‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 26 sur 99 · I. Défriché · texte numérisé non relu

I. Défriché

LE FRERE DIDACE lOI

lable et constante de Claude Pelletier à la grâce de son baptême, on ne doute pas que ses parents ne lui aient inspiré une grande horreur du mal ; et on peut supposer que sa bonne mère lui a dit plus d'une fois, à l'exemple de Blanche de Castille : " Mon fils, j'aimerais mieux te voir mourir, plutôt que de te savoir souillé par un péché mortel. "

Agé de huit ans et huit mois, Claude Pelletier fut jugé digne, ainsi que sa sœur Marie- Madeleine, encore plus jeune que lui, de recevoir le sacrement de confirmation. Mgr de Laval les confirma tous deux le 28 février 1666, un dimanche, dans l'église du Château-Richer. Ainsi devenu parfait chrétien, temple de l'Esprit sanctificateur, il ne manquait plus au jeune enfant qu'un bonheur, mais le plus grand que l'on puisse goûter sur la terre, celui de s'asseoir à la Table sainte et de faire sa pre-

I. Registre des confirmations. Archives de l'archevêché de Québec. C'est trois ans plus tard que Mgr de Laval a confirmé pour la 1ère fois à Sainte-Anne, en février 1669 ; parmi les confirmés, on voit Marie Pelletier, serait-ce Catherine, la deuxième sœur du Frère Didace ?

mière communion. Et pourquoi n'ajouterionsnous pas qu'il tardait à Jésus-Hostie d'entrer dans cette âme innocente, d'y faire sa demeure, lui qui se plait parmi les lis, lui qui trouve ses délices d'être avec les enfants des hommes ? Aucun document ne paraît nous avoir conservé cette date mémorable, ce dut être en 1667, un an après sa confirmation, l'enfant terminait alors sa dixième année.

Georges Pelletier et Catherine Vannier firent-ils donner à leur petit garçon une instruction au moins élémentaire ? Ce n'était pas chose facile à cette époque dans les campagnes ; les paroisses commençaient seulement à s'organiser, les ressources n'étaient même pas suffisantes pour entretenir les missionnaires, encore moins par conséquent pour payer des maîtres d'école. Cependant il n'est que juste de dire que l'instruction, élémentaire du moins, a toujours eu sa place dans la Nouvelle- France.' En certains lieux, des personnes plus

I. Voir l'étude de Mr l'abbé AmédÉE Gosselin : l' Instruction primaire au Canada sous le régime français. Bulletin du Parler français, avril et mai 1907.

instruites se faisaient instituteurs volontaires ; en d'autres, les missionnaires, malgré, les travaux de leur pénible ministère, trouvaient encore quelques loisirs qu'ils consacraient à l'instruction des enfants dont ils avaient remarqué les bonnes dispositions. Ce qui développa puissamment sur la côte de Beaupré l'instruction la mieux appropriée aux enfants des colons qui ne se sentaient pas faits pour des études classiques, ce fut l'école de Saint- Joachim, fondée par Mgr de Laval, au pied du Cap Tourmente, probablement vers le même temps que son petit Séminaire de Québec,^ c'est-à-dire à l'automne de 1668. L'école de Saint-Joachim était " une espèce de ferme modèle où les jeunes gens qui paraissaient moins propres aux études classiques apprenaient à lire, à écrire et à chiffrer, tout en s'occupant aux travaux de la terre et à différents métiers.'' " Nous ne pouvons pas appuyer

Page 1