‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 28 sur 99 · Actes du Frère Didace · texte numérisé non relu

Actes du Frère Didace

Chevalier, en présence de Georges Pelletier.

L'année précédente, celui-ci eut à remplir la charge de premier marguillier de la paroisse, preuve qu'on le considérait comme un des plus honorables cito3^ens de l'endroit. Ainsi que ses prédécesseurs, il rendit compte de son administration à la fin de l'année. Le fait est relaté au registre de la Fabrique dans les termes suivants: "Les comptes de maître Georges Pelletier, premier marguillier de l'église, aj'ant été examinés en présence de maître Pierre Picard, Claude Poulin et M. de Lessart, t l'église lui étant demeurée redevable de onze livres et quarante sols, dont il la tient quitte, lui cédant volontairement." Voilà, pour l'époque, un très bel acte de désintéressement.

L'année suivante il fut nommé bedeau de l'église. Son prédécesseur avait été Michel Bouchard auquel Georges Pelletier étant marguillier paya quinze livres. Le père de Claude a dû être le deuxième bedeau en titre et en charge de la paroisse Sainte-Anne. Durant les premières années, ses honoraires lui sont payés partie en monnaie, partie en blc, en

anguille même ; mais à partir de 1685, ils le sont ordinairement en monnaie, et la Fabrique lui donne trente livres par an. Pendant vingtcinq ans, Georges Pelletier remplit ses fonctions de bedeau et sans nul doute à la satisfaction générale, le fait d'être resté aussi longtemps en charge le prouve suffisamment ; ajoutons que lorsqu'il quitta ce poste, il était sur le point de quitter Sainte-Anne, ainsi que nous le dirons plus loin.

Nous avons déjà relevé la date de la confirmation de Claude Pelletier ; en plusieurs autres circonstances nous retrouvons les traces du jeune fils de maître Georges Pelletier. Ainsi, en 1671, le 13 septembre, Claude est parrain- de Marguerite fille de Nicolas Vérieul et de Marguerite Hardin, habitants de l'Ile d'Orléans.' En 1674, le 10 juin, Etienne Lessart, un des principaux citoyens de Sainte- Anne, et que nous connaissons déjà, le deman-

I. Cette filleule du Frère Didace se maria le 23 février 1693 avec Jacques Beaudon dit Larivière, (Sainte-Famille, Ile d'Orléans,) et eut une nombreuse famille.

da pour être parrain du dixième enfant que Marguerite Sevestre, son épouse, venait de lui ■donner. La marraine fut Marguerite Gagnon, femme de Jean Caron. L'enfant reçut le nom de Prisque.'

En 1676, le registre de la Fabrique porte que le marguillier en charge a " donné au fîls de Georges Pelletier, pour le service qu'il rend à l'église, huit livres ; " et encore : " donné au fîls de Georges, une livre. " De quelle nature étaient les services rendus par Claude à l'église de Sainte-Anne ? C'est ce que le marguillier a négligé de noter. Il n'est guère permis de douter que le jeune Claude ait servi à l'autel, sa vertu le recommandait pour cet offtce ; le père étant bedeau, le fîls devait le suivre à l'église et l'aider de son mieux. Mais ne seraitil pas exact de penser que le service rendu en 1676 à l'église paroissiale, par Claude Pelletier, alors âgé de i8 ans, était en rapport avec son

I. Prisque Lessart se maria deux mois après la mort de son parrain en 1699, et se fixa sur sa part de la terre paternelle à Sainte-Anne-de-Beaupré.

métier de charpentier ? Il est tout naturel de supposer qu'il travailla au bois de la nouvelle église qui fut construite à Sainte-Anne en

Monsieur l'abbé François Fillon avait succédé en 1667 à M. Thomas Joseph Morel.

" Dévoré de zèle pour la maison de Dieu, ce bon prêtre souffrait de voir que la pauvreté faisait toujours le principal ornement de sa petite église paroissiale : l'église aux miracles^ comme on pouvait déjà l'appeler. Dans son ardent désir de procurer la gloire de Dieu, il avait rêvé pour la sainte Patronne de sa paroisse, un temple spacieux dont la beauté pût attirer les pèlerins et stimuler la dévotion envers la bonne Sainte Anne. Mais comment réaliser ce rêve ? Les habitants sont pauvres» ce n'est qu'à la sueur de leur front qu'ils retirent de la culture du sol les choses nécessaires à leur subsistance. . • N'écoutant que son zèle et s'en remettant pour le reste aux soins de la Divine Providence, M. Fillon commença la construction du temple tant désiré. La nouvelle église fut commencée l'été de

1676- ••'" Elle fut bâtie de pierre, avec une longueur de 80 pieds sur une largeur de 28 pieds/ et fut placée tout auprès de l'ancienne, mais plus au nord, entre la précédente et le pied du Cap.^ Il n'est pas possible de dire d'une manière précise la date à laquelle cette église fut inaugurée, toutefois on peut la conjecturer : " l'érection canonique de la paroisse eut lieu le 30 octobre 1678. Ne pourrions-nous pas légitimement conclure qu'à cette occasion la nouvelle église fut ouverte au culte ?* "

Dans ce cas, Claude Pelletier n'eut pas l'occasion d'}'^ prier la bonne Sainte Anne, car depuis le mois de septembre, il n'était plus là.

Page 1