‹ Le français et le provençal: Trad.par P. MonetChapitre 3 sur 38 · EXPLICATION DES SIGNES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES SIGNES

Un point placé sous une voyelle en indique le son fermé [a indique un son grave de a, voisin de o) ; le signe (, } placé de même (9, ç, etc.) note le son ouvert; le signe (") surmontant une voyelle {à, ë, etc.) marque qu'elle est nasalisée.

Le signe (') indique la place de l'accent principal d'un mot; (") une longue ; ("} une brève ; ( ' ) la réunion de plusieurs voyelles en une seule syllabe ; (*) une forme qui est sans exemple dans les textes connus. Un accent (') ou le signe (') après une consonne signifie qu'elle est mouillée; k', g^ marquent la prononciation palatale de k, g. Une parenthèse indique un son qui tombe : pe{n)su(m), bon[o)a.

Signes particuliers :

St=th anglais faible {àaxisfather).

S=th anglais fort (dans thing).

ic ou !f := ou semi -consonne.

jy ou î = i semi-consonne.

i ou P ou l' ^ l accompagné d'un yod {l mouillé).

h ou n'ou w' ^ « accompagné d'un yod ( n mouillé).

■n=n allemand devant g, k.

œoa 0:=: eu dans le français peu.

œ= eu dans le français peur.

à^ ch français.

i^j ànna Juger.

X = ch dans l'allemand aek ; x' ^^ eh. dans ich.

T^g dans l'allemand sagen.

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CHAPITItE PREMIER

A. — Limites actuelles

1. Les limites du domaine do la langue française, — ce qu'on peut appeler la frontière dialectale, — ne concordent qirapproxiniativement avec les frontières politiques actuelles. En plusieurs points du Sud et de l'Ouest, elles restent à l'intérieur de ces dernières, tandis qu'au Nord et à l'Est, elles les franchissent et s'en éloignent à une distance importante.

Tout d'abord, au Sud-Ouest, il fautfaire abstraction, pour le roman, de la partie nord du domaine basque. La localité romane située le plus au Sud-Ouest dans les Pyrénées est Lescuu, près d'Accous, sur le gave d'Aspe (arrondissement d'OIoi'on, Basses-Pj'rénées) ; celle située le plus au Sud sur la côte occidentale est Biarritz. Au Nord-Ouest de Lescun, la frontière du basque est marquée par les villages de Sainte- Engrace, Haux, Tardets, Esquiule, Arrast, Aroue, Etcharry, Domezain, Arberats, Camou-Mixe, Ilharre, Bardos, Ayherre, Briscous, Urcuit, Lahonce, Le Francai^f et le Prnreiiçal. 1

Saint-Pierre-d'Irube près Bayonne ' , Arboone, et, sur la mer, Bidart. Entre Bardos et Ayherre, à La Bastide-Clàirence, la langue romane occupe encore un territoire qui s'avance dans le domaine basque, et il en est ainsi depuis fort longtemps; car les nombreux endroits appelés La Bastide ont été fondés pendant les xui» et xiv« siècles. Le basque se parle dans ce qu'on appelait autrefois le Pays-de- Soûle, la Basse-Navarre et le Labourd, c'est-à-dire, d'après la division actuelle, dans cette partie du département des Basses- Pyrénées qui comprend les arrondissements de Mauléon et de Bayonne, et Esquiule dans l'arrondissement d'Oloron. — Le nombre des liabitants qui parlent le basque est évalué â 140,000 • ; toutefois, dans presque toutes les localités du domaine basque, il y a une minorité, — dont le nombre grandit, il est vrai, tous les jours, — qui emploie aussi l'idiome gascon, limitrophe du bt^que.

H faut encore retrancher du domaine français proprement dit la partie occidentale de la Bretagne, où l'on parle des dialectes celtiques, ou, comme on les appelle, le Bas-Breton. Aujourd'hui, sur la côte Sud de la Bretagne, l'endroit breton situé le plus à l'Est est Ambon. De là, la frontière dialectale se dirige, entre Vannes et Elven, vers les villages demeurés bretons de Plaudren, Saint-Jean-Brévelay, Moréac, Naizin, Noyal-Pontivy, M ùr-en- Bretagne, Saint-Mayeux, Corlay, Saint-Fiacre; puis elle passe, à l'Ouest, près des villages français de Plouagat, Plélo, Plourhan ; eUe atteint la côte septentrionale de la Bretagne près de la commune bretonne de Plouha. En général, les habitants de ces villages frontières parlent aussi le français; cependant les vieillards ne comprennent que le breton, qui s'emploie de préférence dans les relations de famille, — On parle également breton dans le cercle d'îles qui environne la Bretagne, et dont

1) C'est le seul point où l'on rencontre une commune basque près d'une commune française.

2) LocHAinE, 1879.

