ÉVÊCHÉ DES TROIS RIVIÈRES
Les Trois-Rivières, 23 novevibï'e igoQ.
Révérend Père Odoric-Marie, O. F. M.
Québec. ■
Mon Révérend Père,
Glorifier les Jiumbles et susciter plus d'humilité parmi les hommes y c' est, je pense, le double but gîte vous avez poursuivi, en écrivant votre biographie du Frère Didace. Il était difficile de vous proposer tme fin plus noble et d'une plus grande actualité, comme il n'était pas facile de choisir un moyen plus apte à vous la faire atteindre : les bons exemples sont si puissants pour le bien !
DJmmilitc se fait rare en notre siècle d'égalitarisme et de nivellement social. Nous ne sommes phis an temps où les rois de la terre, pénétrés de l'origine divine de leur pouvoir, courbaient humblement le front devant ' ' Celui de gui relèvent tous les empires ", protestant qu' " ils n'étaient que néant " devant Lui. Et les peuples à qui, sous prétexte de leur donner conscience de leur dignité, on s'est efforcé d'i?iculquer le souci de leurs droits avant tout, ont oublié leurs devoirs, et, ne reconnaissant que des hommes dans ceux qui les gouvernent, ont perdu pour l'autorité et pour la religion le respect qu'ils doivent à l'une et à l'autre.
Mais, plus l'humilité tend à s'effacer du cœur des hommes, plus il est nécessaire de travailler à l'y faire revivre, plus aussi il est utile de remettre sous les yeux des fis d'Adam, avides de jouissance, les exemples de ceux qui l'ont recherchée avec plus de constance et l'ont pratiquée avec plus de succès.
A ce titre, votre livre vient à son heure ; et ce modèle qu'il nous propose fera comprendre à ■quiconque le lira toute la beauté de l'idéal chré-
tien, en même temps qu'il lui facilitera l'accomplissement dn précepte divin : " Discite a me quia mitis sum et humilis corde ".
Le Frère Didace réalise bien le caractère du juste marqué d'un mot par saint Paul: " Justus autem quid fecit ? " O est l'humilité même, qui va jusqu'à s'oublier et se faire oublier ; il a passé en faisant le bien, mais sans faire de bruit, tellement que la grande préoccupation de l'historien anxic7ix de relater tous les événements de sa vie féconde, est, comme vous le dites vous-même, de trouver quelque chose à dire ; toujours il se heurte à cette difficulté : qu'est-ce que ce juste a fait pendant sa vie ?
Malgré cela, le souvenir du Frère Didace est toujours resté vivace chez ses cotnpatriotes, et sa réputation de sainteté est parvenue jusqu'à nous. Mais, voici que vous venes d'élever à sa mémoire un monument durable, qui fera voir toute la vérité de cette parole des Saints Livres : " In memoria alterna erit justus ". Les faits extraordinaires et probablement miraculeux mttribués à l'intervention du Frère Didace, et que vous avez consigfiés dans sa biographie^
demeiweront attaches à son nom. Ils contribueront certainement à augmenter notre respect et notre vénération pour le premier Canadien mort en odeur de sainteté ; peut-être aussi servirontils à faire avancer plus rapidement la cause de sa canonisation qui doit être introduite en cour de Rome. Dans ce cas, vous agirez été bien récompensé de votre travail, et vous aurez bien mérité de tous.
V Eve que des Trois-Rivières ne peut pas oublier que ce grand scrvite7ir de Dieu a vécu dans r enceinte de sa ville épiscopalc, et que c'est même ici qu'il a fini sa carrière de sainteté et rendu sa belle âme à Dieu. Je vous suis donc plus reconnaissant que qui que ce soit pour la pensée que vous avez eue d'écrire la vie du Frère Didace ; et je vous félicite de la belle action que vous avez accomplie.
J'augure beaucoup de bien de votre livre ; il a l' avantage de proposer à notre imitation un modèle à la portée de tous.
Il s'agit, en effet, d'une vie tout à fait ordinaire en apparence, et do7it tout le merveilleux consiste dans la régularité la plus parfaite
observée sans ostentation, je dij-ai même avec une simplicité incomparable. Ceux gui la liront ne pourront pas se dire : Ceci n'est pas fait pour moi ; je ne suis pas capable d'imiter cela. Et c'est surtout par là que votre livre aura été réellement titile.
Enji)i, faut-il V021S dire à quel point j' ai trouvé qu'il était dans l'ordre que cette vie fût écrite par un disciple de saint François, un frère en religion du Frère Didace ? Il n'appartient qu'à un franciscain d'écrire la vie d'un franciscain, parce que seul un franciscain peut savoir toutes les difficultés que peut rencontrer un de ses frères dans le cours de sa vie et mettre en pleitie lumière tout son mérite et toute sa sainteté, ayant vécu sous la même règle et connu les mêmes tentations. C'est d'ailleurs de tradition, chez les disciples de saint François, d'Jionorcr d'une manière toute spéciale la vertu d' hîimilité et de la prêcher avec zèle. Il n'y a pas de doute que le povercllo d'Assise sera content de l'Jionneur fait à son digne fils, et qu'il bénira du haut du ciel une œuvre entreprise dans un but si conforme à l'esprit qu'il a tra-
APPROBATIONS IÇ
vaille toute sa vie à répandre dans le monde : V esprit d' humilité .
Je vous félicite une dernière fois ; et je souhaite à votre livre une grande vogue, pour la gloire du Frère Didace, pour le bien des âmes et pour la plus grande gloire de Dieu.
Vcuillerj croire en ma profonde estime et en mon entier dévotienient en Notre-Seigncur.
t F.-X,, Ev. DES Trois-Rivières.-
Illustrissimo D. D. F. X. Cloutier
Fpiscopo Trifluviano
Revcrendissinie Domine,
Cum totum et accurate perlegerim librum eut titulus est "Le Frère Didace Pelletier, Récollet, par le P. Odoric-Marie, " nihil in eo-
l6 APPROBATIONS
reperi, quod ciim sana doctrina Sanctœ Matris nostrœ Ecclcsiœ, vel ciim Ejusdem regulis circa fainain sanctitatis Servorum Dei nondinn ca7ionizatormn et publicationeni viiraculorum, non concordct. Passini eniin auctor admonet Icctores se nolle prœvenire judicia Ecclesiœ, cuj'us est dccernere de genuitate et authenticitate miraailoruni sicut et sanctitatis, unde déclarât se narrare illa facta portentosa, tantuinmodo ut innuat nniversalein fiduciam populorum erga F. Didacum, quibus ideo non vindicat nisi fidein humanani.
Qiiare nihil obstat quominus in Iticem edatur iste liber.
Et Dciis &c.
Amplitudinis titœ humilitmivi ac devotissiniiim servum 7ne snbscribo.
Alf. Comtois,
Censor.
Trijîuvii, die 23a Novembris IÇ09.