‹ Le fraticide; ou, Gilles de Bretagne, chronique du XVE [!]Chapitre 38 sur 39 · M. LOUIS VEUILLOT · texte numérisé non relu

M. LOUIS VEUILLOT

U Histoire de la littérature catholique au dix-neuvième siècle est encore à faire : il est à désirer qu'elle soit faite prochainement par une intelligence solidement catholique. C'est d'ailleurs un noble sujet, et bien capable de tenter une bonne plume. Peu de nos écrivains feraient mieux ce beau livre que M. Louis Yeuillot ; mais il y aurait par malheur une lacune fort regrettable dans cette œuvre que nous attendrons peutêtre longtemps : M. Yeuillot n'y parlerait pas de lui.

Il est certain qu'il est une des figures les plus vivantes et les moins effaçables de cette galerie trop peu connue des littérateurs catholiques. Et cependant, sa popularité véritable ne date que de quelques années. C'est la supression de ï Univers qui lui a valu cette récompense presque inespérée de l'opinion publique, et le succès de Ça et Là a décidé en sa faveur un grand nombre de juges, que n'avaient pas touchés vingt livres d'une valeur tout au moins égale, sinon supérieure. Aujourd'hui enfin, il se fait moins de tumulte autour du nom de M. Louis Yeuillot ; moins de tumulte, mais un bruit meilleur et plus durable. Nous ne voulons pas essayer ici une inutile comparaison entre M. de Chateaubriand et l'auteur des Libres Penseurs ; mais il y a entre eux plus d'un point commun : ils ont été arrachés l'un et l'autre — l'un plus volontairement que l'autre — au fracas de la politique, et ils ont tous deux vécu dans une retraite que les lettres ont consolée.

L'un et l'antre enfin ont senti — le second plus modestement que le premier — que leurs noms et certaines de leurs œuvres vivraient après eux. C'est ce que jadis on appelait assez prétentieusement : " Assister vivant à sa propre immortalité."

Nous résumerions volontiers tout un éloge de M. Yeuillot en ces quelques mots: " il a eu le sens catholique." Cela dit tout. Personne avant lui n'a, dans notre siècle, mérité plus complètement cet éloge. Quelque sujet qu'il ait abordé, il a toujours trouvé le mot catholique, la forme et la pensée catholiques. Il n'avait pas grand fonds de théologie, surtout quand il entreprit de devenir un apologiste. Mais alors même qu'il ne savait pas, il soupçonnait; il faisait plus que soupçonner, il trouvait. C'est que la théologie a ses fondements dans le cœur régénéré par [la | grâce. Et les livres de M. Yeuillot ont toujours fourni la preuve d'une âme naturellement chrétienne : testimonium animœ natur aliter christianœ.

D'ailleurs, M. Yeuillot a eu des pères en littérature, auxquels il peut avouer sans honte qu'il a de grandes obligations. Quand il mit pour la première fois sa forte plume au service de l'Église, la première moitié de notre siècle s'était déjà écoulée, cette première moitié qui a si ardemment cherché la Yérité. Et c'est peutêtre ici le lieu de résumer en quelques lignes cette histoire des lettres chrétiennes depuis la Eévolution française ; le résumé est plus facile à faire que le livre.

Nous ne savons pas si, depuis la prétendue Renaissance du xvie siècle, il serait facile de trouver dans le monde chrétien tout entier, durant trois siècles, dix

écrivains seulement qui aient été absolument uniquement catholiques. Une désastreuse opinion, presque érigée en axiome, était la cause permanente de cette déplorable rareté. On a cru pendant trois siècles qu'on ne devait être catholique en littérature que quand on écrivait sur des sujets théologiques ou pieux. On faisait à la littérature chrétienne sa petite part, mais elle devait ne jamais franchir les bornes de ce domaine. Et ainsi des autres genres littéraires. Ils étaient claquemurés chacun dans sa cellule, comme les cardinaux au conclave, si je puis ainsi parler. Il était rigoureusement défendu à l'idylle d'entrer dans le compartiment de l'ode ou de l'élégie ; il était défendu surtout à la poésie de pénétrer dans le domaine de la religion. De là cette pénurie de littérateurs absolument chrétiens. On pourrait appeler cette époque celle du séparatisme littéraire ; ce séparatisme est plus qu'une demi-hérésie.