LIMITES DU DOMAINE GALLO-ROMAN ^i

la plus grande est Belle-Ile. il en est de même dans sept communes de la presqu'île de Batz (Loire-Inférieute), où l'on rencontre, à côté de 200 personnes ne comprenant que le breton, 1,000 personnes comprenant aussi le français. Abstraction faite de ces sept communes, le breton est limité aux départements du Finistère, du Morbihan et des Côtesdu-Nord : le premier est entièrement breton, les deux autres ne le sont qu'à moitié. D'après Sébillot (1886), le nombre des habitants qui comprennent seulement le breton S'élève à 679,700; le nombre de ceux qui comprennent également le français, à 663,000 '. Le chiffre total des Bretons atteint 1,322,300; mais dans ce chiffre ne sont pas comptés les ouvriers bretons établis au Havre, à Trélazé près d'Angers, etc. (soit 18,400 individus}.

Dans la partie la plus septentrionale de la France, on parle flamand ou nederduitsck; actuellement ce dialecte est limité aux deux arrondissements de Dunkerque (Duinkerke) et d'Hazebrouck (Hazebroek),et àquatre communes 'du département du Pas-de-Calais, Ce sont d'abord deux faubourgs séparés de Saint-Oraer par l'Aa, et habités par des maraîchers et des bateliers : le Haut-Pont (Hoogbrugge) et Lyzel (Lijsel, c. à d. l'Ue) ; ensuite, Clairmarais, près de Saint-Oiner, et au Nord-Ouest de cette ville, Ruminghem.

L'extrême limite du domaine du dialecte allemand en France est marquée par les communes de Dunkerque, Grande -Synthe (Groot Sinte), Mardick (Mardijk), Loon, Craywick (Kraaiwijk), Bourbourg(Boerburg), Saint-Pierre- Brouck (St. Peiter's Broek), Watten, Saint-Momelin, Renescure, Blaringhem, Boeseghem, Steenbecque (Sf«enbeek), Morbeeque (Moerbeek), Vieux-Berquin (Oud-Ber-

1) Les cliiirresde67a,7Wet 663,000 résultent d'uQ calcul déteclueus de Sâbillol. En réaliié, la répartitioQ doit être ainsi faite : Finistère, individus ne comprenant que le breton : 308,000 (au lieu de 352,000); individus comprenant le français et le breton : SSO.OOO (au lieu de 302,000); total : 622,000. (Le calcwl en question contienl encore d'autres erreurs.)

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kijn), Bailleul (Bellel. Dans toutes ces localités on parle à la fois le français et le flamaud ; le français prédomine dans les douze premiers, le flamand dans lus quatre derniers. Le chiffre total des communes flamandes en France, en 1870, était de 106, comprenant 176,860 habitants, dont environ 2,000 appartiennent aux quatre communes de l'arrondissement de Saint-Omer.

Déduction faite des trois domaines indiqués ci-dessus, el formés d'un département complet (Finistère) et d'importantes parties de quatre autres départements, il ne reste, à l'intérieur des trontiÈres politiques de la France, que le domaine de la langue romane. Toutefois, au Nord et à l'Est, les limites de ce domaine ne coïncident pas exactement avec nos frontières politiques ; comme on l'a vu, elles les franchissent pour s'en éloigner plus ou moins. C'est ainsi qu'appartiennent au domaine du français des portions de l'Angleterre, de la Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne, de la Suisse et de l'Italie. ■

2. Les îles normandes de Guernesey, Jersey, Sarlce, Aurigny (en anglais Aldemey) font, depuis 1204, partie de l'Angleterre, mais on y parle encore français.

La ville française la plus septentrionale sur la Manche, et en môme temps l'endroit du domaine roman le plus septentrional de toute l'Europe, est Gravelincs (Gvevelingen). Depuis cette ville jusqu'à la Belgique s'échelonnent, le long de la frontière dialectale comme dernières localités, françaises par le langage : Saint-Georges (Saint-Joris), Saint-Folquin, Sainte-Marie-Kerque, HouUes, Tilques, Saint-Martin, Saint- Omer, Arques, Wittes, Aire, Thiennes (Tienen), Merville, Neuf-Berquin (Nieuw-Berkijn), Steenwerck, Nieppe. A Wervicq (Warwijk) et à Menin (Meenen), on parle le flamand. Dans les communes de Halluin (Hallewin) et de Roncq, voisines de Menin, la population est mêlée. — La frontière entre la France et la Belgique est marquée par la Ljs, qui laisse à la France une petite partie de la ville belge de War-.

néton ou Waest«n (où prédomine la langue française) et à la Belgique une petite partie de celle de Comines (plus qu'à moitié française pour la langue).

Sur le territoire belge, la frontière dialectale se dirige à peu près de l'Ouest à l'Est.

Dans la Flandre occidentale, les localités suivantes, situées à la frontière française, sont wallones (ancien dialecte français) : Mouscron (Moescroen), Luiiighe, Hersaux, Dottignies, Espierres, A Reckem, la population est mêlée. Au wallon appartient la moitié des habitants de Houtheni, un septième de Neuve-Église (Nieuwkerke), un huitième de Messines, un quart de Zandvoorde.

