‹ Le français et le provençal: Trad.par P. MonetChapitre 35 sur 38 · ORDRE DES MOTS ET DES PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

ORDRE DES MOTS ET DES PROPOSITIONS

Le provençal aime à placer avant le relatif le substantif servant d'attribut : ewàquea que/on d'AuPenga, molher que Jb d'en Peire.

Dana la tournure où un substantif dépendant d'une préposition était accompagné d'un infinitif destiné à lui donner un sens plus précis ',1a langue finit par rattacher directement la préposition à l'infinitif, et fit suivre ce dernier du substantif complément. La construction nouvelle ne se trouve dans le Roland et le Sermon rimé quelàoii le poète a dû l'admettre pour faciliter la rime. Quand la préposition gouvernait non un substantif, mais un pronom suivi d'un infinitif, ce pronom avait primitivement la forme accentuée, parce qu'il dépendait de la préposition ; cependant au xiv^ siècle on trouve quelquefois la forme atone. Depuis Froissart jusqu'au xvjb siècle, la langue hésite entre la forme accentuée et la forme atone. Des tournures comme à tout faire, il gèle à pierre/endre, sans rien omettre, maintiennent encore aujourd'hui la construction de l'a, fr.

La forme atone du pronom ne pouvait en a, fr. se placer ■qu'après (non devant) l'infinitif (aZer i,/er(> /e). Cet ordre de mots ne se présente pas encore dans le Roland et chez Chrestien ; il se trouve pour la première fois dans le Livre des Rois, et est également familier au provençal.

De même le pronom atone ne pouvait se placer qu'après (jamais avant) le participe partait. Au contraire jusqu'au xvi« siècle, ici et là pouvaient se placer avant le participe d'une forme verbale composée.

L'adjectif ayant un sens matériel se plaçait dans le principe devant le substantif auquel il se rapportait (rarement chez JoinviUe). Au contraire nul, aucun et sien pouvaient encore au xvie siècle suivre le substantif.

Les poètes provençaux, et notamment Guiraut Riquicr, présentent quelquefois une tournure dans laquelle l'adjectif

)ro au XV" siècle et exoeplion-

est sépacé du substantif, et qui rappelle la liberté de la coaslructioD latine : de la quinta parlar cobla; pus es ab lo rey escusati franses.

Pour l'ordre des propositions aussi, la langue ne se comporte pas toujours de la môme manière. Autrefois une proposition subordonnée à une propositioa secondaire se plaçait volontiers devant le mot qui introduisait cette dernière ' : il n'a ai riee home en France, se iu cix sa fille avoir que tu ne Vaiea (Auc); Le mal,qu'il dit qui le possède {Mol., Éc. deaf., ii, 6); IVous verrons si c'est moi, que vous voudrez qui sorte |Mol., Misant-, ii, 5).

La poésie a encore conservé dans la manière de placer les mots certaines libertés que la prose a abandonnées. Ainsi elle tolère l'inversion d'un complément de substantif amené par de. La poésie peut en outre placer l'infinitif entre les deux termes de la négation, comme cela a lieu pour un mode personnel {ne l'aimer pas, ne l'aimer plus), tandis que la prose aime aujourd'hui à placer le second terme de la négation avant l'infinitif (ne le pas aimer ou ne pas l'aimer).

BIBLIOGRAPHIE

Sur l'ordre des mots en français voir Diez, Gramm., m, 44ti ; Tobler, dans les Gôtt. Gel. An^., 1875, 1057, et dans ses Vermischte Beitrâge. — Morf, iiber die Wortstcllung im, altframôs. Rolandsliede (dans les Romanische Studien de Bôhmer, m, 399). — Cf. les travaux de Volcker sur les plus anciens monuments (1882), de Le Coultre sur le Chevalier au lion do Chrestien de Troyes (1875), de Raumair sur Robert de Clari (1884), âe Schliokum sur Aacassin et Nicolete (1882), de Kruger sur la prose du XIIP siècle (1876), de Mars sur Jointiik (1881), de Hopfner sur Chartier et Gerson (1883), de Eberîog sur Froissart (dans la Zeiisckr, de GrCber, v, 347), de Tônnies sur Commines (1875). Sur la langue du xvi' siècle voir Darmesteter et Hatzfeld, le XVP siècle; et aussi dans la thèse de PhiUppsthal (IH86), les relevés faits aux p. 6 et 7. — Sur l'ordre des mots en provençal, voir Pape (léna 1883).

1) Tobler. 107.

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