‹ Le frère ainé; drame en un acteChapitre 5 sur 20 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DOMINIQUE

Je le vois bien... Et moi, André, me trouves -tu changé?

ANDRÉ

Voyons... oui... un pe'U. (Dominique penche la tête.) 01) ! pauvre ami, déjà des cheveux blancs! Est-ce possible, à ton âge avoir des cheveux pareils!... Tu as donc bien souffert depuis que tu nous as quittés?

DOMINIQUE

Moi?... souffert? allons donc! Est-ce que ça souffre, un vieux garçon?... Eh! non, ce sont les voyages qui m'ont blanchi... qui sait?... en passant par Terre-Neuve, (il montre son front.) un peu de neige aura tombé là-dessus et s'y sera bien trouvée I Bah! tout cela va fondre au beau soleil qu'il fait ici.

ANDRÉ

Terre-Neuve ! Tu es allé à Terre-Neuve ! Parbleu ! je vous demande, en quatre ans on a bien le temps d'aller à Terre- Neuve, d'y aller plusieurs fois et même d'en revenir. Ah çà! mais... où est ta voiture, où sont tes malles? Par où es-tu venu? car enûn...

DOMINIQUE

Voici... Comme je tenais à arriver sans fracas pour vous surprendre un peu...

ANDRÉ, joignant les mains.

Un peu I

DOMINIQUE

J'ai laissé la chaise de poste derrière les oliviers de Saint- Vincent, et je suis venu tranquillement, en voisin, les mains dans les poches. Il faut maintenant que Mascarat fasse avancer la voiture jusqu'ici et descende mes bagages. ANDRÉ, vivement.

Tu entends, Mascarat ?

MASCARAT, qui se tenait respectueusement à 1 écart, s'approche.

Parfaitement, monsieur, (a part.) Des bagages ! il a des bagages!...

ANDRÉ, a Dominique.

Au fait, tu connais donc Mascarat, toi ? Pourtant, nous ne l'avons que depuis un an...

MASCARAT.

Dame! c'est moi qui ai eu l'avantage de recevoir monsieur

ANDRÉ

Tiens! c'est vrai... je crois même que tu avais fermé toutes les portes de peur qu'il ne s'échappât. Tu as bien fait, Mascarat, tu as très-bien fait, on ne saurait jamais prendre trop de précautions avec ce gaillard-là.

MASCARAT, à part.

Très-bien!... il faudra que je le surveille, alors!...

ANDRÉ

Maintenant, cours dire au postillon de faire avancer la chaise de poste. Tu monteras les bagages de M. Dominique dans sa chambre. Car tu sais, Domé, tu as toujours ta chambre, on n'y a pas touché. Seulement, il y fait bien froid. Veux-tu la mienne? Oui, c'est cela, la mienne. Après tout, suis-je bète ! prends toute la maison, si tu veux, elle est à toi, parbleu !

DOMINIQUE, riant.

Laisse-moi donc tran quille avec toutes tes chambres. Eh ! qu'importe où je couche, puiàq. .3 je suis dans la maison de ceux que j'aime?

ANDRÉ

Oui, oui, lu as raison... (a Mascarat.) Allons, va vite... va vite... et si tu rencontres, tu sais?... pas un mot?

MASCARAT.

Compris, (a Dominique.) Derrière les oliviers deSaint- Vincent, n'est-ce pas, monsieur ?

DOMINIQUE

Oui, mon garçon. (Le rappelant.) A propos, Mascarat, dans la voiture, tu trouveras une petite boîte blanche... au lieu de

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