La frontière dialectale atteint l'Escaut, près d'Helchin (mêlé pour la langue), et coïncide ensuite avec la frontière qui sépare la Flandre orientale du Hainaut ; dans la Flandre orientale, il n'y a de wallon que les communes d'Orroir, d'Amougies et de Russeignies (Roosenaken) et plus à l'Est, Rcnaix (Ronsse), localité où une minorité parle wallon ; dans la province de Hainaut, il n'y a d'allemand qu'Everbecfc, Ghoy (où un quart do la population parle flamand), Biévène (Bcver), Saint- Pierre- Capelle, appelé autrefois Saint- Pi erre en Warde, Engliien (Edingon, vulgairement Ingen ') ; Marcq appartient pour moitié au wallon,

La frontière du français franchit la Dender au-dessous d'Akkeren, où existe une petite minorité allemande, de même qu'à Lessines (Lcssen), au-dessus de cette localité.

Entre Enghien et Petit-Enghien, la fi-ontière dialectale passe en Brabant.

En Brabant, elle atteint la ville presque toute française do Saintes (Sante-Reneldo), près de Tubize (Tweebeek), et franchit la Lenne entre Tubize et le village à demi-flamand de Lembecq (Lembeck) ; tandis que le premier de ces endroits ne comprend qu'une faible partie d'habitants parlant flamand, I domine le

le dernier est presque entièrement flamand. — La frontière dialectale remonte ensuite au Nord vers les trois localités presque toutes françaises de Braine (Braine le Château ^= Kastel-Brakel ; Wauthier- Braine ^^ Wouter-Brakel ; et Braine-l'AlIeud ^ Brakel-Eigeo) ; puis, après avoir pris la direction de Waterloo, qui est presque complètement français, et traversé La Hulpe (Ter Hulpe), elle passe au Nord près des territoires français de Wavre (Waveren), Archennes |Arken),Bossut(Boschuit),BeauYechain (Bevekou), l'Écluse (Sluize) ; puis elle franchit la grande Geote entre Zétrud- Limay (Zittaerd-Lûmmen) — où prédomine le français et qui est au delà de la localité toute française de Jodoigne (Geldenaken), — et le village flamand de Hougaerde ; ensuite, elle passe près des endroits wallons de Neerheylissem et d'Opheylissem.

Dans la province de Liège, le Nord-Ouest' appartient au domaine allemand. De là, la frontière de la langue suit, k partir de l'endroit wallon de Corswaren', la frontière des provinces de Limbourg et de Liège, jusqu'à la région du Geer inférieur, oià sont wallons les villages suivants, qui étaient primitivement flamands : Otrange (Wouteringen), Herstappe, RocIenge-sur-Geer (Rukkclingen), Bassenge (Bitsiogen), Wonck, Eben-Emael, Lanaye {Ter Naaien). Quant à Guygoven, Uykhoven, Ryckel et Henis, ce sont quatre enclaves wallones dans l'arrondissement de Tongres (que Bramer ne veut pourtant pas reconnaître comme tels).

La frontière de la langue franchit la Meuse entre Liège et Maestricht un peu au-dessous de Vizé (Wezet).

D'après ce qui précède, le domaine flamand comprend, en Belgique, les villes de Courtrai (Koortrijk), Audenarde (Oudenaerde), Grammont (Geraerdsbergen }, Hal, Bruxelles

1> La région située au Nord de la ville allemande de Houtain l'Évêque ou Wals Hautem.

2) indiqué comme flamand par Winkler.

LIMITES DU domaine: GALLO-ROMAN 7

(comptant dans la ville haute et dans le faubourg d'Ixelles ou Elsene une importante partie française), Louvain (Loewen), Tirlemont (Tienen), et Tongrcs (Tongeren).

Près de Vizé, la frontière se détourne vers le Sud-Ouest, laissant au domaine de la langue allemande la localité beige d'Aubel; elle passe entre Limbourg (français) et Welkenraedt et Eupen (allemands), puis franchit la crèle du Hohe-Venn, et découpe, dans la Prusse Rhénane, un territoire dont la ville principale est Malmedy. Les villages frontières de la Prusse où se parle le wallon sont Sourbrodt.Faymonville- Osselborn, Ondenval, Ligneuville-Engelsdorf, Pont.

