‹ Le fraticide; ou, Gilles de Bretagne, chronique du XVE [!]Chapitre 36 sur 39 · PAGE · texte numérisé non relu

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Chapitré XXVI La Captivité 210

" XXVII Résignation 217

" XXVIII Le Traître 227

" XXIX Le Connétable 230

" XXX Le Frère 236

" XXXI La Jeune Mère 242

" XXXII L'Epouse 246

" XXXIII Le Prisonnier 254

" XXXIV L'Entrevue 259

" XXXV La Suppliante 268

« XXXVI Le Juge 275

" XXXVII Le Vieux Serviteur 283

" XXXVIII Le Messager 293

" XXXIX LeConvoi 303

Le Foyer Canadien recommandait dernièrement aux amateurs de saine littérature les Études littéraires et historiques pour la défense de V Eglise de M. Léon Gautier. Il est peu d'ouvrages de critique de notre temps écrits avec autant d'élévation, de largeur de vue et d'esprit chrétien. M. Gautier est un disciple de M, Louis Veuillot ; il a quelque chose de son originalité, de sa verve, de sa manière large, de la hardiesse de son style, et avec cela toute la vaillance de sa foi. Les extraits qui .suivent inspireront à nos lecteurs, nous en avons la certitude, l'envie de faire une plus ample connaissance avec cet écrivain.

De temps en temps, le chrétien parvient à se soustraire à tous les accablements, à tous les tumultes de la vie moderne ; il s'enfuit, il se précipite dans la solitude, et là enveloppé de silence et de paix, il fait " le bilan " de son âme : " A-t-il progressé dans la lumière et dans le bien ? A-t-il lâchement fléchi et reculé ? Ou bien est-il resté dans l'immobilité ? a-t-il fait halte dans la vulgarité, dans la demi-lumière ? " Telles sont les questions que le chrétien se pose. Elles se résument toutes en une seule : " Où en suis-je ? "

Le critique doit, lui aussi, se soustraire quelquefois à l'agitation et au bruit du monde littéraire ; il doit de temps en temps " faire des retraites ", s'éloigner des livres, prendre des sentiers silencieux, monter sur des hauteurs, et de là contempler, en leur ensemble, les évolutions des intelligences et le mouvement des âmes. Et lui aussi, il doit faire un bilan, celui de la littérature et de l'art contemporains ; et lui aussi, il doit se poser de nombreuses et de vastes questions : " L'art a-t-il progressé dans la lumière ? a-t-il reflété le Beau avec une exactitude plus indépendante et plus harmonieuse ? A-t-il fait plus de bien sur la terre, a-t-il converti plus d'âmes, a-t-il davantage peuplé le ciel ? Notre siècle est-il moins rampant? Sommes-nous plus près de Dieu par la pensée ? " Et toutes ces questions peuvent se résumer en une seule : " Où en sommes nous ? "

C'est à cette question que nous nous proposons de répondre, et nous allons étudier la Parole ou la Littérature en notre temps. Nous essaierons de déterminer tour à tour quel est son état actuel, quelles sont ses tendances, et ce qu'il nous reste à faire pour entrer décidément dans un meilleur avenir.

En examinant l'état actuel de ce qu'on a si mal nommé k'la littérature", nous aurons heu de nous réjouir d'un progrès certain, et de concevoir de grandes espérances. Si l'on veut nous permettre de dire très nettement notre pensée sur ce sujet, nous n'hésiterons pas à proclamer que notre siècle nous paraît littérairement très-supérieur aux siècles précédents, même au xvue. Il nous faut expliquer notre pensée, qui est faite pour surprendre quelques esprits.

Nous sommes convaincu qu'en général nos tendances littéraires sont infiniment plus élevées. Certes nous n'avons pas de Bossuet, et bien d'autres noms illustres pourraient nous être victorieusement opposés ; mais la majorité des écrivains de notre temps sont plus vivants que ceux du siècle de Louis XIV ; ils sont plus vastes, ils se tiennent plus haut. Nous avons vaincu deux vrais fléaux, deux monstres qui dévoraient notre littérature il y a cent ans, il y a deux et trois siècles : et ces deux fléaux sont la Convention et le Séparatisme.

Sous le règne, sous la législation de Boiieau, il n'étaitpermis qu'aux théologiens déparier de Jésus-Christ : dans tous les autres genres, il fallait mettre l'éteignoir sur ce soleil et l'empêcher de luire. J'ai dit ailleurs que la littérature du xvue siècle ressemblait à une série de petites loges, bien closes, bien séparées l'une de l'autre, portant chacune une étiquette spéciale : la première était celle de la religion, de la théologie ; la seconde celle de la politique ; les autres, celles de la philosophie, de la poésie, de l'art, de l'histoire, des sciences. Il était expressément défendu de communiquer d'une loge à l'autre. Quand on s'enfermait dans la politique, on ne pouvait parler religion ; quand on se cloisonnait dans la poésie, on ne pouvait être théologien. C'est ce que nous appelons le Séparatisme. Descarte en fut l'inventeur en philosophie, et Boiieau le perfectionna en poésie. C'est à lui que sont dus ces très-odieuses paroles :

De la foi des chrétiens les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.