La vérité nous force à le reconnaître ; le premier qui protesta efficacement contre le séparatisme littéraire, fut M. de Chateaubriand. Le premier livre nettement anti-séparatiste (pardonnez-nous le terme) a été le Génie du Christianisme, œuvre faible quant au fond, et qui peut se résumer ainsi : On a vraiment bien tort de faire la guerre au catholicisme ; il est plein de si joli choses ! mais œuvre immense quant à l'influence et au résultat final. On y parlait littérairement de la Bible. La critique, la vraie critique y naissait ; la critique grammaticale de Laharpe y recevait le coup dont elle est morte. L'archéologie y était involontairement fondée. Partout on faisait le mélange, scandaleux pour l'époque, de la religion avec tous les anciens genres, avec la poésie, avec l'art, avec tout. Les Martyrs, ridicules par quelques points, continuèrent cet

heureux mouvement. Une école se forma, singulièment demi-chrétienne, et parlant encore la langue de Bernardin de Saint-Pierre et de Eousseau. Mais enfin le séparatisme était déjà vaincu, vaincu par un seul homme, par celui dont on devra dire, pour être juste envers sa mémoire, que son mérite fut considérable, mais que " son influence fut encore au-dessus de son mérite."

Quoiqu'il ait abordé tous les anciens genres, M. de Chateaubriand demeurera surtout comme poëte : et la réconciliation qu'il a opérée est celle de la religion et de la poésie. Mais Dieu, qui paraît vouloir faire de notre temps une époque véritablement triomphale pour son Église, a voulu placer, sur le seuil même de notre siècle, un grand homme à l'entrée de chacune des voies de l'intelligence. Dans Joseph de Maistre et dans le Lammenais de la première époque, nous avons eu le théologien comme en M. de Chateaubriand nous avions le poëte ; en M. de Bonald nous avons eu le philosophe, comme nous devions avoir en M. de Montalembert l'orateur de la tribune, et dans le P. Lacordaire l'orateur de la chaire. Grands noms, malgré cent réserves que nous pourrions faire ; grands noms, dont pas un ne mérite de périr. Et voilà vraiment nos pères spirituels : Inde genus albanum latinique patres !

Avons-nous le droit d'ajouter que, dans un rang plus modeste, mais dans le plus fort peut-être de la mêlée, un journal catholique, qu'il ne nous est pas permis de louer à cette place, représentait dignement cette littérature quotidienne qui tend de plus en plus à remplacer toutes les autres. Nous avions la poésie, la philosophie,*la théologie, l'éloquence et l'art : nous eûmes le journal. Sur tous ces terrains, le séparatisme littéraire fut vaincu. Il y eut désormais toute une noble

fonle de poètes, de philosophes, d'orateurs et d'artistes exclusivement catholiques ; il y eut même des romanciers et des nouvellistes chrétiens rara avis in terris. Il y eut enfin un rayon de nos bibliothèques qui reçut des livres à la fois joyeux et chrétiens ; la tristesse, qui est d'origine janséniste, s'enfuit pour ne plus revenir. En deux mots, la littérature catholique était difinitivement fondée : elle ne doit plus mourrir.

Quand, en 1841, M. Louis Yeuillot devint un écrivain chrétien, Chateaubriand était populaire ; Joseph de Maistre avait déjà conquis toute la demi-popularité qu'il est seulement destiné à conquérir ici- bas : — ce grand homme mérite mieux, infiniment mieux, mais il est plus populaire au ciel que sur la terre ; — Lamennais était tombé, mais on entendait encore assez distinctement les derniers échos catholiques de cette voix puissante ; M. de Montalembert était dans la plus riche adolescence de sa gloire ; le P. Lacordaire entraînait la jeunesse ; l'Univers, depuis plusieurs années, luttait déjà pour emporter à la pointe de l'épée cette liberté d'enseignement qu'il a fini par emporter avec le concours de tout ce qu'il y eut alors de catholiques en France ; Mgr. Parisis se montrait le champion le plus vigoureux de toutes les libertés de l'Église. Tous les catholiques semblaient fraternellement unis. On marchait gaiement, tous ensemble, à l'assaut de l'incrédulité ; on combattait ensemble, on tombait ensemble, on se relevait et on triomphait ensemble.