Depuis l'Amblève, au bord de laquelle se trouvent les deux dernièreslocalités,tafrontière s'infléchit presque directement vers le Sud, et laisse à droite Viel-Salm, Houffalise et Bastogne ; elle coïncide d'abord avec la frontière politique de la Belgique et de l'Allemagne', puisavec celles de la Belgique et du Luxembourg. Le grand duché de Luxembourg appartient au domaine de la langue allemande, sauf trois localités où l'on parle des dialectes français*. Deux d'entre elles, Doncols et Sonlez (Soller), se trouvent à l'endroit où la frontière luxem- ■ bourgeoise s'approche de Bastogne (Bastonach); la troisième, Haut- et Bas-Rodange, est à l'angle Sud-Ouest du Grand- Duché. Entre Bastogne et Fauvillers, qui est à demi-allemand, la frontière dialectale atteint de nouveau le territoire belge. L'arrondissement belge d'Arlon (Arel) tout entier est allemand, sauf les villages réunis de Rachecourt (RdsiDgeo) et Meix-le-Tige (Deutsch Meisch) où domine te wallon, de Halanzy (à demi-wallon), et d'Athus (plus qu'à moitié

1) Du côté de la Belgique, îa langue aUemande n'est employée qu'ù Bockholz ou Beho et à Tinlange.

2) Pour o« qui concerne les localités Irançaîses du Luxembourg, je me" conforme aus indications que m'a données par lettres M. le professeur J. -A. Biaise, qui connaît à fond lepays. Ces indications ue concordent pas tout â fait avec celles que l'on avait jusqu'ici. (Cf.BôcKH.p. 185-6; c(. aussi Grôbbr. Grundrias, p. 421.)

wallon). L'endroit allemand situé le plus à l'Ouest est Hachy.

En résumé, le domaine du français s'étend, en Belgique, à une petite partie des provinces de la Flandre orientale, de la Flandre occidentale et de Limbourg, à la partie Sud du Brabant, à la plus grande partie des provinces de Hainaut, de Luxembourg et de Liège, et à toute la province de Namur, Le nombre des Franaguitlons, nom qu'on donne par plaisanterie aux Belges parlant français, s'élève à 2,237,867 ', outre lesquels 420,339 parlent en même temps le flamand.

Près de Longwy, où l'on parle français, la frontière dialectale coïncide, sur une étendue très restreinte, il est vrai, avec la frontière politique de la France et de l'Allemagne, et l'on arrive aux territoires annexés*. En Lorraine, 135,886 habitants ont pour langue maternelle le français ; dans la Basse-Alsace, 22,973 ; dans la Haute-Alsace, 16,486. Dans la première de ces trois régions, les deux langues sont parlées par 87,414 habitants ; dans la seconde, par 2,179 ; dans la troisième, par 37,331.

L'allemand domine à Thionville (Diedenhofen); à Boulay (Bolchen), il est la seule langue usitée. A partir de cette ville, la frontière est marquée par la Nied allemande jusqu'à Faulquemont (Falkenberg), qui est du domaine allemand. L'allemand seul se parle à Fénétrango (Finstingen) sur la Saar ; il domine à Sarrebourg (Ssiarburg), et est seul employé à Viller ( Weiler) sur le Giessen, à Schlestadt et à Colmar, ainsi qu'à Munster, où la frontière dialectale coïncide de nouveau aveo la frontière politique. — Par conséquent, il reste au domaine de la langue française : Metz avec ses environs ; le

1) Recensement de 1880.

2) ici l'on a pour s'orienter une carte de Kiepert ; il n'y indique pas seulement, des deux câtés de la frootiâre, les dernières localités appartenant en propre à chaque langue, mais encore il note, à l'aide

. de traits distinctifs, dans les endroits intermédiaires oil les deuK langues sont employées, la proportion relative de l'iîléraent français et de l'élément allemand.

village frontière de Condé {Kontchen) où la Nied française se réunit à la Nied allemande; Chdteau-Salins; Diouze, Lorquin (Lorchingen) ; Abreschville ( Albersweiler) ; la moitié de Lùtzelliausen et la haute vallée de la Brusch. dans laquelle se trouve toutefois enclavé un petit territoire de langue allemande, la colonie anabaptiste de Salm ; au Sud de Schirnieck (où le français domine) le Ban -de-la- Roche (Steînlhal) ; Saiote-Marie-aux-Mines (Marltirch, où l'allemand a aujourd'hui la prépondérance} avec le haut val- de Liepvre (Leberthal) jusqu'à Liepvre (Leberau, dont un tiers est allemand! ; '* Poutroye (Schnierlaeh) ; enfin Orbey [Urbcisi dans la haute vallée de la Weiss. A l'Ouest de Munster, la frontière dialectale atteint les Vosges, et, depuis ce point, suit la frontière politique, en passant par-dessus le Ballon d'Alsace, jusqu'à la région située au delà de la Téte-derOurs (Bàrenkopf}. A partir de ce point, le domaine de la langue trançaisenecomprendplus.en Alsace, que dix villages situés près de Dannemarie (Daramerkirch), tout contré la frontière française', et trois autres villages sur la frontière suisse.