Traduisez ces deux vers en bon français, et vous aurez cette proposition, contre laquelle notre indignation se déclare impuissante : " Jésus-Christ n'est pas un

élément poétique." Et bien ! notre siècle a partagé notre indignation, il a renversé un peu brutalement toutes ces cloisons ridicules : il a donné de l'air, la religion a pu pénétrer. Le xvue siècle ne permettait à ce soleil d'entrer que dans un petit réduit, et il tamponnait, il obscurcissait toutes les autres fenêtres. Aujourd'hui le soleil est vainqueur, ses rayons pénètrent partout.

Je sais que Jésus-Christ est contesté ; je sais que, suivant l'expression de l'évêque de Tulle, " il y a aujourd'hui des hommes qui prennent des habitudes d'êtres inférieurs, et qui jettent des ruades à ce Dieu." Je le sais; mais tout au moins je me réjouis de voir que la question littéraire aujourd'hui n'est plus comme au xvue siècle entre Perrault et Boileau, entre les partisans et les adversaires des trois unités, etc , etc. La question est entre ceux qui aiment Jésus-Christ et ceux qui le détestent. Jésus-Christ est aujourd'hui le centre incontesté de la littérature. Ouvrez un livre ou un journal : c'est de lui, c'est toujours de lui que l'on parle. Et nous disons, et nous affirmons que c'est là un progrès immense.

Et la Convention n'a pas été vaincue moins énergiquement que le Séparatisme.

Lamartine a dit quelque part, non sans orgueil : " J'ai tout changé en poésie : avant moi il fallait, pour être poëte, avoir sous son oreiller le Dictionnaire de la Fable ; j'ai été chercher dans l'âme humaine les véritables cordes de la lyre." Eien n'est plus vrai.

Si je lis attentivement la poésie et le théâtre du xvue siècle, je ne puis pas ne pas me révolter, j'éprouve à tout instant la même sensation qu'à l'audition d'une note fausse. Sauf quelques exceptions notables, toute

cette littérature est de convention. Les héros tra«d-

ques sont tout d'une pièce, ils sont roides et guindés, ils ne sont ni chrétiens ni français. Un Boileau a pu écrire Y Art poétique sans y prononcer une seule fois le nom de Jésus-Christ, ni celui de Dieu, et il veut que nous ne les prononcions pas davantage : il faut absolument que nous empruntions à la mythologie des G-recs (et quelle mythologie!) tous les éléments de notre poésie. Un Molière a écrit plusieurs volumes de théâtre ; lisez-les, vous n'y trouverez pas un type chrétien et notamment pas une femme chrétienne : Plaute aurait pu signer toutes ces comédies, sauf Don Juan. La vie intime, la vie chrétienne n'y sont jamais reflétées : théâtre de convention ! Nous préférons celui de notre temps, malgré tant de scandales ; il essaie tout au moins de reproduire notre vie, nos mœurs, nos idées. Quand la toile se lève, je puis reconnaître les personnages qui se meuvent sur la scène ; ce sont bien mes contemporains, ce sont des chrétiens, des Français ; mes yeux s'allument et mon cœur bat. Octave Feuillet n'est pas un génie ; mais, quand je lis son Village, je pleure à chaudes larmes. Sa "Madame Dupuis" est vivante : c'est une chrétienne comme j'en connais mille, et la scène représente un foyer comme le mien. Mais je n'ai jamais pleuré en lisant Molière : ses personnages ne nous ressemblent pas. — Et dans la poésie, même transformation : Lamartine, Hugo, Musset, Jasmin et tant d'autres, n'ont presque fait aucun sacrifice à la Convention ; ils parlent comme ils pensent. Souvent ils pensent mat, mais au moins ils sont sincères, ils ne sont pas dans le faux. Voilà pourquoi j'aime tant la littérature de mon temps ; voilà comment je la crois supérieure à celle des deux derniers siècles.

On l'a dit avant nous et mieux que nous: notre siècle est un siècle d'aspirations, de désirs. Entre le bien et le mal, la lutte est terrible, sans doute ; mais le bien ne peut manquer de triompher, et ce triomphe sera l'honneur de la fin de ce siècle, qui n'aura pas été en vain si avide de vérité. Lorsque l'on cherche tant Dieu permet que l'on trouve.

Que nous reste-t-il à faire pour triompher complément?

Il faut poursuivre à outrance, poursuivre dans leurs derniers retranchements le Séparatisme et la Convention. Brisons les dernières barrières qui empêchent encore le soleil de la foi de tout illuminer et de tout échauffer : que ce soleil circule partout. Il n'est pas un genre, en littérature, où l'on ne puisse être pleinement et absolument catholique. N'ayons pas d'ailleurs le préjugé des derniers siècles, qui consistait à représenter notre foi comme ennuyeuse ; rien de plus joyeux, au contraire. Trempons tous dans Jésus-Christ, imprégnons tout de J ésus-Christ, et la poésie, et l'éloquence, et le roman lui-même. Appliquons-nous surtout à être vrais, à être spontanés, à être vivants, à faire de notre parole le bel écho de notre pensée. Ayons le sens catholique, ce sixième sens plus noble et plus important que tous les autres. De grands esprits nous ont à cet égard laissé de grands exemples. Hier encore nous entendions la voix d'un gra*nd évêque, qui vient de réconcilier décidément la poésie et la théologie, qui vient d'élever à l'état d'axiome cette proposition si contestée autrefois : " Rien n'est plus poétique que la '< théologie." Faisons comme lui, réconcilions avec la

théologie l'art, la science et l'histoire. La grande victoire est à ce prix, et l'avenir appartient à la parole redevenue vraie, sincère, catholique !

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