‹ Le frère ainé; drame en un acteChapitre 18 sur 20 · SCÈNE X DOMINIQUE, ANDRÉ, CLAIRE, MASCARAT · texte numérisé non relu

SCÈNE X DOMINIQUE, ANDRÉ, CLAIRE, MASCARAT

MASCARAT.

Madame, j'ai descendu les bagages et les postillons sont là.

CLAIRE

Va-fen l

MASCARAT.

C'est qu'il se fait tard, et vu la méchanceté des routes, ils voudraient bien s'en retourner avant qu'il fit noir.

DOMINIQUE

C'est bien, j'y vais... (il descend vers le fond.

CLAIRE, joignant les mains»

Mon frère!...

DOMINIQUE

Non, non, pour vous comme pour moi, il faut que je parte, il le faut... Nous ne pouvons pas vivre ici tous les trois.

CLAIRE

Mais si je m'arrange pour que vous ne me voyiez pas, pour que vous ne m'entendiez jamais; si je parviens à vous faire oublier que j'existe tant je tiendEai peu de place, tant je me ferai petite...

ANDRÉ

Tu l'entends, la chère créature. Comment pourrais-tu t'en aller après cela?...

28 LE FRÈPE AINE

DOMINIQUE

Ah ! tenez, vous me brisez le cœur tous les deux. Vous ne voyez donc pas tout ce que je souffre à m'arracher d'ici... Vous ne comprenez donc pas que je tiens à cette maison par toutes les fibres de mon âme, et qu'en m'en allant, je laisse un lambeau de moi-même dans tous les coins.

CLAIRE

Eh bien ! non, vous ne partirez pas. C'est ici la maison de Suzanne, et puisque nous ne pouvons y vivre tous les trois, vous seul devez l'habiter.

DOMINIQUE

Comment?...

Elle a raison, frère, elle a raison ; toi, lu ne peux être heureux qu'ici. Nous, nous avons le monde entier pour nous aimer.

DOMINIQUE

Quoi! vous feriez cela... vous me laisseriez cette masonl... Mais vous?...

CLAIRE

Ah ! sans aller bien loin, nous avons la maison du vieux Bénédict où nous nous sommes vus pour la première fois.

DOMINIQUE

Claire I Claire! je suis vaincu, donnez-moi votre main.

(Tendant à André l'autre main.) Tu l'avais bien dit qu'elle a la

mission de consoler. Oui, je l'accepte, enfants, votre sacrifice; mais, en échange, tout ce que j'ai vous appartient, je n'ai plus besoin de rien au monde. Pardonnez à ce pauvre fou tout le mal qu'il vous a fait, et puisque partout ailleurs qu'entre ces murs vous aurez le droit de vous aimer, aimez-vous sans remords et sans scrupules. Maintenant, grâce à vous, ma vie va avoir un but. Il faut un veuf à cette

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morte, quelqu'un qui se souvienne et qui porte son deuil ; ce vevf, ce sera moi, moi, qui l'ai tant aimée et qui vais enfin pouvoir le lui dire ! je vais vivre seul ici, dans cette maison où tout parle de Suzanne ; je souffrirai... je pleurerai... jamais je n'aurai été si heureux.

M AS CARAT, à part.

Je continue à n'y rien comprendre. C'est égal, cet exaltélà a une manière de dire les choses!...

Il s'essuie les yeux.

André.

Mais, quoique séparés, nous nous verrons souvent, n'estce pas, Domé?...

Souvent. (Bas.) Mais jamais ici. (S'approchant de la croisée, et regardant du côté du cimetière.) Ah ! Suzanne, Suzanne 1 Ce sera une singulière histoire à dire que celle de ce pauvre homme qui était veuf et n'avait jamais été marié.

ÏU

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