A partir de l'un de ces trois villages, celui de Lucellc fGross- Lûtzel) situé sur la rivière du même nom, la frontière de la langue française suit pendant quelque temps le cours de la LuccUe ; sur la rive droite de cette rivière se trouvent comme premières localités allemandes de la Suisse, Ederschwyler et Roggenburg, au-dessus du village allemand de Klein-Liitzel. La frontière s'infléchit ensuite vers la Birs, qu'elle franchit entre Liesberg, commune de langue allemande, et Soyhière (Saugeren) où domine le français, en dessous de Delémont (Deisberg}, où il domine également. Puis elle atteint la limite occidentale du canton de Soleure, pour la suivre jusqu'aux environs de la localité allemande de Boujean (Bôzingen) au nord de Sienne (BieH- Toutefois il reste à la langue alle-

1) Bûsching les indiquait dpjâ comiiii> acMic,<,

mande, dans le canton de Berne, Elay (Seehof) et La Scheulte (Schelten), Près de Bienne, ville plus qu'aux trois quarts allemande, la frontière dialectale atteint le lac de Bienne, et le suit dans toute sa longueur du Nord au Sud. Cependant, il faut compter comme presque allemandes, sur le bord Ouest du lac, les localités qui appartiennent à la circonscription de Nidau ; dans celle de Bienne, le français domine k Evilard-Leubringen.

La frontière de la langue se continue en suivant le cours de la Thièle (Zihl), jusqu'au lac de Neuchâtel, qu'elle quitte aussitôt après l'avoir atteint, pour se détourner avec la rivière de la Broyé vers l'extrémité Nord du lac de Morat ; puis les langues sont séparées par ce lac lui-même. Dans la ville do Morat on compte (d'après le recensement de 1880) . 1,860 allemands et 488 français.

Dans le Jura bernois et dans le canton de Neuchâtel, ainsi que dans certaines parties du canton de Vaud, beaucoup de communes comptent parmi leurs habitants des allemands dont le nombre diminue de plus en plus, à mesure qu'on descend vers le Sud : ce nombre comprend, dans la circonscription de Delémont, deux dixièmes de la population ; dans le val de Moutier et dans la circonscription de Courtelary, quatre dixièmes ; dans l'espace qui s'étend de Courlelary au Sud de Neuchâtel, trois dixièmes ; à l'Ouest, à partir du milieu du lac de Neuchâtel, deux dixièmes ; plus au Sud, sur un territoire assez étendu, un dixième ; dans la circonscription de Fribourg, deux dixièmes. D'autre part, l'élément français comprend trois dixièmes do la population sur la rive Est du lac de Morat.

La frontière dialectale, après s'être dirigée du lac de Morat vers Fribourg, partage cette ville, avec le cours de la Sarine ou Saane, en une ville haute qui est française (4,306 habitants} et une ville basse qui est allemande (7,140 habitants). Puis elle franchit le sommet de la Berra, gagne, en passant entre Charmey (Galmis) et Bellegarde (Jaun), la Dent-de-

Ruth, point de jonction des trois cantons de Fribourg, de Vaud et de Berne ; elle suit alors esactement, en se dirigeant vers le Sud, la frontière des cantons de Vaud et de Berne, qui a été établie d'après la différence des langues. De là, elle franchit la Sarine entre Rougemont et Saanen , et monte vers l'Oldenhorn (massif des Diablerets), pour suivre dès lors vers l'Est la chaîne des Alpes bernoises, qui forme en même temps la limite entre les cantons de Berne et du Valais. A partir du sommet du Wildstrubel, elle tourne au Sud, et un peu en dessous de Sierre (Siders) où domine l'allemand, elle franchit le Rhône. Sion (Sitten) est aux deux tiers allemand, et la mûme langue domine à Bramois (Bremis). Sur la rive gauohe du Rhône, la frontière dialectale suit la ligne des sonamets, entre le val Anniviers (Einfisehthal) et le val de Tourtmann (Turtmannthal), jusqu'au mont Gabelhorn et au mont Cervin (Matterhorn) ; puis, laissant à gauche le mont Rose, elle quitte le domaine de la langue allemande près de l'endroit de ce domaine, situé le plus au Sud, Issime, dansla vallée de Gressoney (c'est-à-dire Kressenau). Les villages de Gressoney- La-Trinité et Gressoney- Saint-Jean sont presque entièrement allemands ; au contraire, Issime n'avait pius, en 1861, que 327 habitants allemands sur 1392.

En résumé, parmi les cantons de la Suisse, trois appartiennent tout entiers au domaine de ta langue française, à savoir ceux de Genève, de Vaud et de Neuchâtel ; le français domine dans ceux du Valais et de Fribourg; l'allemand, dans celui de Berne.

Quant au reste de la frontière, on parle des deux côtés des dialectes romans, et il-est difficile d'indiquer une limite précise. Les vallées supérieures de la Doire Baltée (Dora Baltea), de rOrco, de la Stura septentrionale, et de la Doite Ripaire (Dora- Ri para}, appartiennent à l'Italie par leur situation politique, à la France par leur langue ; toutefois, dans toute la région qui s'étend d'Aoste à Oulx (aux sources de la Doire- Ripaire), le piémontais fait chaque jour de nouveaux progrès.

