gelais, quatre exemples de l'emploi prépositionnel de dans {dans le feu, dans le cœur, dans rostre maiaùn, dans costre mesnaige) ; chez Ronsard, dans est déjà très ordinaire. Ce dans a probablement été refait sur la vieille forme dedans, d'après sous : dessous, et surtout d'après hors : dehors. 11 s'emploie principalement pour remplacer en dans les tournures où cette dernière forme déplaisait à la langue, notamment au lieu des formes contractes ou (auparavant el de en le) et es (de en les] ; puis l'usage de dans s'étendit d'une façon générale aux tournures dans lesquelles le substan'if était accompagné d'un déterminatil (article possessif ou démonstratif). £n se maintint surtout devant les mots non accompagnés d'un déterminatif ; en /es est tout à fait inusité; en le ne s'emploie que devant une voyelle [en l'état], où l'ancien français, lui aussi préférait la (orme non contracte ; la locution en la seule, où une contraction ét^iit impossible, s'est, pendant un certain temps, maintenue dans l'usage, tandis qu'aujourd'hui il s'y attache une nuance d'archaïsme. Mais à côté de cette forme, on trouve aussi au et aux remplaçant oh et es, par exemple dans au nombre de, au nom de, au lieu de, expressions auxquelles il était permis, au xvi^ siècle encore, de substituer ou nombre de, ou nom de, ou lieu de. Au contraire, en est demeuré dans l'usage dans en lieu de et même dans en mon nom, en cet endroit. Devant les noms de villes aussi, en a tenu la place de â : en Alger se lit encore chez Molière. Les noms de pays sont toujours précédés de en.
Ou a complètement disparu, es n'est demeuré que dans quelques locutions (es lettres, es lois). Dedans en tant que
D.q.t.zsdt)yG00l^lc
préposition a complètement cédé la place à dan» ', qui accentue l'idée d'Intériorité comme le faisait précédemment dedans {ancien français dans la ville et en ville) ; quand il sert à exprimer un laps de temps {dans huit jours), dans indique ce temps entièrement révolu. L'ancienne langue employait aussi dans ce sens en {en htUt jours).
La préposition pro est représentée par per en Italie, en Roumanie et dans le Midi de la France, même en composition, par exemple /lerrcaer^pROviDERE. Cet usage remonte sans doute à l'ombrien, où pro ne servait qu'à marquer le lieu, tandis que per s'employait au sens figuré de pro latin *.
Nous nous bornerons à ces indications, sans entrer dans l'étude des changements propres à l'emploi des adverbes et et des conjonctions.
BIBLIOGRAPHIE
Outre la ti'oisîème partie de la Grammaire de Diez, les meilleures études à indiquer sur la syntaxe française sont : A. Tobler, Vermischte BeitrSge sur fransôsinchen Grammntik (1886)- Pour le XVI' siècle il faut recourir aussi à l'ouvrage de DarmesCeter et Hatzfeld, Le Seizième siècle en France ; — Chassaug, Nouvelle •e J'rançaise, 10' ëdicion^ iyt5. — Citons encore comme mportants : A. Darmesteter, Note sur l'histoire des prépositions en, enj, dedans, dans (1885). — F. Bischoiî. dev KonjunMÎB bei Chrestien (Halle 1881). — O. Burgateky, das Imperfect und Plus quain Perfect des Futurs (18861- — E. Weber, ûher den Gebrauch ton deeoir, laissier, pooir..., (1879). — A. Haase, Fran;:ôsische Syntax des XVII.Jakrhunderts (Oppein 188^).
1) Cependant Molière dit encore dedans ma porbe. elc.
2) SiTTi-. Lokale Vei-tcli., p. 72,