‹ Le frère ainé; drame en un acteChapitre 10 sur 20 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CLAIRE

Voulez- vous que j'essaye de la remplacer ? DOMINIQUE, détournant la tête.

Oh 1 non 1... je rêve ! je rêve!...

ANDRÉ, bas à Claire.

Je vous en conjure, éloignez-vous un instant... une grande douleur l'accablo en ce moment. Tout à l'heure, plus tard, quand il sera plus calme... Venez, Claire.

DOMINIQUE, à demi-voix.

Claire!... elle s'appelle Claire; l'autre s'appelait Suzanne... Claire!... Suzannel Oh! le nom de Suzanne est bien plus beau.

ANDRÉ, à Claire.

Par grâce...

DOMINIQUE, très-doux.

Non! non! restez! restez! Je ne veux déranger personne ici; j'aurais mieux fait de ne pas venir, voilà tout...

ANDRÉ

Partir! tu veux partir! Tu veux me quitter encore!... Mais que t'ai-je donc fait, mon Dieu!

DOMINIQUE

11 faut que je parte.

CLAIRE

C'est moi qui vous fais fuir, n'est-ce pas? Vous me haïssez donc bien?

DOMINIQUE

Pourquoi vous haïrais-je, madame? Je ne vous connais pas, je ne veux pas vous connaître.

ANDRÉ, d'un ton de reproche.

OhlDomé!...

DOMINIQUE

Vous voyez bien qu'il faut que je m'en aille... si je restais un moment de plus ici, il pourrait m'échapper certaines paroles... qu'il vaut mieux pour vous que vous n'entendiez pas... *

Il Ta reri la porte.

ANDRÉ, se mettaat devant lui.

Voyons, frère, reviens à toi, parle-moi, dis-moi ce que je t'ai fait, ce que tu me reproches... Mais, au nom du ciel! ne t'en va pas ainsi !

DOMINIQUE, revenant avec lui sur le milieu de la scène.

Tu veux que je parle?

ANDRÉ

Oui, je le veux.

DOMINIQUE

Alors écoute. Te souviens-tu des belles histoires que je te racontais, quand tu étais petit? Tu t'en souviens, n'est-ce pas? Eh bien! c'est une histoire de ce genre que je vais te conter avant de partir. C'est la dernière, par exemple, la dernière. Écoute bien : Il y avait deux frères qui s'aimaient beaucoup... Le sort les ayant faits orphelins de très-bonne heure, l'aîné de ces deux enfants servait de père à l'autre et lui avait donné sa vie. Un jour pourtant, qui l'aurait cru! dans cette âme vouée à l'amour fraternel, naquit une affection d'un autre genre. L'aîné des deux frères aima; il aima éperdûment, mais tout d'abord lutta contre son amour. Le pauvre homme se disait que c'était mal, qu'il n'avait pas le droit d'être épris de la sorte, que son ancienne affection allait être sacrifiée à la nouvelle, et mille beaux scrupules de ce genre. Or, tandis qu'il luttait ainsi dans le plus profond de son âme... et la lutte était rude, car la passion le tenait bien! son frère, un matin, vint se jeter dans ses bras avec le beau cri de guerre des amoureux de vingt ans : J'aime et je suis aimé! Et le nom de celle que tu aimes? lui demanda l'aîné en souriant. Ce nom, quand il le sut, le fit devenir tout pâle... ils aimaient la même femme tous les deux. ANDRÉ, s'élançant vers lui.

Que dis-tu?

GLAIRE, bas.

Je comprends maintenant.

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