M. Louis Yeuillot ne dut pas échapper à l'action puissante de ses amis dans la foi. Il n'est certes pas un imitateur : personne ne l'est moins que lui. Il est nettement, vigoureusement original, sut generis. Mais

quel mot employer pour dire que, sans imiter personne, ils reçut l'empreinte de plusieurs autres intelligences ? Il est certain que Joseph de Maistre lui a laissé sa marque vive, sa doctrine, la fierté de sa polémique. M. de Chateaubriand n'est pas aimé de M. Yeuillot, et je partage assez cette antipathie pour la comprendre ; et cependant M. de Chateaubriand a agi sur l'auteur de la Petite Philosophie : il lui a laissé le goût de la poésie chrétienne. C'est beaucoup. Que de pages excellentes nous aurions perdues si M. de Chateaubriand n'était point venu avant M. Louis Yeuillot ! Ne senton pas (notamment dans certaines pages du Cà et là, alors que M. Yeuillot n'avait pas encore abusé du style à versets), ne sent-on pas le souffle du premier Lamennais ? M. Louis Yeuillot, enfin, n'à-t-il pas toujours possédé quelque chose de la verve particulière a M. de Montalembert, de la dialectique de Mgr. Parisis, et même de l'éclat du P. Lacordaire ? Mais toutes ces qualités n'ont pas agi sur l'intelligence de M. Louis Yeuillot à la manière de l'objet qui agit grossièrement sur une surface de verre, dans la photographie; elles ont agi à la manière du feu, qui donne la chaleur et la vie sans rien ôter à la personnalité de ceux qu'il échauffe et vivifie. M. Louis Yeuillot, disons-le hautement, n'est pas un disciple, mais un chef d'école. Il est certainement plus complet qu'aucun des grands esprits que nous venons de nommer ; il a l'intelligence plus souple, plus facile, plus universelle. Il est à la fois poëte, orateur, polémiste et théologien; il est même romancier et nouvelliste. La philosophie seule a toujours eu peu d'action sur sa pensée, et je crois que M. de Bonald n'a pas eu sur lui une influence bien vive ni bien profonde. C'est une lacune, une lacune regrettable : mais quel esprit n'a point de ces côtés

faibles? Il n'en est pas moins vrai que M. Louis Yeuillot a heureusement, tout en restant lui-même, résumé et fondu en son intelligence les mérites divers de vingt intelligences distinguées, et qu'il est, jusqu'à ce jour, le meilleur type et le plus complet, encore une fois, de ïhomme de lettres catholique !

IY

Nous avons dit tout à l'heure qu'avant tout il possède précisément le sens . catholique. Cela est vrai absolument. Quelle fierté ne peut-il pas légitimement se permettre en considérant qu'il n'est pas dans la vaste série de ses œuvres (quarante volumes environ) une seule ligne non, pas une seule qui n'ait été inspirée par l'amour de la sahite Église. Quelqu'un de ses amis nous disait récemment que ]! intention involontaire de M. Louis Yeuillot avait été de toucher tous les genres, parce que Yoltaire les avait tous également déshonorés ; de les toucher, disons-nous, et de les christianiser pour toujours. La modestie de M. Louis Yeuillot ne nous permet pas de croire qu'il ait eu cette intention, même involontairement. Mais l'effet a été produit ; Yoltaire a été détrôné. Youlez-vous un parfait modèle du pamphlet chrétien, dur aux doctrines et charitable aux personnes : lisez les Libres Penseurs, ou la riche collection des Mélanges ; du roman chrétien : voici Corbin et (T âubecourt, Pierre Saintive, et même cette Honnête femme qu'on a trop calomniée. Quel drame catholique que le Lendemain de la victoire ! Nous avons dans le Droit du seigneur un livre de saine et solide érudition. Et d'autre part, nous avons pu juger, par le Ça et là, des beaux vers, un peu rudes, que ce prosateur sait écrire ; il aura d'ailleurs raison de tout négliger pour la prose : " O prose, mâle outil et bon aux fortes mains ! " Enfin, dans ce genre charmant qu'on appelle la Nouvelle, les