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Plus loin vers le Sud, les sources du Clusonc, du Pô, de la Varaita et de la Stura méridionale appartiennent politiquement au territoire italien, mais en réalité au domaine do la langue provençale. La Roj-a marque la frontière dialectale depuis Breil (Breglio) jusqu'à son emboucliurc dans la mer, près de Vintimîlle'. La dernière localité génoise de la côte, à l'Ouest, est Bordighera.

Dans l'intérieur môme de l'ilatic, un tt'rritoire isolé appartient au groupe franco -proven{;al : Celle- San- Vito, dans la province Capitanata* ; l'origine de cette colonie est inconnue.

En compensation des territoires que l'Italie laisse aux dialectes romans de la France, nous devons, au point de vue de la langue, abandonner à l'Italie quelques domaines, comme l'île de Corse, et trois colonies gônoises, Mons, Escragnoles dans la partie la plus orientale du département du Var, et Biot, entre Grasse et Antibes, dans le département des Alpes- Maritimes^.

De même, le comté de Roussillon, qui appartient à la France depuis 1659, et qui forme aujourd'hui le département <les Pyrénées-Orientales, doit ôlre compté parmi les territoires de langue catalane plutôt que parmi ceux de langue provençale. La frontière du dialecte catalan ne coïncide toutefois pas complètement avec les limites de ce département. Saint-Paul-de-Fenouiilet doit être mis en dehors du domaine catalan, auquel appartient en revanche Qnengul dan^ le département de TAriège. Depuis le village d Orlu au bord de rOrlu ou Oriège, source de l'Ariège située le plu-i à 1 Est jusqu'à Lescun, les Pyrénées marquent la limite du provençal, qu'elles séparent d'abord du catalan, puis de l'aragonnais.

1) et. ANDitKws, Grani. du dial. rie Mantoii (i«71l. p. 6 ; Papasti, Parlari, p. 623 et sqq. ; et Gr6bbii, GrundrUf, p. 421 et p. 560. Cf. aussi les Contes populaires mentonnai.t reciielilis par .■ odilés par Sardou et Blanc (Nice 18^121, p. 10.

2) Cf. Papanti, Parlari, p. 173.

3) Remtc de linyuiftiqirr; 13, 308,

LIMITES DU DOMAINE OALLO-ROMAN l^î

B. — Anciennes limites

3. Les limitesque nous avoiisindiquéespouvlft domaine (b la langue française sont les limites actuelles ; mais dans le cours des siècles elles ont souvent varié. Néanmoins, malgré l'importance de la question, c'est un point d'histoire qui attend encore une étude approfondie et suivie ; nous devrons donc ici nous contentev de quelques indications.

Le basque semble avoir compris, dèslexii« siècle, le même domaine qu'aujourd'hui ; mais il doit avoir occupé à un certain moment un territoire plus étendu, comme paraissent l'indiquer les noms de tout un cercle de localités qui entourent le domaine actuel. Quant à savoir si les Basques de France sont des descendants directs des anciens Aquitains, ayant conservé intacte leur langue depuis l'époque romaine, ou si. venus du Sud, ils ne sont montés dans les Pyrénéi'S que depuis 581, pour établir la langue basque dans le Sud- Ouest de la Gaule déjà romanisé, c'est une question que l'on n'a pas encore résolue avec certitude'.

De même, les Bretons actuels sont-ils les descendants des anciens Gaulois ? Voilà encore une question difficile à résoudre; une réponse a été donnée récemment dans le sens négatif. On s'autorise des nombreux vestiges de l'occupation romaine en BretLigne pour conclure que VAremorica a dû rester roraanisée pendant longtemps ; et ce ne serait, penset-on, que vers le v* ou le vi* siècle do notre ère, que des Kymris fugitifs auraient importé la langue bretonne, du pays de Comouailles (Cornwail) dans la région qui, en souvenir de ce fait, s'appela depuis, la Bretagne. Ils auraient alors pris possession de toute la péninsule ; car, au ix'> siècle, leur langue s'étendait vers l'Est jusqu'à une ligne que l'on pourrait tracer de la localité française de Donges, près de Saint-Nazaire, jusqu'à l'ombouchure du Couesnon dans la

1> Cf. GiionBii. Griuiflrii:>; p. 320.

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baie du Mont- Saint-Michel. D'après les évaluations faites par l'éditeur du Cartulaire de Redon', la limite du breton touchait alors aux villages de Carapbon, Quilly, le Gàvre, Pierric, et, dansledéparteraenl actuel d'IUe-et -Vilaine, Fougeray, Bréal, Mordclles, Langooet près Hédé, Lanrigan, Pleine-Fougères. Après l'établissement des Normands dans la province qui a pris leur nom, cette limite fnt reculée de quinze à seize lieues vers l'Ouest, sauf sur l'espace qui s'étend de Limerzel à la région d'Herbignac et de Saint-Nazaire, d'où le breton ne disparut pas. Cependant il ressort d'un document de l'an 1053, que le celtique se parlait encore à cette date dans la ville de Combourg (arrondissement de Saint-Malo).

