‹ Le frère ainé; drame en un acteChapitre 14 sur 20 · DOMINIQUE, CLAIRE · texte numérisé non relu

DOMINIQUE, CLAIRE

CLAIRE, sans oser avancer.

Monsieur Dominique! (Bas.) Les forces me manquent, mais il le faut; allons, du courage! (Elle ferme la porte derrière elle.) Monsieur Dominique!

DOMINIQUE, se retournant vivement.

Dieu!... cette femme!... encore!...

CLAIRE

Vous l'avez dit, c'est moi... c'est... cette femme... Pendant qu'on attelle, vous avez encore cinq minutes à passer ici... je venais voir si vous ne désiriez rien.

DOMINIQUE, très-froid.

Rien, absolument, madame, je vous remercie.

CLAIRE, déconcertée.

En ce cas, je me retire... (Elle fait mine de s'en aller, puis s'arrête.) J'avais songé à vous faire servir une collation avant votr« départ...

DOMINIQUE, avec un peu d'impatience. Encore une fois, je n'ai besoin de rien. (Plus doux.) Je vous salue, madame.

CLAIRE, sourire triste.

Non, tenez, décidément je ne m'en vais pas encore.

DOMINIQUE

Mais enfin, madame, que voulez-vous de moi? Jevousaidit tout à l'heure, que je ne vous connaissais pas... que je ne voulais pas vous connaître... pourquoi ne pas vous en tenir là? Il faudrait cependant ne pas pousser les gens à bout. Vraiment, les femmes ne sont pas généreuses.

Dominique se dirige vers la porte.

CLAIRE, vivement.

La voilure n'est pa^ là... j'ai dit qu'on vous prévînt quand elle serait prête. Mais, d'ici là, vous écouterez ce que j'ai à vous dire. Oh! vous en passerez par là, je vous préviens! Vous me tuerez plutôt que de vous laisser partir sans m'ente ndre.

DOMINIQUE, après l'avoir regardée un moment.

C'est vrai, j'oubliais que, dans tout ceci, il y a un orgueil de femme en jeu... Oui, je comprends, vous avez beau me haïr et dans le fond du cœur me souhaiter bien loin d'ici, entre vous et moi maintenant c'est une partie engagée. Vous la perdez si je pars; mais si je reste, quel triomphe! (S'asseyant.) Parlez, madame, je vous écoute.

CLAIRE

Ce n'est pas dans mon orgueil de femme que vous me frappez en partant, c'est dans mon cœur d'épouse. Si, comme vous le dites, mon orgueil seul était en jeu dans tout ceci, je ne serais pas venue l'exposer à de nouveaux outrages, à de nouvelles meurtrissures. Mais c'est bien de l'orgueil d'une femme qu'il s'agit!... (Elle s'avance hardiment.) Il s'agit d'André, de notre André qui pleure et qui souffre... C'est vous qui le faites pleurer, c'est vous qui le faites souffrir!... Et moi, je ne le veux pas, et moi, je vous le défends... entendez-vous, je vous défends de me le torturer ainsi... D'abord vous n'en avez pas le droit, et pour faire ce que vous faites, il faut être un méchant ou un fou ! (Elle s'arrête, le regarde et pousse un cri.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que je dis

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