lecteurs des Historiettes et fantaisies jugeront comme nous qu'il est fort supérieur à la plupart des nouvellistes contemporains. Il est ici le digne émule d'Ourliac. Mais notre Ourliac était moins touchant, moins profond, surtout moins écrivain.

On ne peut donc se refuser à reconnaître dans toute l'œuvre de M. Louis Yeuillot un noble et trop rare caractère d'universalité. Cette littérature est en antithèse parfaite avec la littérature du siècle dernier. L'auteur brise, avec violence quelquefois, les portes de tous ces genres qui, autrefois, étaient fermés à la religion : il les brise et y introduit triomphalement l'Église, tout éblouissante de lumières. Son sens catholique est d'une merveilleuse sûreté : il n'y a, pour ainsi dire, pas de fausse note. Tout le clavier est chrétien. Quelques notes sont quelquefois un peu trop fortes ; l'efîet produit par là n'est point dangereux, mais désagréable. On voudrait rayer dix mots peut-être en chacun des livres de M. Yeuillot, mais dix mots seulement, qui détonnent un peu, et que ses ennemis accusent de brutalité. D'ailleurs, presque toutes ces œuvres sont bien entre toutes les mains, et ce sont à peu près les seules que nous trouvions pour charmer chrétiennement nos soirées sans faire jamais bâiller notre auditoire. Ce que ces livres ont fait de bien est indicible. Ils ont affermi les intelligences ; ils ont solidifié les cœurs. Si tant de jeunes gens se déclarent hautement et généreusement chrétiens au milieu d'un monde qui est forcé de les estimer, c'est surtout grâce à ces livres. Le sens catholique, le surnaturel y sont au naturel. Rien de forcé ; tout est spontané, tout est vrai. M trop de sévérité, ni trop d'abandon; de la joie partout, jusque dans les larmes. On a écrit plus profondément que M. Yeuillot ; on n'a jamais écrit plus chrétiennement !

On n'a pas assez remarqué l'amour des champs que professe, non pas l'esprit, mais le cœur de M. Yeuillot. Ses livres abondent en descriptions de la nature. Ils sentent les prés, la fenaison, les jardins rustiques; ils ont une bonne odeur de campagne. Que de fois notre peintre a décrit le coucher ou le lever du soleil ! Il se plaît en ces tableaux ; il les refait volontiers, et presque toujours avec le même bonheur. C'est peut-être notre écrivain le plus paysagiste : beaucoup de ses pages ressemblent aux toiles de Troyon.

Dussions-nous passer pour paradoxal, nous affirmerons de la façon la plus nette que M. Louis Yeuillot est surtout supérieur dans l'expression des sentiments doux. Il y a dans ses écrits beaucoup plus de mieil que de vinaigre. Corbin et cÛAuhecourt est une suite de lettres qui sont présentées comme l'œuvre d'une jeune fille : la plus délicate, la plus virginale des jeunes filles pourrait les signer. Les Historiettes et fantaisies contiennent des perles dont l'éclat est des plus doux ; rien n'est plus calme que le Vol de l'âme, plus finement touché que l'Epouse imaginaire, plus intime que les huit admirables pages de la Chambre nuptiale. Nous ne parlons point de Ça et là, dont les deux tiers au moins sont tout de sucre. C'est là surtout que l'on sent l'homme ; on sent le père, on sent le frère et le fils, on sent le chrétien. Lisez et relisez les Historiettes et fantaisies, et vous serez de notre avis. D'ailleurs, nous ne sommes pas suspect en cet éloge ; nous avons toujours singulièrement aimé à voir M. Louis Yeuillot chasser, le fouet en main, tous les mar chands du temple. En vérité, il se sert bien de ce fouet et les marques rouges en sont restées sur les épaules de tous les adversaires de la Yérité ; — il est bien

