CHANGEMENTS D'EMPLOI
aviegne). Ces deux tournures sont attestées pour la première fois par le roman de Brut, de Wace (H55) ; et il employé comme sujet d'ua verbe réfléchi impersonnel commence à être en faveur dès le milieu du xive siècle [il s'en faut, il se trouca). En français, le nominatif lo le de illud n'est jamais construit immédiatement avec le verbe qu'en qualité d'attribut (comme aujourd'hui encore: Eles-ootia heureux? — Je le suis]. Le provençal emploie aussi comme sujet le nominatif lo {lo Ihi sia auireyat), mais sans doute pas depuis une époque très reculée-
76. A côté de son emploi commepossessif, suusenareçuun autre : d'un côté, en roman (mais non toutefois dans le roman ibérique) il n'est plus usité que lorsqu'il y a un possesseur unique, lor = illorum servant à indiquer un plus grand nombre de possesseurs ; mais d'autre part l'emploi de suus s'est étendu contrairement à l'usage latin, et a remplacé même celui de Eius, c'est-à-dire que suus peut ne pas se rapporter au sujet'-
La forme accentuée du possessif pouvait autrefois s'employer adjectivement, le plus souvent avec l'article défini (encore chez Marot et Rabelais), mais aussi avec l'article indéfini [un mien ami], tournure qui, actuellement, appartient à la langue familière.
L'ancien français et le provençal aiment assez à tourner le possessif par le pronom personnel précédé de de {la voluntet de lui au lieu de sa coluntet] : c'est un usage qui s'est conservé longtemps, et qui subsiste encore dans certains cas {l'amitié de la reine et de cous).
77. Les formes affaiblies de ille (accentué sur la seconde syllabe) servant à exprimer l'article, se trouvent dans des documents du vi» siècle. Les Serments de Strasbourg n'en présententaucun exemple, peut-être parce qu'ilsavaient d'abord été rédigés en latin, avant d'être traduits en roman. Làoùl'em-
1> Déjà en 553, voy. VArchw de WôLFfLiN, n, 38.
ploi del'article en français est nettement distinct de son emploi en allemand, la construction est, en général, d'accord avec les autres langues romanes. Les règles particulières relatives à l'emploi de l'article avec les noms géographiques se sont établies peu à peu ; le moyen âge ne les connaissait pas
Lo ou le au sens de celui se présentait en provençal et en ancien français devant de ou un accusatif ayant le sens du génitif, par exemple ^a 5a(n(-il/(eAe/ (encore aujourd'hui), le Richart pour celui de Richard, le ion père (s. e. escu), TaM^rMi (ordinairement dans le sens de : le biendes autres). prov. lo d'Alcernhe. Cet emploi s'esl encore maintenu dans des noms de lieu ; Nogent-l'Artaud, Montfort-CAmaury, Villeneuve-la-Guyard. Quelquefois en provençal on trouve l'article devant le relatif (^as gu'ieus ai mentaugudas, comme en espagnol).
L'emploi de eeiut comme substantif, decei comme adjectif, ne s'est fixée qu'à l'époque moderne. Du Bellay écrit encore celle forme et cette-ci. L'usage du nom de nombre unus comme article indéfini n'était pas étranger au latin lui-même, de sorte que la langue populaire n'eut, ici encore, qu'à développer une tournure qui existait en principe. Le pluriel de UNUS ne s'employa, comme en latin, qu'avec les noms ayant seulement la forme du pluriel : prov. unas noms (une nouvelle}, unas forças (une potence) ; de même en français unes lettres. Mais à côté de cet emploi on trouve aussi le pluriel de unus au sens de i( quelques » : prov. unas gens (r::; quelques), a. fr. uns /«/-«nce/s (quelques voleurs. Livre des rois), ans ckeveus (quelques cheveux). Peut-être comprendrait-on mieux le sens de cet uns, wnesendisant qu'on a affaire ici à un article partitif. Cet emploi est très rare au nominatif pluriel. Il se maintient jusqu'à l'époque de Villon, qui le connaît encore,