Au xp siècle, on parlait breton encore aux environs de ' Redon (Ille-et- Vilaine) ; au xvi« siècle, dans la plus grande partie de l'arrondissement de Loudéac (C6tes-du-Nord) ; de même, encore au commencement du xvui" siècle, à Brignao, dans le canton de Mauron (Morbihan).

On a remarqué que la désinence préférée des noms de lieux celtes est, dans la Bretagne française ac, dans la Bretagne celtique ec. 11 est certain que la désinence ac n'est devenue ec en celtique qu'après l'établissement de la langue romane dans l'est du pays ; et la comparaison avec Cambrai (CamarScum) montre que cette désinence ac des noms bretons est passée directement du celtique au français sans avoir été préalablement latinisée, ou, ce qui revient au même, qu'elle date seulement d'une époque où l'affaiblissement du c en français était déjà un fait accompli.

Peut-être la présence de la même terminaison sur le domaine de la langue française permet-elle de conclure à une plus longue conservation du celtique dans la Charente-Inférieure ' ? Toutefois MM. Paul Meyer et G. Grôber* admettent

1) Page XC.

2) et. Gémozac, JoDKac, etc. — V. Quiceibrat, Formation... 36.

3) Grundriaa, p. 426.

plutôt, qu'ici un domaine qui appartenait primitiveinent au provençal a été envahi par des populations de dialecte français.

Du côté de .la Flandre et de l' Alsace, la langue française s'est, de même, étendue depuis quelques siècles. Au dixseptième siècle, la limite du flamand était marquée par une ligne à mener de Boulogne à Saint-Omer; au xvi» siècle, dans cette dernière ville, le flamand dominait encore. En 1845, le flamand était, dit-on, resté en usage, dans le département du Pas-de-Calais, à Oye, Polincove, Bayenghem, Saint- Folquin, Saint-Omer- Cap elle, Vieille -Église (toutes localités situées entre Gravelines et Saint-Omer}. A Audruick, à Gravelines et à Saint-Georges, ainsi que dans les villages des environs d'Atb, à Tournai (Doornik), à Lille (Ryssel), à Cambrai, à Douai et à Valenciennes, une partie de la population parla flamand jusqu'au xvni8 siècle inclusivement '.

Il est impossible de croire à la supposition de Winkler, répétée par Andrée, à savoir que le flamand aurait été parlé autrefois dans tout l'Artois jusqu'aux portes d'Amiens et d'Abbeville. Cependant certains noms de lieu du département de Pas-de-Calais, comme Tubersent (anciennement Thorbodessem} , Maninghem, Mazinghem, Lozinghem', doivent remonter à une origine flamande. En dehors de cette région, les localités dispersées qui portent des noms allemands ont été constamment entourées par des dialectes romans, et ont de bonne heure perdu leur langue primitive '.

A une époque plus ancienne, la frontière dialectale du côlé de la Flandre paraît s'être maintenue sans changement avec une constance étonnante.

1) Dans l'intérieur même de LiUe, jusqu'en 1790, on prêchait e flamand.

3) Je choisis celles des localités les plus avancées au Sud ( à l'Est.

3) Cf. Grôbbr, Grundrlss, p. 423 et sqq.

IG LE fran(;ais kt lk pkovençal

Otiion do Freisiiig écrivait ', entre 1143 et 1146, à propos (le Godetroy de Bouillon, qu'il était, à Boulogne inier

Francon Romanos et Teuiomcos tamquam in termina

utrin^que gentis nuiritus, utriusgue linguœ scius; et le professeur Diinimler me fait remarc[uer que déjà au x^ siècle Flodoard* lait allusion à la présence du flamand dans la paroisse de Thérouannc, qui coïncide pour sa plus grande partie avec un territoire où s'est conservée jusqu'à ce jour la langue flamande.

En Belgique, les noms des localités waliones du Brabant méridional et de la province de Limbourg prouvent que ces provinces ont jadis été entièrement flamandes.

Toutefois, pour le Limbourg, il ne s'agit que d'un petit nombre de localités, et si Grandgagnage ^ donne pour les noms de lieu la ^éi'itable élymologie, il paraît démontré, par ceux de Heure -le- Romain (au Sud de Tongres) et de Heurele-Trîbc, au xiii' siècle Oire ou Oere-le-Tiexhe [k l'Ouest de Visé), que la limite des langues est restée sans changement essentiel. De même qu'on croit reconnaître ici le latin ora, il est probable que le nom de la ville de Metz, comme celui de Metz dans le Tyrol, est une déformation allemande du latin meta.

« La localité luxembourgeoise de Rodange, placée aujourd'hui à la frontière de l'allemand, est déjà désignée par un nom de fonne romane (Rodengea), dès l'année 1083, dans la eliarte latine relative à la fondation do l'abbaye de Munster.

