COUVENT DES FRÈRES MINEURS
. Québec, 4 octobre 1909 Cher Père Odoric-Marie,
En acceptant â'écrire la vie de notre bon Frère Didacc, vous avez entrepris^ avec le mérite de la sainte obéissance, une œuvre aussi utile et opportune que délicate et peu facile. Je suis heureux de constater par la lecture de votre mafiuscrit que vous aves su parfaitement répondre à notre attente.
Utile, il l'est toujours de publier les vertus des saints. Leurs exemples sont une lumière dans nos ténèbres, un encouragement pour notre faiblesse, et le parfum céleste qui se dégage de leur vie nous console des misères sans nombre qu'il 710US faut constater en 7ious et autour de nous, sur cette terre misérable.
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Mais à éc7'ire la vie du Frère Didace il y avait îine utilité plus spéciale encore. Le bon Frère est i?ivoqué dans le pays tout entier ; manifestement il paraît écouter ceux qui le prient et répondre à leur confiance par des faveurs signalées. Or, si Von connaît son pouvoir auprès de Dieu, on» ne le connaît pas luinié nie, on ignore communément ce qu'il a été et ce quil a fait ; ne senible-t-il pas que Dieu, e7i se scj'Vant de lui pour répandre ses bienfaits, nous invite par là même à ^ faire mieux connaître et à manifester au monde sa vie et ses vertus ?
Œuvre d'autant plus opportune que de nos jours, dans V univers entier, un noble souci porte les hommes à mieux étudier le passé. On en scrute les gloires avec plus de soin et d'exactitude ; on s'applique à tirer de l'oubli bien des mémoires précieuses pour un peuple et à mettre en lumière des modèles dignes d'être imités par les jeunes générations.
Dans notre pays, en particulier, on a garde d'oublier. Entre tous les honneurs qu'il soit possible de décerner sur la terre à une noble
APPROBATIONS IQ
mémoire, on s'occupe activement d'obtenir les plus solides et les plus grands — ceux des autels — aux saints personnages qui ont illustré V Eglise et la patrie canadienne et qui, évcque, missionnaires, martyrs, religieuses hospitalières et enseignantes, ont pétri l'âme de la nation. Au milieu de cette pléiade glorieuse, se montre timidement le bon Frère Didace. Par son Jiumilité, son obscurité, sa simplicité, par son influence incontestable auprès de Dieu, il est bien fait pour représenter la famille religiejise à laquelle il appartient, famille qui a veillé sur le berceau même de la colonie.
Rien de plus opportun^ avouons-le, ni de plus utile que de faire mieux connaître cet obscur Frère Didace Pelletier, première fleur de sainteté éclose sur le sol canadien.
Cette tâche a dû vous être particulièrement agréable, cher Père, à vous qui avez le culte du passé de notre Ordre au Canada, et je sais que vous avez mis la main à r œuvre avec un pieux empressement.
Mais la tâche était difficile.
Vous vous trouviez en face d'un homme dont
la renommée publique proclame la mort vraiment sainte, mais dont, à peu près pour ainsi dire, luie source unique, et encore combien parcimonieuse, faisait connaître les vertus et les •traits édifiants qui ont orné sa vie.
Sans vous laisser rebuter par les difficultés, vous avez fait de nouvelles recherches, vous vous êtes adressé, non sans résultat, au lieu d'origine de la famille Pelletier, à Dieppe ; vous avez ensuite et surtout scruté plus diligemment et avec plus de compétence les sources existantes ; vous avez précisé la chronologie, tiré de vos documents tout ce qu'il est possible d'en déduire de conclusions logiques et certaines en dehors de tout travail d'imagination. Grâce à vos comiaissances générales sur l'époqtie et le pays, vous avez situé plus exactement et le personnage et les événements ; le cadre historique s'est élargi et nous permet de voir dans quel milieu se motivait le bon Frère, et à quelles œuvres il a participé. Eiifin, si des vertus du bon Frère vous n'avez pas un trait de plus à signaler que vos devanciers, chacun de ces traits est si bien mis en relief, chaque détail est relevé
avec tant de soin, que vraiment l'on o'oit avoir en main une vie toute nouvelle.
C'est du moins l'impression que m'a faite à la première lecture, votre vie du Frère Didace^ et je pe7isc que cette impression sera partagée par tous ceux qui vous liront.
Je crois pareillement que vous vous êtes très bien tiré de cette partie délicate de votre tâche qui consistait à rapporter les faveurs attribuées au Frère Didace. Aie Saint-Siège seul il appartient d' en fixer le caractère miraculeux, néanmoins les faits anciens et nouveaux se présentent si nombreux, si variés, que, sans prévenir aucunement le jugement de la seule autorité compétente, le récit que vous en faites impose pour ainsi dire la conviction que Dieu intervient pour glorifier son serviteur et pour soulager, par son moyen, les souffrances et les maux de ses compatriotes malheureux. C'est ce qui faisait dire au T. R. P. Postulatcur des causes franciscaines à Rome : ' ' Frère Didace, pour les faveurs qui lui sont attribuées, est extraordinairement bon ; occupez-vous seulement de sa vie. ' '
Vous l'avez fait, cher Père, avec un amour
vraiment fraternel. Votre travail, je n'en donte pas, augmentera encore la confiance des fidèles du Canada envers leur saint compatriote. Je vous permets donc bien volontiers de faire imprimer votre ouvrage ; puissc-t-il porter aux tribunaux romains assez de détails et d'actes de vertîis pour donner satisfaction à leîirs légitimes exigences !
Tojts vos lecteurs prieront Dieu avec nous pour qu'il en soit ainsi, et qu'un jour nous puissions célébrer la fête de celui qui a P honneur d'être le premier Canadien-Français mort en odeur de sainteté.
Je vous bénis, cher Père, et, en vous remerciant de votre bon et beau travail, je demeure votre bien affectueusement dévoué en Notre-Seigneur et Marie Immaculée.
Fr. Colomban-Marie, o. f. m.
Min. Prov.