entendu que nous parlons an figuré. C'est fort bien fait, et nous nous mettons volontiers à l'école de ce rude fouetteur, — surtout quand il ne fouette que les idées. — Mais nous voulions insister sur une qualité de M. Louis Yeuillot qui n'est pas assez connue, ou qui plutôt est méconnue : c'est qu'il est doux aux siens autant que terrible à l'ennemi. Les Libres Penseurs d'une part, Corbin et d'Aubecourt de l'autre, voilà les deux livres qui donnent l'idée la plus complète, le premier, de toutes les ardeurs de sa polémique, le second, de toutes les délicatesses de son cœur. Faut-il tout dire ? nous préférons le second au premier.

Son style a longtemps porté l'empreinte du xvue siècle, et, dans les Libres Penseurs notamment, on peut saisir, trop aisément parfois, l'imitation plus ou moins réfléchie de La Bruyère. Mais peu à peu ce style s'est échauffé : la verve qui est propre à notre siècle l'a envahi ; si bien que les derniers livres de M. Yeuillot n'ont presque plus rien du xvue siècle. Quelques tours de phrases, quelques mots attestent seuls que l'auteur fait de Bossuet et de Bourdaloue sa lecture la

plus ordinaire.

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Nous avons l'intime conviction que plusieurs volumes de M. Louis Yeuillot demeureront comme des œuvres où la langue française est aussi honorée que l'Église catholique. Mais on nous embarasserait vivement si on avait l'indiscrétion de nous demander quels sont ces livres qui suivant nous résisteront au temps, et ceux qui n'y sauront pas résister. Enfin, si on nous poussait à bout, nous pourrions peut-être répondre que les Pèlerinages de Suisse et Rome et Lorette, malgré cent pages délicieuses, ont le grave défaut de manquer d'unité. V Honnête femme est trop dangereuse encore, malgré la pureté de l'intention, pour que Dieu lu

accorde une immortalité qui pourrait en de certaines occasions être fatale à de certaines âmes. Le dénouement inattendu et défectueux de Pierre Saintive empêchera le durable succès d'une œuvre dont les deux premiers tiers sont à peu près sans défauts. Mais nous sommes persuadé qu'une partie des Mélanges et de Çà et là sera vivante et admirée longtemps encore après ce siècle. Et si nous avions à nous prononcer, en terminant, sur les œuvres qui resteront dans leur intégrité à nos petit neveux et qui passeront longtemps comme de véritables chefs-d'œuvre, nous nommerions les Libres Penseurs et deux livres qui, en ce moment encore, sont loin d'avoir toute la popularité qu'ils méritent : Cor b in et d'Aubecourt et le Lendemain de la victoire.

Juillet 1862.

Il y a environ deux ans, nous écrivions les pages que l'on vient de lire, et nous avions essayé d'y mettre tout notre cœur. En les relisant aujourd'hui, nous les trouvons froides et insuffisantes. C'est qu'en effet nous avons suffissamment exprimé notre pensée sur les ancêtres intellectuels de M. Louis Yeuillot, sur la nature et l'étendue de son esprit, sur l'immortalité de son œuvre ; mais nous n'avons pas assez manifesté notre amour, disons mieux, notre reconnaissance. Nous sommes au nombre de ces jeunes gens dont nous parlions plus haut, et qui doivent en partie à M. Louis Yeuillot la solidité de leur foi et les ardeurs de leur dévouement. Il ne nous a point converti ; mais il nous a soutenu, encouragé, réchauffé. Nous aimons à ne pas nous en taire. D'ailleurs, les bégaiements et l'insuffisance de notre critique viennent peut-être de notre reconnaissance elle-même. On demandait un jour au fils d'un grand orateur d'écrire " le portrait littéraire" de son illustre père. Le fils répondit simplement — et nous sommes presque tenté d'appliquer ces paroles à M. Louis Yeuillot, qui est un peu notre père dans la foi : " J'aime assez mon père pour bien le connaître ; je l'aime trop pour bien parler de lui."

Janvier 1865.

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