En Lorraine, l'allemand s'étendait aux xvii" et xvin« siècles depuis Thionville jusqu'à Bassompierre (Beltstein) et Lommerange, et atteignait, près de Metz, les villages de Silvauge et de Marange. De ce côté, les variations de ia frontière n'ont pu c'tre qu'insignifiantes; et la double forme : Thionville, Diedenhofen, déjà attestée au ix" siècle (Theodenhove 834 :

IJ Au liiTe VII, cbnpitre 5, de sa C/iroiiû/Hi:

S) Livre iv, diap. 3.

3) Mt'moiir mr Ifs nm'ieni' noms il-- llmi. ji. 70, 160.

LlrilTES DU DOMAINE OALLO-ROMAN 17

Theodonisvilla 753), prouve que, dès cette date, la ville était assez rapprochée de cette frontière. Dans la région de Ch&teau-Salins, l'allemaûd s'étendait, au dix-septième et au dix-huitième siècles jusqu'à Chàteau-Bréhain (Bruchcastel) et Hampont (Hiidtngen), et vers l'Ouest, depuis Satrebourg jusqu'à Réchicourt (Rixlngen) .et Foulcrey {FoUtringen). Abreschvjlle (Albersweiler) et Schirmeck employaient alors également la langue allemande.

Sur la pente ouest des Vosges, l'allemanâ n'a pu s'étaUir solidement nulle part, et même dans quelques colonies isolées comme Wissembach dans le canton de Saint-Dié, il a disparu depuis longtemps. Déjà dans les siècles précédents, le français arrivait jusqu'aux pentes ouest des Vosges, et le témoignage de Montaigne établit que, dès son temps, « le méchant petit village de Bussang était le dernier de langage françois ».

En Suisse, la proximité de la frontière dialectale tend aujourd'hui encore à faire adopter pour le nom de Pfyn (français Finge) l'étymologie ad finem. Quant à l'autre endroit appelé Ptyn, au sud du lac de Constance, s'il a été à une certaine époque sur la frontière de la langue romane, il a dû s'en trouver séparé de très bonne heure.

Les communes allemandes situées sur la rive gauche du Rhône, dans ce qu'on appelle le canton des Allemands, et au sud du lac de Genève', ont depuis longtemps échangé contre le dialecte roman des environs leur langue primitive, dont quelques traces seulement subsistent dans leur vocabulaire.

G. — Limitée des raoea.-

4. Relativement à la grande extension des races qui se sont trouvées en contact, les quelques faibles variations de la frontière que l'on peut constater n'ont guère d'importance.

1) Cl. Nbumahn, Sprachgrenxe, p. 16; GiiôBBtt, Grundrisa. p. 423. Le Français et le Procençai. 2

.tizsdbyGoOl^lc

Un examen historique des limites de notre langue nous apprend qu'elles ne font que continuer à séparer les Celtes des Germains, et qu'aujourd'hui encore elles distinguent ces deux races arec une précision surprenante.

Quand César conquit la Gaule, les tribus celtiques des Morioi, des Nervîi et des Menapii s'étendaient aux botds de la mer jusqu'à l'embouchure de la Meuse ; les Treviri, que quelques-uns considèrent comme de race germanique, habitaient la région de Trêves, Les Condrusi, peuplade de la région actuellement nommée le Condroz, et les Eburones, au Nord des Ardennes et de la Meuse, étaient Germains, ainsi que lesTriboci, qui conquirent l'Alsace. L'anéantissement par César des Germains établis en Belgique, et la colonisation, par des tribus celtiques, des contrées qu'ils habitaient, ont vraisemblablement beaucoup contribué à romaniser cette région. Au iv^ et au v» siècles seulement, les Bavarois et les Alemans se sont glissés, en pénétrant à la façon d'un coin, entre la Suisse française et la Suisse rhéto-romane, dans le milieu (devenu désert) de cet état, sur les territoires dits Uchtiand. Les Alemans conquirent alors l'Alsace; lesCattes, la Lorraine allemande et Trêves; les côtes de la mer furent occupées par les Francs flamands jusqu'aux endroits oii leur langue se parle encore, ou se parlait au moyen âge.

On n'a pas constaté que des populations germaniques se soient, à une époque reculée, converties à la langue romane. Il semble bien plulfit que la langue allemande s'est peu à peu retirée, sous des influences très lentes ; parmi celles-ci il faut compter pour les plus importantes les immigrations, et les mariages qui amenaient dans les localités germaines des hommes ou des femmes parlant le roman. Quand les progrès d'une langue ne se produisent ainsi que peu à peu, la frontière dialectale est déplacée, il est vrai, mais pour ainsi dire inconsciemment; le domaine de la nouvelle langue s'accroît, sans qu'elle soit imposée aux individus parlant l'autre idiome.

On peut donc conclure que la limite des races celtique et germanique est bien tranchée, même aujourd'hui, par la ligne qui sépare l'une de l'autre la langue française et la langue allemande.

D. — SiatlBtlque.

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