‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 57 sur 99 · Actes du Frère Didace · texte numérisé non relu

Actes du Frère Didace

1699, un samedi ; la Très Sainte Vierge avait exaucé la prière de son serviteur qui avait demandé à sa tendre Mère du ciel de mourir en ce jour qui lui est consacré. Lors de son bienheureux trépas, le Frère Didace était dans sa quarante-et-unième année d'âge, et depuis vingt ans il portait l'habit franciscain.

Parmi les témoins de cette bienheureuse mort, on pouvait voir un vieillard à cheveux blancs, qui contemplait le visage souriant jusque dans la mort du serviteur de Dieu ; la joie et la tristesse se peignaient en même temps sur ses traits, tristesse qu'on aurait dite plus profonde que celle des autres, mais aussi joie qui paraissait plus intime. C'est sur un fils qu'il pleure, mais c'est du bonheur d'un fils qu'il se réjouit. Ce vieillard est Georges Pelletier, le père du Frère Didace. Il est âgé de soixante-quinze ans, mais il est encore valide ; et Dieu qui lui a donné la consolation d'assister à la mort de son fils, lui laissera encore assez de temps pour être témoin de ses miracles.

Jusqu'à présent, on n'avait jamais pu savoir

ce qu'était devenu le père du saint Récollet. Avec l'aide des registres paroissiaux de Sainte- Anne, on parvenait à suivre ses traces jusqu'en mars 1696 ; la charge de bedeau qu'il remplissait toujours le mettait à même d'assister à des cérémonies de l'Eglise, à des sépultures surtout, dont les actes le citent comme témoin ; mais en 1696, il eut un successeur en la personne de Joseph Guimont.

Par une autre source nous avons découvert ■que Georges Pelletier était encore sur sa terre, :à Sainte-Anne, le 18 avril 1698.' Mais à partir

I. A cette date, Guillaume Marois, huissier, se rend ■" au domicile du sieur Georges Pelletier habitant dudit Beaupré " et lui sis^nifieune sentence portée par Etienne Jacob, baillif de Beaupré, le condamnant à payer 125 livres et les intérêts à son gendre Guillaume Morel. Celui-ci ne voulait pas contrarier son beau-père ; sa démarche avait seulement pour but de maintenir intact un droit d'héritage qu'il avait acquis au décès de Catherine Pelletier. Voilà pourquoi tous les cinq an-: il faisait assigner à son beau-père à conparaître devant le baiblif. C'est ce qu'il avait déjà fait en février 1693. Mais la conclusion de l'affaire était toujours, avec l'assentiment de Morel, que

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de cette date, plus rren sur le père du Frère Didace, on ne savait même pas où et quand il était mort.

L'histoire manuscrite de Dieppe par François Thomas jette une vive* lumière sur les derniers jours de Georges Pelletier. L'auteur a eu en mains " une lettre du Père Hyacinthe de La Place, ancien Commissaire Provincial des Récollets du Canada, en date du 21 avril 1721 ; " dans cette lettre il était dit " que le père du Frère Lai Didace est mort chez eux (chez les Récollets), après avoir servi dans leur couvent l'espace de dix années, ayant vit moîcrir son cher fi/s, et demandé à y passer le reste de ses jours, où il les a édifiés par sa piété et sa dévotion. " Ces détails précieux ont toute la garantie qu'on peut désirer, venant d'une plume aussi autorisée que celle du Père de La Place, lequel avait vécu et se trouvait encore

Georges Pelletier consentait " d'abondant comme il a fait ci-devant que le tout à quoi il a été condamné soit payé sur ce qu'il laissera de bien après sa mort. " — Archives de Sainte-Anne-de-Beaupré.

en 1721 avec des témoins oculaires des faits.' Nous pouvons par ailleurs préciser un peu les dates de ces faits par des documents qui, rapprochés les uns des autres, se complètent parfaitement. Georges Pelletier est encore à Sainte-Anne en avril 1698, nous l'avons établi précédemment ; un document du 22 novembre 1706 le dit: "résidant depuis huit à neuf ans au couvent des Très Révérends Pères Récollets de cette ville (de Québec) où il est gisant malade--- mais encore sain d'esprit, mémoire et jugement.^" Cela nous fait remonter au prin-

1. Le Père Louis Hyacinthe de La Place vint en Canada en 1710, en qualité de Commissaire Provincial. Il exerça cette charge jusqu'en 1720 inclusivement. Théodore Lebreton dans sa Biographie Norinaiide,

.Rouen, 1854, tome I", p. 388, nous apprend qu'à son retour en France il fut nommé Provincial de Saint- Denys. Il est " mort à Versailles le 30 janvier 1737, âgé de 64 ans et de 45 à 46 de religion. De Rouen. " Table

générale des Récollets de Saint Denys^ Bibl. Nat. Paris.

2. Quittance d'ariérages (sic) de ferme et loyer d'habitation par Georges Pelletier à Guillaume Morel. Genaple, notaire. Greffe de Québec.

temps de 1698. Georges Pelletier passe dix ans chez les Récollets, d'après le Père de La Place, déjà cité ; en faisant commencer ces dix années au printemps de 1698, nous devons conclure que Georges Pelletier est mort dans les premiers mois de 1708. Cela devient une certitude quand on connaît l'ordonnance de l'intendant Raudot, du 8 mars 1708, prescrivant le partage de la terre de feu Georges Pelletier.' Le partage eut lieu le 29 mai 1708.^ De tout ce qui précède nous devons conclure que Georges Pelletier quitta Sairtte-Anne au printemps de 1698 pour se retirer au couvent des Récollets de Québec et qu'il est mort de la mort des justes à l'aurore de 1708.^ Nous ne pouvons préciser davantage la date de son décès, parce-

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