SCENE X
LOriSE,BEAUSOLEIL, PICHONNEAU.
PICHONNEAU. Oh ! la ! la I la I
LOUISE. Eh 1 mon Dieu! Pichonneau, qu'est-ce que vous avez donc ?
PICHONNEAU. Oh I oh!., je ne cours plus, mamzelle Louise, je ne saute plus; je suis abattu ... oh ! oh !
LOUISE. Que vous est-il arrivé?
' PICHONNEAU. Vous ne devinez pas?
BEAUSOLEIL. Comment veux-tu qu'on devine, jeune imbécille?.. tu ne parles pas.
PICHONNEAU, pleurant. Oh ! oh !
BEAUSOLEIL. Pour te faire comprendre, il ne faudrait pas d'abord que tu te plail^n .. assc3.
PICHONNEAU. Plaignisses.
BEAUSOLEIL. Répète un peu , jeune homme.
PICHONNEAU. Plaignisse?.
BEAUSOLEIL. C'est possible : on dit [daignasses au régiment.
LOUISE. Enûii, txi^iquez-vous.
MCUONNEAU. E!i bien ! c'est mon idée de toui-à-rheure... elle a joliment tourné mon idée. Si vous saviez !.. j'ai été porter ma circulaire à ces messieurs... ils allaient s'assembler.
LOUISE. Qui? les membres de l'académie ?
PICHONNEAU. Oui : je leur ai remis mon pilpier... on m'a ri au nez.
lîEAUSOLElL. Qu'est-ce qu'il dit donc?
Il y a donc une académie, à Dijon?
PICHONNEAU. Pourquoi pas?
BEAUSOLEIL. Et votre père veut en être?
LOUISE. Oui.
PiCiiONNEAl'. Et, s'il n'est pas nommé, il me renvoie de chez lui... c'est-il assez bête ?.. Ils disent qu'il n'a pas de titres.
BEAI SOLEIL. Pas de titres !. . ils disent cjne Piron n'a pas de titres ?
PICHONNEAU. Ils le disent tout tranquillement.
BEAUSOLEIL. Lui! ils ne savent donc pas ce qu'il a fait? Ils ne connaissent donc rien ? Où ont-ils été élevés , ces académiciens-là?
PICHONNEAU. Dam ! à Dijon...
BEAUSOLEIL. Ça fait honneur au collège. Dire que Piron n'a pas de titres!., de miiuvais académiciens de campagne!., lui, l'auteur de tant de satires, d'épigrammes, de bons mots , de poésies diverses , sans compter la IMeUvinanie, qui n'est pas ce ((u'ilafait de plus gai, à mon idée; mais enfin., il n'a donc pas fait valoir ses droits^ Pas de titres !.. ah I je vais leur en montrer, moi !
LOUISE. Que voulez-vous faire?
BEAUSOLEIL. Oh! grand homme! tu as charmé mon existence... et c'est à moi que tu devras ta nomination.
PICHONNEAU. Il sera nommé , ditesvous?
BEAUSOLEIL. Et d'emblée... ou ils diront pourquoi. {Oiwrant sa valise.) Pas de titres!., en voilà !.. en voilà !.. et des bons. Où s'assemblent-ils, tes invalides?
PICHONNEAU. Tout près d'ici... au marché aux veaux.
BEAUSOLEIL. On m'y verra.
M" • PIRON, dans la coulisse. Pichonneau!
PICHONNEAU. Tout-à-l'hure.
BEAUSOLEIL. Un pour les passans, l'autre pour l'académie... (Ilouore le oolume et fredonne un commencement d'air.) C'est ça., celui-ci pour sa famille... Porte ça à sa respectable épouse.
M"'^ v\\Ki)y,idcm. Pichonneau ! vas-tu venir ?
PICHONNEAU. Me voiîà
LE FRKllE DE PIRON.
BKAUSOLKIL. TSc (lilCS licu à voUe
père je liens à lui luire nue surprise....
soyez trauquilK', je r('[)(ii;ils de tout, aussi vrai que je m'appelle Beausoleil... joli nom... .fe revieus... vous savez?..
Aiu Final du d luriè/iie ticte d'Un de fdi/s. KNSlùMBLK.
r.i:AiJSOi.Eir..
Ali ! ([ucl hoiilic'ur ; uli ! ([nclle joie! Ici, j'arrive tout exjiiés; l'our le servir, le ciel m'envoie:
lieausoltil repond du succès.
LOUISE ft PICIIONNEAU.
Ail! quel bonheur; ;ili! quelle joie !
Il ;iriive Ici tout exprès; Pour lions servir le ciel l'envoie, Faisons des vœux pour son succès.
BEAUSOI.Eir,, su//.
Quoh (flic soient, api es [ont, Les livaux ipiil a dans 1 i ville , Quand on écrit d'un pareil slvle, On peut se présenter partout.
Ah 1 quel honlienr , etc.
LOL'ISE et nCllONNEAU.
Ah! quel bonheur, etc.
{l'eausoleil et Pichoiineuii sortent.)