Actes du Frère Didace
2. Le Canida- Français, vol. IV, p. 254, précise davantage en disant :." au mois de septembre 1678"
Il6 LE FRÈRE DIDACE
pieux parents, au toit paternel, à son village natal, prit le chemin de Québec et vint s'offrir à Dieu dans l'Ordre franciscain, au couvent des Récollets de Notre-Dame des Anges.
Il est bien permis de se demander quelle circonstance particulière avait attiré Claude Pelletier à la vie franciscaine. Sans doute la réponse obligée est celle-ci : c'est Dieu et Dieu seul qui appelle, c'est de lui qu'émane le don gratuit de la vocation ; Il possède en maître le cœur des hommes, et disposant tout suavement mais fortement. Il les amène pour l'ordinaire insensiblement aux fins de sa Providence ; mais pour arriver à son but, Dieu ne dédaigne pas de se servir d'un événement, d'une lecture, d'une conversation, et de bien d'autres circonstances, dans lesquelles II renferme une de ces grâces qui illuminent l'âme et lui font connaître l'état particulier de perfection qu'elle doit embrasser. Claude Pelletier avait eu plusieurs fois l'occasion de voir de très près des enfants de Saint François. Entre 1670 et 1678, plusieurs Récollets passèrent à Sainte-Anne, les uns en visite au sanc-
tuaire, d'autres en qualité de missionnaires ; le Père Louis Hennepin s'}' rendit plusieurs fois •/ le Père Zénobe Membre 3^ exerça le saint ministère en avril 1676.' On voit aussi, d'après les registres paroissiaux de l'Ange-Gardien, les Pères Léonard Duchesne, Exupère Dethunes et Martial Limozin, visiter la côte de Beaupré et par suite la paroisse de Sainte-Anne.^ Et qui oserait nier que le fils de Georges Pelletier profita de ces occasions pour ouvrir son âme à ces ministres de Dieu, leur confier ses aspirations, et enfin leur dire un jour que leur habit austère, bien plus encore leur genre de vie humble et pauvre l'attiraient ; c'est là l'histoire de bien des vocations.
Claude Pelletier fut reçu à Notre-Dame des Anges par le R. Père Valentin Le Roux. Ce Récollet, natif de Paris, " homme habile et
I. Voyage ou nouvelle découverte d'un très grand pays d^ms r Amérique, etc. Amsterdam, 1704, p. 17.
2 Registre paroissial de Sainte-Anne.
3. Cf. Abbé René C.\SGRAIN : Histoire de F Ange- Gardien. Québec, 1903, p. 31.
Il8 LE FRÈRE DIDACE
de grande étendue d'esprit,' " remplissait dans la Nouvelle-France la charge de Commissaire Provincial ; il avait succédé en septembre 1677 à un autre religieux de grand mérite, le Père Potentien Ozon, " illustre dans notre Ordre, dit Leclercq, par sa doctrine, sa piété et par les premières charges qu'il a remplies si dignement/ " Après quelques mois de postu-
1. Henntepin : Nouvelle découverte dans l'Aine'rique ^■«f//., Amsterdam, 1698, p. 501.
2. 1er établissement de la Foi, vol. 11, p. 122. En 1668 le Père Potentien Ozor» est Custode de ^a Province ; peu après lecteur de théologie. En 1675 il passe en Canada comme visiteur de la mission ; il y revient l'année suivante en qualité de Commissaire Provincial. Il est élu en 1680 Définiteur de la Province de Saint-Denys, en 1683, Gardien du couvent de Rouen, en 1686, Supérieur de l'hospice du Faubourg Saint-Germain à Paris. Hist. chronol. de la Province de Saint Denys. Biblioth. Nat., Paris. — Il fut Provincial de la Province de Saint- Antoine de Pade en Artois. \.^Q.\.^^c<:i, Nouvelle Relation de la Gaspcsie, p. 22. — En 1695, il est Provincial de la Province de Saint-Denys. Archives de l'Arch. de Québec. Reg. A., p. 585. — Il est "mort à Paris le 16 juin 1705, âgé de 78 ans et de 60 en religion. " Table générale
lat, Claude Pelletier vit arriver le jour de la prise d'habit. Ce fut le 3 février 1679' qu'il échangea les livrées séculières pour la bure franciscaine ; cette cérémonie, toujours pleine de célestes émotions, fut présidée par le R. Père Commissaire Provincial lui-même, qui, après avoir donné au postulant le saint habit, lui imposa, selon l'usage de l'Ordre, un nom nouveau et l'appela Didace ; désormais le fils du sacristain de Sainte-Anne ne sera plus appelé Claude, mais Frère Didace.
En lui donnant ce nom, le Père Valentin Le Roux devait avoir dans l'esprit le souvenir d'un de ces humbles Frères convers, à l'âme candide et pure, qui, après une vie plutôt obscure et sans bruit, ont brillé et brillent pour toujours d'un vif éclat au firmament de l'Ordre franciscain ; il devait penser à saint Didace d'Alcala ; et peut-être entrevit-il dans le jeune homme qui venait de revêtir l'habit religieux, un autre saint Didace. Le novice avait déjà
des Récolleis de Saint-Denys. Bibl. Nat., Paris. — Il était natif de Montargis, d'après le même manuscrit. I. Actes du Frère Didace.
avec son Patron des ressemblances particulières. Nous lisons de saint Didace d'Alcala que ses parents " étaient pauvres des biens de la fortune, mais riches des biens de la grâce " ; qu'ils "relevèrent dans la crainte de Dieu et l'amour de la vertu, " qu'ils "eurent la consolation de voir l'enfant correspondre de bonne heure à leur tendresse vigilante.' " Ne croiraiton pas ces lignes écrites pour notre Frère Didace? Ses parents étaient eux aussi "pauvres à la vérité de bien temporel mais riches en vertu ; ^ " et l'innocence de vie que le fils de Georges Pelletier offrit à Dieu à son entrée dans l'état religieux est une preuve non équivoque de l'excellente éducation qu'il avait reçue de ses parents. Comme saint Didace d'Alcala, encore, le nouveau Didace était peu versé dans les connaissances humaines, et comme lui, il avait demandé et obtenu d'être admis dans l'Ordre Séraphique en qualité de Frère convers. Nous le verrons bientôt mar-
1. V Auréole Séraphique par le T. R. P. Léon, O. F. Mvol. IV, p. 264.