I. Semaine Religieuse de Québec, 28 mars
«nfants de Saint François continuèrent à habiter ce couvent. Toutefois le changement de domination leur fut très funeste et amena l'extinction, lente mais sûre, de l'Ordre Franciscain en Canada. Le gouvernement anglais s'arrogea le pouvoir de statuer que les Récollets et les Jésuites ne pourraient pas recevoir de sujets, mais qu'ils garderaient leurs biens jusqu'à la mort du dernier survivant. Le dernier Récollet reconnu comme tel par le gouvernement, le Père Louis Demers, mourut à Montréal en 1813. Jusque là donc le couvent des Trois-Rivières demeura, de droit mais non de fait, aux Récollets. En 1776 ceux-ci furent contraints par les circonstances d'abandonner cette maison. Ils n'étaient plus déjà assez nombreux pour maintenir à la fois leurs établissements de Québec, de Montréal et des Trois- Rivières.
En 1790, Lord Dorchester autorisant une cour de justice dans cette dernière ville, l'établit dans le couvent des Récollets ; celui-ci devint la prison ; le geôlier et un protonotaire y eurent leurs appartements ; tandis que le sanc-
tuaire et une partie de la cKapelle étaient transformés en salle d'audience. L'autre partie de l'église servit d'abord comme dépôt de remèdes, puis en 1795 elle fut affectée uniquement au service religieux protestant/ Devant un tel envahissement les Récollets avaient pris soin d'ôter de l'église et du couvent tout ce qui pouvait être enlevé : les statues, les tableaux, les tabernacles, peut-être même les autels. Allèrent-ils jusqu'à exhumer les corps enterrés sous l'église? Rien de positif n'appuie cette supposition ; tandis que d'autre part certains indices portent à croire que rien de tel ne fut fait.
Cet état de choses dura jusqu'en 1821, époque de la construction du Palais de Justice actuel des Trois-Rivières. Deux ans après, en 1823, par lettres patentes, datées du 15 août, le
I. Cf. TJie Church of England iti'Canada, 1759- 1793, by H. C. Stuart. m. a., page 35. Dans cet ouvrage il y aurait plusieurs détails à préciser ou à corriger au sujet des Récollets des Trois-Rivières et de leur couvent.
Gouverneur Général, le comte Dalhousie, concéda, au nom de Georges IV roi d'Angleterre, au ministre anglican des Trois-Rivières, en pleine propriété, le couvent, l'église et le terrain des Récollets de cette ville. Depuis lors le ministre fait sa résidence dans les appartements transformés des religieux injustement dépossédés, et accomplit ses cérémonies hétérodoxes dans leur pieuse petite église, qui a l'air bien triste avec ses portes closes toute la semaine et son sanctuaire vide et profané.
Notre conviction est que, sous cette église, devenue temple protestant par le droit du plus fort, reposent encore les restes mortels du Frère Didace avec ceux de plusieurs autres Récollets et de quelques séculiers ayant autrefois ambitionné la consolation de dormir leur dernier sommeil dans cette chapelle franciscaine. Dans quel état se trouvent à présent ces tombeaux sacrés ? Des démarches ont été tentées plusieurs fois pour s'en assurer, mais inutilement, bien qu'il soit difficile de comprendre les motifs qui portent les autorités anglicanes à s'opposer à l'exhumation de corps dont
la présence sous cette église ne peut avoir pour elles aucun intérêt moral ou religieux.
Dieu est admirable dans ses saints ; ses jugements sont impénétrables. Lorsque le Tout- Puissant voudra glorifier son serviteur, ce sera un jeu pour lui de détruire les obstacles qui s'opposeraient à ses desseins.